SUR LA TENTATION VOLONTAIRE ET INVOLONTAIRE
i° Vous voulez que Dieu vous donne les grâces nécessaires pour résister à la tentation, quand vous la cherchez, quand vous la provoquez ; mais Dieu ne vous a-t-il pas dit suffisamment qu'il laisserait périr celui qui se jetterait volontairement dans le péril? Celui qui s'expose au danger périra. Non seulement vous ne pouvez pas attendre que le Seigneur vous donnera ces grâces qui rendent victorieux, mais vous devez être assuré qu'il ne vous les donnera pas. En vous exposant volontairement, avez-vous bonne grâce de compter sur le secours de Dieu et de le demander? Si c'était par charité, par nécessité ou par surprise que vous eussiez été placé dans ce pas glissant sa promesse ne vous ferait pas défaut, car Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tenté au dessus de vos forces; il n'a pas refusé son assistance aux vierges, aux prophètes; mais vous qui sans motif exposez votre vertu, soit pour plaire au monde, soit pour suivre votre inclination qui vous entraîne dans certaines sociétés, dans les plaisirs défendus, Dieu ne vous doit rien, il vous laissera tomber.
2° Lorsque vous vous exposez à la tentation en cultivant certaines amitiés, certaines personnes, certains spectacles, vous cherchez les tentations, vous vous placez sur une pente qui doit naturellement vous conduire à l'abîme, vous le savez, ou vous devez le savoir; dès lors vous manquez à la loi qui défend de s'exposer au danger. De quel droit compteriez-vous donc sur le secours divin? Les saints étaient-ils des insensés quand ils s'éloignaient du monde et de ses plaisirs, et qu'ils engageaient avec tant de zèle tous ceux qui voulaient vivre en chrétiens à suivre leurs exemples ? Non, dit Tertullien, Dieu doit agir ainsi pour l'honneur de sa grâce ; il doit vous la soustraire pour punir votre témérité, votre présomption. S'engager dans la tentation, c'est vouloir tenter Dieu, c'est mériter d'en être abandonné.
Vous voudriez que Dieu fit un miracle pour vous de-
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livrer d'une tentation à laquelle vous avez ouvert votre cœur? Retirez-vous de l'occasion ; Dieu ne soutient personne contre les lois de sa providence, il ne vous donnera pas un secours extraordinaire. Il vous dit : Sortez de Sodome, et vous ne le faites pas. L'esprit tentateur voulait que notre Seigneur fit des miracles ; le Sauveur lui répondit : Vous ne tenterez pas votre Dieu. Jésus-Christ ferait-il pour vous ce qu'il n'a pas fait pour lui-même? Vous voudriez que Dieu étendît sa miséricorde au delà des bornes mêmes qu'il lui a prescrites? Disons-le, vous agissez envers Dieu avec hypocrisie : vous le priez de bouche pour qu'il vous délivre de la tentation, lorsque vous la cherchez volontairement de cœur.
3° Vous dites, il est vrai, que dans le monde tout est tentation, et que si Dieu veut sincèrement votre salut, il vous doit sa miséricorde pour vous soutenir au milieu des dangers qui vous environnent. Oui, mais toujours à condition que vous ne chercherez pas le danger, à condition que vous vivrez dans le monde sans être du monde, et à condition que vous serez obligé de vivre au milieu du monde. C'est là que se sont formés tous les saints ; ils avaient les mêmes occasions que vous ; la seule différence, c'est qu'ils les fuyaient et que vous les recherchez. Mais vous êtes dans le monde, et Dieu vous appelait peut-être dans la solitude ; vous vivez au milieu des occasions dangereuses, et vous pouviez vous en abstenir. Votre perte vient de vous; Dieu ne vous doit plus aucun secours extraordinaire, parce que vous le tentez.
IIe Poixt. — Dans les tentations isvolontaires, Dieu donne toujours une grâce pour soutenir le combat ; mais il faut combattre soi-même, affaiblir l'ennemi et ne lui laisser aucun repos.
1° La vie du chrétien est essentiellement une vie de combats. L'apôtre semble renfermer toutes les vertus chrétiennes dans le combat. « Combattez, dit-il, comme « un vaillant soldat de Jésus-Christ ; la vie de l'homme