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SUPPLÉMENT

C'est bien le moment de le faire puisque nous venons d'exposer la doctrine de l'Ecriture au sujet de la production de l'homme. Car, bien qu'en interprétant les Livres saints il n'y ait pas lieu de trouver une contradiction quelconque avec la science humaine — l'écrivain sacré faisant abstraction dans son récit de la science profane, ainsi que nous l'avons dit et que nous le constaterons encore — cependant une multitude de questions, et des plus graves, sont soulevées de nos jours au sujet de l'origine de la vie, de celle des espèces vivantes et de l'homme lui-même. Il n'est pas loisible pour un homme instruit d'y demeurer étranger, d'autant plus que les incrédules usent et abusent d'une science fausse et incomplète pour essayer de battre en brèche la foi et les Ecritures.

Et un certain nombre de chrétiens commettent la regrettable erreur de penser qu'il faille mépriser ou amoindrir les données de la science, pour que la vérité et l'Ecriture demeurent sauves.

C'est ce qui justifie ce supplément qui paraît de prime abord étranger au but de nos méditations, celui-ci n'étant pas du tout polémique ni à proprement parler apologétique ; c'est pourquoi nous donnons le nom de supplément à ces explications. Nous évitons par là d'interrompre par trop la série de nos méditations en les mêlant à des questions et à des disputes de science purement humaine.

Nous parlerons succinctement : l°de l'origine de la vie ; 2° de l'origine des espèces d'êtres vivants ; 3° de l'origine de l'homme.

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De l'origine de la vie

42. 1° Nous posons la question de savoir si, de tout temps, le règne végétal et le règne animal ont existé sur la terre, ou bien si la vie y a commencé, et ce après la création de l'univers matériel inorganique?

La science moderne est, sur le premier point, pleinement d'accord avec la doctrine de la foi. Oui, la vie a commencé sur cette terre.

La science du moins, si non la foi, affirme en outre, sans aucun doute, qu'il y a eu un temps où la terre déjà constituée ne possédait aucun corps organique, aucun germe de vie ni de vie d'aucune sorte, un temps où la terre était vraiment, en ce sens, vide et déserte. Si l'on admet la cosmogonie précédemment expliquée et conforme à la science moderne, ce que nous venons d'énoncer n'a pas besoin de démonstration ultérieure.

La géologie en témoigne à son tour, puisqu'elle démontre par la structure des roches souterraines qui se trouvent partout, que le globe entier fut autrefois incandescent, de façon qu'aucun corps organique n'aurait pu y subsister. Car même les corps composés inorganiques renfermés dans un être vivant, l'eau par exemple, se réduisent, par suite d'une chaleur bien moindre que celle du globe en fusion, à l'état de vapeur ou de gaz, et par conséquent les molécules d'un corps vivant ne pouvaient, sous pareil degré de chaleur, rester unies entre elles.

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43. La vie a donc commencé à la surface de la terre déjà longtemps constituée.

Mais, 2° de quelle manière a-t-elle commencé ; d'où tire-t- elle son origine (1) ? On est surpris de voir comment certains savants antireligieux voulant a priori se passer du Créateur, ne reculent pas, sans parler de leurs pauvres raisonnements, devant des hypothèses" qu'eux-mêmes n'hésiteraient pas,

(1) En supposant même la vie comme possible de toute éternité et possible aussi l'éternité du monde; puisque monde et vie sont nécessairement finis, reste toujours la question : quelle est leur cause et de quelle manière sont-ils causés ?

Au sujet de l'éternité possible du monde faisons cette seule remarque que, s'il s'agit de l'univers et de la vie tels qu'ils nous apparaissent actuellement, se développant d'une manière continue, et variant sans cesse par une succession ininterrompue d'actions vitales et d'autres mouvements mesurés par le temps, il répugne à la raison de penser qu'ils puissent être éternels.

Si par contre on se représentait un monde immobile, beaucoup de ces répugnances tomberaient d'elles-mêmes.

De là diverses réponses ont été données à la question absolue si, oui ou non, un monde éternel est possible, question qui se réduit en philosophie à celle-ci: y a-t-il impossibilité pour la créature, au moins de sa part, d'être produite de toute éternité. Albert le Grand, S1 Bonaventure, d'autres scolastiques et la plupart des t^avants modernes sont pour la solution affirmative.

D'autres, avec S1 Thomas, pensent qu'on ne peut prouver ni la possibilité ni l'impossibilité d'un monde éternel, et que la foi seule affirme que le monde a eu son commencement.

Inutile d insister ici sur cette controverse. Car nous avons vu qu'il est établi par la foi et la raison que certainement la vie a commencé de fait, et la science prouve que son origine est même relativement récente à la surface de la terre constituée depuis un long espace de temps.

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en toute autre occurrence, à rejeter comme surannées, absurdes, puériles, et certes purement gratuites et indignes d'une science sérieuse, en sorte que les incrédules, par suite de l'inanité même de leurs hypothèses, établissent malgré eux la nécessité de l'intervention du Créateur.

Par exemple, pour ne pas insister sur l'hypothèse possible mais pas du tout probable, en vertu de laquelle le globe terrestre aurait, dans son mouvement à travers les espaces, reçu des germes de vie provenant d'astres différents — hypothèse qui ne résout pas la question mais la recule, car d'où la vie était-elle venue dans ces autres astres ? — tous les matérialistes sont obligés d'avoir recours à l'hypothèse de la génération spontanée ou autogonie (aikovévsa-',ç) (1).

Or, consultons la science expérimentale. Après des expériences multiples, minutieuses, faites avec la plus grande exactitude, surtout par l'illustre Pasteur, il est aujourd'hui établi que tous les êtres vivants même les plus inférieurs et les plus imparfaits, qui ont fait l'objet de l'enquête des savants, sont issus d'un germe vivant de leur espèce. Par contre, on n'a pu constater jusqu'au jour présent qu'un être vivant, si imparfait soit-il, soit autogone ou issu spontanément de la matière inerte ; aucun n'a pu être produit jusqu'ici de la

(l) La génération ne pouvant être que la naissance d'un être vivant d'un autre être vivant, ces termes sont impropres mais admis pour l'usage. Quelques savants emploient le mot abiogénèse (naissance d'un être non vivant), ou même celui d'antigénèse (naissance opposée à la génération).

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matière brute, en l'absence d'un germe de vie, par l'application de n'importe quelles forces physiques ou chimiques de la nature.

Cette expérience posée, procédant par voie d'induction, et se basant sur le principe de lastabilité et de l'universalité des lois de la nature, on est autorisé à conclure que s'il existe des êtres vivants encore plus rudimentaires, à la limite de séparation du règne minéral d'avec le règne végétal, ces êtres ont cependant pour principe un germe vivant, quelque élémentaire soit il, et qu'il en a toujours été ainsi.

Que si l'on parvenait à découvrir les vestiges du premier spécimen, par ordre chronologique, d'une série d'êtres vivants, ces vestiges prouveraient la nature et peut-être l'époque de l'apparition de cet être, mais ils ne résoudraient aucunement la question de l'origine de cet être, ni de la manière dont il est arrivé à l'existence.

Et si l'on découvrait le tout premier être vivant, le protoplasme vivant (1) le plus élémentaire, la question se poserait encore : Où ce protoplasme a-t-il puisé la vie ?

(1) Le matérialiste Haeckel, partisan acharné de la génération spontanée, crut à la découverte de ce protoplasme trouvé en 1868 au fond des mers, et que Huxley nomma solennellement le Bithybius Haeckeli.

Le triomphe fut de courte durée. Il fut démontré que ce que l'on avait pris pour l'être vivant primordial, l'intermédiaire entre la matière brute et la matière vivante, où la vie naît spontanément, n'était en réalité que des mucosités excrétées par les éponges, ou un composé inorganique, un précipité de sulfate de chaux. Ce qui fit que Huxley lui-même rit de son

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Si ce protoplasme est dépourvu de vie, il faudrait démontrer comment il peut en être la source, et de quelle manière, sans aucun germe, la vie se produit en lui. Il faudrait prouver au moins le fait de cette production. Personne n'est arrivé jusqu'à présent à faire cette démonstration.

44. On pourrait objecter que rien n'est cependant démontré au sujet de l'impossibilité du passage de la matière brute à l'état de corps vivant. Examinons cette possibilité.

A cette fin comparons, à la lumière des sciences naturelles et expérimentales, les caractères des êtres vivants avec ceux des êtres non vivants, pour raisonner ensuite la chose avec le secours de la philosophie.

L'analyse chimique montre que le corps de tout être vivant est constitué par un petit nombre d'éléments toujours les mêmes : le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote, auxquels s'ajoutent d'ordinaire le soufre et le phosphore. Ces éléments sont combinés en proportions définies, doués des mêmes forces et soumis aux mêmes lois que dans les êtres inorganiques.

Mais les physiologistes et les chimistes ne peuvent opérer que sur des cadavres afin d'en dissoudre et analyser les éléments, et d'en étudier les forces, chimiques et physiques ainsi que les lois qui les régissent.

Inversement et procédant par synthèse, ils sont

Bathybius. Cette histoire fut en effet ridicule.

Que prouverait d'ailleurs au sujet de l'origine de la vie, la découverte d'un protoplasme quel qu'il soit?

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arrivés à produire artificiellement certains corps organiques de la nature, tels que l'alcool, le sucre et autres, mais de nouveau des corps privés de vie ; jamais ils n'ont réussi à produire un organisme vivant. Pareilles expériences n'atteignent donc jamais la vie.

Si nous considérons les choses au point de vue philosophique, rien d'étonnant en vérité s'il se trouve des caractères communs entre les corps des êtres vivants et les êtres inorganiques, la matière première étant l'élément universel commun à tous les corps. Mais, de même que les éléments inorganiques diffèrent entre eux et que les composés inorganiques se différencient de leurs éléments pris à part, par la forme ainsi que par la disposition de la matière à raison de cette même forme ; de même, a fortiori, la forme vivante fait-elle qu'un être vivant diffère de nature d'avec un être non vivant, et suppose-t-elle une disposition autre de la matière, de façon que cette disposition de la matière soit différente dans l'être doué de vie et dans le plastide inanimé; et que ce même plastide quand il est privé de vie ne soit soumis qu'aux seules forces chimiques et physiques, tandis que vivant, il est régi de plus par les lois spéciales de la vie.

45. C'est ce que nous allons expliquer en continuant notre étude sur les différences que l'on constate entre les êtres vivants et les êtres non vivants.

La science biologique nous apprend que le plastide vivant est composé de cellules, et que même chaque cellule possède une structure spéciale absolument nécessaire à la vie, structure très-

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instable et très-variable dans chaque individu, de manière qu'il est quasi impossible de diviser mécaniquement un composé de cellules, et que certes la cellule individuelle ne peut être divisée ni même comprimée sans perdre la vie.

Par contre, les corps minéraux et inorganiques possèdent, il est vrai, une structure propre, mais stable, variant peu dans la même espèce, en sorte que les corps bruts sont pour ainsi dire mécaniquement divisibles à l'infini en parties de même nature.

De plus, les phénomènes de nutrition et d'assimilation propres aux êtres vivants, même les plus imparfaits, sont des phénomènes tout particuliers. En effet, tandis que le corps brut, quand il est soumis à la réaction chimique, perd de ce qui lui est propre lorsqu'il est modifié, et se transforme en un autre corps, le plastide vivant, sans cesse soumis à des réactions semblables, n'est ni diminué ni transformé par elles, mais conservant sa forme et sa nature propres il s'assimile les autres corps et en bénéficie pour se nourrir et pour se multiplier.

Cela étant, ne sommes-nous pas autorisé à conclure par voie d'induction que, vu la constance des lois de la nature, le corps brut, aussi longtemps qu'il sera soumis aux seules forces physiques et à la réaction chimique, continuera sans cesse à perdre du sien pour être transformé en d'autres corps et pour produire d'autres corps bruts, mais ne parviendra jamais à monter au degré de corps vivant ?

Par contre, le plastide vivant, précisément à raison de sa forme différente, supérieure aux formes

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purement inorganiques et plus parfaite qu'elles, tout en restant soumis aux forces et aux lois physiques et chimiques, n'est cependant pas régi par elles seules dans son activité, mais il réagit sur * elles d'une manière déterminée à lui propre, comme être vivant, et les dirige à son avantage vers sa fin propre de conservation et de nutrition, d'évolution et de multiplication.

46. D'après ce qui précède la possibilité du passage spontané d'un corps brut à l'état d'être vivant paraît déjà fort peu probable. Mais un argument bien plus efficace contre cette thèse nous est fourni par l'évolution de tout germe vivant jusqu'à ce qu'il atteigne l'état de l'individu parfait de son espèce. Le voici. N'importe quelle cellule-germe, tant petite et rudimentaire soit-elle, arrive par une transformation progressive, par des phases plus ou moins longues, à se développer en individu parfait, en vertu de lois constantes et invariables et pour une même finalité, c'est-à-dire pour la reproduction d'un individu semblable à son ascendant.

Cette évolution ne trouve sa raison suffisante ni dans les éléments chimiques dont le germe se compose, ni dans les forces physiques qui agissent sur lui. Elle est commune à tout être vivant, mais son mode est variable à l'infini puisque chaque espèce a un mode d'évolution qui lui est propre.

On peut constater dans chacune des phases de modification du germe l'action des forces physiques et celle des réactions chimiques qui s'y produisent, mais par ces seules forces on ne peut s'expliquer même la plus petite de ces mutations. Sûrement,

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la succession des évolutions du germe ne dépend pas des forces physiques ni chimiques, puisqu'elle tend d'une manière constante vers une finalité déterminée malgré la variabilité multiple des influences subies, de sorte que cette évolution, tout en étant soumise à ces forces aveugles, s'en sert en même temps pour atteindre sa fin aussi bien que ne le ferait une cause intelligente.

Tout ceci démontre que la matière inerte diffère du corps vivant de telle sorte, qu'il faut admettre dans le corps brut l'absence, le défaut d'un principe qui l'élève au degré de corps vivant, et cette démonstration est basée sur des faits certains, résultant de l'observation et de l'expérimentation.

Au contraire, rien jusqu'à ce jour ne fait soupçonner, même de loin, la possibilité du passage du corps brut à l'état d'être vivant.

Nous disons donc en concluant : si la génération spontanée ou autogonie n'est pas impossible, elle demeure du moins dépourvue de toute probabilité.

En vérité, si nous raisonnons d'après les seules données actuellement certaines de la science, il est permis d'affirmer que semblable autogonie n'existe pas et qu'elle est très-probablement impossible.

Pour pouvoir en douter, il faut recourir à l'inconnu et à des secrets improbables de la nature.

47. Mais ne pourrait-on pas dire qu'il reste quelque doute au sujet de l'impossibilité de la génération spontanée et en appeler à l'opinion des philosophes anciens et des scolastiques qui paraîtraient avoir admis le fait de la génération spontanée, et auraient essayé d'en rendre raison ? On ne

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peut penser, dira-t-on, que d'aussi grands génies aient accepté cette théorie si son impossibilité eût été manifeste.

Nous répondons qu'il est permis de douter que l'accord des anciens auteurs à ce sujet ait été aussi unanime et aussi défini qu'on veut bien le dire (1).

Mais accordons qu'il en soit ainsi. Encore fautil bien remarquer que les savants de l'antiquité ont accepté cette opinion, de même que celle des quatre éléments et d'autres notions erronées sur les phénomènes naturels, comme une théorie que personne ne mettait en doute et que l'on admettait sans ex-

(i) Il ne nous paraît pas établi que les Anciens aient admis que des plantes et des animaux sont engendrés de la matière brute, au sens des matérialistes modernes. S1 Augustin par exemple, croit : « que des germes occultes sont cachés dans les éléments» (De Triait., 1. III, ch. 8), et il ajoute un peu plus loin : « Bien que nous ne puissions le voir, nous le conjecturons par la raison ; car, si les éléments ne possédaient une espèce de puissance semblable, comment la terre produiraitelle ce qu'on n'y a pas semé? »

Quelques auteurs paraissent restreindre l'autogonie à la production de vers ou d'insectes dans un cadavre, ou à celle de champignons dans les plantes putréfiées ; ce qui semblerait indiquer que, dans leur pensée, le premier être vivant n'est pas né par génération spontanée.

L'opinion d'Aristote sur ce point — opinion à laquelle la plupart des Anciens en ont référé — est assez obscure, et beaucoup l'interprètent au sens que les êtres vivants ne procèdent que d'un être vivant. (Voir là-dessus Fortonius Lycetus, Deortu animât humanae, praes. 1. 1, c 50; Senneutus, Hyponeuma 5, praes. c. 2 et 6, et De origine et natura animarum in brutis sententiae cl, theologoram in aliquot Germaniae academiis, qaibus simul D. Sennertas a crimine blasphemiae et haereseos a J. Freitagio ipst intentato absolvitur, praec.

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périmentation aucune, ou plutôt comme ayant été induit en erreur par des expériences rudimentaires et trompeuses (1).

Ces opinions fausses une fois admises, ils se sont efforcés d'en rendre raison d'une façon digne en tous points du fait erroné lui-même, c'est-à-dire par des arguments vagues et sans poids, en appelant à une influence des corps célestes très-indéterminée et que nul ne pouvait constater.

Tout cela ne prouve, en somme, rien au sujet de la possibilité de l'autogonie, question qu'ils n'ont

Responsio fac. theol. in acad. Argentinensi, p. 107 et sqq.).

Ce qui prouve que les auteurs anciens n'ont pas admis la génération spontanée selon la signification que lui attribuent les matérialistes modernes, c'est que ces auteurs ne considéraient pas la matière brute ni les forces de la nature inférieure comme cause efficiente de cette sorte de génération. Ils l'attribuaient aux corps célestes incorruptibles, que les uns considéraient comme animés, et les autres comme étant mus par des esprits.

(1) Nous donnons ici, par manière de récréation, un exemple de ce genre d'expérience. Nous le prenons chez Sylvestre Maure (Qaaestiones philos., t. III, q. 36 de generatione), où il veut prouver que, de même que les éléments peuvent être mus vers la forme plus parfaite de corps composés et les plantes vers la forme d'animaux, de même aussi certains corps composés bruts doivent pouvoir être mus par les corps célestes vers la forme vivante.

Il ajoute: « Jean Baptiste a Porta confirme cette théorie au moyen d'une expérience faite par lui. Ayant extrait de la terre de fondements très-profonds d'édifices, et ayant exposé cette terre au grand jour dans des lieux très-élevés auxquels des graines ne peuvent être amenées, après peu de jours des herbes de diverses natures et propres au sol napolitain y ont germé ; donc » !

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pas examinée ex professo ni même songé à examiner, Terreur de fait étant admise par eux.

Mais certes il n'en serait plus de même si, connaissant comme nous par des expériences probantes que le fait de l'autogonie n'est pas établi, qu'au contraire tous les cas, multiples et divers, qui semblaient favorables à l'autogonie en ont prouvé la fausseté, les Anciens avaient, malgré tout cela, examiné la possibilité de ce même fait et reconnu cette possibilité.

48. Cependant, direz-vous, n'est-il pas surprenant que tant d' hommes d'une intelligence géniale aient pu ignorer si grossièrement les choses de la nature, et qu'ils n'aient pas été avertis, du moins par la force de la logique, d'erreurs si manifestes pour nous? Répondre à cette question est une digression que nous ne considérons cependant pas comme superflue.

Il importe de noter que les philosophes anciens, et surtout les scolastiques, concentraient toute la puissance de leur génie sur les causes dernières et les plus élevées des choses, sur l'étude de la métaphysique et de la morale. Les Scolastiques notamment le faisaient en vue de l'explication de la doctrine catholique.

Ils s'occupaient peu de l'étude des sciences naturelles et expérimentales en elles-mêmes et pour elles-mêmes. Par contre, les savants des temps modernes se sont adonnés tout entiers aux sciences naturelles, et ils ont peu brillé en ce qui concerne la philosophie et les sciences morales.

Quant à dire que la logique seule aurait dû re-

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tirer les Anciens de leur erreur, si l'on veut parler de la logique formelle et des lois du raisonnement ils les ont suivies très-exactement; et celui qui penserait par exemple trouver S1 Thomas en défaut sous ce rapport devrait présumer qu'il se trompe lui-même en l'interprétant. Au contraire, les savants modernes qui s'occupent de sciences naturelles ne pèchent que trop fréquemment par l'absence plus ou moins grande de logique et se servent de raisonnements trop souvent défectueux.

La rectitude du raisonnement ne suffit pas pour mettre à l'abri de toute erreur, bien que le vieil adage errare humanum est s'applique aussi en matière de dialectique. Mais de très-bons dialecticiens se trompent parfois par défaut d'attention ou de recherches suffisantes.

Il est au pouvoir de l'homme — pouvoir physique et éloigné bien entendu — d'éviter les erreurs chacune en particulier, s'il n'énonce un jugement quelconque que lorsqu'il en est sûr d'une manière réflexe ; sinon il faudrait dire que 1 intelligence n'est pas née pour la vérité et qu'il n'en existe pas de critérium. 11 est de même physiquement possible d'éviter tout péché véniel, sinon il n'y aurait pas de péché dans l'acte qu'on ne pourrait éviter de cette manière.

Mais s'il s'agit du pouvoir moral et prochain, il n'est pas donné à l'homme d'éviter tous les péchés véniels non plus que toutes les erreurs.

Ces explications nous paraissent suffisantes pour la justification de ce que nous avons avancé.

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