INSTITUTION DE L'EUCHARISTIE
2° « Recevez et mangez, ceci est mon corps ; buvez-en « tous, ceci est mon sang. » Jésus-Christ avait le pouvoir de nourrir les âmes par la simple figure comme de les purifier, mais il voulut que ce fût par sa propre substance ; et de même que les aliments, dissous par la chaleur intérieure, s'unissent, se mêlent et se changent en notre substance charnelle, de même, consumé par le feu de la charité, le Sauveur veut s'unir, se mêler, se lier et s'incorporer en quelque sorte avec nous. Vous n'êtes qu'un même corps pour ainsi dire, dit un Père, et un même sang avec Jésus-Christ. « Celui qui mange ma « chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en y lui, » dit le Sauveur (1) ; non que le Seigneur se change en notre substance, mais il nous change en sa nature, nous sanctifie, nous déifie, selon le langage de saint Augustin. Croissez, et vous me mangerez; vous ne me changerez pas en vous, mais vous serez changés en moi. Car notre Dieu est un feu qui consume ; ce qu'il touche, il l'enflamme, il le change et le transforme en lui.
La chair de Jésus-Christ est vraiment une nourriture, et son sang est vraiment un breuvage, non seulement par l'union de la substance, mais comme étant le soutien de la vie.
3° « Je suis le pain de vie, de sorte que celui qui en « mange ne meurt pas (2). » En effet, la nourriture rétablit la substance corporelle qui se dissipe, elle répare les forces perdues, elle tempère la trop grande chaleur ; de même la nourriture céleste conserve la vie de l'âme, elle répare les forces affaiblies par des fautes et des combats de chaque jour, elle augmente la grâce et la charité, elle apaise les tentations, elle tempère le feu des passions. « Celui qui me mange vivra à cause de moi ; celui qui « mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle. » Au contraire, « si vous ne mangez pas la chair du Fils de
(1) Jean 6. — {% Ibid.
1 T i I. SAMEDI DE LAVBHT.
a l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez a pas la vie en vous. » Car la force de l'âme s'affaiblit tous les jours par des combats incessants , la vertu s'épuise, l'inclination dépravée prend feu, les démons prennent le dessus, le salut de l'âme et la vie éternelle sont en danger.
s Vous avez préparé dans votre bonté un secours au « pauvre. 0 mon Dieu, vous avez préparé devant moi une a table contre tous les ennemis qui me persécutent. » Quelle ineffable bonté de ne pas m'envoyer un ange, mais de venirvous-même, d'entrer dans ma bouche, d'habiter dans mon cœur, de me nourrir de votre substance, d'unir votre sang à mon sang, votre chair à ma chair, de me rendre, tout indigne que j'en suis, participant de votre nature ! Si mon âme sèche de langueur, qu'elle ne s'engraisse pas, mais qu'au contraire elle devienne plus faible ; d'où vient cela, sinon de ce que j'ai oublié de manger mon pain, le pain des anges, ou parce que, ne discernant pas votre corps très-pur, je le reçois dans un corps et un cœur impurs, je n'ai pas honte de souiller par mes péchés et mes vices votre chair virginale, et de mêler mon sang impur à votre sang divin et sans tache? Purifiez-moi, Seigneur, afin que je mérite de vous recevoir dignement.
IIe Point. — Voici le calice du nouveau testament en mon sang. Jésus-Christ appelle nouveau testament la nouvelle alliance scellée de son sang, ou le nouvel héritage qu'il nous laisse en mourant, par son testament, à nous enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ ; personne autre ne peut laisser un héritage si riche en valeur, ni si abondant en fruits, ni d'une jouissance plus durable.
1° Nous avons dans l'Eucharistie un trésor plus grand que le ciel et la terre, car Celui qui y est renfermé renferme toutes choses : c'est Celui qui a créé le ciel et la terre, qui les gouverne et les conserve. Tout le prix de la rédemption v est renfermé, le corps et le sang de Jésus-
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Christ, son sang avec son âme, son âme et le Verbe de Dieu, avec le Verbe la divinité, la vertu et la sagesse éternelle , avec la divinité tout l'ineffable mystère de la sainte Trinité ; car le Fils est dans le Père, le Père en son Fils, et dans i'un et l'autre l'Esprit saint qui procède des deux ; de sorte que cette parole se trouve accomplie à la lettre : « Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, nous « viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure (1 ) . »
Beaucoup de gens courent en divers lieux pour visiter les reliques des saints, et ils sont dans l'admiration an récit de leurs actions; et vous, ô mon Dieu, vous êtes présent ici près de moi sur l'autel, vous le Saint des saints, le Créateur des anges et des hommes (2), qui vous donnez à moi, et nous avons en vous des richesses infinies, immenses en fruits.
2° Combien vous êtes redevable à la majesté divine pour son suprême domaine! combien à la justice divine pour vos innombrables péchés ! combien à la miséricorde et à la bonté divine pour ses immenses bienfaits! Vous avez encore besoin de beaucoup de choses pour la nourriture et l'habillement, pour agir et pour souffrir, pour combattre et pour résister, pour vaincre et pour persévérer; levez le sceau du testament, découvrez votre héritage, vous rachèterez vos dettes, \ous acquerrez ce qui vous est nécessaire ; le ciel même peut vous être vendu à ce prix. Pour tant et de si importantes choses, offrez à Dieu le Père son Fils qui s'est donné à vous en testament et rien ne vous manquera.
Dans ce sacrement, on reçoit la grâce; l'âme y retrouve ses forces, et sa beauté, détruite par le péché, lui est rendue (3). O aveuglement et dureté du cœur de l'homme qui n'apporte pas d'attention à un don si ineffable ! Pourquoi ne vous en servez-vous pas? N'épargnez rien et ne craignez pas la dépense, car le Sei-
i Jean 14. — [^Iioit., !. IV, c. I. — (3) Ibiil.
176 i. samedi de catuml:.
gneur est votre héritage pour l'éternité ; cet héritage est
d'un prix infini, immense en fruits et d'une jouissance
perpétuelle.
3° Lorsqu'on l'offre et qu'on le donne au Père éternel, il le rend et le restitue aussitôt, parce que le Père n'a rien de plus grand ni de meilleur, et qu'il ne veut pas être vaincu en libéralité. Ainsi votre héritage est admirable : c'est le Seigneur qui est votre part et votre héritage, la part de votre calice,; c'est lui-même qui vous rendra votre héritage (1 y. Vous donnez et vous conservez, vous usez et vous jouissez encore, vous rendez et Ton vous rend tout ; vous ne possédez pas un bien divisé, mais tout entier, l'auteur de la vie, le consolateur de l'âme, l'auteur de la grâce.
Nous avons tout en Jésus-Christ, et il est tout pour nous; si vous voulez guérir votre blessure, il est le remède et la vie ; si vous fuyez les ténèbres, il est la lumière; si vous cherchez la nourriture, il est votre aliment, dit saint Ambroise. Si vous êtes misérable, infirme, aveugle, nu et chargé de dettes, c'est absolument par votre faute, puisque vous négligez un tel héritage, que vous ne savez pas en faire un bon usage et en retirer le fruit.
IIIe Point. — Faites ceci en mémoire de moi (2). Jésus- Christ a voulu que dans l'Eucharistie la mémoire de sa passion et de sa mort fût sans cesse renouvelée, afin qu'elle lut un monument éternel de la rédemption des hrmmes, de la réconciliation des hommes avec Dieu, de la promesse divine, et qu'ainsi elle renouvelât le souvenir du bienfait, enflammât notre charité et fortifiât notre confiance.
1° « Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous « boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur « jusqu'à ce qu'il vienne (3). » Puisque, parles paroles
(l) Ps. Ib. — (2) Luc 2?. — 5) I Cor. ii.
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de la consécration et par l'état différent des espèces^ le sang de Jésus-Christ nous est présenté comme séparé de son corps, c'est vraiment la représentation de la passion, et l'état de Jésus-Christ dans le sacrement, sans parole, sans mouvement, nous offre l'image de la mort. Il faut donc nous rappeler le mystère et le prix de notre rédemption et lui rendre de dignes actions de grâces pour un si grand bienfait.
Ce doit être pour vous, dit l'auteur de Ylmitation, lorsque vous célébrez ou que vous entendez la Messe, une chose aussi grande et aussi nouvelle que si Jésus-Christ souffrait et mourait encore maintenant, suspendu à la croix pour votre salut. Lorsque vous renouvelez ce mystère et que vous recevez le corps de Jésus-Christ, autant de fois vous renouvelez l'œuvre de votre rédemption, et vous participez à tous les mérites de Jésus-Christ. L'Eucharistie est tout à la fois un monument de la victoire que le Sauveur a remportée et de la grâce réparée.
2° Car ce que Jésus-Christ a fait sur l'autel de la croix en réconciliant le monde avec son Père par son sang, il le renouvelle chaque jour sur l'autel dans le sacrement en s'offrant lui-même pour nos péchés par un sacrifice non sanglant; il apaise la colère du Père céleste, qui, se souvenant de son alliance qui a été scellée dans le sang de son Fils, confirmée et contresignée par sa mort, vous engage à renouveler vous-même la fidélité et l'amour que vous lui avez juré.
Il m'est grandement nécessaire, à moi qui pèche et qui tombe si souvent, qui suis si languissant et si faible, do me renouveler, de me purifier, de me ranimer par de fréquentes prières, par des confessions multipliées, par la réception de votre corps adorable, de peur qu'en m éloignant trop longtemps je n'abandonne mes bonnes résolutions. L'Eucharistie est un monument de la grâce réparée, et encore de la gloire promise.
3° « Dieu a envoyé son Fils afin de nous accorder Ta-