CHAPITRE IV
Depuis la mort de Josué et l'occupation de la Terre promise jusqu'à la constitution de la royauté et à son apogée sous David et Salomon
135. Ce que nous avons dit de la manière dont les Rationalistes traitent l'histoire des patriarches, celle de la sortie d'Egypte et du passage des Israélites dans le désert, s'applique également aux récits qui suivent l'occupation de la terre promise (au livre de Josué), à l'histoire des Juges et aux livres des Rois. C'est-à-dire qu'ils éliminent a priori tout ce qui a un caractère surnaturel, tout ce qui suppose une intervention divine.
De plus, à l'aide de la sélection et de la reconstitution historique, comme ils disent (1), ils refont une histoire à leur fantaisie, prenant dans les documents bibliques ce qui leur paraît vraisemblable (2) et supprimant ce qu'ils considèrent comme
(1) «Je me bornerai à prendre les résultats acquis par le travail continu de plusieurs générations ef à les exposer, tout en m'excusant, faute de place, de ne pouvoir rendre à chacune la place qui lui revient dans ce travail de sélection et de reconstitution historique. » Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient classique, T. II les premières mêlées des peuples, p. 679, note 3.
(2) Par exemple : « Sauf l'extension à tout Israël des maux particuliers aux clans d'Ephraïm (Juges, III, 12-15) et une clausule tendancieuse (III, 27-30), le corps même de l'épisode d'Ahoud (III, 15-26) ne présente rien qui ne soit historiquement vraisemblable.» (Même ouvr., p. 683, note 5).
246 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE
légendaire (1), corrigeant à leur façon (2) les erreurs de l'écrivain sacré et suppléant même à ce qu'ils estiment lui faire défaut (3).
(1) « D'autres (Juges) arrivent jusqu'à nous avec un cortège de légendes et de récits populaires, parmi lesquels on ne devine pas toujours la part qui revient à la réalité. » (Même ouvr.. p. 684).
L'épisode d'Othnîel et de Koushân aux deux plumes, par lequel l'histoire de ce temps débute dans le texte actuel (Juges, III, 8-11), repose de l'aveu général (!) sur une tradition sans valeur. » (Même ouvr., p. 685, note 2).
(2) Par exemple : « Le récit en prose (Juges, IV, 5) a confondu la prophétesse Déborah, femme de Lapidoth, avec Déborah, nourrice de Rachel [Lisez: Rebecca, que Maspero confond avec Rachel], qui fut enterrée près de Bétheî sous le Chêne des pleurs (Gen., XXXV, 8), et il la fait siéger en conséquence entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Ephraïm. » (Même ouvr., p. 686, note 5).
Et Maspero affirme tout cela sans sourciller !
Dans le livre de Josué il corrige d'une manière plus générale le récit de l'occupation de la terre promise, de telle sorte qu'on se trouve devant une narration tout à fait différente de celle du texte sacré. On croirait que l'auteur en a été témoin oculaire.
Et si l'on interroge les Rationalistes pour savoir où ils ont puisé tous ces renseignements, ils vous répondront, comme l'auteur que je cite : « A l'examiner de près (la narration du livre de Josué) il semble bien [voili les documents historiques des Rationalistes] qu'Israël n'a pas agi avec autant d'ensemble et de vigueur qu'ils (les chroniqueurs hébreux) se le figurèrent. Le peuple ne conquit pas son patrimoine en une fois : il s'y glissa groupe par groupe... Il n'y eut à proprement parler ni guerres ni batailles rangées, mais une série de razzias... etc. »
On peut lire en son entier cette élucubration fantaisiste dans le même ouvrage, p. 681.
(3) Nous avons vu que Maspero croit connaître plus exac-