Les partisans mêmes de l'évolutionisme
(1) N'y-a-t-il pas exagération à parler ici de millions? Où sont les millions de fossiles retrouvés d'espèces dûment constatées comme disparues ? Il faut d'autant plus de prudence pour affirmer ces disparitions, qu'on retrouve parfois vivantes des espèces traitées autrefois d'éteintes. C'est le cas, par exemple pour l'okapi trouvé vivant au Congo et dont on peut voir un exemplaire empaillé au musée du jardin zoologique d'Anvers.
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modéré ou spiritualiste, et ceux qui sont portés à l'accepter, comme Guibert (1), avouent que ces raisons de convenance n'ont qu'une médiocre valeur, mais ils prétendent que d'autres arguments sont d'un plus grand poids, surtout celui que l'on tire de la présence des organes rudimentaires.
Nous n'avons plus à nous y arrêter ayant longuement discuté la valeur de cet argument. Mais ici se place une observation particulière à l'homme. C'est que l'artiste souverain, lorsqu'il créa l'organisme humain, le plus parfait de tous, s'est proposé avec raison et avant tout, non seulement l'utilité mais la beauté de son œuvre. De plus, cet organisme étant destiné à être gouverné par une âme douée d'intelligence et de volonté, Dieu a voulu qu'un plus grand nombre d'organes, surtout d'organes moteurs, fussent employés, je dirais volontiers moins automatiquement, que par les autres animaux ; et, en ce qui regarde les fonctions utiles et les opérations du corps, qu'elles fussent plus dépendantes, chez l'homme, de la raison et de la volonté, avec le secours d'organes corporels plus parfaits, comme les mains par exemple.
Dieu a laissé également à la raison humaine le soin de pourvoir, dans certains cas, à des besoins auxquels il a veillé lui-même pour les animaux privés de raison.
On comprend, en tenant compte de toutes ces choses, que les organes et les parties du corps que
(1) Voir l'ouvrage cité, p. 203 vers la fin et p. 213.
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les évolutionistes regardent comme rudimentaires( 1 ) chez l'homme, ne doivent pas être attribués à l'atrophie qui se serait produite chez une espèce animale dont l'homme descendrait.
Il importe d'ajouter, ce que nous savons par la foi seule, que l'homme a été créé dans un état d'intégrité, et qu'il est tombé par sa faute dans son état présent. Or, dans cette condition primitive ses nécessités étaient beaucoup moins grandes, et par contre son empire sur le corps beaucoup plus parfait. Et si Dieu, dans l'état réhabilité de l'homme, n'a pas jugé bon de lui rendre cet empire, et si cependant il ne lui a pas enlevé ses nécessités et ses besoins, c'est que Dieu a disposé les choses de cette façon pour d'excellents motifs que nous avons indiqués.
Une dernière raison et qui aurait bien sa valeur dans l'état de nature pure, c'est que Dieu a voulu rappeler à l'homme le devoir de soumettre la partie animale à la raison. Rien ne pouvait l'en faire mieux souvenir que les nécessités et les besoins qu'il doit vaincre ou apaiser par sa volonté et par sa raison, alors qu'il voit les animaux exempts de ces besoins, la nature y pourvoyant pour eux.
95. Enfin, il y lieu de s'étonner que certains évolutionistes (2) en appellent à l'autorité de
(1) Nous les avons indiqués ci-dessus en traitant cette matière.
(2) Guibert {Les origines, 2e édit., p. 203 en note) cite le P. Zahm, L'évolution et le dogme, t. II, p. 233, lequel, dit-il, prétend que « l'origine du corps d'Adam par dérivation est une conception qui s'harmonise avec les principes énoncés par le grand évêque d'Hippone et par l'Ange de l'Ecole. »
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St Augustin et de S* Thomas en faveur de leur opinion. Ils citent, comme témoignage principal, les paroles suivantes de S* Thomas, II Sent., XII, q. 1, a. 2: « En effet, St Augustin veut que, dès le principe même de la création, certaines choses ont été distinctes en leurs espèces, dans leur nature propre, comme les éléments, les corps célestes et les substances spirituelles; mais d'autres seulement dans leurs raisons séminales, comme les animaux, les plantes et les hommes, qui tous ont été produits dans la suite en leurs natures propres. »
Qui ne voit que ces paroles n'atteignent pas même la question qui nous occupe?
Ne disons-nous pas nous aussi, avec S1 Thomas et avec S* Augustin dont le Docteur angélique rapporte les paroles, qu'au début de la création, seuls les corps élémentaires (pour omettre les substances spirituelles, et les corps célestes qui étaient considérés par les anciens comme des corps simples et incorruptibles) ont été distincts chacun en sa propre espèce; et que, dans la suite, les animaux, les plantes et l'homme même, quant au corps, ont été produits, dans leur nature propre, de ces éléments premiers? De sorte qu'au début de la création ils n'existaient pas dans leur nature propre, mais seulement comme étant d'une certaine manière générale contenus, selon leurs raisons séminales, dans les éléments matériels préexistants dont ils furent tirés ensuite.
96. Ces données sur l'origine de l'homme nous paraissent suffisantes.
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Cependant avant de reprendre le récit du livre de la Genèse et de parler de la propagation du genre humain, il convient d'examiner encore un point, à savoir : Ce que la science humaine peut nous fournir de renseignements au sujet de l'unité de l'espèce humaine et de la descendance du genre humain de nos premiers parents.
Quant aux Livres saints, ils nous disent clairement, et la foi nous enseigne, qu'un seul homme a été la souche du genre humain tout entier.
Cependant, nul n'ignore qu'il existe maintenant des races humaines diverses. Les classer est chose difficile et matière à discussion entre les savants, qui ne sont pas du même avis sur le caractère dlstinctif dominant de ces races.
Ce désaccord prouve suffisamment qu'on n'y découvre aucun caractère distinctif évidemment et nettement dominant, et insinue déjà que, grâce à plusieurs caractères semblables, ces races se fondent tellement qu'il ne peut tout au moins être question de diversité d'espèce.
On est à peu près d'accord aujourd'hui pour compter trois ou quatre races humaines, se distinguant notamment par leur couleur à laquelle elles empruntent leur nom. Ce sont : la race blanche, la race jaune, la race noire et la race rouge.
Avant que les théories de l'évolution eussent surgi, une question unique se posait: celle de l'unité de l'espèce humaine ou de l'unité de son origine. Car nul ne doutait de ce que des individus tenant leur origine commune d'un couple primitif ne fussent de la même espèce ; et, inversement,
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que tous lesindividus de même espèce ne descendissent d'ancêtres semblables à eux-mêmes, et finalement d'un seul et même couple.
Mais depuis que la notion de l'espèce a été embrouillée par les évolutionistes, il vaut mieux maintenant faire abstraction de l'unité d'espèce et chercher directement à approfondir l'unité d'origine. C'est là toute la question, même pour nous qui, de l'unité d'origine, concluons à l'unité de l'espèce. Il s'agit de savoir si la science nous fournit des arguments capables de contredire l'origine commune du genre humain, que l'Ecriture nous affirme être issu tout entier d'un premier couple. Et cela indépendamment du nom que les évolutionistes donnent aux différentes classes d'hommes, qu'ils les appellent variétés, races, ou espèces.
97. Voici les conclusions de la science moderne au sujet desquelles il n'y a aucune divergence sérieuse entre les savants :
« En appliquant aux groupes humains les lois biologiques qui régissent les animaux et les végétaux, on arrive aux résultats suivants : 1° les différences qui caractérisent les races humaines sont moins importantes que celles qui différencient les races animales et végétales dont l'identité d'origine est avérée; 2° entre les groupes humains existent des ressemblances anatomiques, physiologiques et psychologiques dont l'unité d'origine peut seule rendre compte; 3° enfin, les facteurs qui concourent à créer les races animales et végétales agissent aussi sur l'homme, et leur action
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est très-suffisante pour expliquer qu'un type primitif unique ait pu donner naissance aux races divergentes que nous connaissons (1). »
En terminant ce supplément déjà long, nous rentrons comme de plain pied dans l'histoire primitive de la propagation du genre humain par nos premiers parents.
(1) Guibert, Les origines, 2e édit., p. 255. — Celui qui désirerait lire l'explication et la démonstration de ces conclusions consultera utilement le même ouvrage.