INSTITUTION DE LA ROYAUTÉ
L'auteur du livre des Juges lui-même remarque par deux fois : « En ces jours-là il n'y avait pas de roi en Israël mais chacun faisait ce qui lui semblait juste * (1). Il répète deux fois encore : « Il n'y avait pas de roi en Israël» (2). Ce n'est pas que la royauté fût, en soi, opposée au gouvernement théocratique, car le Deutéronome la prévoit (3) et prescrit les lois qui orront la régir (4). Elle avait été prédite depuis des siècles (5), et Dieu n'improuve par la bouche de Samuel, quand le peuple demande un roi, que l'infidélité et l'ingratitude de ce même peuple qui ont amené la nécessité de ce changement, et encore les raisons apportées par le peuple pour motiver sa demande: l'exemple des nations voisines, la crainte des ennemis d'Israël, la vieillesse de Samuel (6), autant d'indices qui montrent chez les Hébreux le défaut de confiance en Dieu et le désir de s'assimiler aux peuples qui les entourent.
En satisfaisant à leur demande, Dieu s'est servi de cette concession pour préparer d'une nouvelle manière la venue du Christ, pour préfigurer et prédire son règne et plus spécialement le mode de la rédemption par la passion du Christ, mais de telle sorte que ce mode fût caché au démon et demeurât
CO XIII. 6 et XXI, 24.
(?) XVIII, let 31.
(3) Deut, XXVIII, 36.
(4) Deut., XVII, 14-20.
(5) Cf. Gen., XVII, 16; XLIX, 10; Nam., XXIIi, 7 et suiv.
(6) Voir 1 Sam., VIII, 5 et 7; XII, 12.
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inconnu de tous jusqu'à ce que toutes les choses prédites du Christ eussent été accomplies par lui, et que les figures et les prophéties fussent devenues manifestes.
C'est ce que nous nous proposons d'exposer1 brièvement.
139. Par une providence admirable, la liberté humaine demeurant sauve, Dieu a tout ordonné de telle manière que, son gouvernement suave et immédiat ayant été enlevé à son peuple ingrat, le régime royal devînt nécessaire à cause du penchant des Hébreux vers l'idolâtrie. Car de ce penchant naissait pour eux le péril de perdre l'unité nationale et leur mission messianique. La Providence disposa tout en sorte que le peuple sentît lui-même le besoin de la royauté.
Dieu donc la lui octroya à raison de sa nécessité, mais aussi à titre d'expiation pour cette race à la tête dure, sur laquelle le joug des rois devait peser davantage et devenir le châtiment de son infidélité, sans toutefois que la providence divine l'abandonnât. C'était surtout pour le but plus élevé d'être la figure et la préparation du règne messianique que Dieu accorda au peuple juif le régime royal.
Dieu lui donna d'abord un roi non issu de la tribu de Juda et qui ne comptait donc pas parmi les ancêtres du Messie, Saûl, le meilleur d'entre les hommes d'Israël. Il devait encourir plus tard la réprobation divine par des infidélités répétées. Sa mission providentielle semble se borner à préparer le règne de David, et à le faire malgré soi de
de telle sorte que David ne parvînt au trône qu'après avoir essuyé de multiples persécutions de la part de Saiil et à la suite de tribulations nombreuses.
Dieu éleva aussitôt la royauté à son point culminant de gloire sous le règne de David et sous celui de son fils Salomon, et c'est par une volonté bien arrêtée que la divine Providence choisit David — le premier d'entre les rois qui comptât parmi les ancêtres du Messie — pour le marquer de ce double signe : de grandes souffrances dans la conquête de son royaume, et d'une gloire incomparable pendant son règne. Car Dieu ne voulut pas seulement que David prît rang parmi les rois du peuple hébreu et parmi les ancêtres du Messie, mais il l'établit comme un type insigne et une figure spéciale du Christ, lequel devait parvenir également par les souffrances de sa passion à la gloire de la rédemption et à son double règne sur la terre et dans les cieux. David a été à la fois la figure du Christ et un grand prophète, lequel, dans une double série de prophéties insignes et sous l'inspiration divine, devait annoncer le mode de la rédemption opérée par la passion et par l'humiliation du Christ, ainsi que sa glorification et celle de son règne.
Cet aperçu général demande à être développé par parties.
140. Dieu a élu le saint roi David pour devenir l'ancêtre du Christ.
Adam avait reçu la promesse d'un Rédempteur. Abraham, choisi comme père du peuple de Dieu, l'avait entendue d'une manière plus déterminée.
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Aussi attendait-il le Messie comme devant sortir de sa postérité, c'est-à-dire de son fils Isaac. Il en fut de même pour Isaac et pour son fils Jacob. Entre les douze fils de ce dernier, chefs des douze tribus d'Israël, Juda et sa descendance étaient reconnus par le peuple entier comme héritiers de la promesse divine.
Dieu va la définir plus nettement en annonçant que le Messie sera fils de David, et désormais, jusqu'à la venue du Messie, celui-ci ne sera plus désigné par le peuple juif que sous ce nom de fils de David.
Le même roi David a été constitué par la providence divine comme une des figures les plus frappantes du Christ futur, le préfigurant et par sa personne et par son règne.
Si nous considérons la personne de David, son origine fut des plus humbles ; c'était un pâtre, né à Bethléem. Le Christ naquit lui aussi dans une étable de la même ville de Bethléem, et lui, le Pasteur éternel, appelle à son humble berceau des bergers en qualité de premiers adorateurs.
David armé de sa fronde et de son bâton renverse le géant Goliath ; le Christ vainc le démon par sa croix.
David, après avoir reçu l'onction royale par l'ordre de Dieu, est poursuivi par Saiil malgré son innocence, et après avoir enduré beaucoup de maux il parvient au trône. Le Christ-Homme, sacré par l'union hypostatique comme roi du ciel et de la terre, ayant passé par ce monde en y faisant le bien, après avoir souffert beaucoup de
labeurs et de persécutions, est condamné, quoique innocent, au supplice de la croix ; par sa passion il rachète le genre humain et fonde son double règne, terrestre dans son Eglise, éternel dans la cité céleste. Ce qui est d'autant plus remarquable que David au milieu de ses angoisses a décrit prophétiquement en sa personne, ainsi que nous le verrons, te passion du Christ que Dieu lui révélait d'ava\^e.
De plus, David annonce et préfigure la vie du Christ et sa passion par bien des faits et des circonstances particulières. Qui ne voit que David est l'image du Christ souffrant, alors que le Roi prophète s'élevant bien au-dessus des mœurs de son temps, voire même au-dessus de la faiblesse humaine, souffre patiemment les injures, se montre doux et clément envers ses ennemis Saûl, Absalon, le traître Achitopel, Sémeï; lorsque, étant maudit il ne maudit pas et rend le bien pour le mal ; quand délaissé de tous, trahi par un ami, il traverse, maudit et fugitif, le torrent de Cédron et gravit le mont des Oliviers?
141. En ce qui a trait au règne de David il préfigure clairement celui du Christ, comme nous l'avons vu, par la manière dont il y était parvenu et par son règne considéré en soi.
David roi du peuple d'Israël, comme tel, comme oint par l'ordre de Dieu, est la figure du Christ, l'Oint par excellence ou le Messie; et celui-ci a déclaré hautement qu'il était roi et a voulu être crucifié sous le titre de roi des Juifs. Le règne d'Israël porte tout entier un double caractère pro-
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phétique: les rois d'Israël et le Messie sont les princes d'un seul et même royaume dont le centre est Sion, et le Messie successeur légitime de ces rois est de droit l'héritier de leur royaume.
Mais plus que tous les autres David a préfiguré le Christ en qualité de roi, parce que c'est lui qui a constitué Sion comme centre politique et ieligieux de son royaume, et qu'il a reçu de Dieu la promesse et la prédiction du règne éternel que fonderait son descendant le Messie, le véritable Salomon (1).
Il y a aussi des faits nombreux et des circonstances particulières qui font du règne de David comme l'esquisse de celui du Messie. Ils se réduisent, en somme, à ce que ces règnes ont été conquis l'un et l'autre par les souffrances, et que la gloire du royaume temporel de David et de Salomon et sa dignité en quelque sorte surnaturelle préfigurent parfaitement le règne spirituel et surnaturel du Christ étendu à l'univers entier. En effet, ce règne universel du Christ devant être le signe de l'accomplissement de la rédemption pour toutes les nations, Dieu voulut donner aussitôt, sous David et Salomon , à la royauté temporelle d'Israël un degré éminent de splendeur pour préfigurer celle du Christ, et par la dignité et la gloire plutôt spirituelles que temporelles de ce règne marquer l'attente et le désir du règne messianique tant pour le peuple hébreu que
(1) II Sam. ou Rois, VII, 11-16. C'est là de l'avis de tous les interprètes une des principales prophéties messianiques de l'ancien Testament.
pour le reste de l'univers. (Remarquez sur ce point les paroles de la reine de Saba, II Par., IX, 8).
1 42. Cette magnificence et cette dignité du règne de David et de celui de Salomon renfermaient une certaine puissance et une certaine extension, mais non universelles puisque ces règnes n'étaient qu'une figure. Elles comprenaient surtout le mérite de la sagesse et l'éclat du culte et de la religion véritables, à rencontre et au-dessus de toutes les autres nations.
Et dans ces trois éléments de puissance, de sagesse, de religion et de culte paraît clairement le caractère figuratif du règne de David et de son fils par rapport au règne du Christ.
En ce qui est de la puissance, David a défait tous les peuples restés dans la terre de Chanaan et il a réduit à l'obéissance la. terre promise tout entière. Il a de plus soumis les nations voisines et les a rendues tributaires.
De même le Christ, ayant vaincu toutes les puissances infernales, a soumis spirituellement le monde entier et il a établi son règne sur la terre par la constitution de l'Eglise universelle, parvis de l'Eglise éternelle. La terre promise figurait l'Eglise qui est le royaume de Jésus-Christ. Le Christ a encore asservi les portes de l'enfer dont il a anéanti les entreprises contre l'œuvre de la rédemption ; il a même fait servir tous les desseins pervers du démon pour parfaire sa gloire et le rachat du genre humain.
L'ensemble des sujets gouvernés par David comprenait des Israélites et des prosélytes de toute
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nation ralliés à la loi de Moïse. Les premiers savaient en vertu de la promesse divine que le Messie naîtrait de leur descendance par David, et que leur prospérité temporelle serait en rapport avec leur fidélité à Dieu, tandis que les prosélytes n'étaient assurés que de la participation aux biens temporels des Hébreux et au salut messianique. Les Israélites étaient donc les maîtres et libres à titre d'héritiers, tandis que les prosélytes étaient plutôt sujets et esclaves, n'entrant en participation de l'héritage promis que dans une certaine mesure. Tous ne formant qu'un seul corps devaient, par leur prospérité, par leur sagesse, par la pureté de leurs mœurs et par le culte du vrai Dieu, être un signe pour les autres nations.
L'antitype, c'est-à-dire l'Eglise, renferme de même dans son sein des fidèles de toute nationalité ; les uns sont fils de Dieu, libres et riches de fait en trésors spirituels ; les autres sont encore esclaves du démon mais riches en puissance puisqu'ils ont la foi. Et cette Eglise, grâce à ses marques distinctives d'unité, de sainteté, de catholicité, d'apostolicitéetaux miracles qui l'accompagnent, est un signe évident aux yeux de tous les peuples de l'authenticité de sa mission et de son institution divine pour le salut de tous les hommes.
143. Le règne de David et celui de Salomon ont excellé encore par le mérite de la sagesse et par l'ordonnance parfaite de toutes choses.
Si l'on approfondit les psaumes et les cantiques de David et d'autres auteurs, ceux de Salomon et tous ses écrits, on constate que rien dans les
œuvres antiques ne peut leur être comparé en * ce qui est de la doctrine morale et de la sagesse, ni même, laissant de côté l'inspiration divine, en ce qui regarde la forme et la valeur littéraire. On peut dire à juste titre que la dignité, la beauté de fond et de forme de ces écrits ont préparé et préfiguré le règne de a Sagesse éternelle, et qu'ils ont été un signe admirable pour les peuples contemporains de ces auteurs sacrés.
Dans toute l'étendue de son royaume, le roi David fit enseigner la loi de Dieu et veilla à ce qu'elle fût observée par tous. Le Christ a également révélé la doctrine du salut, il a enseigné la loi de Dieu par ses paroles et par ses exemples, parcourant les villes et les bourgades, et il a donné à ses apôtres et à ses disciples la mission d'enseigner.
David a réglé en détail et avec beaucoup de sagesse les différentes charges du sacerdoce juif, celles de la justice et de la milice des Israélites. De même le Christ a élu et établi des apôtres et des disciples ; il a constitué le sacerdoce chrétien ou le pouvoir de l'ordre et il a réglé la hiérarchie de l'Eglise catholique, sa puissance législative, judiciaire et coërcitive.
Enfin, pour ce qui se rapporte particulièrement à la religion et au culte, David a détruit l'idolâtrie dans toute l'étendue de ses états et il a aboli tout commerce avec le démon. Ce même roi et Salomon après lui, ayant élevé à Dieu un temple magnifique, ont exécuté avec splendeur tout ce que Dieu avait prescrit pour l'exercice du culte. Le temple
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de Salomon fut décoré somptueusement, et surtout par ce culte magnifique Israël a paru comme un signe pour tous les peuples. De même le Christ devait détruire toute idolâtrie et toute erreur, et vaincre complètement les puissances infernales.
Expliquer ici le symbolisme du temple, des vases sacrés, des sacrifices et de tout l'ensemble du culte juif par rapport au culte chrétien, nous entraînerait trop loin. Plusieurs auteurs ont du reste pris à tâche de le faire.
Le royaume constitué par David à l'aide du secours surnaturel de Dieu était donc le seul dans le monde où le vrai Dieu était adoré, et il renfermait en germe tous les éléments qui devaient attirer sur lui les regards des nations comme sur une institution surnaturelle, après que Salomon les eut développés. L'histoire de ce dernier nous apprend qu'il en a été ainsi. Le règne de ces deux rois préfigurait en même temps le royaume spirituel, surnaturel et universel du Christ Rédempteur.
144. David ne fut pas seulement, dans sa personne comme dans son règne, une figure du Messie mais il fut encore un grand prophète. Par une double série de prophéties il a, sous l'inspiration divine, prévu et prédit clairement le royaume du Christ et ses destinées, ainsi que le mode de rédemption par lequel le Christ a mérité d'établir son règne.
Personne n'ignore que, parmi les psaumes de David, plusieurs portent le nom de psaumes messianiques ; les uns annoncent le Messie par leur sens littéral et immédiat, tels les psaumes II, XV,
XXI, XLIV, LXXI, CIX. Les autres le prédisent d'une manière typique et médiate, comme les psaumes VIII, XXXIV, XXXIX, XL, LXVII, LXVIII, LXXVII, LXXXVI, LXXXVII, LXXXVIII, XCV, XCVI, CVIII, CXVI, CXVII.
Le fait que ces psaumes sont des prophéties messianiques est constaté par la doctrine certaine du nouveau Testament, par l'accord unanime des Pères et quelquefois par la synagogue elle-même.
Comme nous l'avons dit, ces psaumes renferment une double série de prédictions: l'une relative au mode de la rédemption par l'humiliation et la passion du Christ ; ce sont entre autres les psaumes XL, LXVIII, LXXXVII, CVIII, mais surtout le psaume XXI. L'autre série annonce la gloire du Rédempteur, la vocation universelle des peuples, le règne mondial du Christ et son sacerdoce éternel.
Or, la divine Providence a tout disposé de telle manière que les choses, lesquelles une fois accomplies nous apparaissent comme des prédictions claires et certaines, fussent comprises par la synagogue d'une manière suffisante pour que le Christ fût attendu par elle comme le Fils de David dont le règne serait éternel, mais que cependant la nature de ce règne demeurât voilée aux yeux des Juifs et que le mode de rédemption par lequel le Christ établirait son règne leur restât complètement caché ainsi qu'au démon lui-même. C'était nécessaire selon le conseil divin; « car, dit l'Apôtre (1 Cor., II, 8), s'ils l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de la gloire. »
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145. Telles ont été les voies de Dieu sur Israël. Mais qu'a fait Dieu pour tant de peuples qui surpassaient de loin le peuple juif par leur nombre et leur puissance? Bien qu'une réponse plus précise ne devrait être donnée qu'après la considération de l'accomplissement des décrets divins dans la plénitude des temps et de la venue du Christ, mieux vaut donner dès à présent une réponse bien que moins complète.
Notons d'abord que l'action de la Providence n'a évidemment pas été la même sur son peuple choisi que sur les autres nations.
Dieu avait élu Israël pour conserver son culte et la promesse du Rédempteur et pour être un signe devant les autres peuples. Il Ta donc guidé constamment vers cette fin par une providence spéciale, par une action positive, la liberté humaine demeurant sauve.
Quant aux autres nations la Providence divine avait sur elles, prises dans leur ensemble et comme une seule masse, des vues tout autres, et en quelque sorte sous un double rapport : absolu, en ce qui les concernait elles-mêmes, et relatif, par rapport au peuple hébreu.
Le rapport absolu était plutôt négatif, c'est-àdire que l'action providentielle à l'égard de ces nations consistait à les abandonner pour ainsi dire à elles-mêmes, ne les empêchant pas de tomber dans l'erreur ni dans l'idolâtrie non plus que dans une corruption de mœurs complète, de telle façon qu'au moment même où ces peuples semblaient parvenus à l'apogée de la puissance et de la culture
des lettres et des arts, ils fussent sous le rapport religieux et moral dans une situation désespérée et sans issue. Cet état abject tendait dans les conseils divins à rendre plus évidente et à faire mieux sentir la nécessité de la rédemption.
Ce qui précède ne s'applique qu'aux nations considérées comme telles. Quant aux individus pris en particulier, le salut demeurait toujours possible pour chacun d'eux à l'aide des lumières de la raison et de la tradition, et avec le concours intérieur de la grâce. Et le peuple élu lui-même était un signe pour ces nations et servait à les éclairer de temps en temps.
C'est encore sous ce même rapport absolu que la Providence s'est servi de ces peuples corrompus pour les châtier mutuellement, ou même pour en exterminer à cause de l'excès de leur perversité et de leur impiété. Au surplus les dispositions spéciales de la Providence envers ces nations demeurent les arcanes des conseils divins.
Dieu dirigeait aussi ces nations relativement au peuple choisi. Il les a employées pour éprouver les Hébreux, pour les punir lorsqu'ils fléchissaient dans leur mission et pour les rappeler à leur devoir. En même temps Dieu instruisait ces peuples idolâtres par le contact qu'ils prenaient avec les Israélites, soit en temps de paix, soit en temps de guerre.
Par exemple, les Egyptiens ont vécu pendant des siècles à côté des Hébreux. Ils ont été témoins des merveilles opérées par Dieu à la sortie d'Egypte et au passage de la mer rouge. Plus tard une fille des Pharaons a été choisie pour épouse par Salomon,
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qui entretenait aussi des relations d'affaires avec l'Egypte (III Reg., X, 28-30). Sous le règne de Roboam, le Pharaon Sesac envahit Jérusalem et spolia le temple. Le Pharaon Nechao II vainquit le roi Josias. Tout ceci prouve qu'Israël était connu en Egypte, sans rien dire maintenant de ce qui se passa après l'exil des Juifs, lorsque l'Egypte leur devint comme une seconde patrie et Alexandrie comme une autre Jérusalem.
Pour ce qui est des peuples de Chanaan et des autres nations voisines, les Hébreux leur furent donnés en spectacle incessant, sous Josué, sous les Juges, sous David, Salomon et les autres rois. Tantôt ces nations étaient vaincues par les Israélites, tantôt ceux-ci l'étaient à leur tour, Dieu le permettant; ou bien encore ces idolâtres étaient témoins des guerres durant lesquelles la protection divine sur le peuple élu ou le châtiment de ce dernier paraissaient avec une évidence souvent prouvée par des prodiges.
Quant aux temps de paix, nous avons la preuve dans ce que nous lisons au troisième Livre des Rois (IV-X) que le peuple juif continuait sous le règne paisible de Salomon à servir de signe ou de témoignage aux nations, même celles de Tyr, de Sidon, de la Syrie, de la Phénicie, de Saba et d'Ophir, etc. par sa sagesse, par son culte du vrai Dieu et par sa dignité et grandeur surnaturelles. Il en fut de même pour les mêmes raisons à l'égard des nations puissantes de l'Assyrie et de Babylone, des Perses et des Mèdes, des Grecs et des Romains, comme nous aurons occasion de
le dire en parlant de la captivité d'Israël et du temps qui suivit son exil.
Le peuple juif devenait un signe plus efficace et un témoin plus évident de sa mission à mesure que la plénitude des temps approchait, de même que Dieu, à l'approche de ces temps, commençait à se servir de ces nations diverses d'une manière plus positive afin de préparer les conditions et les circonstances extérieures du monde à la venue de Jésus-Christ, et d'aplanir les voies à son règne et à la prédication des Apôtres dans tout l'univers.