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DE L'EMPLOI DE L'ÉCRITURE SAINTE

clairement ces mêmes vérités, ou ne les insinuent à cause du rapport réel et certain de la vérité révélée avec ces axiomes philosophiques. Lorsqu'il en est ainsi, rien ne s'oppose à ce qu'on les confirme par TEcriture. Car il ne faut pas non plus imiter ceux qui paraissent croire — le but de l'Ecriture n'ayant rien de commun avec les vérités humaines — que jamais ni d'aucune manière les vérités rationnelles ne sont avancées ni confirmées par les Stes Ecritures, et que tout peut, d'une manière absolue, être affirmé et défendu impunément par les hommes de science.

20. Nous ne sommes pas davantage de l'avis de ceux qui, sans distinction aucune, n'attachent aucune importance à la manière de s'exprimer de l'écrivain sacré, pourvu que le dogme lui-même soit respecté. Par exemple, aux premiers chapitres de la Genèse et par rapport à la manière de narrer la création, ceux dont nous parlons ne craignent pas d'affirmer que dans ces descriptions on peut voir simplement une œuvre de l'imagination de l'auteur humain, ou une réminiscence des fables qui avaient cours parmi les Gentils, ou même un récit du genre mythique. Cette manière d'interpréter les textes ne convient pas à la dignité de l'Auteur divin ni au respect que nous lui devons ; elle n'est pas même conforme aux préceptes de la saine raison.

Ce à quoi les tenants de cette thèse ne font pas attention dans cet exemple, c'est que l'écrivain humain n'a pu rapporter que la révélation divine sur le premier état des choses que Dieu seul a connu, révélation faite soit directement à l'écrivain

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sacré, ce qui paraît probable, soit à lui rapportée et que Dieu lui a inspiré d'écrire.

Admettant la première de ces suppositions, il est impossible de penser que Dieu ait imité un mythe quelconque des Gentils, ou qu'il ait laissé le soin du récit à l'imagination de l'écrivain inspiré, se contentant d'y intercaler ou plutôt d'y cacher le dogme révélé. Dieu n'a-t-il pas plutôt, à la manière prophétique, décrit dans l'imagination de l'écrivain des images ou des tableaux que celui-ci a dépeints poétiquement, les mettant à la portée des lecteurs pour que le dogme fût rendu intelligible même aux ignorants et aux simples, et que les vérités de la science naturelle, sans être enseignées ex professo dans ces récits, ne fussent pas opposées aux descriptions bibliques? Peut-on croire que Dieu ait voulu, sans raison ni utilité, que les vérités naturelles y fussent cachées comme à dessein, de façon à devoir être comprises faussement ?

Si l'on admet la seconde de ces hypothèses, à savoir que l'auteur humain a écrit d'après la tradition, nous accordons qu'il a pu avoir connaissance des fables des Gentils dont il devait corriger la doctrine. Mais Dieu l'aurait-il abandonné à luimême pour ce qui regarde la forme de la narration, et laissé libre carrière à son imagination? Le Seigneur n'aurait-il pas veillé lui-même à faire corriger ces mythes païens, et à rendre la façon même de raconter raisonnable et utile, telle, en un mot, que nous venons de la décrire ? C'est ainsi que dès l'origine la tradition catholique tout entière, les Pères de l'Eglise, toute l'Ecole et dans la suite

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la légion des interprètes catholiques ont compris comme nous, et qu'ils ont scruté avec le plus grand soin et le plus grand respect le sens véritable de la narration mosaïque. Il n'est venu à l'esprit de personne que, le dogme étant sauf, la manière de narrer y pût être négligée.

Or, ces constatations sont peu favorables à nos auteurs récents que nous prenons ici à partie.

Si quelques esprits modernes ne craignent pas d'attribuer à une fausse notion de l'inspiration cette manière d'agir et d'interpréter des saints Pères, des Scolastiques et d'autres grands exégètes même contemporains, cela peut être appelé à juste titre une audace incroyable de jugement et une intempérance intolérable de langage, comme si tant et de si grands hommes, et pour ainsi dire toute l'Eglise catholique, eussent dû attendre l'apparition de ces esprits téméraires pour connaître la véritable notion de l'inspiration. Si la controverse sur la nature et sur l'extension de l'inspiration n'a pas été agitée autrefois comme de nos jours, cela ne prouve pas que la notion en ait été erronée ou ignorée, mais tout simplement qu'elle n'a pas été scrutée davantage, ni plus clairement et amplement exposée. Arrêtons-nous ici.

Quant à ce qui concerne spécialement la narration mosaïque nous en avons parlé dans la troisième partie de nos Méditations théologiques.

21. Nous terminons ce troisième point touchant le caractère et le but des livres inspirés, en développant un quatrième et dernier corollaire de notre précédente dissertation.

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4° Si l'on ne peut admettre aucune contradiction entre une doctrine certaine de l'Ecriture et une vérité de la science humaine, il ne faut pas non plus concéder que dans nos Livres saints il y ait des contradictions vraies et réelles. Elles ne sont qu'apparentes et purement verbales.

On ne peut admettre l'existence d'aucune erreur dans l'Ecriture. C'est ce qu'enseigne clairement Léon XIII dans son encyclique Providentissimus: « Il s'ensuit, dit le S1 Père, que ceux qui estiment que dans les textes authentiques des Livres sacrés une fausseté quelconque peut être renfermée, ceuxlà certainement ou bien pervertissent la notion catholique de l'inspiration divine, ou bien ils font de Dieu lui-même l'auteur de l'erreur.

Tous les Pères et tous les Docteurs ont eu une conviction si entière et si intime de ce que dans les Lettres divines, telles que nous les ont rédigées les écrivains sacrés, il n'y a aucune erreur, qu'ils se se sont efforcés, avec autant d'habileté que de religion, de mettre d'accord et de concilier les divergences ou contradictions apparentes qu'on y rencontre. Ce sont à peu près les mêmes que l'on objecte actuellement au nom de la science nouvelle.

Ils ont professé unanimement que ces Livres, dans leur entier et dans leurs parties, ont été également inspirés par Dieu qui a parlé par les , écrivains sacrés, et qui n'a pu aucunement y proposer quelque chose d'étranger à la vérité.

Tout cela est conforme à ce que le même Saint Augustin écrit (1) à St Jérôme: « Moi j'avoue à

(1) Epist. LXXXII, I, et fréquemment ailleurs. (Note du Souverain Pontife).

votre charité que j'ai appris à témoigner aux seuls livres de l'Ecriture appelés canoniques cette révérence et cet honneur de croire fermement qu'aucun de leurs auteurs n'a erré en quoi que ce soit. Et si je rencontre dans les saintes Ecritures quelque chose qui semble contraire à la vérité, je ne crains pas de dire ou bien que l'exemplaire est fautif, ou que l'interprète a mal saisi ce qui est rapporté, ou bien que moi-même je ne l'ai pas bien compris. »

21. Après tout ce que nous venons de dire, aucun catholique, sous quelque prétexte ou couleur que ce soit, ne peut, même dans les choses les plus minimes, admettre une erreur quelconque dans le texte sacré authentique.

Cependant il est à la fois très surprenant et fort regrettable que certains écrivains — de ce qu'on appelle la nouvelle école, et qui paraissent prendre en pitié les autres interprètes comme non initiés — tout en prétendant souscrire de plein cœur à la doctrine proposée par le souverain Pontiie, essaient de diverses manières de la tempérer de telle sorte qu'ils semblent plutôt vouloir l'ébranler. Par exemple, ils ont recours à une application pitoyable de la distinction susmentionnée entre la véracité du rapport et la vérité de ce qui est relaté par les écrivains sacrés. Ou bien encore ils parlent de vérité relative; ils distinguent entre la fidélité essentielle de la narration, fidélité nécessaire et suffisante pour le but de l'auteur, et les erreurs de moindre importance qui s'y sont glissées et qu'ils appellent inexactitudes de détail, pour ne pas avoir l'air d'employer le mot erreur. Il faut donc à leur

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avis s'inquiéter fort peu des antilogies des auteurs sacrés dans ces détails. Ils insistent aussi beaucoup sur le but de l'Ecriture qui est d'enseigner les vérités concernant la foi et les mœurs, voulant limiter presque uniquement à ce but la vérité des saints Livres et jusqu'à un certain point leur inspiration. Ils n'oublient qu'une chose, c'est qu'en accusant les autres d'avoir une idée fausse de l'inspiration, eux-mêmes n'en ont pas atteint la notion juste.

23. Ils ne redoutent pas d'en appeler aux Pères de l'Eglise, entre autres à S1 Augustin dans son ouvrage De consensu evangelistarum, à la lecture duquel, ainsi parle l'un d'eux : « Vous seriez probablement dérouté par la liberté d'allures qu'il prend en face des antilogies du récit évangélique... Le grand docteur n'a pas craint d'admettre que la mémoire a parfois manqué aux évangélistes ; non seulement ils ont omis des incidents par oubli, mais ils ont mêlé, en racontant les choses comme ils s'en souvenaient; parfois même ils ont confondu et mis un nom pour un autre. »

Or, si cet auteur a lu ce qu'il cite, à savoir le livre II, chapitre XII, nos 27-29 de l'ouvrage en question, il doit y avoir vu saint Augustin s'efforcer soigneusement de concilier le récit des Evangélistes et n'admettre chez eux aucune erreur. Il doit aussi y avoir entendu le S1 Docteur le déclarer ouvertement: « Il convient que chez les Evangélistes il ne se trouve rien de faux, non seulement par suite de mensonge mais pas même par défaut de mémoire. »

Dans tout ce passage de S1 Augustin on ne ren-

contre rien qui ne soit conforme à la manière de faire de tous les exégètes catholiques, lorsqu'il s'agit de la solution des difficultés que présentent parfois les contradictions apparentes de l'Ecriture. Certainement ces exégètes ont connu les explications de S1 Augustin, et loin d'avoir été surpris d'y rencontrer une trop grande liberté — comme s'exprime l'auteur que nous venons de citer — ils ont plutôt imité la manière vraie et juste de conciliation dont le Sf Docteur s'est servi.

Quant à ce que ce même auteur français rapporte de S1 Augustin au sujet de la confusion de noms, il s'agit d'un autre endroit du même ouvrage déjà cité, à savoir 1. III, chapitre V.I, nos 29-31, où le S1 Docteur explique comment il est advenu que, dans S1 Matthieu, XXVII, 9, on lit: « Per Jeremiam prophetam » tandis que la citation est de Zacharie.

A entendre notre auteur, on croirait que S1 Augustin a attribué cette faute à une méprise de S1 Matthieu. Or, le St Docteur après avoir proposé la solution de cette difficulté par une erreur de copistes — qui ont ou bien ajouté le nom de Jérémie là où S1 Matthieu avait écrit seulement : Per prophetam dicentem, ou bien ont changé le nom de Zacharie qui avait d'abord été écrit — n'admet pas cette solution, et prétend qu'il faut lire Jérémie quoique la prophétie soit de Zacharie. Mais S1 Augustin veut-il attribuer cette version à une faute de S11 Matthieu, en sorte que le nom de Jérémie se trouve par erreur dans l'Evangile? Loin de là. Même dans la supposition, dit-il, que

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le nom de Jérémie se rencontre dans S1 Matthieu par suite d'un défaut de mémoire — défaut que S1 Matthieu aurait corrigé après avertissement, à moins qu'il n'ait pensé que le nom de Zacharie ne s'était pas présenté sans raison à son esprit dirigé par l'Esprit saint — c'est par une volonté positive que Dieu a fait écrire l'Apôtre de cette manière, parce que Dieu a voulu nous enseigner la parfaite concordance qui existe entre les prophètes. En vertu de cette concordance ce que Zacharie a dit, Jérémie et d'autres l'ont dit également, parlant tous sous l'inspiration de l'Esprit saint.

Enfin le Sfc Docteur touche à une autre raison : « pour laquelle il a été permis, ou plutôt prescrit par l'autorité de l'Esprit saint, de laisser ce nom de Jérémie dans la citation de Zacharie. » C'est que S1 Matthieu aura cité, quant au sens, la prophétie qui se trouve partiellement chez les deux prophètes, afin que le lecteur fût averti que, ne trouvant chez Jérémie que le témoignage de l'achat du champ, les autres circonstances du prix, des trente deniers, etc. sont à chercher chez le prophète Zacharie, et qu'il faut comparer les deux citations (1).

Ces solutions de S1 Augustin peuvent ne pas plaire à bien des gens, mais peut-on y voir un indice, même lointain, de ce que le saint Docteur ait admis l'existence d'une erreur ou d'une confusion de noms dans les Evangiles?

(1) C'est ainsi que Théophylacte lit et veut qu'on lise : per Jeremiam et prophetam, parce que, dit-il, ce qui est rapporté par les deux prophètes est mêlé ensemble.

24. Ce même auteur que nous avons cité invoque aussi l'autorité du grand Docteur S1 Jérôme, et tout d'abord au sujet du récit de S1 Matthieu, XIII , 35. Ce qu'il prétend trouver chez St Jérôme nous l'ignorons. Celui-ci ne dit pas autre chose sinon qu'avec la Vulgate il traduit : Per prophetam dicentem, bien qu'il lui semble que primitivement il était écrit: Per Asaph prophetam; ce qu'un copiste peu intelligent ne comprenant pas, aura peut-être voulu corriger en mettantlenom d'Isaïe, mieux connu, nom qui se rencontre de fait dans plus d'une transcription de l'Ecriture et que des exégètes plus avisés auront rayé du texte. Qu'est-ce que cela prouve ?

Ensuite ausujet du textedeS* Matthieu, XXVII,9, dont nous avons parlé plus haut dans la citation de S1 Augustin, S1 Jérôme dit : « Il me semble que le témoignage a été pris plutôt chez Zacharie, à la manière ordinaire des Evangélistes et des Apôtres qui, laissant de côté Tordre des mots, s'attachent de préférence au sens de l'ancien Testament. » Ici S* Jérôme ne résout pas la difficulté, et il ne dit rien non plus d'où nous puissions inférer qu'il admet une erreur quelconque dans les Evangiles. Mais dans sa lettre LVII, n° 7, il écrit: « On accuse l'apôtre de fausseté parce que son texte n'est pas conforme au texte hébreu ni à celui des Septante; et, ce qui est plus fort, parce qu'il se trompe de nom écrivant Zacharie pour Jérémie. Craignons de dire cela du disciple du Christ, qui a eu soin, non de rechercher les mots et les syllabes, mais de rendre exactement les sentences dogmatiques. »

S* Jérôme a l'habitude de faire comme il le dit

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ailleurs : « Dans les choses obscures nous exposons les différentes opinions, de manière à paraître nous entretenir de vive voix avec vous plutôt que de vous écrire (1) ». Au même endroit il touché une autre difficulté : « Du reste, dit-il, il me semble que l'Apôtre, quand il proscrit les généalogies interminables et les fables judaïques, vise semblables questions [ concernant la durée du règne des rois de Juda et d'Israël I. A quoi bon en effet s'attacher à la lettre et accuser d'erreur soit l'écrivain (2) soit telle série d'années, puisqu'il est écrit clairement : La lettre tue, c'est l'esprit qui vivifie (2 Cor., III). Lisez tous les livres de l'ancien et du nouveau Testament, et vous trouverez une telle discordance d'années et les chiffres tellement confondus entre Juda et Israël, c'est-à-dire entre ces deux règnes, que c'est affaire d'un homme oisif, plutôt que d'un homme studieux de s'arrêter à de semblables questions. » Il s'agit donc ici de leçons variantes ; or tout le monde comprend combien il est difficile de retrouver parmi elles le texte original quand elles ont pour objet des nombres. D'autre part nous ignorons beaucoup de choses, et tout ce qui a rapport à la chronologie biblique est particulièrement incertain, en sorte qu'il serait plus que téméraire de porter sur ces matières un jugement définitif.

Il est vrai que le même S1 Jérôme dans son com-

(1) Epist. LXXH, n° 5.

(2) Il ne faut pas nécessairement comprendre par ce mot l'auteur sacré, mais le secrétaire ou copiste; S1 Jérôme s'exprime de même dans son commentaire sur S. Matthieu, XIII.

mentaire (1. II, chapitre V) sur Michée, V, 2, en parlant de la citation qu'en fait 5. Matthieu, II, 5, signale : « l'erreur, par laquelle l'ordre se trouve changé ou les mots transposés, et parfois le sens même diffère, les apôtres ou les évangélistes ne prenant pas les citations du livre mais se fiant à leur mémoire qui peut faillir. » Mais le St Docteur n'entend pas exprimer par là son propre sentiment. Nous le connaissons par ses paroles citées ci-dessus inMatth., XXVII et Epist. LVIL C'est l'opinion d'autres écrivains qu'il expose ici puisqu'il commence par dire: « Il y en a qui affirment.... qu'on rencontre l'erreur, par laquelle etc.

Du reste il résout personnellement la difficulté en ajoutant : « Je pense que Sfc Matthieu, voulant reprendre la négligence des scribes et des prêtres dans la lecture de l'Ecriture sainte, a reproduit le texte comme il avait été exprimé par eux. » A savoir : Et toi, Bethléem terre de Juda, tu n'es pas du tout la plus petite etc.; ce qui n'est conforme ni au texte hébreu ni à celui des Septante.

25. Il est évident que dans les passages où l'écrivain sacré dit expressément qu'il s'énonce, ou qu'il est implicitement censé parler selon les apparences extérieures, selon l'usage de son temps ou conformément aux opinions reçues, plutôt que d'après la vérité réelle et intime d'une chose, il n'y a pas lieu de lui reprocher une erreur ou une fausseté. C'est ce que S1 Jérôme (1), S* Augustin

(1) C'est ainsi que S1 Jérôme pense qu'Hérode s'est réjoui de la demande d'Hérodiade, alors que S' Matthieu dit: le roi

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et d'autres nous font très-souvent observer, par exemple au sujet d'Ananie qui est appelé prophète (férémie, XXVIII), au sujet de Joseph qui est nommé père de Jésus, etc. De nos jours même personne ne trouverait ces manières de dire étonnantes ni ne songerait à y trouver une erreur, puisque nous avons encore l'habitude de nous exprimer ainsi.

Toutes ces remarques ne sont ni inconnues aux exégétes ni nouvelles pour eux ; pourquoi donc tant de bruit à ce sujet du côté de quelques écrivains modernes ?

Quant aux objections tirées d'Origène (t. X in Joannem, 2 et ss.) il faut les attribuer à sa manière d'interpréter. Ici, et très-souvent ailleurs, Origène n'admettant pas le sens littéral du texte sacré s'efforce de l'expliquer par des exposés anagogiques. Il serait trop long de le suivre ; ce n'est du reste pas nécessaire puisqu'Origène, qui seul parle de quelques écrivains ayant admis des erreurs dans les Ecritures — écrivains qu'il ne nomme pas et qu'aucun des autres Pères ne paraît avoir connus — ne les a cependant pas suivis, et quelque hardi qu'il ait été ne s'est pas rallié à leurs opinions téméraires.

en fut attristé. Il ne faut pas en conclure, si S' Jérôme dit vrai, que S' Matthieu se trompe. Celui-ci a noté la tristesse que le roi hypocrite a laissé voir extérieurement, et en cela S' Jérôme ne le contredit nullement.

Quelques avis et conseils pratiques en matière d'exégèse biblique

26. Après avoir exposé les trois points de doctrine destinés à mettre en lumière la vraie nature et le caractère des Livres saints, nous en tirerons sans peine, et par manière de conclusion, des avertissements pratiques et des conseils utiles.

Disons, d'une manière générale, qu'ici comme dans tout enseignement, il est important de s'attacher strictement aux règles de la logique, et de se conduire partout par les principes d'une saine philosophie. De cette manière on ne prendra pas l'inconnu pour le connu, ni ce qui est douteux pour certain, ni des conjectures pour des arguments, et les notions ne seront ni fausses ni confuses, défauts qui se rencontrent trop souvent chez les physiciens et les naturalistes comme chez les critiques et les historiens. Lorsque tous ces hommes s'éloignent de la doctrine de l'Eglise, c'est par défaut de science philosophique et spécialement de logique que vous les verrez s'évanouir dans leurs raisonnements. C'est aussi le sort fréquent des amateurs de nouveautés.

Nous avons eu si souvent occasion de donner cet avertissement qu'il est superflu d'y insister davantage ici.

27. Pour mieux préciser notre pensée, de même qu'il ne faut s'adonner à l'étude approfondie d'aucune science — nous ne parlons pas de l'étude

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préparatoire de ses éléments — sans être armé d'une saine philosophie, il en est de même pour l'étude de la science vraie et proprement dite des Ecritures, qu'on ne doit aborder qu'après la préparation théologique voulue.

Celui-là se trompe certainement qui pense que des jeunes gens qui n'ont pas achevé leurs cours théologiques, et même qui n'ont pas conquis les grades académiques, peuvent se livrer avec fruit et sans péril à l'étude de la science des Ecritures dans toute son étendue. Pendant qu'ils étudient la théologie, les élèves des classes inférieures peuvent et doivent sans doute s'initier aux éléments de la science des saintes Lettres, et les élèves des cours supérieurs de théologie doivent s'appliquer à en acquérir une connaissance plus ample et plus intime, mais avec prudence, afin de ne pas s'exposer à manquer de mesure dans leurs jugements et dans leurs paroles. Cependant, à moins d'avoir établi sur des bases solides et complètes le fondement ordinaire des études théologiques, l'édifice qu'ils voudront construire vacillera et sera en danger permanent de ruine.

Il leur faut avant tout posséder et bien comprendre la vraie doctrine de l'Eglise sur la nature de l'inspiration, sur le canon des Livres saints, sur l'authenticité de la Vulgate et sur le magistère suprême d'interprétation qui appartient à l'Eglise.

Ces choses étant bien comprises, et après avoir acquis la connaissance de la langue grecque, de la langue hébraïque et des autres idiomes orientaux, on pourra s'adonner aux études philologiques et

historiques, à la recherche des choses de l'antiquité, à l'art de la critique, utilisant aussi les travaux des érudits hétérodoxes et rationalistes, contrôlés toutefois d'après les règles de la stricte logique. De la sorte on pourra, dans le doute, établir la vraie leçon de l'Ecriture, et dans les cas obscurs découvrir son sens véritable.

Il n'y a personne qui ne voie combien toutes ces études sont importantes et réquièrent un esprit perspicace, des aptitudes spéciales, une préparation indispensable, et en outre un travail persévérant et assidu. Ce qui n'est le partage que du petit nombre. Aucun prêtre, cependant, ne peut y demeurer tellement étranger qu'il soit incapable de retirer de l'utilité des travaux de ces privilégiés.

28. Combien sont dignes de pitié les opinions émises par quelques-uns— chose à peine croyable— que chacun doit interpréter l'Ecriture par ellemême sans employer les commentaires des exégètes ! Qui aurait jamais pu imaginer chose semblable! Ce n'est certes pas le grand Docteur S1 Jérôme, qui avait lu à peu près tout ce qui avait été publié de son temps, et qui a traduit du grec en latin plusieurs commentaires, par exemple ceux d'Origène sur Jérémie et Ezéchièl.

Et qu'en pense S1 Augustin ? « Si toutes les connaissances, dit-il, quelque médiocres et faciles qu'elles soient, demandent pour être assimilées un maître qui les enseigne, où trouver une conduite plus téméraire et plus orgueilleuse que chez ceux qui refusent de s'instruire auprès des inter-

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prêtes de nos saints Livres, au sujet des secrets divins y renfermés (1). »

Que dire de ceux qui parlent et agissent comme s'il fallait se servir seulement ou du moins de préférence des écrits rationalistes, laissant là avec dédain ceux des exégètes catholiques ? Le Concile de Trente s'élève contre cette insanité : « Pour réprimer les esprits pétulants (le saint Concile) décrète que personne, se fiant à sajpropre sagesse, ne se permette, en matière de foi et de mœurs faisant partie de l'édifice de la doctrine chrétienne, de détourner en son sens l'Ecriture sainte, et n'ose l'interpréter contrairement à celui qu'a tenu et tient notre Mère la Ste Eglise, à qui il appartient de juger du vrai sens et de l'interprétation des saintes Ecritures, ni contrairement au sentiment unanime des Pères ; et cela quand même ces interprétations ne seraient jamais destinées à voir la lumière. Ceux qui agiraient à rencontre de ce décret doivent être signalés par les Ordinaires et frappés des peines établies par le droit. »

Il n'y a pas que les Pères qu'il ne soit pas permis de dédaigner. « Pour ce qui est des autres exégètes catholiques, leur autorité est moindre sans doute, mais parce que les études bibliques n'ont pas cessé de progresser dans l'Eglise, nous devons aussi respecter leurs commentaires, où l'on pourra puiser à l'occasion beaucoup d'éléments utiles à la réfutation des erreurs et à l'éclaircissement de points

(1) ad Honorât., de utilitate credendi, XVII, 35, cité dans l'Encyc. Providentissimus, laquelle il faut lire à ce sujet.

difficiles. En vérité, il serait par trop inconvenant d'ignorer et de dédaigner les travaux excellents et nombreux que nos écrivains nous ont laissés, pour leur préférer les livres hétérodoxes et y chercher, au péril de la saine doctrine et trop souvent au détriment de la foi, l'explication des passages auxquels les catholiques ont consacré depuis longtemps et avec succès leurs veilles et leur génie. Bien que l'exégète catholique puisse parfois avec prudence s'aider des études des hétérodoxes, il doit cependant se souvenir, d'après les enseignements répétés des Anciens (1), que le sens authentique des Stes Lettres ne se trouve pas hors de l'Eglise, et qu'il ne peut nous être transmis par ceux qui, privés de la foi véritable, loin d'atteindre jusqu'à la moelle de l'Ecriture, en rongent seulement l'écorce. (S1 Grégoire le Grand, Moral., XX, 9 alias 1 1). »

C'est ainsi que s'exprime Léon XIII dans son Encyclique Providentissimus .

29. Pour ce qui concerne les Rationalistes, on ne peut nier que, là où il s'agit surtout de philologie et d'art critique, d'histoire et de recherches des antiquités, ils ont publié, au prix de grands labeurs et d'efforts considérables, des écrits où les catholiques ne trouvent pas peu à glaner, et par lesquels ceux-ci doivent se sentir stimulés à chercher eux-mêmes avec une ardeur égale, afin de ne pas être obligés d'emprunter aux seuls Rationalistes la connaissance de ces choses.

(1) Cf. Clem. Alex., Strom., VII, 16; Orig., De princ, IV, 8; In Levit., nom. 4, 8; Tertull., De prœscr., 15, seq. ; S. Hilar. Pict., in Matth., XIII, 1.

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Cependant il faut procéder avec précaution dans la lecture des ouvrages auxquels nous faisons allusion ; car leurs auteurs parlent fréquemment sous l'impression d'opinions préconçues, et tandis qu'ils se donnent pour disciples de la raison pure, souvent ils s'écartent de ses règles, affirmant ce qu'ils ignorent, acceptant des conjectures pour des raisons certaines, et proposant de purs sophismes pour des argumentations.

Mais que — chez ces écrivains qui a priori nient les miracles et les prophéties, la révélation divine et tout l'ordre surnaturel, les rejetant comme impossibles, et qui, au mépris de tous les préceptes de la logique, refusent tout raisonnement et toute discussion sur ce point — que chez ces hommes on veuille chercher le sens et l'interprétation de la parole divine qui n'enseigne que des vérités surnaturellement révélées, peut-il y avoir chose plus insensée?

Il est une classe de Rationalistes, français surtout, qu'on appelle des vulgarisateurs. A l'usage de la foule, des gens ignorants, ou même de ceux qui sont instruits dans des sciences autres que celle delà religion, ils se donnent la mission d'interpréter l'Ecriture, surtout les livres du nouveau Testament, pour détruire par pure impiété, au moyen de mensonges et de sophismes, la foi du peuple. Que ces scélérats impies trouvent des catholiques pour les mettre en évidence, c'est une vraie folie. Car si ces vulgarisateurs ont pu mériter des louanges pour d'autres de leurs œuvres, on doit dire qu'ils y ont perdu tout droit par les

livres dont nous parlons et dont toute science vraie est absente.

30. Par un dernier avertissement ou conseil nous rappelons à tous les prêtres, et spécialement au jeune clergé la nécessité de s'appliquera la lecture attentive et à la méditation sérieuse des Lettres apostoliques de Léon XIII Providentissimas Deus.

Veillons, nous prêtres et clercs plus que les autres, à nous abstenir de toute intempérance d'opinion ou de langage. Ecartant tout écrit qui en serait entaché, parce que la témérité n'accompagne jamais la science véritable, cherchons la moelle et le sens vrai et originel de la parole de Dieu dans les écrits des Pères et des exégètes catholiques.

Ce qui en général importe le plus au clergé c'est que, après avoir perçu exactement le sens des Livres sacrés, il devienne apte à enseigner, à reprendre, à conduire dans les voies de la justice, à se nourrir lui-même de l'aliment divin de la parole de Dieu et à se sanctifier. Quand même nous travaillerions jour et nuit à cette étude, le temps nous ferait encore défaut pour arriver à l'intelligence complète des saintes Ecritures.

Considérations sur le S1 Sacrifice de la Messe

Remarques préliminaires

« S'il est sur cette terre une chose toute divine et que les habitants du ciel pourraient nous envier, s'ils étaient capables d'envie, c'est bien le très-saint Sacrifice de la Messe. Grâce à lui les hommes possèdent sur terre comme un ciel anticipé, ayant devant les yeux et touchant de leur mains l'Auteur même du ciel et de la terre. Ils doivent avoir soin d'environner d'honneur et de vénération ce don privilégié, et redouter les regards des anges qui auraient horreur de leur négligence, eux qui s'efforcent de nous surpasser en révérence (1). »

Si ces paroles s'adressent à tous, chacun comprend qu'elles s'appliquent surtout aux prêtres constitués par Dieu pour représenter le Christ, Pontife souverain et éternel, dans l'offrande de cet auguste sacrifice.

Approfondissant d'une part la dignité éminente du prêtre et l'efficacité de son ministère pour le salut du genre humain, et de l'autre la haute sainteté et les fruits pour ainsi dire infinis du sacrifice de la loi nouvelle, nous n'avons cessé, depuis le début de notre ministère épiscopal,

(1) Urbain VIII, Lettres apostoliques du 2 Septembre 1 634 .

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