‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 72 sur 212 · MERCREDI DES CENDRES · texte numérisé non relu

MERCREDI DES CENDRES

Du jeûne.

Représentez-vous Jésus-Christ jeûnant dans le déseri Soyez béni, Seigneur; enseignez-moi vos justifications (3).

Jésus, ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, eut faim (4). Le jeûne a une grande puissance pour purifier l'âme et pour vaincre tous les ennemis de l'âme. Comme toute la vie de Jésus-Christ est un enseignement pour nous et une règle de la vie chrétienne qui nous est proposée, il ne faudrait pas s'imaginer que le Sauveur a jeûné pour mériter ; c'était plutôt pour nous donner l'exemple. 11 y a des jeûnes qui sont commandés, d'au-

: i iuv. :. — pO Eci-li. 25. — (5) Ps 118. — (4) Multh. 4'.

DU JEUNE. î !T

très conseillés, d'autres répréhensibles ; en cherchant a qui il est nécessaire, à qui il est utile, à qui il est inutile, examinez quel est le précepte, le mérite et la règle du jeûne.

Ier Point. — Non seulement l'Eglise ordonne le jeûne, mais la violence de nos ennemis le commande ou la justice de Dieu l'exige, comme l'enseigne saint Chrysostôme. Jeûnez parce que vous avez péché, jeûnez pour ne pas pécher.

4° La sainte Eglise notre mère sachant combien le jeûne nous est salutaire, elle en a fait un précepte grave et obligatoire ; elle Ta rendu inviolable par son autorité et par l'institution qui nous vient des apôtres, afin qu'à l'exemple de Jésus-Christ les fidèles soient obligés d'observer le jeûne du carême, à moins qu'il n'y ait un grave empêchement ou un inconvénient, tel qu'une maladie, un voyage long et fatigant, un travail de corps pénible et nécessaire ; ayant égard à l'âge et à la condition, de telle manière que ceux qui peuvent faire quelque chose et qui ne peuvent pas faire le tout, s'abstiennent les uns de manger de la chair, et les autres ne fassent qu'un seul repas par jour ; car si à la collation, le soir, on prend le quart du souper environ, l'Eglise ne l'a pas permis mais toléré ; elle n'a point décidé aussi à quel âge l'obligation du jeûne commence ou finit. On enseigne ordinairement, avec saint Thomas, que le précepte oblige à la vingt-unième année accomplie.

Esaù, n'ayant pas su réprimer sa gourmandise, vendit ses droits à son frère, et, recevant en échange du pain et des lentilles, il mangea et but sans se mettre en peine de ses droits qu'il avait vendus à ce prix. C'est ainsi que beaucoub de gens vendent le céleste héritage pour un ragoût ; ils goûtent un peu de miel, et ils meurent (1). Ce n'est

(I) IEoîs 14.

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pas sans doute ce qui entre dans le corps qui souille l'Ame; en effet, ce ne fut pas le fruit défendu qui souilla Adam et sa postérité, et la chair de porc ne souillait pas les Juifs; ce n'est pas la nourriture qui rend coupable, mais c'est la défense et la trangression de la loi. « Que celui « qui n'écoute pas l'Eglise soit à vos yeux comme un a païen et un publicain (1).

2° Si vous n'avez pas encore atteint l'âge où le jeûne vous oblige, peut-être que vos vices, votre gourmandise, votre impureté, vos mauvaises habitudes ont déjà fait bien des ravages, et que pour les dompter et les détruire vous devez employer le jeûne comme un remède nécessaire : cette espèce de démon ne peut être chassée que par le jeûne et la prière (2). Jeûnezdonc pour ne pas pécher; on ne peut vaincre une chair rebelle qu'en la macérant : c'est en vain que vous demandez la victoire, vous tentez Dieu, comme celui qui, étant gravement malade, voudrait être guéri en priant, sans vouloir s'abstenir de la nourriture qui lui est nuisible. L'abondance de la nourriture est le foyer des vices ; la cause de ïiniquiié de Sodome fut r abondance (3). Les viandes, le vin et la bonne chère sont la semence de la débauche : l'impureté est toujours unie à l'abondance des mets ; le vin et la gloutonnerie sont les premières armes du démon contre la jeunesse ; le vin el la jeunesse sont comme un double incendie. Pourquoi jetez-vous de l'huile sur le feu ? Si vous retranchez l'amour du boire et du manger, vous retranchez à la fois beaucoup de vices ; l'impureté sans la gourmandise est chose rare.

Apprenez donc enfin par quel moyen l'esprit immonde s'empare de votre esprit et l'embrase, pourquoi vous n'avez pu le vaincre et comment vous pouvez le vaincre désormais. L'abstinence fortifia la chaste Judith pour lé combat, l'intempérance tua l'impudique Holopherne. dit

;i Jttatth. IS. — (2) Ibid. I7.%—(3 Ezech. 16.

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saint Basile. Le jeûne est un excellent gardien de l'âme, l'ami assuré du corps; c'est un rempart et une arme puissante pour les hommes courageux, c'est le véritable exercice des athlètes et de tous ceux qui combattent; il repousse les tentations, Jésus-Christ lui-même ne se prépara-t-il pas à la tentation par le jeûne , non qu'il en eût besoin, mais pour nous servir d'exemple?

3° Jeûnez pour ne pas pécher, jeûnez parce que vous avez péché, afin d'éviter le glaive de la vengeance divine suspendu sur vos têtes. Le jeûne est nécessaire pour fuir le péché de la chair et pour servir d'expiation, soit à la gourmandise, soit à la luxure : on est puni par ou Von a péché (1). Si les animaux n'eussent pas jeûné en même temps que les hommes, les Ninivites n'eussent point échappé à la ruine qui les menaçait, ajoute le même saint Basile. Convertissez-vous à moi de tout votre cœur dans le jeûne, dit le Seigneur, car il est bon est miséricordieux. Israël livra bataille contre Benjamin sans avoir apaisé le Seigneur; mais, après avoir été défait deux fois, il calma sa colère par le jeûne; après avoir été battu par les Philistins, il jeûna et remporta la victoire. Achab, effrayé des menaces d'Elie, se couvrit d'un cilice, jeûna et dormit couvert d'un sac ; alors le Seigneur parla à Elie et lui dit : « Parce que Achab s'est humilié à cause de « moi, je ne lui enverrai pas pendant sa vie les maux « dont je l'ai menacé. »

Considérez combien vous avez péché souvent et gravement; si la coulpe vous a été remise, il vous reste encore la peine à subir. Détournez par un châtiment volontaire la justice de Dieu qui vous menace, et, si vous ne pouvez jeûner entièrement, abstenez-vous au moins de ce qui vous plaît, mangez ce qui vous convient moins et usez de peu devin. Si le jeûne ne vous est pas nécessaire, il vous sera toujours utile.

(l)Sap. H.

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