LL JEUNE
pesantie, l'âme endure lorsque le corps prend de Tarn • pleur. Le jeûne élève l'âme et donne de la vertu.
2° Ecoutez, je vous prie, ce que dit saint Prosper : La tempérance rend sobre, frugal, prudent, modéré, pur. silencieux, sérieux, modeste; elle multiplie les saints désirs, elle donne les bonnes pensées, elle enflamme l'esprit tiède. Entendez saint Basile : Le jeûne, dit-il, enfanta les prophètes ; il affermit et soutient les puissants, il donne des armes à la piété, il habite avec la sobriété, il forme à la tempérance et à la continence, il sanctifie celui qui est consacré à Dieu; il donne la force dans le combat, le repos dans la paix, enfin il nous préserve de toute enflure dan? la^prospérité, et de l'abattement dans l'adversité. Que dirai-je de plus? il réprime les vices et engendre les vertus ; de même que, par un effet contraire, la gourmandise, en semant le vice, éteint et extermine la vertu, a Leur ini- « quité vient de leur embonpoint (1). Mon bien-aimé « s'est engraissé, et il a résisté (2). »
Il n'est donc pas étonnant que vous soyez si charnel et si mondain, que vos passions soient si peu mesurées . que vous soyez si rempli des mouvements de la concupiscence, si prompt à vous mettre en colère, si facile à faire de la peine, si léger et si porté à la dissipation et au rire, si plein de bonnes résolutions et si peu fidèle à en venir à la pratique. Par le jeûne, Dieu donne la vertu et ses dons célestes.
3° Un corps replet et dilaté ne marche pas facilement par la voie étroite, et il a peine à entrer par la porte resserrée qui conduit à la vie. La chair qui jeûne, qui est amaigrie et légère, marche plus facilement dans les défilés; elle y entre sans difficulté. D'ailleurs, plus elle a été macérée, plus le Seigneur la glorifiera , et plus elle aura été dans les tourments, plus Dieu la comblera de délices: caries œuvres de pénitence faites volontairement ont cet
(l)Ps. 32. — (2) Dcut. 32.
toxi il. 6
i22 MERCREDI DES CENDRES.
avantage de n'être pas seulement satisfactoires, mais encore méritoires. C'est pour cela que plusieurs saints ont fait une abstinence si grande, des jeûnes si sévères, qu'il nous est plus facile de les admirer que de les imiter. 0 heureuse pénitence qui m'a mérité une si grande irloire ! s'écria saint Pierre d'Àlcantara lorsqu'il apparut à sainte Thérèse après sa mort.
Il y a un jeûne qui est nécessaire, il y en a un qui est utile, il y en a un qui est inutile.
IIIe Point. — Nous avons jeûné ; pourquoi ri y avez-vom pas fait attention? Nous avons humilié nos âmes, et vous l'avez ignoré (1) ? Il y en a qui jeûnent et qui n'apaisent pas le Seigneur, et pourquoi? Au jour de votive jeûne, on voit votre volonté (2). On jeûne en vain, parce qu'on ne cesse pas de pécher, parce qu'on n'a pas soin d'avoir une intention droite, parce qu'on n'observe pas la loi de l'Eglise.
1° On jeûne en vain, parce qu'on s'abstient seulement des mets et non du péché : on ne veut pas réprimer le vice impur, ni faire des œuvres de charité et de miséricorde. Que sert-il à celui qui a touché an mort de s être lavé, s il le touche encore? que lui sert-il de s être purifié (3) '.' De même un homme qui jeûne dans son péché et qui le commet de nouveau, que gagne-t-il en s'humiliant? qui exaucera sa prière ? a Vous jeûnez pour soutenir vos que- « relies et vos disputes, vous appelez tous vos débiteurs et a vous les frappez d'une manière impie avec le poing; estr « ce le jeûne que je vous ai enseigné? A ppellerez-vous « cela un jeûne et un jour qui doit être agréable au Sei- « gneur? Ne jeûnez point comme vous l'avez fait jusqu'à « ce jour en poussant des cris jusqu'aux astres. Voici le « jeûne que je demande : détruisez tous les liens de l'im- « piété, renvoyez en liberté ceux qui sont brisés sous le a poids de leurs dettes, partagez votre pain avec les in- « digents, donnez l'hospitalité aux pauvres et aux voya-
(1) ïsaïe o3. — (2; lbid. — (3) Eccli. 34.