‹ Méditations théologiquesChapitre 29 sur 50 · LES PROPHETES AMOS ET OSÉE · texte numérisé non relu

LES PROPHETES AMOS ET OSÉE

prédictions ont rapport au règne messianique et quelques-unes sont mieux déterminées. Mais elles sont mêlées avec plusieurs autres oracles qui se succèdent et qui sont difficiles à analyser en détail à cause de leur ressemblance; nous voulons dire que tantôt ces prophéties sont jointes aux menaces, aux prières etaux exhortations à la pénitence, et que d'autres fois elles y sont complètement entremêlées. Ceci s'applique aussi bien à la première partie de la prophétie d'Osée, écrite en prose ordinaire (I-III), qu'à la fin de cette même prophétie où l'auteur observe le parallélisme. C'est pour cette dernière raison surtout qu'en parlant d'Osée S* Jérôme écrit dans sa Préface aux XII prophètes : « Osée est succinct et s'exprime pour ainsi dire par sentences. »

Dans la première partie de cette prophétie où l'infidélité des Juifs est dépeinte sous un double symbole, on trouve les promesses messianiques à la fin du chapitre I, v. 10 et 1 1 , sur lesquels il faut lire St Paul, Ep. aux Rom., IX, 24-26 Elles se rencontrent encore à la fin du chapitre II, surtout au dernier verset dont parle encore S1 Paul dans son Ep. aux Rom. à l'endroit cité, et aussi S1 Pierre, Ia, II, 10. Enfin en terminant le chapitre III, après avoir annoncé au v. 4 que durant de longs jours les enfants d'Israël seront sans roi et sans prince et sans sacrifice, etc., Osée ajoute au verset 5 ces paroles remarquables : Et après cela les enfants d'Israël reviendront, et ils chercheront le Seigneur leur Dieu, et David leur roi, etc. Voilà le Messie clairement signalé comme

288 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

fils de David, bien plus, appelé du nom même de David.

Dans la seconde partie de sa prophétie qui est de beaucoup la plus longue, Osée développe à peu près le même thème. Il reproche au peuple juif ses crimes, surtout celui de l'idolâtrie ; il le menace à cause de son infidélité devenue générale et l'invite à la conversion. Il interrompt ses menaces au chapitre VI, 1-3, en annonçant que les châtiments amèneront Israël à résipiscence, et il insère dans ses oracles des choses qui sont rapportées dans le nouveau Testament comme ayant été dites du Messie; à savoir, au chapitre XI, I : Et de l'Egypte j'ai rappelé mon fils (voir S* Matt., 11,15). On pourrait peut-être en dire autant du texte d'Osée, XIII, 14 : Je serai ta mort ô mort etc. C'est à ces paroles que S* Paul fait allusion dans sa première Epitre aux Corinth., XV, 55, et dans celle qu'il adresse aux Hébr., II, 14.

Osée termine sa prophétie, à peu près comme Amos et Joël -finissent les leurs, en promettant à Israël une restauration magnifique et complète au temps messianique.

161. Nous voici en présence d'isaïe, illustre entre les prophètes, non seulement à cause de l'éclat incomparable de son style, comme le dit S* Tharasius (1), mais aussi parce que, au témoignage du S* Esprit lui-même, Eccli. , XLVIII, 25-28, il fut « un grand prophète et fidèle aux yeux du Seigneur De son esprit élevé il vit les derniers

(1) Delà Présentation de la Mère de Dieu.

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES D'iSAÏE 289

temps et il consola ceux qui pleuraient en Sion. Il montra l'avenir jusqu'à la fin des temps, et les choses cachées avant qu'elles arrivassent. »

En ce qui regarde les prophéties messianiques d'Isaïe, St Jérôme remarque fort bien : « Qu'il faut plutôt l'appeler évangéliste que prophète. Car il a décrit si clairement les mystères du Christ et de l'Eglise qu'il ne semble pas parler d'événements futurs mais bien plutôt raconter l'histoire de choses passées (1). »

Nous nous attarderons un peu aux oracles de ce prophète qui contiennent presque à chaque page des prédictions messianiques. On peut dire que la prophétie d'Isaïe se rapporte tout entière au Messie.

Presque au temps où Osée prophétisait contre Israël, Isaïe reçut la mission de prophétiser contre Juda et contre Jérusalem, ayant eu à ce sujet une vision comme il le rapporte lui-même, ch. VI.

Dans la première série des prophéties d'Isaïe (I-VI) telles que nous les lisons dans la Bible, il faut noter tout d'abord sa vision même, au chapitre VI, parce qu'elle lui offrit le thème général de ses prophéties, et surtout parce que le prophète en ayant été profondément impressionné, elle a imprimé à ses prédictions leur caractère propre. Il en est résulté qu'avec des accents admirables et d'une élévation inconnue jusqu'alors, Isaïe parle avec un enthousiasme divin de la majesté et de la

(1) A Ste Paale et à Ste Eustochie, sur la trad d'Isaïe... Préface.

290 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

sainteté de Dieu qu'il nomme fréquemment le Saint d'Israël. En même temps il décrit mieux que les autres prophètes, d'une manière claire et complète, le Messie et son règne, le Messie qui doit parvenir à la gloire par ses souffrances et par ses humiliations.

Remarquons surtout l'image du tronc (VI, 13). L'arbre de Juda ayant été coupé, un germe de sainteté surgira de son tronc. Ce tronc ce sont les restes du peuple de Dieu si souvent nommés par le prophète et dont sortira le Messie humble et souffrant, comme une racine germe d'une terre altérée, ce qui arrivera après la destruction totale de l'idolâtrie en Israël. De même le règne du Messie aura des débuts humbles, sa royauté comptera peu de sujets et les pauvres seront évangelisés.

Ces explications préliminaires sont comme la clef de la prophétie d'isaïe.

162. En ce qui regarde ses prédictions contre Juda et contre Jérusalem (I-V) le prophète remontre à Juda son ingratitude, ses vices et son infidélité; il annonce la vengeance que Dieu en tirera par la dévastation étrangère et par la captivité de son peuple ; un germe cependant sera conservé (I, 9), et lorsque les Juifs auront été purifiés de l'idolâtrie, viendra leur restauration (v. 24 et ss.). Le prophète prévoit ici les temps messianiques ; il décrit la vocation des gentils à l'Eglise et la paix qu'apportera le Messie : Et dans les derniers jours la montagne sera préparée pour la demeure du Seigneur sur le sommet des montagnes.... et toutes les nations y afflueront.... parce

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES u'iSAÏE 291

que de Sion sortira la loi et la parole du Seigneur de Jérusalem (II, 1-5).

Isaïe expose ensuite (II, 6-9) combien le peuple juif était alors éloigné du véritable culte de Dieu décrit dans les versets précédents 1-5. Il prédit la vengeance de Dieu et l'humiliation de son peuple à cause de ses iniquités ainsi que de celles de ses princes et de ses femmes altières (II, 10-IV, 1); ces châtiments prépareront les voies au Messie et à son règne (IV, 2 6).

Au chapitre V, le prophète dans une belle parabole et sous l'image d'une vigne oppose la bonté de Dieu envers son peuple à l'ingratitude de celuici (1-7); et après une longue énumération des crimes de ce même peuple (8-23) Isaïe annonce la vengeance divine au moyen de l'invasion des armées ennemies (24-30).

Certains exégètes interprètent ces derniers versets comme un supplément ou comme une répétition des prédictions précédentes; mais il nous paraît plus probable que le prophète a voulu compléter ce qu'il avait dit auparavant, et qu'il parle ici de l'ingratitude finale des Juifs alors que Dieu eût épuisé à leur égard sa bonté et sa longanimité, et après leur mépris définitif du Messie. Et en ce qui est des nations décrites par le prophète à la fin du v. 26, comme venant de loin et des extrémités de la terre, tout porte à croire qu'il est question des Romains.

163. Les chapitres VII-XII forment une nouvelle section distincte dans les prophéties d'Isaïe. Quelques interprètes appellent cette section le livre de

292 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

rEmmanuël, parce que sous le nom d'Emmanuel le prophète y annonce le Messie en plusieurs oracles remarquables. On peut dire que la personne du Messie et en particulier sa nativité et ses noms c'est-à-dire ses propriétés y occupent la première place, comme on peut s'en convaincre par un coup d'œil général sur ces mêmes chapitres.

Nous voulons dire que tout s'y réduit au développement de la double prophétie du chapitre VII, 7-9: les rois alliés d'Israël et de Syrie veulent exterminer la famille de David, mais (lre prophétie, VII, 7) « cela ne subsistera pas et cela ne sera pas » — à savoir à cause du Messie qui doit naître de David. Et voilà l'occasion de la prédiction insigne du Messie qui doit naître d'une Vierge et qui sera appelé Emmanuel (VII, 14 ss.). Au contraire, encore soixante-cinq ans et le règne d'Israël aura vécu (VII, 8), et la terre des deux rois conjurés contre la maison de David sera abandonnée (VII, 16; VIII, 3-7 et IX, 9 et ss.).

En même temps vous, maison de, Juda (2e prophétie, VII, 9) « Si vous ne croyez pas, vous ne demeurerez pas. » Or le roi de Juda Achaz manqua de foi. Il refusa d'accueillir le prodige offert comme gage de la protection divine et il préféra réclamer le secours des Assyriens. C'est pourquoi Dieu donne lui-même le signe de l'Emmanuël qui naîtra d'une Vierge. Et tandis que ces mêmes Assyriens, comme le fléau du Seigneur, mettent en déroute les deux rois conjurés contre Juda, ils ne laisseront pas sans châtiment Juda lui-même, la terre de l'Emmanuel (VII, 17 et ss.; VIII, 8); mais cette

LES. PROPHÉTIES MESSIANIQUES D'iSAÏE 293

terre subsistera à cause de l'Emmanuel c'est-à-dire Dieu avec nous. De là une nouvelle prédiction messianique très-remarquable (IX, 1-7).

Enfin, pendant que les Assyriens renversent le royaume d'Israël (IX, 8 et ss.), dépassant leur mission ils prétendent non seulement châtier mais écraser Juda (X, 5 et ss.). C'est pourquoi, continue le prophète, le Seigneur brisera cette verge dont il s'est servi, Àssur (IX, 12 etss.), et il conservera les restes de son peuple d'où sortira le Messie.

Et voici la troisième prophétie messianique (XI) qui est intimement liée à la précédente (IX, 1-7) et qui la complète en l'expliquant. Suit un chant de louanges et d'actions de grâces qu'Isaïe place dans la bouche des rachetés (XII).

Ce qui précède fait mieux comprendre le livre de l'Emmanuel.

164. Il est nécessaire de consulter les interprètes pour l'exégèse de la triple prophétie messianique renfermée dans ce livre. Nous leur emprunterons les conclusions ou les points essentiels de doctrine reconnus comme ayant été prédits du Christ.

Dans la première prophétie, VII, 14, il est annoncé que le Messie naîtra de la Vierge ; qu'il s'appellera c'est-à-dire qu'il sera Emmanuel, ce qui se traduit par Dieu avec nous; que, pour ce qui est du corps, il croîtra à la manière des autres enfants.

Les interprètes catholiques déduisent sans hésitation tous ces points du texte, du contexte, des circonstances et de l'occasion de la prophétie et les prouvent victorieusement (1).

(1) Faut-il ajouter que telle n'est pas l'interprétation ratio-

294 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

L'accomplissement de cette prophétie que l'Evangile nous rapporte y répond mot pour mot ; ce qui est manifeste en comparant la prophétie d'Isaïe avec l'Evangile de S1 Matthieu, I, 18 et ss.

nalists ni celle des incrédules? Eu égard à leurs préjugés il est permis de l'affirmer d'avance. Rejetant a priori toute prédiction comme chose impossible, pourquoi admettraientils celle-ci, quelque claire et célèbre qu'elle soit. Récusant a priori le miracle, comment reconnaîtraient-ils une Vierge Mère? Comment enfin avoueraient-ils que la divinité du Christ est ici réellement prédite ?

Ils ont coutume du reste de nier l'authenticité des prophéties trop évidentes ou bien d'en altérer le sens. Si la prophétie présente quelque obscurité ils la rapportent à quelque vague idéal du prophète.

Dans le cas présent voici comment ils se dérobent. Nous citons l'exemple de Maspero si fort en vogue dans leur clan.

Le texte hébreu d'Isaïe (VII, 14)) est ainsi conçu: « A cause de cela (d'autres préfèrent traduire nonobstant cela c'est-à-dire que vous Achaz et la maison de Juda lassez non seulement la patience des hommes mais aussi celle de Dieu en refusant par hypocrisie de demander un prodige ou un signe V, 13) le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici la vierge (avec l'article la vierge) concevant et enfantant un fils et tu appelleras (2e pers. sing. fém.) son nom Emmanuel (Dieu avec nous). // mangera le beurre et le miel (il prendra la nourriture des enfants) pour qu'il sache (Sf Jérôme traduit: bien qu'il sache, mais la phrase hébraïque nous parait devoir être interprétéé par jusqu'à ce qu'il sache, avec tendance non vers un but dans l'o-dre de l'intention, mais avec tendance vers un but dans l'ordre du temps, donc jusqu'à ce que, ou jusqu'au moment où il parviendra à l'âge où les enfants savent) rejeter le mal et choisir le bien (se servir de la raison pour discerner les choses utiles d'avec celles qui sont nuisibles). Parce que (ou mieux : ce qui plus est) avant que l'enfant (avec l'article /'enfant) sache réprouver le mal et choisir le bien, la terre sera abandonnée, de laquelle

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES d'iSAÏE 295

et avec celui de 5f Luc, I, 26 et ss. et II, surtout v. 40.

Dans la seconde prophétie (IX, 1-7) est an-

tu crains pour toi à cause de ses deux rois (dans un temps plus restreint qu'il n'est requis pour que l'Emmanuel, l'enfant qui vient de naître parvienne à l'âge de discrétion, la terre sera abandonnéé par ses habitants, spoliée, etc.).

Lisons maintenant la version de Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, T. III les Empires, p. 184.

Omettant le contexte, c'est-à-dire du verset 10 à 13 et 14a, il rapporte les paroles d'Isaïe entre guillemets comme indiquant leur citation textuelle : «Vois-tu, ta femme est enceinte, et quand elle mettra au monde un enfant elle l'appellera Dieu-pour-nous, Emmanuel. Car avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, les pays dont les deux rois te font peur sera dévasté » il est vrai, mais « Jahvéh amènera sur toi et sur ton peuple » etc. ce qu'on lit au v. 17.

Maspero supprime donc le contexte, à savoir ce qui précède et ce qui suit immédiatement sa citation. Pourquoi ?

Et dans les paroles suivantes il se trouve autant d'erreurs que de mots : la Vierge = ta femme. Ce qui du reste est historiquement faux, car Maspero parle comme s'il s'agissait du fils d'Achaz. Un fils = un enfant. Elle l'appellera, c'est bien s'il s'agit de la Vierge, mais s'il est question de la femme et du fils d'Achaz il serait inouï qu'un père juif n'imposât pas lui-même le nom à son enfant. Emmanuel = Dieu -pour -nous.

De deux choses l'une : ou bien Maspero n'a pas lu le texte original d'Isaïe, et comment alors se permet-il d'en parler? Ou bien sa traduction accuse une ignorance grossière de la langue hébraïque. Pourquoi donc tant de bruit autour de sa prétendue science ? Ou bien encore il trompe sciemment ses lecteurs, ce qui en ferait un vil imposteur.

Rien de mieux que de rendre justice au savoir profane de ces érudits, mais qu'on se défie de leurs dires dans le domaine religieux, et surtout de leurs interprétations de i' Ecriture sainte.

296 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

noncée la lumière de la prédication du Christ dans la Galilée (S1 Matth., IV, 13-16) ; ensuite le petit enfant qui vient de naître nous est présenté comme V admirable, le conseiller, Dieu, le fort, le père de l'éternité ou du siècle futur, le prince de la paix. Il est prédit que son empire s'étendra de plus en plus, qu'il sera tout pacifique sur le trône héréditaire de David, et qu'il sera éternel. Pour une explication plus développée de cette prophétie nous renvoyons aux exégètes.

Dans la troisième prophétie (chapitre XI en entier avec le cantique du ch. XII) la double prédiction qui précède est complétée et expliquée : la naissance humble du Messie est prédite comme celle d'un rejeton et d'un germe de la race de David, fils de Jessé, race cependant si fort humiliée qu'elle est devenue semblable à un tronc et à une racine.

Le Messie sera rempli de tous les dons de l'Esprit saint, et il régnera avec puissance et avec justice. Cette dernière note revient partout où il s'agit du règne du Messie. Et par sa justice ce règne sera souverainement pacifique. Toutes tes nations viendront à lui, et le lieu ou le trône où il se repose (plusieurs traduisent avec la Vulgate le sépulcre) sera glorieux. (Voir les interprètes).

165. Vient ensuite une troisième série ou recueil de prophéties (XIII-XXVII) dont chacune commence par le mot Onus (charge) de Babylone, de Moab. etc. ; ce sont les oracles de la vengeance divine contre les nations ennemies du peuple de Dieu. La destruction de ces nations perverses, vue d'avance

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES d'iSAÏE 297

par Isaïe à la lumière prophétique et annoncée par lui d'une manière générale surtout au chapitre XI, 1 1 et suivants, est ici précisée et développée.

Au premier rang est nommé Babel à titre d'ennemi principal. Le prophète prévoit qu'il détruira Jérusalem et son temple et qu'il tiendra le peuple de Dieu en captivité pendant soixante-dix ans. Babel est encore le type des puissances hostiles au règne du Christ, qui se trouvent sur la terre ou dans les enfers.

Il est facile de comprendre, par ce que nous venons de dire, que toutes ces prophéties se rapportent sans cesse au peuple élu et au salut messianique, soit en termes exprès (comme par exemple aux ch. XIV, 1 et ss.; XIX, 23 et ss. ; XXIV, 16a; XXV, 3 et ss. ; XXVI, 1 et ss.), soit symboliquement, étant donné que les nations contre lesquelles Isaïe prophétise représentent les puissances hostiles au règne du Christ et spécialement Moab (XXV, 10).

Le prophète y donne à entendre bien des choses qui concernent non seulement l'église du Christ sur la terre mais qui se rapportent aussi à la consommation des siècles et au règne éternel du Christ dans les deux. Il parle du jugement général et de la fin de toutes choses au chapitre XXIV ; le festin éternel (peut-être aussi celui de l'Eucharistie qui en est le gage) y est décrit ainsi que la félicité du ciel au chapitre XXV, 6 et ss.

Cependant ces tableaux du règne messianique céleste ou terrestre sont peints par Isaïe à la manière des prophètes, avec les couleurs et selon l'état politique du temps où il vivait ou bien à

298 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

l'occasion d'événements futurs plus ou moins prochains qu'il annonce. Il se sert des pinceaux de son époque de telle sorte qu'il est souvent malaisé de discerner chez lui le futur du présent, les choses qu'il dépeint paraissant mêlées ou peu distantes les unes des autres, parce que les événements présents ou prochainement futurs fournissent au prophète l'occasion de prédire des choses plus éloignées, et parce que ceux-là sônt fréquemment l'image et le symbole de celles-ci.

Plus de développements sur ce point dépasseraient le cadre de cet ouvrage; nous les abandonnons aux interprètes catholiques.

166. Toujours dans la première partie du livre d'Isaïe,une quatrième série de prophéties (XXVIII- XXXV) embrasse celles qu'il a faites au temps du roi Ezéchias. Elles sont surtout dirigées contre ceux qui, manquant de confiance en Dieu, voulaient invoquer le secours des Egyptiens, alors que Sennachérib, roi des Assyriens, allait envahir la terre de Juda selon les prédictions faites à Achaz. Isaïe annonce qu'après un an écoulé Jérusalem sera assiégée par les Assyriens et qu'elle en sera miraculeusement délivrée.

Il intercale quelques prédictions messianiques d'une façon inattendue, selon son habitude, comme au chapitre XXVIII, 16, ou bien il les ajoute à l'occasion d'un événement ou d'une prophétie, comme aux chapitres XXVIII, 5-6; XXIX, 22-24; XXX, 20; XXXIII, 20.

Remarquons surtout les chapitres XXXIV et XXXV; ils forment en quelque sorte la con-

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES D'iSAÏE 299

clusion de toute la première partie du livre d'Isaïe.

Le premier indique les jugements de Dieu sur les nations ennemies de son peuple en général. Edom y est désigné nommément comme fadversaire-né de la maison de Jacob. Ces jugements sont regardés à juste titre comme symbolisant le jugement dernier.

Le second chapitre décrit la venue du Messie, ses miracles, la félicité de son règne, le rachat de la captivité (de Babylone, figurant celle du démon), la perpétuité du règne messianique sur la terre et de la félicité éternelle de ce même règne dans le ciel.

Enfin aux chapitres XXXVI-XXXVII se lit un épilogue historique démontrant l'accomplissement littéral de tout ce qui avait été prédit sous le règne d'Ezéchias.

167. La seconde partie du livre d'Isaïe est entièrement messianique. Elle renferme des prophéties remarquables au sujet du Christ, de sa passion et de son règne.

Elle commence par une introduction historique (XXXVIII-XXXIX) dans laquelle est racontée la guérison d'Ezéchias et l'envoi des ambassadeurs de Mérodach Baladan, roi de Babylone, chargés de présents pour le même Ezéchias qui leur montra ses trésors. Ce fut là pour Isaïe l'occasion d'annoncer la captivité de Babylone.

Il ne faut pas s'étonner que ces événements aient précédé, dans l'ordre chronologique, l'invasion de Sennachérib rapportée précédemment aux ch. XXXVI-XXXVII; car il y a lieu de croire que cette inversion a été faite à dessein par Isaïe, les choses qu'il raconte les dernières, bien qu'anté-

300 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

rieures en réalité aux autres, étant comme un prélude à l'annonce de la captivité de Babylone dont il est surtout question dans cette seconde partie de la prophétie. C'est là (XL-LXVI) que le prophète, ainsi que le remarque V Ecclésiastique (XLVIII, 25), a consolé ceux qui pleurent dans Sion. Il commence en effet le chapitre XL, 1 , par ces paroles : « Consolez-vous, Consolez-vous, » et il indique aussitôt (XL, 2) le sommaire de toute cette prophétie de consolation :

Les maux (malitia) du peuple de Dieu ont pris fin (en hébreu militia, c'est-à-dire le dur travail de la captivité). Comme le remarquent fort bien certains interprètes, on peut considérer ce thème comme la première section de cette seconde partie du livre d'Isaïe. Elle comprend la délivrance de la captivité de Babylone par Cyrus (objet principal des ch. XL-XLVIII).

Son iniquité lui est pardonnée par le « Serviteur du Seigneur » le Messie, lequel par ses humiliations et par sa passion rachètera très-heureusement Israël et l'univers entier (XLIX-LVII). On peut appeler ceci la deuxième section de la dernière partie du livre d'Isaïe.

// a reçu de la main du Seigneur le double pour tous ses péchés, c'est-à-dire qu'il a reçu en bien le double du mal qu'il avait enduré à cause de ses péchés (1). C'est ici la section troisième dans laquelle

(1) Nous pensons devoir interpréter ainsi le texte hébreu. Cette interprétation est confirmée par ce que nous lisons au chapitre LX, 15, 17, et au ch. LXI, 7. Nous traduisons littéralement ce dernier passage de l'hébreu: « Au lieu de votre

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES D'iSAÏE 301

sont décrites les richesses spirituelles et la gloire du règne messianique (LVIII-LXVi).

168. L'objet principal de la première section (XL-XLVIII) de cette seconde partie d'Isaïe est donc la délivrance de la captivité de Babylone ; mais elle n'en est pas l'objet unique puisque le prophète y fait souvent allusion à la rédemption que le Christ doit opérer. L'introduction renferme déjà des annonces messianiques : les versets 3-5 du chapitre XL prédisent le ministère du précurseur du Messie, S* Jean Baptiste, comme les Evangélistes le remarquent tous. Les versets 6-11 ont également rapport au Messie.

Le chapitre XLI décrit ladélivrance de la captivité de Babylone par Cyrus que le prophète appelle « le juste du Seigneur » ou l'exécuteur fidèle des ordres de Dieu. Ce qui s'interprète à juste titre comme symbole de la rédemption du monde par le Christ.

Le chapitre XLII, 1-9 nous montre le Messie juste, pacifique et doux, dans lequel Dieu met ses complaisances (Matth., XII, 18 et III, 17;XVII, 5). Ici se rencontrent quelques difficultés sur lesquelles il faut consulter les exégètes.

Les chapitres XLII,13-XLIV,24 exposent à la fois ladélivrance par Cyrus et par le Messie en sorte que chacune domine à son tour, le prophète passant du type àl'antitype. Bien qu'elles paraissent distinctes

confusion, le double ; et (au lieu de) honte, ils loueront leur partage ; parce que dans leur terre ils posséderont le double, une joie éternelle sera pour eux. »

elles se confondent assez souvent à cause de leur connexion soit dans Tordre des faits soit dans celui des idées. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de faire une remarque analogue.

Enfin, aux chapitres XLIV, 24-XLVIII, le prophète développe ce à quoi il avait fait allusion au chapitre XLI, et ici (XLIV, 28), au sujet de Cyrus (1), appelé de ce nom dans la prophétie mais y désigné aussi sous le nom de « Christ » du Seigneur en tant que destiné par Dieu à rétablir son temple et la république de son peuple élu.

Du reste Cyrus est aussi la figure du Christ. Tout en décrivant l'œuvre du rétablissement d'Israël par Cyrus, le prophète porte de nouveau ses regards vers les temps du Messie à F avènement duquel il

(1) Remarquons que Cyrus est désigné ici par son nom propre deux cents ans avant sa naissance. Pour éluder la force de cette prophétie le 3 Rationalistes ont prétendu d'abord que le nom de Cyrus était commun à tous les rois de Perse. Mais lorsque l'étude des monuments cunéiformes eut démontré la fausseté de cette assertion, il ne leur resta plus d'autre ressource que d'affirmer que la prophétie n'est pas d'Isaïe et de l'attribuer à un inconnu, le deutero-Isaïe, qui aurait vécu vers la fin de la captivité. Cette supposition est contraire à toute la tradition tant juive que chrétienne, et elle est solidement réfutée par des arguments intrinsèques, en effet plusieurs des choses contenues dans cette prophétie deviendraient absurdes s'il fallait les reléguer à la fin de la captivité, par exemple les chapitres XLI ; XLV1II, 5, 14, 16. 11 est de même impossible de comprendre les invectives contenues dans les chapitres LVI, 9 et 4; LVII, 7, à moins qu'elles n'aient été adressées à des auditeurs qui vivaient avant la captivité. (Consulter les interprètes catholiques qui démontrent l'inanité des arguments rationalistes).

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES D'iSAÏE 303

aspire (XLV, 8). Les versets 14 et ss. sont sans conteste également messianiques.

169. La seconde section (XLIX-LVII) parle surtout du Messie Rédempteur, de son humiliation et de sa passion en tant que cause de la rédemption du monde, et aussi des fruits de cette passion.

Déjà le chapitre XLIX nous présente comme en résumé le tableau du Messie souffrant (4, 7) et le fruit principal de ses travaux (5, 6, 8 et ss.) que la suite (L-LII, 12) développe.

Au chapitre L le Messie prend lui-même la parole : N'ayant pas été reçu chez les miens (v. 2, cp. St-Jean, I, 11), quoique tout-puissant (v. 2, 3) et surtout doux et bienfaisant (v. 4), par obéissance je me livrerai librement à une passion très-ignominieuse (v. 5 et ss.) et je me vengerai de mes ennemis, les Juifs incrédules.

Aux chapitres LI-LII, 12, le fruit de la passion et du travail du Messie ou la rédemption est exposée longuement.

A partir du chapitre LU, 13, après avoir montré la gloire du Messie (v. 13, 15) à laquelle il parviendra par sa passion (v. 14), commence ex professo (LUI) et arrive à son point culminant la description de la naissance obscure, de la pauvreté et de la passion du Christ. Ce discours a été appelé avec raison la Passion de N. S. J. C. selon Isaïe.

H faut lire sur ce sujet les commentaires des exégètes catholiques que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici tout entiers. Remarquons du moins ce qu'il souffre (LUI, 1-3), pourquoi et pour qui il souffre (v.,4-6), comment il souffre,

304 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

à savoir librement (1), patiemment, jusqu'à la mort (v. 7-9) ; quels sont les fruits de sa passion, à savoir son exaltation et le salut d'un très-grand nombre d'hommes (v. 11, 12). Cette glorification du Messie, le salut des hommes rachetés par lui et les bienfaits innombrables de son règne, surtout les biens intérieurs et spirituels, y sont rappelés chaque fois qu'il est parlé de la Passion. Ils sont exposés en détail dans le chap. LIV, où l'universalité de l'Eglise du Christ (V. 2, 3), sa sainteté (v. 4-14), son indéfectibilité(v.9, 10, 16, 17), son infaillibilité (v. 17) sont décrites.

Les discours qui suivent (LV, LVI et LVII) sont des exhortations. Le Messie y est appelé le témoin des peuples, le chef et le docteur des nations (LV, 4).

Isaïe termine ces discours et cette section entière par une conclusion semblable à celle de la première : « Il n'y a pas de paix pour les impies, dit le Seigneur Dieu. »

168. La troisième section, qui est la dernière de la seconde partie du livre d'Isaïe et qui par conséquent le termine (LVIII-LXVI), a pour but de célébrer les splendeurs et les richesses spirituelles de la nouvelle Sion ou Jérusalem rachetée par le Messie, à savoir l'Eglise du Christ sur la terre. On y trouve cependant mêlées ça et là à l'objet

(1) « 11 a été offert parce que lui-même l'a voulu ». Ces paroles sont l'expression de la passion libre et spontanée du Christ, mais elles ne renferment pas, à proprement parler, l'idée du sacrifice. Les paroles du v. 10 « s'il donne pour le péché son âme » semblent plutôt s'y rapporter.

LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES d'iSAÏE 305

principal des exhortations d'une éloquence incomparable. Le prophète achève par une allusion à la fin des siècles et au triomphe final du Christ sur ses ennemis, qui seront punis par le feu qui ne s'éteindra jamais (LXVI, 24).

Dans ces chapitres plusieurs passages méritent une attention spéciale, particulièrement LXIX, 20, 21, où se lit une prophétie remarquable sur Vindèfedibilité et sur le magistère infaillible de l'Eglise.

Les chapitres LX-LXIII sont comme le noyau de cette section et demandent à être lus dans leur entier à la lumière des commentaires des Docteurs catholiques. Le règne messianique y est décrit comme universel et perpétuel ; sa nature spirituelle y est indiquée par le symbole souvent répété de lumière (LX, 1-3, 19,20) comme elle l'était déjà au chapitre LVIII, 8, 10, 11, mais aussi en termes exprès en tant que règne de la justice (comme souvent ailleurs) et de la paix et — le péché ayant été effacé — de la sainteté. Le lecteur pourra s'en convaincre en différents endroits de la prophétie. Le chapitre LXVI, 19 et ss. renferme des prédictions trés-remarquables au sujet du Messie et de son Eglise considérés comme un signe pour les Gentils (cp. plus haut, XI, 10, 11 ; et Sf Luc, II, 34) ; au sujet de la fécondité de l'Eglise et sa propagation par les Apôtres et par leurs successeurs; concernant le sacerdoce nouveau autre que celui d'Aaron, qui sera suscité parmi les Gentils convertis, et finalement touchant Vindéfectibilité de l'Eglise.

Les limites de ce traité nous forcent à nous res-

306 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

treindre, et ce que nous avons dit au sujet d'Isaïe répond suffisamment à notre but. Celui qui à l'aide de ces notes commencera la lecture d'Isaïe aura peine à l'interrompre, surtout dans cette dernière section, à cause de la sublimité de la doctrine, de la limpidité des prédictions et de la beauté du langage du prophète.

171 Après qu'Isaïe eut commencé ses prédictions, son contemporain Michée le Morasthite et non le fils de Jemla, prophétisa à son tour. Il invectiva principalement contre Juda.

Nous lisons dans la Bible trois discours de Michée commençant chacun par le mot : Ecoutez.

Dans le premier (I et II) il annonce la ruine de Samarie et du royaume d'Israël ainsi que la dévastation de Jérusalem et de Juda à cause des crimes du peuple et surtout de son idolâtrie. Il prédit finalement la délivrance des restes d'Israël, sans transition apparente, à la manière assez ordinaire aux autres prophètes. Cependant la connexion existe de fait, ainsi que nous l'avons observé au sujet des autres prophéties, puisque la punition et la captivité des Juifs sont ordonnées par Dieu en vue de la conversion et de la restauration de son peuple.

Dans le second discours (III-V) Michée développe le même sujet, mais il termine par des prédictions messianiques très-claires. Il insère littéralement la prophétie d'Isaïe (II, 2-4) sur la vocation des Gentils au règne du Messie et sur le règne pacifique de celui-ci (1).

(1) On ignore si Michée l'a empruntée à Isaïe ou si ce

Page 1