LA CÈNL EN BÉTHANIE. J
ble et généreux. Animée d'une crainle respectueuse, elle se jette humblement aux pieds du Sauveur, elle les arrose de parfums, elle les essuie avec ses cheveux, et comme ses cheveux ont servi à satisfaire sa vanité, elle les fait servir à satisfaire sa piété. Dieu regarde avec bonté les actions humbles et rejette ce qui est fait avec orgueil : aucune bonne action ne saurait lui plaire si elle n'est accompagnée d'humilité. Répandez le parfum sur les pieds du Sauveur, en vous exerçant aux actions d'humilité et de mortification avant de pouvoir lever la tête et contempler les choses divines.
Elle se lève enfin, et voyant que le Seigneur ne rejetait pas son humble service, elle devient plus hardie, brise le vase et répand sur sa tête tout le parfum du riard le plus pur pendant qu'il est encore à table. Il ne convient pas, en effet, qu'on use de parcimonie lorsqu'il s'agit de Dieu, qui répand sur nous ses dons d'une main si libérale; nous lui devons tout ce que nous avons de plus précieux, mais surtout notre cœur brisé par la douleur et tout parfumé de l'odeur des vertus.
3° La maison fut remplie de l'odeur du parfum. La vertu d'une bonne œuvre et l'exemple des vertus chrétiennes a tant de force qu'il n'est pas seulement une bonne odeur devant Dieu et ses saints ; il se répand encore dans toute l'Eglise, qui est la maison de Dieu, et il aitire les moins fervents à l'odeur des parfums du Seigneur.
Soyez, et montrez-vous un modèle de bonnes œuvres, afin que vous répandiez la bonne odeur de Jésus-Christ. « que l'on voie vos bonnes œuvres, et que ceux qui en « seront témoins glorifient votre Père qui est dans les « cieux (I). » Prenez garde que le prophète n'ait point parlé de vous lorsqu'il a dit : « Sa mauvaise odeuret la « pourriture de ses plaies montera jusqu'au ciel \ parce « qu'il a mal agi (2). Seigneur, attirez-moi après vous. « nous courrons à l'odeur de vos parfums (3), »
(1) Matlh. o.— (2) Joël 2. — (3) Cant. I.
IIe Point. — L'un de ses disciples qui devait le trahir, Judas l'Iscariote, dit: Pourquoi ria-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres (1) ? Judas condamne l'action admirable et la piété de Marie ; par quel motif, sous quel prétexte et avec quel succès? Voilà ce que l'Ecriture nous rappelle pour notre instruction.
i° Par quel motif? Celui de l'avarice qui le tourmentait et le consumait intérieurement ; car Judas parla ainsi, non qu'il se mît en peine des pauvres, mais parce qu'il était un voleur, et qu'ayant la bourse, il portait ce qu'on y mettait ; il voyait avec peine qu'on lui avait enlevé l'occasion de voler. Examinez ce qui se trouve dans votre cœur, quel vice, quelle passion aiguise votre langue contre le prochain, car nous ne jugeons les autres que par un sentiment inique et aveugle, et c'est par le même motif que nous les condamnons ; les actions des autres ne nous déplaisent pas parce qu'elles offensent Dieu, mais parce qu'elles nous offensent, parce qu'elles déplaisent à des vices secrets de notre esprit. Notre orgueil méprise l'un, notre envie attaque l'autre ; l'amour de notre liberté nous fait déchirer l'un, notre colère nous fait injurier l'autre. Ne jugez point afin que vous ne soyez pas jugé (2).
2° Sous quel prétexte Judas voilait-il son avarice ? Sous ■elui de la charité et de la compassion, quoique ce vice ^t cette vertu soient tout à fait opposés : a Pourquoi n'aqi t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers et ne les a a-t-on pas donnés aux pauvres? » Telle est l'impudence de cet homme s'il se connaissait, tel est son aveuglement s'il ne se connaissait pas.
Est-ce par aveuglement ou est-ce par impudence que nous donnons à nos péchés une bonne intention, et à nos vices l'apparence de la vertu ? Pourquoi voulons-nous
{i) J^an 12. — (2) Luc 6.