H8 II. DIMANCHE DE CARÊ3IE
« doption qui nous rend ses enfants(l). C'est par lui qu'il « nous a rendu la ferme espérance à l'héritage incorrup- « tible et sans tache qui ne se perdra point et qui nous c< est réservé dans le ciel (2), de manière que nous « nous appelons enfants de Dieu et que nous le som- « mes (3) ; si nous sommes les enfants, nous sommes les a héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ (A). » J ^sus-Christ, qui était le médiateur de cette adoption, en est le garant toujours subsistant j et il nous est uni si fortement, que Dieu nous connaît dans son Fils, et qu'il connaît son Fils en nous par le sacrement.
Seigneur Jésus, quelles actions de grâces ne dois-je pas vous rendre lorsque, dans le sacrement de votre corps et de votre sang, vous exposez sous mes yeux le mystère qui est un mémorial de votre passion et de ma rédemption ! De quelle charité ardente ne dois-je pas brûler lorsque vous vous offrez comme hostie de propitiation pour mes péchés, afin de m'obtenir la grâce et l'amitié 'le votre Père! Quelle confiance et quelle espérance du salut ne dois-je pas concevoir lorsque vous vous donnez vous-même par votre bonté comme le gage de votre promesse et les arrhes de la vie éternelle ! Faites que je vous loue et que je vous bénisse éternellement,
DEUXIEME DIMAXCHE DE CAREME.
* Sur le ciel
Seigneur, nous sommes bien ici{o).La. vue de Jésus transfiguré produisit sur les trois disciples qui furent témoins du prodige un si grand étonnement, que Pierre, comme hors de lui-même au milieu de la clarté qui l'environnait, s écria : Seigneur, nous sommes bien ici. Cepen-
(i) Gnl. 4. —(2) I Pclr. i. — (S) I Jean 5. - (4) Rom. 8 —
;:; Va th. 17.
SUR LE CiliL. 170
-îant la transfiguration du Sauveur n'était qu'une bien faible image de cette clarté éternelle des élus dont il est dit : Vous les enivrerez d'un torrent de délices. Il est bon que vous méditiez sur le bonheur des saints dans le ciel pour exciter votre zèle et vous encourager à supporter les travaux de la pénitence pendant le carême, qui est l'image de la vie présente, remplie de peines et d'afflictions, afin que si le travail vous effraie, comme dit saint Augustin, la récompense qui suivra vous donne du cœur. Or. le bonheur des saints consiste dans la vue de Dieu, la possession de Dieu, l'éternelle gloire de Dieu.
Ier Point. — Celui qui n'est pas orné sur la terre de la grâce et de la charité ne peut aimer Dieu parfaitement; de même, tant que Dieu ne nous donne pas la lumière de la gloire, nous ne pouvons voir Dieu en lui-même ; cette vue est une certaine participation de la lumière éternelle dont Dieu se voit, se comprend et se conçoit. C'est ainsi que l'homme dans le ciel connaît l'objet de sa béatitude; il voit l'essence divine, les mystères divins, et en Dieu tout ce qui est capable de l'intéresser.
d° Vous êtes, ô mon Dieu, la source de la vie, nous verrons la lumière dans votre lumière. L'intelligence, élevée par cette lumière céleste à un degré surnaturel, voit ce qui est en Dieu, c'est-à-dire toutes ses perfections : sa sagesse, sa bonté, sa puissance, son éternité, son immensité et tous ses attributs. Les bienheureux le voient tel qu'il est. Or, on ne le verrait pas tel qu'il est, s'il y avait en lui quelque chose qu'ils ne vissent pas; et comme toutes ses perfections ne sont en lui qu'une simple et unique perfection, celui qui voit l'essence divine voit clairement toutes ses perfections, selon toute l'étendue de l'intelligence que Dieu lui adonnée. Les bienheureux voient encore dans le Verbe l'ordre de tout l'univers et tout ce qu'il renferme de beauté; ils voient tout ce qui est et ce qui a été. Cette vision béatifique n'est pas inférieure à celle des anges, et comme
I8fl n. disàncre de carême."
tellement toutes ces choses, de même aussi les bienheureux en ont la jouissance.
2° Les élus verront encore tous les mystères surnaturels qu'ils n'ont aperçus ici que parles yeux de la toi ; ils leur seront dévoilés clairement. Les ombres de la foi étant dissipées, ils passent de l'obscurité à la clarté, de l'espérance à la possession, des ténèbres à la vue, de l'ecorce sacramentelle à la fleur de la substance. L'Agneau leur ouvre le livre mystérieux et lève les sept sceaux, afin qu'ils y lisent tous les mystères cachés, et c'est alors qu'ils voient quelle est la largeur, la longueur, la profondeur, la sublimité dont parle l'apôtre ; alors ils comprennent comment Jésus-Christ est contenu tout entier sous l'espèce après la consécration, quelque faible que soit la parcelle ; alors s'accomplira à la lettre cet oracle : « Comme nous l'avons entendu, nous l'avons vu dans la a cité du Dieu des vertus, dans la demeure de notre « Dieu. »
L'épouse alors verra son Epoux non plus caché derrière le mur, ni par les fenêtres à travers les barreaux, non plus sous la forme qu'il a prise, non plus enveloppé dans l'ombre ou sous un nuage ; elle le verra tel qu'il est, et la vue de son visage divin l'enivrera d'une joie ineffable. 11 lui montrera les entrailles de sa miséricorde, toutes ses pensées de paix et de salut, toutes les richesses de sa tendresse, tous les secrets de la volonté divine.
3° Enfin le mystère sublime de la sainte Trinité sera mis à découvert; on verra comment le Père produit le Fils de toute éternité, semblable et consubstantiel à luimême, égal à lui en toutes ses perfections, comment l'Esprit saint est produit par leur aspiration mutuelle, par l'amour qu'ils se portent, et enfin comment trois ne font qu'un, en sorte qu'il y a unité dans la Trinité. Soupirons en attendant et disons avec le prophète : Mon âme soupire après le Dieu vivant; quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devant mon Dieuï Quand viendra ce jour désiré