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CRÉATION DE L'HOMME ET SON ÉLÉVATION

De plus, en imposant à l'homme ce précepte positif, Dieu lui a révélé sans aucun doute la religion et le culte tels qu'il les exigeait de lui, non seulement comme homme privé mais en tant que chef et souche du genre humain.

L'auteur de la Genèse rapporte d'une manière nette que Dieu conversait familièrement avec nos premiers parents dans le paradis terrestre (Gen., III, 8; II, 19).

Jésus-CHrist lui-même donne à entendre (Matth., XIX, 4, 5) qu'Adam a parlé par inspiration divine.

Le livre de la Genèse attribue encore à Adam la science la plus haute, et nous avons le droit d'affirmer que cette science n'avait pas seulement pour objet les choses de la nature, mais s'étendait aussi au domaine surnaturel.

35. Il est facile d'inférer de ce qui précède la signification mystique de la formation d'Eve.

Notons d'abord que le mariage est essentiellement et par sa nature un contrat religieux. Même abstraction faite de son origine historique, il est religieux par son but principal et primaire, puisqu'il est avant tout destiné à l'accroissement de la société humaine qui est essentiellement religieuse. Il l'est encore par ses autres fins qui se ramènent à ce que le mariage est un secours mutuel pour arriver à la fin dernière.

Le mariage renferme virtuellement la société entière, et non seulement la société domestique mais la société publique ; par conséquent il figure réellement et implicitement la société des hommes qui rendent à Dieu le culte qui lui est dû.

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Si nous considérons l'origine historique du mariage dans l'ordre surnaturel constitué par Dieu, sa signification réelle et implicite atteint un sens plus haut de par la volonté positive de Dieu, et devient formelle et expresse. Il en a fait véritablement un signe sacré ou sacrement au sens large du mot, qui signifie l'incarnation prévue et prédestinée du Verbe. Par l'incarnation le Fils de Dieu devait unir en sa personne la nature humaine à sa nature divine, en tant que Rédempteur futur, nouvel Adam et chef de l'Eglise de Dieu. Le Sauveur devait donner à cette Eglise à la fin des temps sa forme dernière et parfaite, en faisant son épouse et son corps mystique, de sorte que le mariage serait constitué sous la loi nouvelle comme sacrement proprement dit et signifierait, en vérité, l'union du Christ avec son Eglise.

Ce sacrement est grand, je dis dans le Christ et dans l'Eglise, nous dit St Paul (Eph., V, 32), et il aime à développer cette doctrine (ibid., 22 et suiv.).

Parmi les Pères de l'Eglise un grand nombre exposent ce mystère, à savoir que l'Eglise est née du côté ouvert du Christ dormant sur la croix, par l'effusion de l'eau baptismale et du sang eucharistique, comme Eve là mère de tous les vivants fut tirée du côté d'Adam pendant son^ sommeil.

36. Dieu ayant établi l'homme dans l'ordre surnaturel, il institua par là même l'Eglise surnaturelle. En effet, l'homme étant obligé à rendre à Dieu un double culte intérieur et extérieur, et non seulement un culte privé et domestique mais un culte social

et public après la multiplication du genre humain, ce culte devait être un culte surnaturel.

Après avoir élevé l'homme de la sorte Dieu a voulu éprouver sa fidélité au moyen de l'observation d'un précepte positif, ainsi que nous l'avons dit.

Trompée par le démon Eve pécha, et Adam fut induit à prévariquer comme elle. Le châtiment suivit aussitôt, même avant la promulgation de la sentence divine, et d'une manière sensible, car nos premiers parents virent qu'ils étaient nus. C'est-àdire qu'ils perdirent simultanément le don d'intégrité avec tous les dons connexes et l'immortalité même dont résulte l'intégrité. Dieu prononça ensuite ouvertement la peine du péché fixée par lui, à savoir la mort et toutes les misères inhérentes à l'humanité. Adam et Eve furent non seulement privés des dons préternaturels mais à plus forte raison de tous les dons strictement surnaturels et divins, l'ordre qui conduit à la fin sublime destinée à l'homme ayant été renversé.

Cependant la faute de nos premiers parents n'ayant pas été un péché de pure malice comme celui des démons, et cette faute ayant été commise à l'instigation de l'ennemi le plus acharné de Dieu et de ses créatures, le Seigneur, mû par sa miséricorde envers eux, leur promit immédiatement un Rédempteur selon qu'il l'avait résolu dans son conseil prévu et prédéfini.

Ainsi, après le premier sacrement ou mystère dans la formation d'Eve, à savoir celui de la signification et de l'annonce du Verbe incarné et de son Eglise qui est le règne et le corps mystique du

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Christ, nous entendons la première prophétie verbale prédisant le Christ Rédempteur, le vainqueur du démon et de son empire, le germe issu de la femme sans tache, dans ces paroles de Dieu désignées à juste titre par les Sts Pères sous l'appellation de proto-évangile : Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne; elle te brisera la tête et tu t'attaqueras à son talon (Gen., III, 15).

Que tout ce que nous venons de dire ressort du texte sacré, tous doivent le reconnaître, du moins tous les catholiques, quelle que soit leur manière d'interpréter la forme de la narration biblique.

37. Ceci posé, nous allons essayer de pénétrer plus avant dans les arcanes du conseil divin, en toute prudence et humilité, afin de mieux arriver au but que nous nous proposons ici.

Dieu a créé le monde visible pour les créatures raisonnables, et avant tout pour l'homme; l'homme lui-même ainsi que les autres créatures en vue du Christ ; toutes choses, par conséquent, soit médiatement soit immédiatement pour le Christ, comme nous allons le voir.

De même Dieu a créé les choses invisibles ou créatures spirituelles, ainsi que nous l'exposerons plus au long, pour être les ministres du royaume de son Christ.

Les esprits mêmes dont il prévoyait étaient destinés à être les instruments de ses conseils secrets dans l'œuvre de la rédemption du genre humain, pour la plus grande gloire du Christ Rédempteur.

Nous nous occuperons tout d'abord delà création visible et de l'homme.

Dieu a créé l'homme de deux sexes, capable de se reproduire, en vue de la nature que devait assumer du genre humain son fils unique par nature et non par adoption, le Christ, Dieu et homme.

Cette nature humaine du Christ devait être la même nature humaine que la nôtre, composée d'un corps matériel et d'une âme spirituelle, reliant pour ainsi dire la création corporelle et la spirituelle et représentant en abrégé la création tout entière. Le Rédempteur deviendrait ainsi le lien par excellence entre Dieu et ses créatures.

Il prendrait cette chair du genre humain déchu et non d'ailleurs, afin de racheter celui-ci dans cette même chair, nouvel Adam, comme Eve a été tirée de l'homme pour être son épouse et le principe naturel de l'espèce humaine.

11 naîtrait homme, non d'un père humain puisqu'il avait Dieu pour père, mais seulement d'une mère vierge (1).

Dieu a fait de l'homme son fils adoptif par un effet admirable de son amour, de nouveau en vue de son Fils unique. Dieu a opéré cette adoption par l'union de l'homme avec l'Esprit saint, et par l'effusion des dons surnaturels et divins qui dérivent de cette union et qui, à leur tour, l'appellent et nous en rendent dignes. Dieu a déversé ces dons sur la nature humaine dans la

(1) V. ci-dessus, IIe partie, n° 129, d'autres raisons encore pour lesquelles c'est le Verbe qut s'est incarné.

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personne de nos premiers parents afin d'en assurer la transmission, avec celle de la nature, à tous leurs descendants; en sorte qu'en même temps que ceux-ci deviendraient participants de la nature humaine, ils seraient unis personnellement (v. cidessus, n. 15) avec l'Esprit saint.

Dieu a permis la déchéance de l'homme pour des fins surélevées, c'est-à-dire toujours en vue du Christ Rédempteur. C'était par lui que Dieu voulait refaire l'homme à la mesure de ses hautes destinées. Mais Dieu n'a pas réhabilité l'homme en restituant à la nature humaine, comme telle, les dons divins qu'elle avait perdus ; car il ne convenait pas que Dieu parût obligé de recommencer son œuvre, comme si lui, la sagesse suprême, n'en eût pas prévu l'effondrement. Il laisse donc les hommes naître dans leur nature déchue et dépouillée des dons surnaturels, telle que le péché l'a faite, et rend ensuite ses dons personnellement à chaque homme bien disposé, et il les rend même avec surabondance ; car le Tout-Puissant ne pouvait pas paraître vaincu par le démon.

Cependant il a décidé dans sa sagesse souveraine que l'homme demeurerait privé des biens prêternaturels pendant cette vie afin qu'il sentît la peine de son péché, la nécessité de la rédemption et celle d'efforts persévérants pour obtenir l'application des mérites du Rédempteur.

D'ailleurs les dons préternaturels ne sont pas indispensables au salut, et leur privation était nécessaire pour le mode de rédemption choisi par Dieu, et très-avantageuse à l'homme lui-même. En

effet, il avait été statué que le Christ sauverait le genre humain par sa douloureuse passion et par sa mort ignominieuse, par son sacrifice qui est l'acte de suprême perfection (v. IIe part., n. 130), en vue de plusieurs fins très-hautes, telles que la manifestation des perfections divines, l'exemple de vertus sublimes, l'ostension de l'amour souverain de Dieu, la destruction complète du péché, la victoire sur la mort, et la défaite du démon qui se tromperait lui même et renverserait lui-même son empire ainsi que nous l'expliquerons. Dieu ayant ainsi décrété les choses et le Rédempteur étant passible, les hommes ne pouvaient être impassibles et immortels.

Il convenait aussi que le châtiment inhérent à la perte de l'intégrité leur demeurât comme épreuve et comme source de mérites, ainsi que nous l'avons dit.

De plus, liberté était laissée au démon de se faire un instrument des passions désordonnées de l'homme, afin que le Christ fût livré à la mort, -et que Satan travaillât inconsciemment à sa propre ruine. C'est pourquoi, en promettant le Rédempteur, Dieu n'a pas révélé le mode de la rédemption, mais il Ta même tenu caché jusqu'à la fin au démon et à ses suppôts.

38. La sentence divine par laquelle l'homme était astreint à la mort et à la douleur lui devenait aussi très-avantageuse en tant que moyen d'atteindre sa fin dernière. En effet, Dieu n'a destiné et n'envoie la souffrance à l'homme qu'en guise de moyen vers sa fin, de même que le Christ ne s'y est assujetti qu'afin de s'assurer une béatitude plus

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grande, et de procurer une plus grande gloire à Dieu son Père. En vertu de la nature même des choses, la douleur ne saurait être une raison finale, et on ne peut évidemment l'aimer pour elle-même.

Bien loin d'être une fin elle est le châtiment de ceux qui n'ont pas atteint la leur ; pour eux la peine est permanente et éternelle, et la douleur ne peut plus avoir la nature d'un moyen mais elle est pleine de désespoir. En cette vie où la souffrance n'est que passagère celle-ci peut servir de bien des manières pour atteindre plus efficacement et plus sûrement notre fin dernière.

A l'aide de la même raison qui montre dans la souffrance un moyen et non pas une fin, il est possible de prendre une idée de l'admirable mystère par lequel le Christ a pu unir, pendant sa vie mortelle, les douleurs les plus intenses avec la jouissance du bien suprême.

Car, si la douleur était une fin ou si on la considérait telle qu'elle existe chez les damnés, c'està-dire inéluctable et désespérée, elle ne pourrait exister simultanément avec la vision béatifique et serait contraire à la jouissance de cette vision.

Tandis que si on la regarde telle qu'elle existe en cette vie, c'est-à-dire comme un instrument de gloire et de félicité plus grandes, son opposition avec la béatitude finale disparaît ; la peine temporaire et transitoire se trouve même être subordonnée, comme moyen, à la fin d'une augmentation de la béatitude éternelle.

Dieu a donc donné à l'homme déchu la douleur comme un moyen efficace et sûr de parvenir au salut.

Si même dans l'état d'intégrité l'homme a abusé de la créature délectable pour désobéir et y trouver sa ruine, n'est-ce pas par un effet de sa miséricorde infinie que Dieu, après la chute, ne lui a pas laissé seulement la jouissance des créatures délectables — dont l'usage dans des bornes justes et légitimes est bien plus difficile — mais aussi la douleur dont l'usage excessif n'est pas à redouter, afin de lui faire atteindre plus sûrement sa fin.

C'est aussi comme moyen que le Rédempteur choisit la passion et la souffrance, qu'il les sanctifia et les consacra par son exemple. C'est ainsi que les Saints, en marchant sur ses traces, ont souffert patiemment l'adversité ; bien plus, qu'ils ont aimé et recherché la douleur, parce qu'il est plus facile et plus sûr de souffrir que de ne pas abuser de la jouissance. Ajoutons même que l'usage des biens délectables demande à être tempéré par une sage mortification ou souffrance.

39. Il faut donc tenir pour certain que dès les origines des temps la création visible tout entière et l'ensemble des événements ont été dirigés par Dieu vers le Christ Rédempteur. Cette action divine a été tantôt positive, tantôt permissive, mais elle a fait tout converger vers le Christ et vers l'annonce et la préparation de son règne.

Dieu a créé pour le même but les créatures invisibles ou esprits. En les créant il en fait ses fils adoptifs par ressemblance avec son Fils unique.

Dieu n'ignorait pas qu'un grand nombre de ces esprits allaient déchoir par pure malice et par conséquent d'une manière irréparable. Il prévoyait

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que ces anges tombés chercheraient à entraîner l'homme dans leur rébellion si Dieu n'y mettait obstacle, mais que le péché de l'homme serait susceptible de pardon.

Dieu permit la déchéance de l'homme en vue de sa réhabilitation par le Rédempteur promis, voulant se servir du démon, par un secret admirable de sa sagesse et de sa toute-puissance, pour en faire l'instrument de la rédemption comme il avait été celui de la prévarication de l'homme. Le démon devait servir encore à l'exercice et à la probation de genre humain racheté.

Les anges demeurés fidèles, fixés dans la gloire suivant un nombre et un ordre parfaits, deviendraient les ministres du Christ et de son œuvre de rédemption, les défenseurs et les auxiliaires de l'homme. Ainsi leur était réservé l'honneur de combattre, sur cette terre, avec le Christ et sous ses ordres, celui qu'ils avaient vaincu au ciel, pour jouir enfin, avec le Christ et avec les innombrables générations d'élus, du royaume que le Très-Haut leur a préparé de toute éternité.

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