‹ Méditations théologiquesChapitre 19 sur 50 · CARACTÈRE DU LIVRE DE LA GENÈSE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DU LIVRE DE LA GENÈSE

comme étant celui d'où devait naître le Messie promis. Ainsi dans la première section où sont décrites ce qu'il appelle les générations du ciel et de la terre, toute la narration a trait finalement à la chute de l'homme et à la promesse du Rédempteur. En effet, l'auteur raconte comment la terre, dépourvue d'abord d'ornements et d'habitants, a été pourvue par Dieu de plantes et d'animaux en vue de préparer le séjour de l'homme. Il décrit ensuite la création d'Adam, la plantation du paradis terrestre qu'Adam devait habiter et cultiver, la formation d'Eve, le bonheur de nos premiers parents, leur triste chute, et enfin la promesse du Rédempteur et le châtiment des coupables.

Il ajoute la naissance des premiers enfants d'Adam et d'Eve ; il raconte en peu de mots l'histoire de Caïn et d'Abel dans laquelle se profilent déjà les conséquences de la chute. Il expédie brièvement la généalogie de Caïn comme étant celui dont le Sauveur ne naîtra pas, afin de poursuivre plutôt l'enchaînement de la généalogie d'Adam par Seth. De même que plus loin, après la généalogie des fils de Noé, ilénumère particulièrement les générations de Sem par Arphaxad dont naîtra Abraham.

Et de nouveau, après avoir indiqué sommairement la généalogie d'Ismaël, il expose les générations d'Isaac; puis ayant énuméré simplement la généalogie d'Esau il rapporte les générations de Jacob ou Israël.

Or, toutes ces choses ne sont pas fondées sur des hypothèses ni sur des conjectures, mais elles sont clairement contenues dans le texte lui-même ;

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et elles sont à nos yeux une marque certaine de l'unité de but de l'écrivain, de l'unité du livre luimême tel que nous le possédons maintenant, et enfin de l'unité d'auteur. Elles manifestent en même temps le caractère propre de la Genèse, qui est bien celui de nous apprendre les origines de toutes choses, avec un rapport spécial au peuple israélite comme étant le peuple choisi par Dieu et d'où devait sortir le Rédempteur.

112. Après ces trois remarques préliminaires revenons à notre sujet pour considérer les faits rapportés dans la Genèse depuis la promesse du Rédempteur jusqu'à la vocation d'Abraham exclusivement (Gen., IV-XI), c'est-à-dire, en résumé, le péché de Caïn et sa généalogie ; la généalogie d'Adam par Seth, ou des Séthites, dans laquelle on fait observer la longévité de ceux-ci avant le déluge ; la corruption des hommes après leur multiplication ; leur châtiment par le déluge, Noé le juste et ses enfants exceptés; la généalogie des fils de Noé et leur dispersion ; la généalogie de Sem par Arphaxad jusqu'à Abram destiné à être élu pour père du peuple de Dieu et à recevoir le nom d'Abraham.

C'est donc la seconde époque du monde que nous considérons dans ce chapitre deuxième, notre but étant toujours de démontrer comment, pendant ce laps de temps, la Providence divine a dirigé toutes choses vers la venue du Christ le Sauveur promis.

les temps avant la vocation d'abraham 201 Article Unique

Comment depuis la promesse du Rédempteur jusqu'à la dispersion des hommes après le déluge tous les événements ont été dirigés vers la venue du Christ (Gen., 1V-XI)

113. Un ordre surnaturel différent commence à la promesse du Rédempteur : celui de la réparation future par le Christ. Dans cet ordre tout converge vers la venue et vers la passion du Sauveur, et, selon la diversité des temps, des moyens divers sont prescrits par lesquels les hommes pouvaient se sauver en vue de la satisfaction et des mérites futurs du Christ.

Dans cet ordre nouveau Dieu ne régit plus les hommes immédiatement et par lui seul, comme avant la chute, mais plus spécialement le Verbe de Dieu, en sa qualité de Rédempteur futur, par le ministère des anges. C'est ainsi que dans les théophanies apparaissent parfois le Verbe lui-même, parfois les anges en son nom et par son autorité (1). Il faut se garder de confondre cette action providentielle du Verbe par le ministère des anges avec le mouvement naturel inhérent aux choses créées sous le gouvernement de Dieu. Il ne faut pas non plus entendre cette action spéciale du Verbe de la sanctification ni de la motion intérieure de la grâce qui sont attribuées plutôt à l'Esprit saint, mais seulement de toute intervention extérieure ayant pour but la constitution du règne du Christ attendu, tels

(1) Cf. Detheophaniis sub velere testamento, dissert, doctoralis Ph. Van den Broeck.

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que la législation, la doctrine, les miracles, les prophéties, etc.

Cette intervention de la Providence divine et les moyens institués en vue du salut du genre humain se diversifient selon les temps.

C'est ainsi qu'avant le déluge et pour des raisons conformes à la sagesse divine que nous indiquerons, les sacrements de l'état de nature et la loi naturelle, connaturels il est vrai à l'ordre de la grâce, existaient presque seuls.

Après le déluge, quelques rites positifs s'y ajoutent déjà, tels ceux que Dieu prescrivit à Noé (Gen., IX, 4) ; on le constate surtout après la vocation d'Abraham auquel Dieu propose entre autres le sacrement delà circoncision {Gen., XVII, 10 ss).

Pareillement, avant la vocation d'Abraham l'action divine par rapport aux événements préparatoires à la venue du Messie est plutôt négative, consistant à ne pas mettre obstacle à certains faits et actions, mais à partir de la vocation d'Abraham elle devient positive. Je m'explique: avant cette vocation, Dieu a préparé la venue du Christ moins d'une façon positive qu'en n'empêchant pas les suites du péché d'Adam, de sorte que le genre humain se précipitât de plus en plus vers sa ruine, que la puissance du démon augmentât, que son empire s'étendît, et qu'ainsi la venue du Christ apparût de plus en plus nécessaire et le devînt en effet.

Dieu voulait que le Rédempteur vainquît le démon lorsque celui-ci était parvenu à l'apogée de sa puis sance pour le mieux confondre et pour que

les hommes, tombés an fond de l'abîme du mal et dans un état presque désespéré, sentissent mieux ét estimassent davantage le bienfait de la rédemption. Cette décadence universelle préparait la voie au Rédempteur pour prouver avec plus d'évidence sa mission providentielle en guérissant tous les maux, en portant remède à toutes les misères, et en même temps pour subir le plus ignominieux des supplices, au moyen duquel, contre toute prévision et espérance humaines, il régénérerait le monde et instaurerait toutes choses.

Ceci explique pourquoi la Providence a laissé toutes les nations, un seul peuple excepté, marcher dans leurs voies (v. Act. Apost., XIV, 15), et comment l'histoire de l'antiquité — hormis celle du peuple de Dieu — demeure enveloppée d'ombres épaisses et n'est presque d'aucune importance pour l'humanité rachetée par le Christ.

La venue du Christ dépendait donc, dans les arcanes des conseils divins, du moment où l'empire du démon serait parvenu à son plus haut point; c'est pourquoi, plus cet empire croissait, plus Dieu voulut rendre manifeste la venue du Christ, tant pour honorer le Sauveur lui-même qu'en vue du salut des hommes que Dieu voulait toujours rendre possible. C'est pourquoi Dieu n'a pas élu plus tôt, en la personne d'Abraham, un peuple qui fût aux yeux de tous le signe du Messie attendu et qu'il n'a choisi ' ce peuple qu'au moment où les nations, s'étant multipliées et dispersées dans différentes régions et parlant des langues différentes, étaient toutes

asservies au culte des faux dieux; alors seulement, avons-nous dit, à la plus grande gloire du Christ et en vue du salut du genre humain, fut élu non un homme mais un peuple destiné à être un signe manifeste et public du Messie espéré.

114. Afin de montrer plus clairement l'action de la Providence divine pendant cette époque, entrons dans certains détails des événements en suivant les jalons que nous avons posés dans les considérations générales.

Et d'abord, Dieu n'a pas voulu empêcher les conséquences de la chute d'Adam, en particulier le péché de Caïn. Après sa faute Dieu chassa celui-ci de devant sa face, ainsi que tous ses descendants, lesquels privés des enseignements d'Adam et de la société divine sont devenus rapidemeut charnels et sont tombés dans la corruption complète.

Il faut noter ici la double conséquence de la condition où se trouvaient les hommes avant le déluge.

Bien que devenus sujets à la mort, ils étaient encore beaucoup plus robustes que ceux qui vécurent après le déluge, exempts de beaucoup d'infirmités et doués d'une longévité remarquable; leurs aliments étaient plus sains et plus nourrissants et l'air était plus pur. De là la concupiscence était moindre même pour les choses défendues, leur esprit plus ouvert et leur volonté pour le bien plus stable.

Il en résultait un effet double.

D'une part, leur vie étant plus longue et exempte de beaucoup de misères corporelles, les hommes

en vinrent à oublier l'observation des commandements de Dieu et s'adonnèrent plus facilement aux jouissances de la chair, principalement les descendants de Caïn exclus de la société divine et de la prédication d'Adam. Le reste des hommes ne tarda pas à suivre les mêmes voies surtout après la mort d'Adam, et par suite aussi de la compagnie et des exemples des méchants, en sorte que bientôt toutes les pensées de leur cœur étaient portées vers le mal en tout temps (Gen., VI, 5).

D'autre part la longévité des patriarches facilitait le maintien exact de la tradition ; et grâce à leur esprit plus délié, à leur volonté plus puissante pour le bien et à une moindre concupiscence des sens, il était plus aisé aux hommes de connaître les commandements de Dieu et de les observer, et ils étaient par conséquent plus coupables en les transgressant.

Ainsi donc, avant le déluge presque tous les hommes étaient devenus pécheurs bien que non encore idolâtres. Le règne du péché et celui du démon avaient grandi, il est vrai, mais le démon n'était pas adoré, et la vérité divine ainsi que le culte du vrai Dieu avaient été conservés.

C'est pourquoi le moment d'envoyer le Christ n'était pas arrivé. Cependant les hommes méritaient d'être châtiés, à la réserve de quelques justes, et la corruption devait être éteinte tout en conservant l'étincelle du juste dont le Christ naîtrait.

Le châtiment choisi par Dieu fut à la fois trèsjuste et très-miséricordieux. Il envoya les eaux du déluge; de toutes les peines de mort c'est la plus

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douce et celle qui donnait le plus de temps pour se reconnaître et faire pénitence. Car les hommes n'avaient pas péché par impiété contre Dieu mais s'étaient rendus gravement coupables en suivant les mouvements de la concupiscence.

115. Après le déluge Dieu jugea bon de ne pas en empêcher les effets qui sont: la vie devenue moins longue, les passions plus vives et les traditions moins vivaces.

Dieu n'a pas voulu non plus mettre obstacle à la dispersion des hommes ni à leur orgueil qu'il a humilié par la confusion des langues. Il en est résulté un oubli plus marqué de la tradition, une ignorance croissante de Dieu et des choses divines et l'apparition de l'idolâtrie, laquelle en peu de temps devint presque universelle (v. Josué, XXIV, 2).

Le démon triomphait, ignorant les desseins de Dieu qui, abandonnant pour ainsi dire tous les peuples idolâtres, suscita Abraham.

C'était le moment prédéterminé par Dieu pour préparer positivement la venue du Rédempteur. Nous verrons comment cette préparation s'est faite, mais l'heure de la venue du Christ n'avait pas encore sonné.

Il est vrai que le genre humain était bien déchu de la vigueur native de l'âme et du corps laquelle était son partage avant le déluge, déchu aussi de la connaissance de la vérité que Dieu lui avait révélée et du culte divin. Mais il n'avait pas encore éprouvé suffisamment les suites du double bien perdu par lui, à savoir les misères extrêmes de l'idolâtrie et de la nature corrompue ; puis le règne

du démon et du péché devenu universel n'était pa's arrivé à son apogée.

Le Christ n'aurait donc pas encore trouvé les hommes dans un état assez voisin du désespoir et soupirant vers le Sauveur envoyé par Dieu comme vers l'unique espoir de son salut.

Le genre humain n'était pas assez malade pour qu'il fût donné au Christ, en guérissant toute infirmité et en pansant toute blessure, de manifester aux yeux de tous et par des miracles éclatants et sans nombre sa mission divine.

Tous les éléments de sa passion n'étaient pas encore réunis afin qu'il pût souffrir, être livré à la mort par les siens et racheter par cette mort le genre humain tout entier.

Mais la venue du Christ demandait à être préparée positivement. Car l'honneur de la majesté divine et celui du Christ promis réclamaient que le flambeau de la vérité ne fût pas complètement éteint et que la connaissance et le culte du vrai Dieu ne disparussent pas complètement de la surface de la terre. Il importait que l'on se souvînt de la promesse et de l'attente du Messie et que, en considération des mérites futurs du Rédempteur, tout homme de bonne volonté pût se sauver.

C'est pourquoi Dieu choisit Abraham pour être le père du peuple qui serait le peuple de Dieu duquel naîtrait le Sauveur, et qui serait au milieu des nations le signe public et manifeste du Rédempteur à venir, en qui seul se trouve le salut des hommes de toutes les nations et de tous les temps.

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116. Avant de passer à la troisième époque qui commence à la vocation d' Abraham, notons deux points importants signalés au livre de la Genèse, pour l'explication ultérieure desquels nous renvoyons aux exégètes.

D'abord (Gen., IX, 18-27) la malédiction de Cham par Noé ainsi que les bénédictions accordées par le même patriarche à Sem et à Japhet, et plus spécialement la bénédiction de Sem qui contient la seconde prophétie messianique où la descendance de Sem est désignée déjà comme étant celle dont naîtra le Sauveur.

Deuxièmement, au même livre, ch. X, la table ethnographique dont Lenormant écrit (Hist. anc, 1869, p. 96) : « C'est le document le plus ancien, le plus précieux et le plus complet sur la distribution des peuples dans le monde de la haute antiquité. »

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