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CHAPITRE III

Depuis la vocation d'Abraham jusqu'à la mort de Josué c'est-à-dire jusqu'à la constitution du peuple de Dieu

Article I

Considération générale

117. Nous laissons désormais les temps appelés préhistoriques par rapport aux nations de l'antique Egypte, de la Chaldée, de l'Assyrie, etc. Car, à partir de la dispersion des fils de Noé, et certainement à partir d'Abraham, certains monuments et vestiges authentiques de ces nations, récemment découverts, viennent ajouter leur témoignage à celui de l'histoire biblique et commencent à éclairer en même temps le passé de ces peuples païens.

Nous supposons toujours que le lecteur connaît le récit biblique ; le transcrire ici et interpréter des livres entiers dépasserait de beaucoup les bornes de nos Méditations. Notre but est de prouver par les faits les plus connus de l'histoire sacrée que toute l'action de la Providence divine tend à préparer la venue du Messie. Dans cette troisième époque Dieu y fait déjà converger les événements d'une manière positive par la constitution du peuple juif.

Pour mieux édifier et instruire le lecteur, nous

ajoutons en note des témoignages tirés de monuments profanes qui prouvent une fois de plus la véracité de l'histoire biblique.

Nous citons de même quelques opinions de critiques rationalistes au sujet de cette même histoire.

118. Peu d'années après la dispersion des fils de Noé l'idolâtrie avait pour ainsi dire envahi le monde entier, et l'on pouvait prévoir dans un avenir prochain la disparition du culte du vrai Dieu ainsi que celle de la foi au Messie promis.

Ceci ne pouvait entrer, même absolument parlant, dans le plan divin ; mieux eut valu la destruction du genre humain que de permettre son éloignement complet de Dieu. II ne pouvait surtout le* permettre eu égard à l'économie de sa Providence et à l'ordre de la rédemption qu'il avait établi.

Il appelle donc Abraham afin de faire sortir de lui un peuple ayant conscience de sa mission de peuple de Dieu, connu comme tel par les nations étrangères et posé comme signe du culte du Dieu véritable et de l'attente du Messie qui naîtrait dans son sein. Cette double marque du peuple juif, à savoir qu'il était le peuple de Dieu séparé des autres peuples et qu'il était un signe pour les autres nations apparaît partout, tant dans la providence générale de Dieu sur ce peuple que dans sa législation et dans sa constitution.

C'est pourquoi d'une part Dieu a séparé Abram des autres peuples (1), même de ses propres parents

(1) Maspero observe dans son Histoire ancienne des peuples

et de sa patrie, contractant une alliance avec lui et renouvelant à diverses reprises les promesses qu'il lui avait faites. D'autre part Dieu rendit Abram célèbre parmi les Orientaux, le conduisant en Egypte où il traita avec le Pharaon lui-même ; ses descendants y habitèrent durant des siècles, sans pourtant jamais se confondre avec la race égyptienne.

Dieu combla Abraham de richesses et de puissance, ainsi que le remarque le texte sacré et comme le prouvent les faits relatés au sujet de la victoire qu'il remporta sur plusieurs rois. Nous apprenons en effet par la Bible qu'Abraham, de même qu'il fut connu du Pharaon, se distingua plus tard entre les rois de Chanaan, et devint vainqueur des rois Chaldéens et Elamites (1). C'est après cette victoire

de l'Orient classique, T. II, Les premières mêlées des peuples, p. 65, note 1 : « Les noms de Sarah et de Abraham, ou plutôt la forme première Abram, ont été retrouvés, le dernier sous la forme Abourâmou, dans les contrats du vieil empire Chaldéen. » (Halévy. Recherches bibliques, p. 270 ; Sayce, the higher Criticism and the Verdict of the monuments, p. 159).

(1) Les Assyriologues, même rationalistes, ont considéré dès le début le ch. XIV de la Genèse comme étant historique. Par contre, les théologiens ou plutôt les pseudo-théologiens rationalistes ont dénié toute foi historique à ce même chapitre. Mais voici que Pinches a découvert un monument Chaldéen dans lequel sont nommés Chodorlahomor ou Koutourlagamar et deux compagnons de guerre, de sorte que Maspero avoue, loc. cit. ; p. 47-48, note 1 , que : « L'historiographe hébreu a reproduit un fait authentique de la chronique de Babylone », mais il croit devoir ajouter : « auquel on (sic) a juxtaposé un des événements de la vie d'Abraham. » Que penser de cette haute critique !

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que Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Très" Haut, vint au devant d'Abraham (1). Nous y reviendrons.

Nous rencontrons de même cette double note chez les descendants d'Abraham. Car, d'un côté Dieu a fait d'Abraham le père de plusieurs nations, des Ismaélites, des Madianites, etc. par ses femmes secondaires ou concubines Agar, Cethura, etc. en sorte que le nom d'Abraham se répandit partout.

D'un autre côté, Dieu lui donne de son épouse Sara, âgée et stérile, le fils unique de la promesse, l'héritier dans lequel cette promesse s'accomplira et dont naîtra le Messie, en sorte qu' Isaac et ses descendants, séparés des autres enfants d'Abraham, apparaîtront à tous comme les héritiers des promesses divines, comme le peuple choisi de Dieu.

119. Ensuite Dieu agit familièrement avec Abraham : en éprouvant sa foi il lui renouvela ses promesses ; il lui fit entendre les mystères divins et lui révéla les choses futures, dirigeant en même

(1) Voici mieux encore, et comment ce genre de critique peut tour à tour faire disparaître et faire revivre un personnage avec la même aisance. Ecoutons encore Maspero, à l'endroit cité, p. 66, note 6 : « La plupart des critiques admettent que Melkisédeh n'a rien d'historique, mais que le passage où il figure est une sorte de parabole, destinée à montrer le chef de la race payant déjà la dîme du butin au prêtre du dieu suprême, qui résidait à Jérusalem...; les renseignements que les tablettes d'EI-Amarna nous ont fournis sur la vieille cité de Jérusalem., et sur le caractère de ses premiers rois ont déterminé Sayce à rendre à ce personnage son caractère historique »

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temps tous les événements de telle sorte que les personnages qui en remplissaient le cadre, leurs actions et leurs aventures figurassent le Messie futur. Dès ce moment et dans la suite se trouve de mieux en mieux vérifiée la parole de S1 Paul : « Or toutes ces choses leur arrivaient en figure. » (I Cor., XII).

Et S1 Augustin a dit avec raison : « Non seulement les paroles des Saints qui ont précédé le temps de la nativité du Seigneur, mais leur vie, leurs unions conjugales, leurs enfants et leurs actes ont été la figure prophétique du temps où, par la foi en la passion du Christ, l'Eglise se recrute parmi les nations (1). »

Qu'il nous suffise de signaler les figures prencipales : Melchisédech qui par son nom et par sa personne, par son sacrifice et par ses actes figure ou annonce d'avance d'une manière admirable le Christ et le sacrifice non sanglant de la loi nouvelle, comme S* Paul l'expose dans l'Epitre aux Hébreux, ch. VII.

saac (2) dont l'oblation profile parfaitement le

(1) De cat. rudibus, c. XIX, n. 33.

(2) « Son histoire, dit Maspero à l'endroit déjà cité, p. 68, ressemble étonnamment à celle de son père ; comme Abraham il vécut près d'Hébron, où il voyagea avec son clan autour des puits de Béershéba ; comme lui il fut menacé de perdre sa femme ; comme lui il noua des relations avec Abimélek de Gérar. » Cela suffit à la logique rationaliste pour que le même auteur ajoute en note : « La plupart des critiques n'y voient (dans l'histoire d'Isaac) qu'un décalque assez terne de celle d'Abraham ; d'autres pensent au contraire que les épisodes primitifs sont ceux dont Isaac est le héros, et que les parties analogues des deux vies ont été empruntées à la

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sacrifice sanglant de la croix, et toutes les circonstances de ce sacrifice, pourrait-on dire. Joseph (1) vient ensuite, et finalement le peuple

biographie du fils pour augmenter d'autant la biographie du père. »

Donc parce que le fils habite ou voyage dans les mêmes lieux que son père; pirce que, comme son père, il noue des relations avec le même personnage ; parce que, placé dans les mêmes conditions que son père, une même chose lui arrive, ou bien il faut nier que le fils est différent du père, ou bfen il faut affirmer que ces choses n'arrivent qu'à une seule et même personne, soit le père, soit le fils. Haute critique vraiment !

(1) Maspero remarque dans l'ouvr. cit., t II, p. 70. note 2 : « L'histoire de Joseph est contenue dans Gen., XXXVII, XXXIX-XLVI. Le commentaire de Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, T. II, p. 1-227, et celui de Brugsch, Steinschrift und Bibelwort, p. 77-103, donnent l'idée de la façon dont les exégètes et les égyptologues orthodoxes peuvent en défendre l'authenticité par l'usage des monuments anciens. »

Maspero semble dire que cette authenticité ne vaut pas un examen critique ; serait-ce parce qu'il ne voit pas chance de la démolir ? Il se contente d'insérer brièvement l'histoire de Joseph dans son texte, et il conclut en insinuant qu'elle n'est nullement digne de foi. « Un fait subsiste, dit-il. parmi tant de récits gracieux et terribles où les Hébreux de l'époque royale [d'où tient-il que ces narrations appartiennent à l'époque royale ? ] se plaisent à retracer l'histoire de leurs ancêtres lointains: les Bne-Israël abandonnèrent la Syrie méridionale et descendirent aux rives du Nil. »

Le même auteur décrit ensuite la région d'où les Israélites émigrèrent et les divers travaux dont ils s'occupaient comme s'il eût habité parmi eux.

D'où il est permis d'inférer le peu de bonne foi et de logique de la critique rationaliste tant prônée par quelquesuns tandis que, chaque fois qu'il est question de la vérité catholique, elle soulève plutôt un mouvement de répulsion chez tout homme intelligent et loyal.

juif lui-même tout entier lesquels par leur captivité en Egypte, leur délivrance miraculeuse et beaucoup d'autres traits ont symbolisé d'avance et de diverses manières le Sauveur et le salut apporté par lui.

120. Abraham avait joui de la protection et de la société de Dieu; il en fut de même de ses descendants Isaac et Jacob. Bien que celui-ci ne fût pas le premier né, Dieu lui octroie le droit d'aînesse. Après l'avoir élu il l'éprouve, et après avoir renouvelé avec lui son alliance et lui avoir réitéré la promesse du Rédempteur qui devait naître de sa postérité, il l'établit père d'une famille nombreuse, c'est-à-dire de douze fils devenus les chefs ou les patriarches des douze tribus composant désormais le peuple de Dieu.

Par une providence admirable, Dieu conduisit ensuite Joseph en Egypte où il fut rejoint par Jacob et par tous ses enfants, afin que se vérifiât une fois encore la double note que nous avons signalée plus haut: que les Israélites seraient le peuple choisi de Dieu, conscient de son caractère et de sa mission propres, et deviendraient comme tel un signe pour les autres nations, dans cette occurrence pour la puissante nation égyptienne. C'est bien pour ces raisons que Dieu a fait habiter les Israélites parmi les Egyptiens, mais complètement isolés de ces derniers par le langage, par la religion (1) et même

(1) Maspero observe lui-même, ouv. cit., t. II, p. 72, que les enfants d'Israël ont prospéré et qu'ils se sont multipliés en Egypte ; qu'ils n'ont pas été absorbés par la nation égyptienne, comme il est arrivé à beaucoup d'autres peuplades, et que les Israélites y sont demeurés fidèles au Dieu et aux mœurs de leurs pères.

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par le territoire qu'ils occupaient, la terre de Gessen qui leur avait été assignée par le Pharaon et où ils demeurèrent d'autant plus facilement distincts des Egyptiens qu'ils furent en butte à la persécution de ces derniers (2).

La même Providence divine se manifeste dans la sortie d'Egypte, après que les Hébreux s'y furent enrichis et que leurs persécuteurs eurent été dépouillés et châtiés tant en Egypte qu'au passage de la mer Rouge. Elle apparaît toujours davantage dans la conduite, l'alimentation et la protection accordée aux Israélites pendant leur marche dans le désert ; dans la législation, l'alliance et le châtiment au désert ; dans leur introduction dans la terre promise, à proximité des peuples descendant de Loth (Ammon et Moab) et d'Esaû (Edom), les autres nations au delà et en deçà du Jourdain ayant été exterminées ; dans leur entrée, disons-nous, après le passage du Jourdain à pied sec, dans cette terre promise laquelle par sa situation était d'une part vraiment le centre de la terre, et d'autre part suffisamment séparée des pays voisins par ses limites naturelles, les montagnes, la mer et le désert.

Dans la conduite de la Providence tout converge donc vers ce but d'exalter le peuple d'Israël et de le faire connaître parmi les autres peuples. Il devait aussi être séparé du reste des nations; divinement défendu contre toutes malgré son petit nombre, s'il

(2) Maspero rapporte, ouv. cit., p. 70 : « Pharaon les installa dans le canton de Goshen aussi loin que possible des centres de population indigène, car les Egyptiens ont en horreur les pâtres de brebis. »

observait l'alliance conclue avec Dieu ; menacé, au cas contraire, d'encourir les châtiments divins mais sans être complètement détruit en vue de la venue du Rédempteur promis qui devait naître de lui.

121. Personne ne s'attend à trouver dans ces méditations l'explication ni même la simple énumération des figures si nombreuses de la rédemption future par le Messie promis.

Depuis Moïse et la sortie de l'Egypte, elles abondent et sont d'une signification évidente. Les personnes et les choses, la législation mosaïque et l'histoire même du peuple choisi profilent et figurent le Christ et la loi évangélique , ses mystères et l'œuvre entière de la rédemption. Décrire ces symboles en détail demanderait plusieurs volumes. On en trouve du reste des explications étendues dans les ouvrages des Pères de l'Eglise et des Scolastiques.

Contentons-nous d'indiquer ici quelques-unes des figures principales du Messie.

Moïse représente le Christ législateur et sauveur de son peuple; l'Agneau pascal et la manne sont des figures de la Ste Eucharistie; le serpent d'airain annonce la croix qui sauve; le tabernacle de l'alliance et les multiples sacrifices de la loi ancienne font connaître d'avance le culte de la loi nouvelle et son double sacrifice sanglant et non sanglant.

Les figures du Messie continuent à jalonner le récit mosaïque jusqu' à Josué, qui est lui-même une représentation nouvelle du Christ introduisant son peuple racheté dans la terre promise du Ciel.

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L'aveuglement des Rationalistes et autres incrédules, permis par Dieu comme un juste châtiment de leur orgueil, paraît inexplicable. Car ils ont sous les yeux tous les symboles si clairs que nous venons d'énumérer, et ils peuvent en trouver l'accomplissement et la démonstration dans le nouveau Testament. Mais la vérité reste obscure à leurs regards, ils n'en perçoivent pas même une lueur et elle ne parvient pas à les émouvoir. A priori ils excluent tout ce qui a trait à la Providence surnaturelle, et au gré de leurs idées et de leur bon plaisir, écartant le témoignage des Livres sacrés, au mépris même de toutes les règles de la logique et de la saine critique, ils inventent l'histoire et la racontent telle qu'ils l'ont imaginée et voulue.

Ceci est tellement vrai que bien souvent l'on peut prévoir, avant d'avoir rien lu de leurs produits, tout ce qu'il vont dire au sujet de l'authenticité et de l'interprétation de quelque narration biblique. Cette remarque s'applique par exemple aux écrits des Rationalistes sur plusieurs points de l'exode des enfants d'Israël et de leur séjour dans le désert. Et ici il faut noter avec soin combien il est étonnant que la promulgation du décalogue, qu'ils peuvent lire au livre de V Exode, XX (compar. avec Deut., V) ne les impressionne nullement.

Qu'ils fassent abstraction tant qu'ils le voudront et du mode miraculeux de la promulgation et de tout miracle quel qu'il puisse être, la loi du décalogue, telle qu'elle a été publiée par Moïse au témoignage de l'Ecriture, n'est-elle pas admirable au delà de toute expression ? D'autant

plus. qu'en ces temps reculés les nations voisines des Hébreux, même les plus puissantes et les plus civilisées, étaient plongées dans les ténèbres les plus épaisses en matière de religion et dans une corruption de mœurs effroyable? Comment expliquer, sinon par une intervention divine, que la loi d'Israël (1) prescrivît en ces mêmes temps l'adoration d'un Dieu unique et qu'elle indiquât si complètement et avec tant de perfection tous les préceptes de la loi naturelle?

La formule même en est si parfaite dans sa concision que les plus savants ne sauraient en imaginer une semblable.

Voici sur ce point ce que nous avons dit dans Y Exposé sommaire des principes généraux de la science sociale, 3e Partie, ch. I, Aperçu général du Décalogue : « Le décalogue comprend toute la loi naturelle, et dans l'ordre présent la loi connaturelle à l'ordre établi, c'est-à-dire la loi de la nature élevée à l'ordre surnaturel. Ainsi le premier commandement ordonne de reconnaître Dieu le souverain : dans l'ordre de pure nature, il faudrait le comprendre de la reconnaissance par la raison sur le témoignage des créatures ; dans l'ordre présent, il s'agit de la reconnaissance par la foi surnatu-

(1) Les Rationalistes prétendent contre toute raison et contre toute vérité historique que la loi juive n'a pas été promulguée par Moïse, mais qu'elle a été compilée par des faussaires pendant l'exil des Israélites. Ceci ne détruirait pas notre argument étant donné que même à cette époque postérieure on ne pourrait attribuer à cette loi si remarquable une origine purement humaine.

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relie et divine. De même le culte prescrit par le troisième commandement doit s'entendre dans Tordre actuel du culte surnaturel, tel que Dieu l'a déterminé par révélation positive ; et ainsi de suite.

De plus, il faut distinguer entre la loi elle-même et sa formule révélée à Moïse. La loi comprend tout ce qui est prescrit ou défendu à l'homme en vertu de sa nature élevée ; la formule ne peut énoncer pour chaque espèce morale que le précepte principal visant tantôt une action extérieure, tantôt la piarole, tantôt un acte interne. Je dis le précepte principal, soit le plus important pour l'humanité en général, soit le mieux adapté alors au peuple d'Israël, soit celui d'où se déduisent, par voie de conséquence, ou à plus forte raison les autres. Les sages du monde, réunis à l'effet de formuler en dix mots la loi de la nature, ne seraient pas parvenus à composer les deux tables de Moïse !

Dans ce même ordre d'idées, nous pouvons admirer encore la sagesse du législateur divin qui a formulé deux commandements condamnant expressément des péchés internes de désir et d'affection. C'est en effet le propre de la loi divine de porter sur les affections les plus secrètes du cœur, et il était nécessaire de le rappeler à un peuple grossier et charnel qui, bien plus tard, au temps de la venue du Sauveur semblait se contenter de l'observance extérieure, d'après les idées mêmes de ses Docteurs de la loi. Il était nécessaire de le rappeler à tous et dans tous les temps, pour faire rendre hommage à la majesté de Dieu, seul juge souverain auquel rien n'échappe. Mais pourquoi la

mention expresse précisément de ces deux espèces de péchés internes? C'est d'abord parce que toute autre passion, telle que la crainte, la colère, la peur, comme le fait observer S. Thomas, dérive d'une passion de concupiscence, et ensuite que parmi les diverses concupiscences, celle de la chair et celle des richesses sont les seules ayant un objet délectable ou utile que nous convoitons pour lui-même : on ne veut en effet du mal au prochain que pour satisfaire l'une de ces concupiscences ; certes l'homicide, la tromperie sont plutôt un sujet naturel d'horreur, de même que nous aimons naturellement le prochain et la vérité, et ces péchés ne se commettent que pour un but ultérieur à atteindre, pour satisfaire le soif de l'or ou du plaisir sensuel.

Remarquons enfin la belle division et l'ordre admirable des dix commandements. Nous avons vu plus haut, que parmi les moyens immédiats ou les actes, les uns ont pour objet immédiat la fin, Dieu lui-même. Ce sont ceux que dirigent les préceptes de la premièfe table.

Les autres ont pour objet immédiat les moyens éloignés pour la fin, c'est-à-dire les biens que la Providence nous donne pour atteindre notre fin, à savoir les biens extérieurs, qui sont la société de nos semblables — famille, société publique, associations libres — et les biens temporels de la fortune; les biens internes, la vie, les facultés, etc.; les biens mixtes, l'honneur et la réputation.

Les actions donc qui ont pour objet immédiat les moyens pour la fin dernière sont celles que dirigent les préceptes de la d uxième table.

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Les relations immédiates avec Dieu le souverain sont définies sur la première table, les relations des membres de la société humaine entre eux le sont sur la deuxième table.

La reconnaissance de la fin dernière et le culte social, la religion, en un mot, occupe la première place, elle est la base de tout. Ne l'oublions jamais, remontons toujours jusque là. Le premier est le plus grand des commandements, il prescrit le premier et le plus grave devoir à l'homme, créature douée de raison et de libre volonté et à plus forte raison au chrétien : il lui prescrit de rendre à Dieu, premier principe et fin dernière de toutes choses, l'hommage de l'intelligence éclairée par la foi, et l'hommage de la volonté fortifiée et sanctifiée par la grâce. A la suite de ce premier hommage fondamental, vient se placer, dans le deuxième commandement, l'hommage de la parole, le respect du nom du Seigneur ; et enfin, dans le troisième précepte, l'hommage du culte, en reconnaissance des bienfaits reçus, avec l'espoir d'obtenir de nouvelles faveurs.

En tête des sept commandements de la deuxième table figure, comme le plus important, celui qui intime le respect de l'autorité, l'obéissance aux supérieurs légitimes qui, participant de l'autorité divine, représentent Dieu lui-même. Et ainsi, après la religion, vient le respect de l'autorité, lien d'unité entre les membres de la société humaine et sa pierre angulaire sans laquelle l'ordre, la paix, la stabilité sont impossibles.

Cependant le bien-être de la société et son existence même ont besoin d'être protégés par le respect des droits d'un chacun ; ces droits garantissent la possession paisible des biens qui nous sont fournis par la Providence comme autant de moyens pour poursuivre notre fin. Le bien fondamental, qui sert de soutien à tous les autres, c'est la vie. Le cinquième précepte nous commande le respect de la vie, du corps et de ses membres, de la santé, de la liberté du prochain. Si ce précepte divin protège la vie individuelle, le sixième commandement veille au même titre à la conservation de l'espèce humaine, et défend de porter atteinte à la sainteté du mariage, société sacrée instituée par Dieu pour la propagation du genre humain. Les biens temporels sont également nécessaires et utiles à l'homme pour parvenir à sa fin, et la propriété de ces biens est pleinement conforme à la nature, comme nous aurons l'occasion de le prouver. C'est le septième commandement qui sanctionne la propriété. Enfin le bien précieux de la réputation trouve sa défense dans le huitième commandement, qui réprouve en outre tout ce qui blesse la sincérité et nuit à la bonne foi entre les hommes. Nous avons signalé plus haut le neuvième et le dixième commandement.

Remarquons, pour finir, que le code divin, si concis, est néanmoins bien complet. Après le devoir de la religion, après le devoir de l'obéissance à l'autorité, vient la protection non seulement de l'individu et de tous ses biens, mais aussi de la famille, société naturelle, antérieure à la société civile qu'elle con-

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tient en germe, et par voie de conséquence la protection de la société publique elle-même. En effet que faut-il pour protéger efficacement la famille et la société, si ce n'est le respect de l'autorité des parents et des supérieurs, la fidélité des époux, la protection de la vie, de la santé corporelle et spirituelle de tous les membres, le respect de la propriété qui est une garantie de la liberté individuelle, un encouragement du travail honnête, une condition de la stabilité de la société domestique et civile et un soutien de l'esprit de famille. »

122. C'est en transcrivant un texte du rationaliste Maspero que nous terminons cette considération générale sur la troisième époque du monde qui est celle de la constitution du peuple de Dieu. Cet auteur tant vanté parle des douze tribus du peuple d'Isaël, et dejahveh qui seul devait être adoré comme le Dieu véritable, nous venons de le dire.

Nous rapportons ces blasphèmes afin que le lecteur se convainque par lui-même de la valeur qu'il faut attribuer à la critique historique des Rationalistes, qu'il voie ce que sont, pour eux, la logique et la raison à laquelle ils prétendent emprunter leur nom et ce qu'est enfin leur bonne foi.

« Les clans et tes tribus se désignaient par le nom d'un aïeul duquel ils croyaient procéder et qui était souvent un dieu pour qui ils avaient conçu une dévotion spéciale. Tel se réclamait de la Fortune, et il s'appelait Gad comme cette divinité ; d'autres préféraient pour emblème ou pour fétiche une hyène ou un chien et ils se disaient Siméon ou Kaleb. Gad, Siméon, Kaleb étaient chacun l'ancêtre des

familles qui se rangeaient sous leur invocation, et les héros éponymes de toutes les tribus passaient pour avoir été des frères issus d'un seul homme, placés sous la protection d'un seul dieu. Le dieu était cejahveh avec lequel Abraham avait contracté jadis un pacte solennel. »

On se demande d'où Maspero, égaré par son imagination, a pu déduire ces noms, puisque l'origine de ceux des fils de Jacob est expressément indiquée au livre de la Genèse, XXIX, 32 — XXX, 24. On lit par exemple de Gad (qui signifie félicité, fortune) : « laquelle (Zelpha) après avoir conçu et donnant le jour à un fils, dit : A la bonne heure, et c'est pourquoi elle le nomma Gad (XXX, 10-11). Pour le nom de Siméon (qui signifie être exaucé) voir XXIX, 30.

Quel est le secret mobile des Rationalistes sinon de vouloir nier le monothéisme chez les patriarches pour y substituer le polythéisme et le fétichisme? Et ce qui peut paraître surprenant, Maspero affirme plus loin qu'un Dieu unique, Jahveh, était reconnu par la tradition israélite.

Pourquoi ce nom de Kaleb mêlé à celui des chefs des tribus?

Le même auteur ne nie pas que la tradition des fils d'Israël les faisait remonter à une souche commune, Jacob. De quel droit affirme-t-il que cette tradition est erronée ?

Poursuivons donc en faisant amende honorable à Dieu pour les paroles blasphématoires que nous allons transcrire. « Le dieu était ce Jahveh.... Il siégeait sur le Sinaï et sur le Sèîr, et il s'y révélait

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dans l'orage (1) : le tonnerre était sa voix, le vent son souffle, la lumière son vêtement. Irrité, il bouchait les canaux du ciel et il empêchait la pluie de s'écouler ; apaisé, il lui ordonnait de tomber à point et de féconder les champs (2). Comme les divinités de la Syrie, il avait le caractère jaloux, farouche, sans pitié pour qui l'offensait. On l'adorait en des statues de bêtes, peut-être d'hommes (3) que son esprit animait afin de prédire l'avenir, et on lui érigeait aux endroits qu'il honorait de ses apparitions des dolmens, des menhirs, des stèles semblables à celles des divinités cananéennes. »

123. C'est ainsi que les Rationalistes blasphèment Dieu, alors que dans le nom même de Jahveh révélé à Moïse et que les Juifs ne devaient pas prononcer par respect, nom qui exprime d'une manière si profonde l'essence divine, l'auto-

(1) Cp. la description saisissante des phénomènes qui accompagnaient la manifestation de Jahveh, pour l'époque des Juges, dans le Cantique de Débor ah {Juges, V, 4-57), et pour celle des rois dans l'épisode d'Elie (I [ou dans la bib. lat. III] Rois, XIX, 11-13). Cette note est de Maspero comme les suivantes.

(2) Cp. pour ce caractère de Jahveh l'épisode I Rois, XVII, XVIII où est décrite la lutte pour la pluie entre Elie et les prophètes de Baal.

(3) La plus fréquente des formes bestiales est celle du taureau et du veau (Exode, XXXII ; Deut. IX, 21 ; et pour l'époque royale I Rois, XII, 28-30 ; II Rois, X, 29). On signale aussi celle du serpent (II Rois, XVIII, 4). On ne sait quelle figure avait l'image de Mikah l'Ephraimite (Juges, XVIII, 14, 17-18, 20, 30-31, ni celle de Jeroubbaal, à Ophrah (Juges, VIII, 27), ni celle d'Akhimélek, à Nob (1 Samuel, XXI, 9).

Etre, l'Etre absolument parfait, ils devraient confesser eux aussi le seul vrai Dieu adoré par Israël et admirer la signification élevée de ce nom révélé que le génie humain le plus puissant, on peut l'affirmer sans crainte, n'aurait pu inventer. Combien moins aurait-il pu l'être par un peuple encore inculte et grossier?

Mais leur cœur insensé est enveloppé de ténèbres, et avec une mauvaise foi insigne ils matérialisent l'expression de certaines manifestations de la majesté et de la toute-puissance divines si poétiquement décrites dans les cantiques. Ils assimilent sciemment les monuments religieux érigés par les patriarches en action de grâces envers Dieu aux souvenirs païens des nations idolâtres. Et ce qui dépasse toutes les bornes, ils osent avancer que le vrai Dieuv a été adoré sous l'image d'animaux ou peut-être (peut-être ! quel comble de dérision) sous des figures humaines. Et cela par les fils d'Israël, à rencontre du précepte formel du décalogue qui interdissait à ceux-ci le culte des faux dieux, précepte si fréquemmeut répété et dont toute leur histoire fait foi.

Que s'il faut reconnaître que ce peuple s'est tourné parfois vers les idoles, il est vrai de dire qu'il ne les a jamais confondues avec son Dieu véritable, Jahveh. Comment comprendre alors que des auteurs qui se piquent de science et de probité osent écrire une note comme celle que nous avons citée : « La plus fréquente des formes bestiales était celle dutaureau etc. ? » Lorsqu'on lit qu'Israël au pied du Sinaï a adoré le veau d'or, ou bien que

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Jéroboam a fait fondre deux veaux d'or et les a proposés à l'adoration du peuple, qui en conclura que ce même peuple ait voulu adorer sous cette forme le vrai Dieu, Jahveh, alors que l'histoire juive condamne hautement cet acte d'idolâtrie comme un crime de lèse-majesté divine ? Et pourquoi Ezéchias brisa-t-il le serpent d'airain de Moïse, si ce n'est parce que les Israélites en l'adorant s'éloignaient du vrai Dieu ?

Le même livre des Juges, XVIII, désigne fréquemment sous le nom d'idoles l'objet sculpté ou de métal fondu de Micha, mais rien ne démontre que ce fut une image de Jahveh. Et supposé qu'il se fût agi réellement d'une image de Jahveh, parce que le livre des Juges rapporte que la mère de Micha voua son argent à Jahveh pour que son fils en fît une statue (disons : une statue de Jahveh), est-ce que, de ce cas'particulier de Micha et de celui d'une troupe de Danites qui s'emparèrent de l'idole de Micha et la gardèrent, il serait permis d'inférer que Jahveh a été quelquefois honoré par les Israélites en général et pour ainsi dire légalement sous une forme bestiale ou humaine?

Ce que Jérobaal ou Cfédéon confectionna ce fut l'éphod pour lequel les Israélites lui fournirent non seulement de l'or, mais aussi les ornements, les bijoux et les habits de pourpre dont se servaient les rois de Madian. Gédéon semble avoir péché par une usurpation sacrilège du sacerdoce en faisant cet éphod pour consulter le Seigneur auquel il avait élevé un autel (lug., VI, 24), plutôt que par une idolâtrie proprement dite. Mais cette

action peut avoir été pour le peuple une incitation postérieure au culte des faux dieux.

Dans le premier livre de Samuel, au chapitre XXI on lit d'Achimélech qu'il donna le pain sacré à David avec le glaive de Goliath qui était « enveloppé dans un drap derrière l'éphod » ; on ne trouve rien de plur dans ce texte.

124. Si les choses sont telles, le lecteur pourrait en conclure que les critiques rationalistes ne s'attendent guère à être lus hormis par leurs sectateurs ou par ceux qui ne savent pas consulter les sources et se soucient médiocrement de l'exactitude des passages cités, ou bien qu'ils supposent leurs lecteurs bien bornés.

Nous répondons que tels sont les agissements de mauvaise foi consciente de bien des vulgarisateurs des écrits rationalistes; cependant nous ne voulons pas l'insinuer de Maspero ni de ceux aux opinions desquels il se range le plus souvent, comme Wellhausen, Kuenen et d'autres. Mais on ne peut nier que, objectivemenl, ils violent les droits de la science et de la probité par des citations de ce genre.

Cette accusation comme cette excuse peuvent facilement se justifier. Par leur opinion préconçue de l'évolutionisme qu'ils appliquent à la religion et à l'histoire, les Rationalistes affirment a priori que la religion primitive des Israélites n'était qu'un pur fétichisme et polythéisme comme celle des autres nations païennes. Que, par une évolution lente, ils sont parvenus au culte de Jahveh, dieu qu'ils considéraient comme le pre-

mier entre plusieurs autres et comme un dieu national. Et que finalement le peuple juif est arrivé à la conception de Jahveh comme Dieu souverain et absolu de l'univers, autrement dit, au monothéisme.

Il se fait que, par cette opinion préconçue, gratuite et fausse, ils bouleversent l'histoire d'Israël ainsi que la série et l'ordre des livres de l'ancien Testament. Ils prétendent que la loi juive, et notamment le décalogue, sont faussement attribués à Moïse, et qu'ils ne datent que du temps de l'exil des Israélites; que toutes les allusions à la loi qui précèdent cette époque sont œuvre de faussaire. Il en résulte un système extrêmement facile pour eux, mais de pure fiction et radicalement faux : celui de dire qu'il ne faut garder des Livres saints antérieurs à la captivité de Babylone que ce qui peut rappeler le polythéisme ou Jahveh dieu national, comme ils disent, que tout le reste est interpolé et ajouté après coup. Des livres entiers, tel le Deutéronome, qui renferment l'affirmation formelle du monothéisme juif et l'explication de la loi mosaïque, il faut, d'après eux, les rejeter jusqu'après la captivité.

De là il est facile de comprendre aussi le système que ces mêmes Rationalistes adoptent pour les citations, système qui, étant donné la théorie qu'ils prétendent véritable au sujet de l'âge, de l'authenticité et de l'intégrité des Livres saints, ne doit pas être attribué à une fraude subjective. Objectivement cependant, à raison de cette même théorie qu'ils supposent mais qui est fausse et peu honnête, leur

manière de citer ne s'accorde ni avec les données de la science ni avec les exigences de la probité.

Article II

De quelques particularités qui méritent d'être notées et de quelques remarques au sujet de la critique rationaliste

125. A la suite de l'étude générale de cette troisième époque du monde, il sera très-epportun de descendre dans quelques détails importants et que nous avons précédemment omis afin de ne pas nuire à la vue d'ensemble de notre sujet.

En outre, ayant parcouru tout le Pentateuque et le livre de Josué — ou comme certains auteurs de nos jours les nomment de préférence, l'Hexateuque — qui renferment l'histoire du monde depuis la création jusqu'à la constitution politique du peuple de Dieu et l'occupation de la terre promise, il reste certains points qui demandent à être spécialement notés touchant ces livres mêmes, parallèlement avec les remarques dont ils sont l'objet dans la critique rationaliste, tant littéraire qu'historique.

126. Signalons d'abord la troisième prophétie messianique qui est d'une importance capitale. Elle a été faite à Abraham, Gen., XII, 24; renouvelée partiellement à plusieurs reprises, Gen., XII, 7, XIII, 14-17 et XV, 4-6, Dieu y joignit le pacte ou alliance qu'il contracta avec le Père des croyants, XV, 7-21, et XVII, 4-16, pacte que Dieu renouvela XVIII, 17-18 e>. qu'il scella enfin en le jurant par lui-même, XXII, 15-19.

232 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

Cette troisième prophétie mieux définie et d'une portée plus considérable que celles qui la précèdent, annonce le salut messianique sous forme d'une bénédiction destinée à lever l'anathème prononcée contre le genre humain. La source de cette bénédiction, c'est-à-dire la descendance d'Abraham (cp. Gai, III, 16) aussi bien que son extension à tout le genre humain (cp. Ps. LXXI, 17) y sont davantage précisées.

On fera bien de lire sur cette matière les écrits des exégètes.

En second lieu, appuyons sur la signification mystique de l'histoire de Sara et d'Agar ainsi que de leurs fils Isaac et Ismaêl. S1 Paul nous la révèle et la développe dans son Epître aux Galates, IV, 23-31.

Troisièmement, notons avec soin la bénédiction de Jacob sur Juda. Elle se trouve iuterprétée dans les Coll. Brvg,, tome VI, page 577 et suivantes.

127. Remarquons ensuite par quelles voies admirables la divine Providence a constitué graduellement le peuple juif, le marquant, comme nous l'avons dit, de la double note de peuple élu de Dieu, conscient de sa mission, peuple d'où devait sortir le Messie, et constituant aux yeux de toutes les autres nations comme le signe du vrai culte de Dieu et de l'attente du Rédempteur.

Si l'on examine bien l'histoire des patriarches, elle apparaît comme le prélude de l'histoire du peuple Israélite, tant sous le rapport de sa séparation totale d'avec les autres nations que comme préparation positive à la Loi.

C'est en effet à dater d'Abraham que commence la distinction du peuple juif d'avec les nations environnantes. Les Israélites évitent tout commerce et surtout le mariage avec les Chananéens, et même avec les autres peuples de race patriarcale mais non élus par Dieu, tels que les Ammonites et les Moabites, les Ismaélites, les Madianites, les Edomites. Le séjour des Israélites en Egypte leur fut une barrière nouvelle contre le contact avec les nations voisines.

Ils furent en même temps conduits vers la Loi comme par la main; car à partir d'Abraham les patriarches pratiquèrent le culte extérieur par les sacrifices, la circoncision, l'offrande de la dîme.

Dieu inaugure par le pacte qu'il conclut avec Abraham son alliance avec son peuple ainsi que l'obligation qui en dérive pour celui-ci d'observer la Loi. Déjà les patriarches observaient l'esprit de la Loi, lequel consiste dans l'espérance des biens futurs et surtout dans l'attente du Messie. (Cp. Hebr., XI, 13-14).

Cette attente d'un peuple tout entier, cette persuasion ferme, constante et inébranlable à travers tant de siècles qu'un jour il étendra sa domination sur l'univers entier et pour toujours, est un phénomène unique dans l'histoire du genre humain, et un argument solide en faveur de la vérité de la révélation et de la providence surnaturelle de Dieu. Aucun autre peuple n'a jamais conçu l'idée d'un roi et d'un rédempteur qui naîtrait dans son sein et soumettrait à jamais tous les autres peuples

234 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

à son empire. Cette attente si particulière est propre au seul peuple juif. Or elle remonte aux patriarches et même à Abraham, et cette espérance fut en quelque sorte la moelle de leur vie et l'inspiratrice tous leurs actes.

128. Voyons encore comment la séparation du peuple juif et sa préparation à la Loi commencent aux patriarches à raison même de la terre de promission. Israël devait l'occuper comme son bien propre, parfaitement adapté à sa destination pour le peuple élu de Dieu et devenu un signe pour toutes les nations. Dieu conduisit Abraham dans cette terre promise à sa postérité ; ses descendants l'ont habitée, en qualité d'étrangers il est vrai parmi les Chananéens, mais avec la promesse expresse et réitérée de la posséder un jour et d'en chasser justement ces derniers.

C'est ainsi que les patriarches y choisirent leur sépulture, même Jacob et Joseph, bien qu'ils soient morts en Egypte. De là encore il est résulté que le désir de la terre promise ne s'est pas éteint chez les Hébreux malgré la durée de leur séjour en Egypte, lequel leur servit grandement pour réaliser la double fin de leur séparation d'avec les autres nations*(l), et de leur vocation d'annoncer la venue du Messie.

(1) Nous avons dit plus haut comment les Hébreux sont demeurés séparés des Egyptiens. Voyez aussi Gen., XLVI, 34. Il leur fut très-utile d'être conduits en Egypte afin d'éviter toute fusion avec les Chananéens qui leur étaient de loin supérieurs par le nombre et par la civilisation. Cp. Gen., XXX(, 47, et XXXVIII, 2.

Ce séjour les a de plus admirablement préparés à une demeure fixe et définitive dans la terre de Chanaan. Ils avaient rapporté d'Egypte les sciences et les arts de ce pays. Ils y avaient vécu à côté d'un peuple doté de lois et d'institutions complètes. Ils y avaient appris à échanger leur vie nomade contre une demeure stable et contre la vie sédentaire ^.vec son négoce, sa culture des champs, etc. Les travaux mêmes de leur esclavage, à eux imposés par le Pharaon, leur enseignèrent l'art de construire des villes et des remparts. Cependant Dieu brisa les liens de cette servitude assez tôt pour que l'âme de son peuple ne devînt pas servile et n'oubliât ni sa dignité ni sa mission. (Cp. Exod., V, 20-21 et VI, 9-12).

Enfin, l'histoire entière d'Israël est préfigurée et préparée dans celle des patriarches. Car il ne faut pas regarder comme fortuits le séjour de ceux-ci dans les lieux destinés à devenir la demeure de leur postérité, ni les monuments laissés par eux dans ces mêmes lieux comme témoins de leur passage.

Il est digne de remarque que la seule histoire d'Abraham contient pour ainsi dire en germe et reproduit l'histoire entière du peuple d'Israël.

129. C'est ici qu'il convient de rapporter ce que pensent de l'histoire des patriarches les Rationalistes modernes.

Ce sera une occasion pour donner une idée de leur méthode critique tant au point de vue littéraire qu'au point de vue historique, afin que les membres de notre cher clergé ne demeurent pas étrangers à

236 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

ces questions tant agitées de nos jours, et ne soient pas exposés à perdre les traditions de la foi et de la saine doctrine.

Nous le ferons brièvement, notre but n'étant pas la polémique.

Le principe ou fondement de tout le système des Rationalistes, bien qu'ils ne le proposent pas toujours ouvertement, c'est la négation de l'ordre surnaturel. Ils font même table rase de toute intervention divine y substituant un autre principe, et cette fois positif, à savoir celui de l'évolutionisme appliqué à la religion et à l'histoire. Après avoir exclu tout élément surnaturel ils font de cette évolution le pivot de leur critique historique.

En ce qui concerne la critique littéraire, qui a pour objet l'authenticité, la composition, les sources, l'ordonnance et la révision du texte sacré, en tant qu'il vient précisément des auteurs humains, il n'y a pas lieu de supposer un principe contraire à la foi, mais leur système consiste à analyser les textes de telle sorte que la critique littéraire serve à leurs opinions et procédés historiques, en vertu desquels ils assignent aux écrits sacrés telle antiquité, tel auteur, telles sources, telle intégrité ou telle interpolation et révision qui confirment leurs fictions au sujet de la religion et de l'histoire des Hébreux.

128. Ceci posé, et en ce qui regarde d'abord la critique historique rationaliste, elle modifie totalement l'histoire patriarcale que nous venons d'exposer.

Rejetant a priori le surnaturel et y substituant arbitrairement et faussement l'évolutionisme histotorique, ils renversent l'histoire des patriarches telle qu'elle ressort du sens obvie de l'Ecriture sainte. Il ne reste plus qu'à reconstruire cette histoire d'après les inventions d'une interprétation nouvelle, en éliminant le surnaturel et la mettant d'accord avec le principe évolutioniste. Et c'est là précisément l'œuvre du rationalisme qui affirme que la narration biblique fait partie d'un mythe religieux et ethnographique, lequel a conservé d'une manière assez vague le souvenir des origines d'Israël.

Toujours selon les Rationalistes, la plupart des noms tels que celui d'Abraham, de Loth, etc. ne désigneraient pas des individus mais des tribus.

Le peuple israélite est conçu par eux comme une réunion de tribus diverses et personnifiées dans l'individualité de tel ou tel patriarche, de tel ou tel héros éponyme.

Les tribus qui se séparent de ce peuple sont censées être les fils des patriarches et ce serait là l'origine des tables généalogiques de la Genèse.

Le mariage, dont l'importance est capitale dans le récit de la Genèse, signifierait des immigrations de tribus noi celles se joignant à Israël. L'époux, c'est Israël lui~L 'me; la tribu nouvelle c'est l'épouse, et les concubines sont les tribus immigrées de moindre importance.

Ce serait le propre de ces mythes de rapporter aux temps passés les événéments du temps où naît le mythe ou la légende. Par exemple, Esaii et

238 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

Jacob s'entrechoquant dans le sein de leur mère signifient la guerre alors existante entre Israël et Edom. Edom vaincu est représenté par l'artifice de Jacob qui supplante son frère, etc.

Tout ce qui a trait aux sacrifices, aux théophanies ou apparitions divines etc. ne serait que l'image d'opinions religieuses plus récentes ; et ces narrations auraient pour but de faire croire que les patriarches appartenaient déjà à cette même religion -et auraient choisi les lieux sacrés connus du peuple juif, tels que Sichem, Béthel, Bersabeh, Hébron.

181. Il est aisé de voir combien toutes ces affirmations sont arbitraires. Mieux eût valu nier simplement l'histoiré biblique que de la défigurer ainsi.

La fausseté de toutes ces fictions peut se démontrer par ce seul fait qu'il est impossible qu'un peuple entier ait accepté et retenu avec tant de constance l'histoire de ses origines et y ait adhéré avec une foi si unanime, si le récit des écrivains sacrés n'avait été qu'une légende et un mythe.

La découverte de monuments profanes anciens et notamment de monuments assyriens a déjà renversé nombre de ces inventions rationalistes, et démontre que les noms des patriarches et d'autres personnages, que les Rationalistes avaient trouvé bon de ranger parmi les symboles et les mythes, sont bien des noms individuels et historiques, ainsi que nous l'avons fait remarquer pour Abraham, pour Sara et pour les rois chaldéens. Il appartient aussi à la haute critique rationaliste de reconnaître sans hésitation l'authenticité des écrits profanes de toute autre nation, mais de

refuser a priori toute autorité aux livres sacrés du peuple israélite et du peuple chrétien aussi longtemps que la chose lui est possible.

En conséquence', la théorie rationaliste est à la fois gratuite et erronée. Car elle substitue à la véritable histoire patriarcale un récit arbitraire imaginé à plaisir.

Est également fausse l'assertion dont ces mêmes Rationalistes veulent fournir la démonstration en refondant l'histoire d'une manière fantastique, alors qu'ils osent prétendre que le polythéisme a été la religion primitive des patriarches, remplacée ensuite par le culte du dieu national Jahveh, et changée finalement en monothéisme a 'emps des prophètes.

132. Tels sont les principes supposés par la critique historique des Rationalistes, principes dont ils se servent constamment en matière d'histoire, sans pourtant les invoquer ordinairement d'une manière ouverte. Ils préfèrent, pour appuyer leurs opinions, produire au grand jour la critique littéraire dont il faut maintenant présenter un aperçu général et quelques notions. Nous transcrivons à cet effet, la citation suivante tirée d'un livre excellent (1) :

« La critique littéraire a devancé de plus d'un siècle la critique historique du Pentateuque. Le branle fut donné par le médecin français Astruc

(1) Hist. de Vanc, Test, par J.-B. Pelt, S. T. et SS. Can. D., supérieur du grand séminaire de Metz, 4e éd., Paris, Lecoffre, 1904, tome I, p. 321-323.

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(t 1766) qui, prenant comme point de départ l'emploi alternatif des noms divins Elohim et Yahweh, émit l'idée que Moïse avait composé la Genèse en combinant deux « documents » indépendants, l'un Elohiste, l'autre Jahviste.

Cette distinction des sources fut bientôt étendue à tout le Pentateuque par Eichhorn (t 1827) et d'autres. C'est ce qu'on appelle l'hypothèse documentaire (Urkunden-hypothese) .

Vater (f 1828) alla jusqu'à dire que le Pentateuque était une agglomération, une sorte de mosaïque d'une multitude de petits « fragments », dont Moïse n'était pas l'auteur, vu que cette collection n'avait été achevée que vers l'époque de la de la captivité de Babylone. C'est l'hypothèse fragmentaire (Fragmenten-hypothese) .

D'autres (Tuch, Stàhelin, etc.) crurent découvrir dans le Pentateuque un écrit fondamental (Grundschrift) d'un auteur élohiste, complété plus tard par un écrivain Jahviste. C'est l'hypothèse complémentaire (Ergânzungs-hypothesé) .

Jusqu'alors, la critique du Pentateuque était plutôt littéraire. Mais du moment où Moïse n'était plus regardé comme auteur du Pentateuque le problème historique passa au premier plan : pour déterminer l'âge des différentes sources et de la compilation définitive, on compara ces écrits avec l'histoire de la religion d'Israël. Ce fut surtout l'œuvre dede Wette(t 1849) etd'Ewald(f 1875). On en vint ainsi à faire le triage minutieux des sources, à étudier soigneusemént le contenu de chacune et à déterminer l'âge des lois qui y sont renfermées.

Dans cette nouvelle phase de la critique, l'opinion qui a prévalu de nos jours est celle de George, Vatke, Reuss, Graf, Kuenen, Wellhausen, exposée plus haut, qui considère le Deutéronome comme la loi rituelle la plus ancienne et en place l'origine sous Josias.

Ces critiques supposent qu'il y a dans le Pentateuque (ou ce qu'ils appellent l'Hexateuque, en y joignant le livre de Josué) quatre sources principales : l'écrit jahviste (J), l'écrit élohiste (E), l'écrit deutéronomique (D), et le Code sacerdotal (P). Ce ne sont pas là quatre écrivains : car ces sources n'existent plus sous leur forme primitive, mais ont subi de nombreuses retouches. Sur ce point les critiques entrent dans les détails les plus précis. J, qui provient environ de l'an 850 et probablement d'un Judéen, a reçu trois éditions différentes: J1 J2 J3. L'écrit E, qui est postérieur d'un siècle et qui est généralement regardé comme émanant d'un éphaïmite, a deux éditions: J1 et J2. Un rédacteur a fondu ensemble J et E, en donnant une place prépondérante à J et en remaniant E d'après les idées jahvistes; ce rédacteur jahviste, désigné par Rj, a dû accomplir son œuvre vers l'an 650. Plus tard un second rédacteur Rd (rédacteur deutéronomiste) joignit à J E le Deutéronome, qui lui-même avait déjà reçu deux éditions (Dh historique et Dp parénétique). Ainsi fut formé le recueil J E D ; J et E étant remaniés dans le sens des idées du Deutéronome. Le Code sacerdotal (P), dont la composition date de l'exil, est, lui aussi, dépourvu de l'unité liitéraire:

242 MÉDITATIONS THÉOLOQIQUES IIIe PARTIE

il faut y distinguer au moins trois sources. Un troisième rédacteur Rp joignit P à J E D et modifia de nouveau le texte de ses prédécesseurs pour le faire cadrer avec P. Ce travail, qui donna à peu près au Pentateuque sa forme actuelle, est placé entre l'an 440 à 400. Vers cette époque aussi le livre de Josué fut séparé du reste du Pentateuque. »

132. Ainsi que nous l'avons dit, la critique littéraire comme telle ne suppose aucun principe contraire à la foi ni à la raison.

Les catholiques eux-mêmes ne s'opposent pas a priori à l'hypothèse de sources différentes, ni à celle de leurs modifications possibles dans la composition du Pentateuque ou de l'Hexateuque.

Mais l'accord cesse entre les Rationalistes et les Catholiques en ce que ceux-ci demandent des arguments solides pour démontrer l'existence et les vicissitudes des sources susdites, tandis que les Rationalistes, grâce à leurs opinions préconçues, entassent souvent hypothèse sur hypothèse sans probabilité sérieuse.

De plus, il n'y a pas d'accord et il ne pourait y en avoir, vu que les Rationalistes assignent à leur gré l'âgedes sources, et affirment ou nient l'authenticité et l'intégrité ou l'interpolation des textes afin de confirmer gratuitement et faussement leur critique historique.

En matière de critique littéraire, il n'est pas rare de voir des écrivains prendre comme probable ce qui est simplement possible. Lorsque, par la comparaison des choses entre elles, il semble possible qu'un texte dérive de telle ou

telle source, remaniée de telle ou telle façon, ces critiques affirment que cela s'est probablement passé ainsi. Et quand une raison de probabilité vient s'ajouter à la possibilité, non seulement ils proposent leur hypothèse comme probable mais presque comme un fait prouvé.

C est ainsi que plusieurs d'entre eux parlent du Code sacerdotal, du narrateur Jahviste et Elohiste, etc. comme s'il ne restait aucun doute sur leur existence réelle.

Bien plus, ils assignent une part de rédaction à chacun de ces narrateurs, par chapitres, versets, et même parties de versets et mots particuliers, comme s'ils avaient assisté à la composition des ouvrages. On ne peut que s'étonner de la crédulité de ceux qui, sans hésiter, accordent leur adhésion à ce genre de critique ; si nous exigions une foi semblable, on se moquerait volontiers de nous.

Cependant les catholiques ont raison de s'appliquer avec soin à la critique littéraire, mais qu'ils l'étudient en respectant les droits de la logique et de la saine raison. Bien que la foi ne soit pas directement en jeu lorsqu'il est question de critique littéraire, comme telle, cependant les règles de la vraie science et l'honneur exigent des Catholiques de ne pas se mettre à la remorque des Rationalistes, mais de suivre les règles de la saine philosophie dans la recherche de la vérité en matière de sources, d'authenticité, d'intégrité, etc. concernant les Livres saints.

134. En ce qui regarde la date des différentes sources et les remaniements qu'elles ont pu subir, il

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est visible que les Rationalistes les établissent d'une manière arbitraire et en vue de favoriser leur système de critique historique.

Le plus souvent ils suppléent aux arguments par l'audace des affirmations, sans parler de nombre de sophismes qu'ils proposent sous le voile d'un langage élégant et verbeux.

C'est ainsi que des prémisses « peut-être » et « probablement » ils concluent souvent à un « certainement » ou « évidemment » .

Du reste, le système des Rationalistes tourne tout entier dans un cercle vicieux.

Comment démontrent-ils que la Loi est postérieure à l'exil des Israélites? A l'aide de témoignages pris dans des livres expurgés au préalable par leur critique.

Et comment prouvent-ils que ces mêmes livres ont besoin d'être expurgés, en tant que retouchés par des faussaires ?

Parce que la Loi est postérieure à l'exil ; et parce que, en conséquence, les livres qui parlent de cette loi à une époque antérieure sont interpolés !

Le peu que nous venons de dire suffit à notre but. On en doit tirer la conclusion que, pour qui veut agir sagement, il ne faut lire qu'avec une grande prudence les écrits des modernes critiques et en particulier ceux des Rationalistes, en ayant soin d'appliquer à leurs dires les règles d'une logique rigoureuse.

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