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LES LIVRES FORMANT L'ÉCRITURE SAINTE

ces auteurs : qui sont-ils, à quelle époque ont-ils écrit, de quelles sources se sont-ils servis? etc., questions qui ne peuvent pas toujours être résolues pour des indices internes ni par une tradition certaine. On doit en cette matière avoir soin de ne pas regarder comme tradition proprement dite et authentique de l'Eglise n'importe quelle tradition, bien qu'elle puisse être historiquement certaine. Il ne faut pas non plus estimer certaines et constantes les traditions qui ne le sont pas. D'autre part on doit tenir compte de l'argument traditionnel et ne pas rejeter a priori la tradition elle-même. D'autant plus que, dans des questions semblables, l'argument externe qu'on tire du témoignage en est bien l'argument propre, et par lui-même plus probant que les indices internes qu'on doit considérer souvent comme des conjectures, et comme vraisemblables plutôt que comme des arguments concluants. (V. Encyclique Providentissimus de Léon XIII).

Comme partout et toujours, l'observation des règles de la logique est ici précieuse et nécessaire. Ce que certains auteurs modernes oublient trop souvent sous couleur de haute critique.

Cependant, en présence de toutes ces difficultés, chacun peut voir combien sont utiles et nécessaires les études historiques et critiques. En effet, tant de choses sont à rechercher sur l'authenticité d'un écrit et sur les temps où il a paru , sur les sources consultées par son auteur, sur la méthode de sa composition, sur ce qui concerne son caractère propre et son genre littéraire, et sur d'autres ques-

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tions encore, au sujet desquelles il n'existe ni définition de l'Eglise ni tradition certaine méritant ce nom, et qu'on ne peut mettre en lumière qu'à l'aide d'études historiques et critiques. Elles sont d'autant plus utiles et plus nécessaires, que d'elles dépend, sur beaucoup de points, la possibilité d'établir la manière d'interpréter le sens véritable et exact des textes.

12. Nous savons, il est vrai, par le Concile de Trente que les livres complets de l'Ecriture avec toutes leurs parties se trouvent dans l'ancienne édition de la Vulgate latine, laquelle pour cette raison est déclarée canonique et authentique, c'està-dire conforme au texte original de l'Ecriture, et doit être en conséquence regardée comme telle.

Mais comment faut-il comprendre cette authenticité ou conformité de la Vulgate avec le texte original de l'Ecriture? Est-elle si grande qu'elle s'étende au texte entier, même à ce qui est accidentel par rapport au but de l'Ecriture, lequel est de nous instruire dans la doctrine de la foi et des mœurs?

Non, car personne n'admet que là où la Vulgate diffère du texte primitif de la Bible tel qu'il nous a été conservé, ou des autres versions de l'Ecriture, il faille préférer la Vulgate et rejeter nécessairement le texte original et les autres versions. Au contraire, tous les théologiens et exégètes catholiques admettent et prouvent le fait que l'interprète latin de la Vulgate a quelquefois mal compris le texte original et Ta traduit fautivement ; et encore, que des fautes ont été faites par les copistes, que des additions ou interpolations s'y sont glissées,

et même que parfois des erreurs positives ont pu s'introduire, de ces diverses manières, dans le texte sacré. Et les Pères du Concile de Trente ne l'ignoraient pas.

Mais quand il s'agit de textes dogmatiques appartenant directement à la doctrine de la foi et des mœurs, faut-il que, dans ces textes au moins, la Vulgate rapporte toujours et partout le texte primitif de l'écrivain sacré, pour qu'elle puisse être appelée authentique?

Ni les paroles du Concile, ni son but, ni son histoire n'obligent à donner à sa définition une aussi grande extension.

Pour vérifier les paroles du Concile, eu égard à son but, il suffit, mais il est nécessaire d'admettre une véritable authenticité substantielle qui consiste en ce qui suit :

1°/ Que négativement, la Vulgate ne contient aucune erreur dogmatique, soit en niant un dogme exprimé dans l'Ecriture, soit en affirmant comme révélée une vérité qui ne Test pas.

2°/ Positivement parlant, qu'en général le dogme y est exactement exprimé au même endroit que l'a énoncé l'original. Beaucoup de théologiens et d'exégètes parfaitement orthodoxes admettent — sans que l'Eglise blâme leur opinion — que l'on ne peut déduire ni des paroles, ni du but, ni de l'histoire des définitions du Concile de Trente, que l'interprète de la Vulgate ait non seulement évité toute erreur de doctrine, mais que tous les textes dogmatiques sans exception aient dû être consignés par lui, ou qu'ils aient dû l'être au même

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endroit où l'écrivain sacré les avait écrits, et que tous aient été bien rendus et bien compris par lui. Ils le prouvent par des raisons valides et citent des exemples à l'appui de leurs assertions.

Nous ne pensons pas devoir nous attarder davantage surce point. Encore une fois, il est aisé de voir quel champ immense d'investigations est ouvert aux études critiques et historiques, afin d'arriver à établir exactement le texte primitif de l'Ecriture.

13. Peut-on conclure de ce qui précède qu'aucune partie de la Vulgate n'a été définie en particulier comme authentique ?

Pour résoudre cette question assez subtile et ardue, il faut agir avec prudence, gardant devant les yeux les règles de la stricte logique. En procédant d'un tout, pris dans un sens distributif, à ses parties, en d'autres termes, partant d'un sujet universel pour arriver à un sujet particulier, c'est-à-dire à une partie qui dépend du sujet universel et y est contenue, la conclusion est immédiate sans le secours du raisonnement ; par conséquent, une telle proposition universelle étant définie, par là même sont définies toutes les propositions particulières y contenues. Par exemple, s'il est défini que tous les hommes peuvent se sauver, par là même il est défini que tel et tel individu particulier peut se sauver. Donc, si tous les livres de la Vulgate, déterminés comme y étant contenus, sont définis authentiques, par là même chacun de ces livres l'est en particulier. Et en vérité, c'est ainsi que le Concile de Trente a déclaré l'authenti-

cité de la Vulgate, de manière que chacun des livres énumérés successivement par ce même Concile sont définis authentiques.

Mais quand il s'agit des parties de chacun de ces livres, lesquelles parties le Concile n'a pas énumérées ni pu énumérer en particulier, ni par conséquent définir en particulier comme authenthiques, que faut-il penser de ces parties?

Elles ne peuvent pas être comprises, eu égard à la matière dont il s'agit, comme des parties subjectives par rapport à un sujet universel ou à un tout pris dans un sens distributif , n'étant ni homogènes, ni individuellement distinctes, ni auparavant énumérées. Elles sont prises confusément, d'une manière indéterminée, et doivent par conséquent être entendues comme des parties par rapport à un tout pris dans un sens collectif ; et ce tout ou ce livre entier avec ses parties est défini authentique en substance, comme nous l'avons expliqué plus haut.

Or, d'un tout collectif, en cette matière, on ne peut conclure à chaque partie. De ce qu'un tout collectif soit grand, il ne s'en suit pas que ses parties sont grandes, mais que leur nombre et leur quantité sont tels et si étendus qu'ils forment un tout qui est grand. Donc, de ce qu'un livre est défini authentique dans son entier, il ne s'ensuit pas que telle et telle partie prise au hasard est déclarée authenthique, mais que les parties dans leur ensemble sont authentiques, à ce nombre et à ce degré que le tout puisse être appelé authentique. S'il fallait affirmer que chacune des parties prise à part a été

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définie comme authentique, il s'ensuivrait que l'authenticité du tout aurait été déclarée, non pas seulement en substance, mais par extension à chacune des moindres parties en particulier.

Rien n'aurait donc été défini au sujet des parties de chacun des livres? S'il en était ainsi rien n'aurait été déterminé même pour le tout, et la définition du Concile de Trente serait vaine et sans portée. Ce qui a été déclaré au sujet des parties, comme du tout, c'est qu'en général elles sont authentiques, bien que l'une ou l'autre puisse exceptionnellement ne l'être pas.

14. Mais pour ce qui regarde ces parties prises chacune à part, la définition du Concile leur estelle applicable et jusqu'à quel point ?

D'aucuns répondent que la définition est applicable à un texte ou à une partie en particulier, mais que cela se fait à l'aide du raisonnement, de manière que jamais il n'est de foi qu'un texte déterminé est authentique, du moins en vertu de la définition du Concile de Trente.

Mais en cette matière le raisonnement est hors de propos. Car là où il s'agit de parties subjectives par rapport à un tout pris dans un sens distributif , la conclusion est immédiate sans raisonnement. Si, par contre, il est question de parties par rapport à un tout collectif, la déduction immédiate ne vaut pas comme forme de raisonnement ; et, vu la matière dont il est question ici, il n'y a pas lieu de raisonner puisque il s'agit d'un fait, à savoir si tel ou tel texte appartient oui ou non à l'Ecriture originelle. Or, ce fait le Concile de Trente ne l'a

pas directement défini. Il a laissé à chacun à le voir là où il saute aux yeux, ou bien, dans le doute, à chercher à l'apprendre au moyen d'études historiques et critiques.

Par conséquent, il n'est pas de foi catholique que tel texte dont l'Eglise n'a pas défini l'authenticité en particulier est authentique. Mais aussitôt qu'il apparaît avec certitude à quelqu'un que tel texte est de fait authentique, aussitôt par rapport à cette personne en particulier s'applique à cette partie ou à ce texte la définition générale du Concile de Trente au sujet de l'ensemble de l'Ecriture. Elle s'applique à ce texte en tant qu'il a coutume d'être lu dans l'Eglise et qu'il se trouve dans la Vulgate; cette application se fait sans raisonnement, et pour cette personne convaincue de l'authenticité du texte, il est de foi, en vertu de la définition du Concile de Trente, que ce texte fait partie de la sainte Ecri- - ture.

En résumé, si vous trouvez un texte dans l'original de la Bible et généralement dans toutes les versions, et si par conséquent vous constatez qu'il est de commun usage dans l'Eglise catholique, alors pour vous la définition du Concile de Trente s'applique à ce texte comme elle s'applique au livre entier, et l'authenticité de l'un et de l'autre est de foi pour vous.

Si le même texte se retrouve également dans la Vulgate, la définition d'authenticité lui est applicable aussi à raison de l'autre critérium indiqué par le Concile, et non adéquatement distinct du premier.

Quelqu'un dira peut-être : s'il en est ainsi, la

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définition du Concile me paraît superflue pour ce qui concerne la Vulgate, puisque cette définition demande, pour être appliquée, le secours du premier critérium, ou du moins ne s'applique que dépendamment de lui.

Nous répondons: la définition susdite n'est pas du tout inutile; car, par elle nous savons de certitude de foi qu'une édition déterminée de l'Ecriture entière et de chacun de ses livres est authentique quant à la substance ; édition qui peut et doit être par conséquent sûrement employée dans les controverses, dans la prédication, dans l'étude. Grâce à cette indication nous pouvons commencer (et il faut bien commencer par une édition quelconque) à déterminer, et, dans le doute, à découvrir l'authenticité en particulier de chaque partie et de chaque texte de l'Ecriture. S'il est constant que ces parties non seulement se trouvent dans la Vulgate — dont il existe aussi plusieurs éditions — mais encore que ces parties s'y trouvent de manière à pouvoir conclure qu'elles sont lues communément dans l'Eglise catholique, par là même et en vertu de la définition du Concile de Trente elles doivent être regardées comme authentiques.

Résumons. En vertu de la définition du Concile de Trente, pour ce qui regarde la Vulgate, il est de foi: 1° qu'elle ne contient aucune erreur dogmatique; 2° que dans les textes dogmatiques on trouve généralement le sens véritable de l'Ecriture primitive, bien que ça et là, par exception, ce sens puisse ne pas être exact; 3° il est de foi, pour une

personne déterminée, qu'une partie de l'Ecriture ou quelque texte dogmatique en particulier est également authentique, chaque fois que cette personne constate qu'il est lu communément dans l'Eglise catholique et qu'il se rencontre dans la Vulgate.

Notons soigneusement la différence qui existe entre ces deux manières de s'exprimer :

1° Tous les textes dogmatiques (1) qu'on a coutume de lire dans l'Eglise catholique et qui se trouvent dans la Vulgate sont authentiques ; donc ce texte est authentique que je constate a posteriori et sans aucun doute être lu habituellement dans l'Eglise catholique et se trouver dans la Vulgate. On voit que la conclusion ici est immédiate, sans raisonnement. Car si vous formulez le syllogisme : tous les textes etc ; or, ce texte etc ; vous ne fournissez qu'une pure forme syllogistique ; c'est comme si vous disiez: tous les hommes..... or, je sais homme. Mais il n'y a pas là de terme moyen ni aucune force syllogistique.

2° La Vulgate est substantiellement authentique, ou bien toutes ses parties prises collectivement et dans leur ensemble sont substantiellement authen-

(1) C'est à ces textes que s'applique tout d'abord et à proprement parler le critérium, car le fait qu'on a coutume de les lire dans l'Eglise catholique démontre qu'ils ont été proposés à croire et acceptés par la foi toujours et partout comme étant enseignés par les Ecritures. Aux autres textes qui ne contiennent aucune doctrine dogmatique ou morale, ce même critérium s'applique d'une manière beaucoup moins stricte, quant à la question de savoir s'ils sont inspfrés sous cette forme ou variante déterminée.

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tiques; par conséquent, a priori et généralement parlant, une de ses parties en particulier sera authentique, quoique par exception il se puisse faire qu'elle ne le soit pas. Ni par déduction, ni par raisonnement on ne peut conclure rien de plus. Mais, entre toutes les éditions vous en avez une qui est désignée comme étant, quant à la substance, certainement et de foi authentique.

D'où l'on voit de nouveau que l'Eglise laisse la voie ouverte aux études critiques et historiques dans toute leur ampleur, mais que certainement le Concile de Trente leur a apporté une direction et un secours des plus utiles, par sa définition au sujet des Livres canoniques et de l'authenticité de la Vulgate.

De l'interprétation et de l'usage des Ecritures

15. St Paul termine le résumé qu'il donne de la nature et du caractère des Livres saints, en indiquant la fin et le but de l'Ecriture : Elle est utile pour enseigner, pour instruire dans la justice, etc.

Nous arrivons, guidés par l'Apotre, à l'interprétation et à l'usage de l'Ecriture.

L'Ecriture en son entier, c'est-à-dire tout ce qui est Ecriture sainte est donc vraiment la parole de Dieu écrite. Interprétée par l'Eglise, elle nous enseigne d'une manière infaillible ce que nous devons croire et pratiquer pour arriver à la sainteté de la vie et au salut éternel. Mais l'Ecriture n'a nullement pour but de nous fournir des connais-

l'interprétation des écritures 379

sances profanes, ni de nous instruire dans les siences et les arts humains.

D'où il est facile de déduire: 1° qu'il n'y a rien à redouter d'une science humaine, digne de ce nom, ni d'une vérité certaine quelconque, comme s'il était possible qu'une thèse scientifique ou historique vraie et dûment établie contredise jamais la parole authentique de Dieu bien comprise. Remarquez et pesez chacune de ces paroles ; car ce n'est que par un défaut de logique dans l'interprétation de la parole de Dieu ou dans la manière de proposer des conclusions scientifiques et historiques, que ces divergences fictives surgissent entre l'Ecriture et la science humaine.

C'est ce que Léon XIII, d'après S1 Augustin, a fait observer dans son Encyclique Providentissimus Deus : « Il n'y aura aucun désaccord véritable entre le théologien et le naturaliste, dit-il, s'ils se tiennent chacun dans sa sphère, ayant soin, selon l'avertissement de S1 Augustin (1), de ne rien avancer témérairement, ni rien d'inconnu comme connu. Si toutefois il y avait désaccord, le théologien devrait suivre la règle qui lui est sommairement tracée par le même docteur : « Tout ce que les savants, dit-il, sont parvenus a démontrer au sujet de la nature par des preuves vraies, montronsleur qu'il n'y a là rien de contraire à nos saintes Lettres; tout ce qu'ils produiraient dans leurs ouvrages de contraire à nos saintes Lettres, c'est-àdire à la foi catholique, montrons-en la fausseté si

(1) In Gen., opus imperf., IX, 30.

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c'est possible, ou croyons du moins fermement qu'il n'y a là rien de vrai (1). »

Léon XIII ajoute que ce qui vient d'être dit au sujet des sciences naturelles s'applique aussi bien aux sciences connexes et surtout à l'histoire.

16. De ce qui précède ressort: 2° la vérité que le même pontife expose très-clairement en ces termes : « Pour saisir la justesse de cette règle de conduite (tirée de S* Augustin), il faut considérer d'abord que les écrivains sacrés, ou plus exactement l'Esprit de Dieu qui parlait en eux n'a pas voulu instruire les hommes sur ces choses (à savoir la constitution intime du monde visible), comme n'ayant pas de rapport avec le salut (2) ; par conséquent, loin de s'être proposé l'étude directe de la nature, ils décrivent parfois les choses et en parlent, ou bien en termes métaphoriques, ou bien en se servant du langage communément employé au temps où ils vivaient, et que de nos jours les hommes savants emploient eux-mêmes en causant de bien des matières au cours ordinaire de la vie. Comme ce langage sert spécialement pour exprimer les choses qui frappent les sens, de même l'écrivain sacré n'a fait que « rapporter les apparences sensibles » ainsi que le remarque le Docteur Angélique (3), ou il n'a fait qu'exprimer ce que Dieu lui-même, en parlant aux hommes, a voulu leur apprendre en se mettant à leur portée à la manière humaine. »

(1) De Gen. ad ML, 1. I, c. XXI, n. 41.

(2) August., ibid., 1. II, c. IX, n. 20.

(3) la, q. LXX, a. 1, ad 3m.

DE L'EMPLOI DE L'ÉCRITURE SAINTE 38 î

Il serait facile d'établir cette vérité par des exemples ; chacun pouvant appliquer soi-même ces sages avis nous n'insistons pas.

17. Il s'ensuit encore : 3° qu'il ne faut pas chercher dans nos Livres saints, sauf accidentellement, des arguments pour établir des opinions profanes, ni pour prouver des théories scientifiques en matière de sciences naturelles. On ne doit pas davantage, là où les textes sont obscurs, s'attacher à une opinion ou à un système touchant les choses de la nature, comme si ce système était basé sur l'Ecriture interprétée selon son vrai sens dont il ne serait pas permis de se départir. Le Docteur angélique nous en avertit: « Comme renseigne S1 Augustin, dit-il, dans les questions de cette nature il faut observer deux choses. Tout d'abord tenir inébranlablement à la vérité de l'Ecriture. Ensuite, comme l'Ecriture divine peut être expliquée de plusieurs manières , on ne doit pas s'attacher tellement à l'une d'elles que, la fausseté de ce que l'on croyait être le sens véritable du texte sacré étant établie avec certitude, on soit assez audacieux pour vouloir maintenir cette manière de voir. Et cela de peur que les infidèles n'y trouvent une raison pour se railler de l'Ecriture, et qu'on leur ferme l'entrée de la foi. » (la, q. 68, a. 1).

Ne veuillons donc pas imposer imprudemment notre opinion, mais souvenons-nous de la modestie du même Docteur angélique disant ailleurs : « Dans les choses qui ne sont pas de nécessité de foi, il a été permis aux Saints de penser diversement, comme nous sommes autorisés à le faire nous-

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mêmes. » (II Sent., dist. II, q. 1, a. 3). Et surtout ne soyons pas si osés que de vouloir faire passer notre sentiment pour celui de l'Ecriture sainte. « Il me semble, dit le même S1 Thomas, qu'il est plus sûr, dans les choses sur lesquelles les philosophes sont d'accord et qui ne répugnent pas à notre foi, de ne pas les avancer comme étant de foi, bien qu'on puisse les citer parfois sous le nom des philosophes; et de ne pas les nier non plus comme contraires à nos croyances, afin de ne pas fournir aux savants de ce monde l'occasion de mépriser la doctrine de la foi. » (Opusc. X).

18. Nous ajoutons ici les paroles de S1 Augustin auxquelles S1 Thomas vient de faire allusion et qui sont très-remarquables: « Pour les choses obscures, dit-il (De Gen. ad litteram, 1. I, c. XVIII, n. 37), et bien éloignées de nous, si nous avons lu à leur sujet des écrits, même divins, sur lesquels il peut y avoir, la foi restant sauve, plusieurs interprétations, ne nous jetons pas précipitamment sur l'une ou sur l'autre de telle façon que, une discussion diligente de la vérité parvenant à l'ébranler, nous soyons renversés nous-mêmes, et que nous combattions en faveur de notre avis propre et non pour celui de l'Ecriture, voulant que notre manière de voir soit celle de l'Ecriture, alors que nous devrions vouloir rendre nôtre la sentence de l'Ecriture (1). »

Le même Saint expose encore par des exemples, et très-nettement, combien il est nécessaire d'ob-

(1) Cp. Confess., 1. II, c. XXIV et XXV.

de l'emploi de l'écriture sainte 383

server ici les règles de la prudence et d'appfiquer strictement celles de la logique. Puis il ajoute : « Il arrive souvent qu'en des matières concernant la terre, le ciel, les autres élémenls de ce monde, les mouvements et la rotation des étoiles, leur grandeur et leur distance, certaines éclipses du soleil et de la lune, le cours des années et du temps, la nature des animaux, des végétaux, des minéraux, et autres choses semblables, un homme, même non chrétien, connaisse des choses de science certaine ou d'expérience.

Or, il est par trop déshonorant et pernicieux, et il faut éviter à tout prix qu'un infidèle puisse jamais entendre un chrétien, qui serait censé parler de ces matières en interprète des Lettres chrétiennes, délirer de telle façon que l'infidèle soit tenté d'en rire. Il n'y a pas grand mal à ce qu'on se moque d'un homme qui est dans l'erreur, mais il serait regrettable que nos auteurs puissent être regardés comme coupables de ces erreurs par ceux qui ne sont pas nôtres, et qu'ils soient repris et méprisés comme des ignorants, au grand détriment de ceux dont nous cherchons le salut. Quand ceux-ci auront rencontré un chrétien qui se trompe dans une matière qu'eux, incroyants, connaissent très-bien, et si ce chrétien soutient son opinion fausse par les Ecritures, comment voulez- vous que les infidèles croient ces mêmes Ecritures lorsque celles-ci enseignent la résurrection des morts, l'espérancedans la vie éternelle, dans le royaume des cieux,cesmêmes infidèles les jugeant erronées au sujet de choses qu'ils ont expérimentées, scrutées et comprises?

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On ne peut assez dire combien de difficultés et de déboires causent à leurs frères plus prudents ces hommes téméraires et présomptueux, quand, blâmés et convaincus de l'erreur et de l'inanité de leurs opinions par ceux qui ne croient pas à l'autorité de nos Livres saints, ils s'efforcent néanmoins de mettre en avant ces mêmes Livres pour tâcher de défendre des erreurs faciles à constater et qu'ils ont avancées avec une légèreté téméraire, ou lorsqu'ils citent, même de mémoire, une foule de textes de l'Ecriture qu'ils croient propres à appuyer leur affirmation, ne comprenant ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment (1 Tim. , 1,7).» (De Gen. ad litteram, 1. 1, c. XIX, n. 39).

19. Soyons donc prémunis contre la facilité à condamner, en vertu et au nom de l'Ecriture, une thèse scientifique quelconque, avant d'être assurés qu'elle est en opposition certaine avec l'autorité de l'Ecriture. Ce qui ne doit nullement nous empêcher de signaler le péril, lorsqu'il nous semble que, dans une question obscure et douteuse, une vérité de foi on un point doctrinal menace d'être ébranlé. D'autant plus que les hommes de science et les critiques, oubliant la saine philosophie et les règles de la logique, proposent fréquemment comme vérités certaines de simples hypothèses, et nous offrent des conjectures en guise d'arguments.

Nous sommes encore avertis de ne pas faire passer pour des vérités affirmées par l'Ecriture des opinions humaines ou des maximes philosophiques, quoique certaines d'ailleurs, à moins que les Livres saints, bien interprétés et bien compris, n'énoncent

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