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Le Christ annonce encore, pendant la

(DJoin., vi.

(2) Matt, XXVI, 26-29; Marc, XIV, 22-25; Luc, XXII, 19-20 ; 1 Cor., XI, 23-26.

(3) Voir ci-dessus Méd. théol., t. II, p. 420 ; et Collât. Brugens., t. IV, p. 370-371, Cajetan, in 2. 2, q. 124, a. 3 fin.

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dernière cène, qu'il sera trahi et livré par un des apôtres présents, et, interpellé par Judas, il affirme à celui-ci secrètement que c'est bien lui le traître ; il en fait aussi la confidence à Jean, son disciple bien-aimé, qui reposait sur sa poitrine. Là-dessus Judas s'en va accomplir son forfait. Le Sauveur prédit également que les apôtres l'abandonneront, et que Pierre le reniera trois fois ; mais en même temps, songeant comme toujours à la fondation de son Eglise, il dit à Pierre ces remarquables paroles : « Simon, Simon, voki que Satan vous [les apôtres] a réclamés pour vous passer au crible [de terribles persécutions, ce qui se fera] ; mais j'ai prié [d'une prière toujours efficace] pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères [tous, aussi les apôtres] (i) ». Voilà l'indéfectibilité de la foi promise à Pierre, le chef futur de l'Eglise du Christ, et sa mission de raffermir infailliblement les autres dans cette foi (2).

Après le départ du traître, le Seigneur se montre particulièrement affectueux envers ses apôtres. Il promulgue le grand précepte de l'amour mutuel, le commandement nouveau de s'aimer les uns les

(1) Luc, XXII, 31 32.

(2) Tous Ks apôtres reçurent, il est vrai, le don d'infaillibilité dans l'enseignement de la foi : mais à titre personnel, comme premiers promuigateurs de la Loi évangélique. S. Pierre, par contre, reçut ce même don à transmettre à ses successeurs, en vertu de sa primauté, comme Prince des apôtres et chef de l'Eglise ; et ainsi ses successeurs, les Pontifes romains, ont le pouvoir et la mission de raffermir dans la foi tous les licèies, y compris leurs frères dans l'épiscopat, successeurs des apôtres.

la passion et la mort du sauveur

autres, comme il les a aimés. Il console les apôtres de son départ : il va leur préparer une place dans la maison de son Père ; il est la voie, la vérité et ia vie ; il leur enverra l'Esprit consolateur ; la séparation sera courte. Il les exhorte à la prière. Lui-même fait son admirable prière sacerdotale, pour lui-même, pour ses disciples, pour tous les fidèles (1). En tout cela que d'enseignements divins pour la vie parfaite, à méditer fréquemment avec la plus grande attention 1

Article III

De la passion et de la mort du Sauveur, et de sa glorification.

§ I La passion et la mort du Rédempteur.

216. Le moment opportun pour l'œuvre rédemptrice, préparé par les dispositions providentielles, était arrivé. Ce moment, d'après les intentions divines, était précisément celui où la joie de Satan était à son comble, afin que celui-ci fût lui-même cause de la ruine de son empire, précisément alors qu'il croyait avoir rendu la rédemption impossible. Or, cela le démon le croyait : en effet, le grand conseil, l'autorité religieuse suprême des juifs, avait décidé la mort de Jésus ; le traître Judas s'était engagé à le livrer ; et l'exécution de l'arrêt de mort devant se faire par le gouverneur romain, le supplice ne serait autre que celui de la croix, le plus ignominieux possible, de sorte que, surtout subi à Jérusalem et au milieu de l'affluence extraor-

( ) Jo^n , XIII, 31-35; XLV-XVil.

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dinaire des juifs venus de tous pays pour la Pâque, ce supplice si déshonorant mettrait fin à la foi en Jésus. Même, si celui-ci ressuscitait, — ainsi pensait Satan — tout homme aurait honte de croire en Lui.

Cependant, c'était là une profonde erreur de la part du démon et de ses adeptes. Car c'est le Christ lui-même, d'après Tordre de son Père, qui, soit par son action positive, soit en permettant les malicieux desseins de ses ennemis, a tout conduit, en sa toute-puissante liberté, à l'accomplissement admirable de la rédemption du monde, par sa mort sur la croix, telle qu'il l'avait prédite avec toutes les circonstances et les souffrances qui y menèrent. Cela ressort à l'évidence du récit évangéiique. Ne pouvant le poursuivre en détail (1), nous ferons quelques considérations générales pour montrer tout ce qu'il y a de grand et de divin dans la Passion et la mort du Sauveur.

217. Jésus-Christ a fait de sa Passion comme un sommaire et un résumé de toute sa vie mortelle : un sommaire de toutes ses souffrances subies pour le salut du monde et la gloire de son Père, et portées au comble par sa Passion et sa mort ; un résumé de ses divins enseignements; et le couronnement de ses exemples de vertus et de perfection.

Et d'abord les souffrances dans son corps et dans son âme, dans cette nature humaine parfaite qui dut les ressentir plus qu'aucun homme, qui

(1) Nous renvoyons aux interprètes catholiques,, pour la concordance des quatre évangiles, qui est plus facile à établir ici.

pourra s'en faire une idée ? Les tourments corpo' rels, prévus et déjà sentis à l'avance, dépassent toute imaginaiion : qu'il suffise de rappeler l'horrible supplice de la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de la croix, sous laquelle s'affaisse le corps meurtri et épuisé, le crucifiement et les mains et les pieds percés, le supplice de la soif ardente, la longue agonie sur la croix.

Ajoutez à cela les douleurs cruelles de l'âme : le dégoût et l'horreur de cette passion et mort prévues, la tristesse profonde pour les péchés de tous les hommes dont le Sauveur se voit chargé, et pour l'inutilité de leur expiation chez tant de pécheurs impénitents, douleur et tristesse qui vont jusqu'à la sueur de sang et l'agonie. Ensuite la trahison de l'un de ses apôtres, et l'abandon de tous ; les fausses accusations de sédition, de violation de la Loi de Dieu, de blasphème, accusations portées contre lui, le Fils de Dieu. Et encore les injures, les insultes, les dérisions, les opprobres de la part des serviteurs et des soldats romains, pendant cette horrible nuit, et plus tard, de la part même des princes de son peuple, et de la part du roi Hérode, qui le traite comme un insensé. Aucune peine ne fut épargnée au Christ : livré aux insultes de ses bourreaux, abandonné de ses amis et de ces foules ingrates pour qui il avait fait tant de miracles et de guérisons, il n'est pas abandonné par sa Mère bénie, mais il ne la retrouve, au pied de sa croix, avec son disciple bien-aimé, que pour éprouver une autre peine cuisante, celle de voir le cœur maternel transpercé par le glaive de douleur,

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prédit par Siméon. Cependant, son angoisse extrême est d'être abandonné par son Père, comme il l'atteste en récitant et accomplissant les paroles prophétiques du Psalmiste : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me (1) ?

Et tout cela le Christ le souffrira pour l'expiation de nos péchés, volontairement et librement, et par conséquent avec cette patience ou plutôt ce calme divin, qui forcera l'admiration même de Pilate ; lequel ne le livrera aux juifs pour être crucifié, que rempli de crainte révérentielle pour lui et après une lutte prolongée, pour le délivrer, entre sa conscience et son intérêt mal compris.

218. Jésus nous a donné aussi dans sa Passion un sommaire de sa doctrine, par un enseignement formel en paroles, et un enseignement par le fait.

Enseignement formel : il déclare de la façon la plus expresse et la plus claire qu'il est le Messie attendu, le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, qui viendra un jour juger les vivants et les morts. Tout cela, il le proclame cette fois publiquement et solennellement devant le Sanhédrin, l'autorité religieuse souveraine de son peuple. Et il veut que cette déclaration soit la cause de sa mort, car il veut mourir comme Messie, laissant de la sorte entendre une fois de plus que sa mort est volontaire, qu'elle est le sacrifice expiatoire des péchés du monde. Une de ses dernières paroles en croix confirmera que ce sacrifice et avec lui sa mission rédemptrice sont accomplis : Consummatum est.

(1) Ps. XXI, 1.

De même, devant les Gentils, devant le gouverneur romain il affirmera, mais d'une façon moins explicite comme il convient, sa mission divine : sa mission de rendre témoignage à la vérité, sa royauté qui n'est pas de ce monde, royauté spirituelle en vertu de laquelle il a fondé le royaume de Dieu, son Eglise, et règne sur les âmes. Et ce titre de Roi il le fera inscrire par Pilate sur sa croix, comme raison de sa mort : Jésus Nazarenus Rex Jadœorum. Comme s'il était dit : Jésus, quoique Nazaréen et méprisé et rejeté comme tel par les princes de son peuple, est néanmoins en vérité le Roi des Juifs, le Messie attendu, et meurt comme tel pour le salut de tous. Non pas : celui qui se dit Roi des Juifs, comme le voulaient ceux-ci, mais quodscripsi, scripsi : Roi des Juifs. Et ce titre sera écrit en trois langues : en hébreu, en grec et en latin, afin que tous le lisent, Juifs et Gentils, Grecs et Romains, de même que le Christ est mort pour les sauver tous.

219. A côté de cet enseignement formel, le Christ a donné un enseignement bien précieux par le fait, je veux dire qu'il a fait paraître au grand jour toutes les perfections divines : la toute-puissance et la sagesse, ainsi que la souveraine liberté de Dieu, en conduisant tous les événements à la fin prévue et prédéfinie de sa mort en croix, en accomplissant toutes les prophéties si nombreuses que les Evangélistes signalent à chaque pas, à chaque incident et circonstance de la passion et mort du Sauveur ; l'amour et la miséricorde de Dieu, qui est allée jusqu'à donner son Fils unique pour nous

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racheter ; sa justice, qui n'a pas épargné son propre Fils, chargé des péchés du monde ; sa sainteté et son horreur du péché. Par là même le Christ nous a enseigné également le prix des âmes, la malice du péché, la crainte que nous devons avoir du jugement de Dieu, la rigueur du supplice des damnés et par contre la gloire et la félicité qui attendent les justes.

220. Enfin, Jésus a couronné sa vie mortelle en donnant, pendant sa Passion, un résumé de ses exemples de toutes les vertus. Dès le moment de son Incarnation, il avait fait acte d'obéissance à son Père sous sa forme la plus parfaite d'absolu dévouement, d'accomplissement intégral de la volonté divine : maintenant il obéit jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Dès sa naissance, il avait donné l'exemple des trois vertus opposées à la triple concupiscence, qui règne sur le monde pervers, triple plaie du péché d'origine et source des péchés personnels : exemple de pauvreté, qui maintenant ira jusqu'au denûment complet, dépouillé qu'il sera même de ses habits, qu'il verra partager entre ses bourreaux ; exemple de mortification et de pénitence qu'innocent il pratiquera à notre place, et cette mortification ne consistera pas seulement à renoncer à toute jouissance des sens, mais à souffrir tous les tourments corporels et toutes les peines de l'esprit sans aucun soulagement; exemple d'humilité, acceptant volontairement toutes les humiliations réunies e\ obéissant jusqu'à la mort la plus ignominieuse. Au milieu de cette douloureuse Passion, il sera

encore le modèle parfait de patience, de force, de mansuétude, de gratitude, de miséricorde et de pardon des injures. Enfin son sacrifice sur la croix sera l'acte le plus parfait possible d'amour de Dieu et des hommes. Cet amour a été accompli toujours, mais ici il reçoit soa expression la plus parfaite : en s'immolant et offrant en victime sa sainte humanité, il reconnaît le souverain domaine de Dieu, maître de la vie et de la mort, l'adore et le loue d'une façon seule digne de la majesté divine ; il rend à Dieu des actions de grâce seules dignes de lui ; il rachète l'humanité, payant intégralement la dette du péché ; il mérite enfin pour les hommes toutes les faveurs divines. De même sa charité envers les hommes, ses frères, reçoit sa plus haute expression : elle est universelle, commune à tous, et si, comme il le dit, « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ( 1 ) » , cet amour il nous l'a montré en mourant pour nous, ses ennemis, afin de faire de nous ses amis.

221. De tout ce qui précède il ressort également que le Christ par sa Passion et sa mort a remporté sur l'ennemi de Dieu et des hommes la victoire la plus complète et glorifié Dieu d'une manière vraiment digne de son infinie majesté, ce dont il était seul capable. En effet, Satan, le prince des démons, l'instigateur de tout ce que la malice des juifs et la cruauté des bourreaux inventèrent de tourments, ignorait le plan divin et le mode de la rédemption et il croyait en avoir fini du Messie et

(1) Joan., XV, 13.

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avoir triomphé du Tout- Puissant. Nous supposons avec raison qu'il fut présent, avec toute sa milice infernale, à la mort du Christ, pour célébrer le triomphe et railler le Sauveur, comme le firent les princes juifs. D'autre part, toute la milice céleste, croyons-nous, était là pour adorer le Christ mourant, triomphant par sa, mort sur le démon et le péché, de même qu'au moment de son Incarnation, au témoignage de S. Paul (1), tous les Anges adorèrent l'Hommé-Dieu. Or, ce que le démon croyait être son triomphe, auquel il avait travaillé depuis l'apparition même du Chrisf, était en vérité la victoire de celui-ci la plus éclatante : le démon n'avait fait que coopérer au salut des hommes, à sa propre confusion, à la destruction de son empire, à la gloire de Dieu et de son Christ.

Nous disions aussi que le Rédempteur, par sa Passion, a glorifié Dieu d'une façon souveraine : il l'a fait en montrant au grand jour toutes les perfections divines, et en offrant à Dieu son sacrifice parfait à tous égards, ainsi que nous l'avons exposé.

§ II La glorification du Christ Rédempteur.

222. Le moment même de la mort du Sauveur a été le commencement de sa glorification. Les milices célestes l'ont adoré, et ici-bas la terre et les cieux l'ont glorifié : la terre a tremblé et s'est couverte de ténèbres, le soleil s'obscurcissant d'une façon miraculeuse pour revenir bientôt radieux, les

(1) AdHebr., I, 6.

rochers se sont fendus et les sépulcres se sont ouverts, le grand rideau du Saint des Saints s'est déchiré de haut en bas, annonçant la fin du culte mosaïque et figuratif et l'ouverture du ciel dont le Saint des Saints était le symbole. En même temps l'âme de Jésus, quittant son corps, est descendue aux enfers, escortée sans doute par les anges. Elle est descendue d'abord aux Limbes, pour annoncer aux élus, sauvés par ses mérites prévus, leur prochaine entrée dans la gloire. Eile est descendue au purgatoire, pour remettre aux âmes toute dette, ainsi que l'insinue l'Office divin des morts : « Vous avez visité les enfers, et vous avez donné aux âmes la lumière, afin qu'elles vous voient, elles qui étaient dans les peines des ténèbres (1) ». Elle a visité aussi l'enfer des damnés, accompagnée sans doute de tous les élus, pour célébrer son triomphe et le leur sur tous les ennemis, surtout Satan et ses mauvais anges, contraints d'être tous présents pour subir ce moment terrible de confusion et de tourment. Après cela, l'âme de Jésus est revenue avec ses amis aux Limbes, pour attendre dans la plus grande joie le moment défini pour la résurrection.

223. Le Verbe incarné, pendant le séjour de son âme aux Limbes, préparait en même temps la certitude de sa résurrection en faisant constater tout d'abord la certitude de sa mort de façon 9 multiple et irréfragable. Il y employa les auteurs mêmes de son supplice. Les Juifs, autorisés par

(1) 3e Répons du 3e nocturne se disant seul.

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Pilate, envoient des soldats pour rompre les jambes aux suppliciés et enlever les cadavres avant le coucher du soleil, quand commençait le grand sabbat. Ces soldats constatent que Jésus est déjà mort, et ne lui brisent donc pas les jambes, accomplissant ainsi ce qui était écrit de l'agneau pascal, figure de l'Agneau de Dieu : « Vous n'en briserez aucun os ». Mais un des soldats ouvre de sa lance le côté de Jésus, lui perçant le cœur, et il en sortit du sang et de l'eau, figurant le baptême et le sang eucharistique ; nouvelle preuve de la mort du Christ, et nouvel accomplissement d'une prédiction. Dans l'intervalle, Joseph d'Arimathie, disciple de Jésus, riche et fort considéré, membre du grand conseil mais qui n'avait pas consenti à la condamnation injuste du Sauveur, demande le corps à Pilate. Celui-ci, sachant que les soldats n'étaient pas encore partis pour rompre les jambes des suppliciés et ignorant que Jésus fut déjà mort, appelle le centurion, qui, témoin des merveilles arrivées à la mort du Christ, avâit dit, comme ceux qui l'entouraient: « cet homme était vraiment Fils de Dieu ». Le centurion confirme le fait de la mort.

Alors Joseph, aidé par Nicodème, détache le corps de la croix ; après l'avoir oint, ils le dépo sent dans le tombeau, nouveaux témoins de la mort ; et cette sépulture se fait en plein jour, près m de Jérusalem, publiquement et avec honneur. Rien de plus certain que la mort de Jésus.

Mais la certitude absolue de la résurrection exigeait encore que le corps fût soigneusement identifié, qu'une substitution ou relèvement fût

impossible et qu'on ne pût dire que peut-être un autre était resuscité. Or, le Christ fit prendre pour ce but toutes les précautions. La sépulture même faite publiquement et par deux personnages haut placés, témoins de la mort, et. sous les yeux de témoins, excluait toute possibilité de substitution à ce moment. Les ennemis de Jésus prendront euxmêmes les autres précautions : ils savaient qu'il avait prédit plusieurs fois sa résurrection, ils demandent donc à Pilate une garde pour empêcher que le corps ne lui enlevé, après avoir identifié celui ci et avoir scellé la pierre qui fermait le tombeau, creusé dans le roc. En outre, ce sépulcre était nouveau où aucun cadavre n'avait été déposé, ce qui excluait l'objection possible qu'un autre serait ressuscité.

224. Quant au fait même de sa glorieuse résurrection, qu'il avait prédite à plusieurs reprises, Jésus-Christ en a donné des preuves si nombreuses et si évidentes, qu'aucun fait historique n'est établi aussi solidement que celui-ci : rapport des gardes fait aux princes juifs qui, frappés de stupeur, ne trouvent d'autre ressource que d'acheter le témoignage de ces soldats, qui se déclare faux par lui-même, témoignage de dormeurs acheté par des endormis, comme le remarque S. Augustin ; annonce par les Anges, apparitions aux saintes femmes, qui avaient connu de près et suivi Jésus dans ses courses apostoliques ; apparitions répétées, et pendant quarante jours, aux apôtres et disciples, les témoins autorisés de la résurrection, qui avaient vécu avec le Sauveur pendant trois ans,

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avec lesquels il converse, s'entretient longuement, mange, auxquels il montre les glorieuses cicatrices de ses cinq plaies et donne à palper sa chair. Aussi les apôtres en appelleront-ils, sans crainte d'être contredits, à la résurrection, toujours et partout, comme au fondement inébranlable de la foi et de leur prédication.

Remarquons ici avec soin la raison et le but pour lesquels le Christ a voulu prolonger son séjour pendant quarante jours sur cette terre et donner des preuves si nombreuses de sa résurrection.

C'est que, d'une part, cette résurrection glorieuse est la confirmation éclatante de sa mission divine et de sa divinité, et comme la sanction de la foi qu'il exigea constamment et exige encore en lui ; et que, d'autre part, il voulait, non seulement confirmer dans la foi ses apôtres et disciples, mais encore compléter leur instruction et s'occuper surtout de la fondation de son Eglise. C'est ainsi que, pendant ce séjour après sa résurrection, il confère définitivement à ses apôtres leur mission, comme les Evangiles le rapportent à plusieurs reprises (1) ; qu'il complète le nombre des Sacrements, instituant notamment le Sacrement de Pénitence (2) ; qu'il confère à Pierre la primauté, qu'il lui avait promise expressément, le constituant — lui et, en sa personne, ses successeurs — pasteur universel

(1) Matt, XXVIII, 18-20 ; Marc, XVI, 15 sq. ; Joan., XX, 21.

(2) Joan., XX 22-23.

et docteur suprême et par conséquent infaillible de son Eglise (1).

225. Enfin (2), le quarantième jour après sa résurrection, il apparaît une dernière fois à ses apôires, réunis sur son ordre à Jérusalem. Il leur ordonne de ne pas quitter la ville, mais d'y attendre la venue de l'Esprit- Saint, d'après sa promesse. Ensuite il les conduit vers Béthanie, au mont des oliviers, et après les avoir bénis , il monte au ciel. Deux anges, sous figuré humaine, leur annoncent sa seconde venue, glorieuse comme son départ, et qui constituera sa suprême glorification comme juge des vivants et des morts. Les apôtres rentrent avec joie à Jérusalem, et se mettent en prière avec persévérance, en compagnie des saintes femmes, de la Mère de Jésus et de disciples. Sur la proposition de S. Pierre, ils choisissent Mathias comme apôtre, en remplacement du traître Judas. Le dixième jour, à la fête de Pentecôte, l'Esprit- Saint descend sur eux, pour être l'âme de l'E»lise, dont la vie et l'activité commencent aussitôt. Nous expliquerons brièvement la constitution et la vie de l'Eglise de Jésus-Christ, dans le quatrième et dernier article de ce chapitre.

226. Finissons le présent article en attirant l'attention sur la glorification suprême du Rédempteur. Si le Christ a été glorifié dès le moment de sa mort et dans sa descente aux enfers, s'il l'a été par sa résurrection et son ascension à la droite de son

(1) Joan., XXI, 15-17.

(2) Voir Luc, XXIV, 49 sq et Act. Apost., I et II.

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Père, et par l'envoi de l'Esprit -Saint, il attend néanmoins encore son triomphe final à la consommation des siècles. Alors il paraîtra dans toute sa gloire et puissance, pour juger solennellement les vivants et les morls, et pour régner ensuite éternellement, chef des anges et des hommes, Roi de la cité céleste, assis à la droite de son Père, c'est-àdire dans le repos et la béatitude suprêmes, et en souveraine majesté.

Article IV.

L'Eglise catholique continue l'œuvre rédemptrice de Jésus-Christ.

227. Avec la venue du Sauveur, tout le symbolisme des temps anciens fait place à la réalité, ou plutôt c'est l'ombre du futur qui se retire devant une réalité, qui est en même temps la figure réelle et le gage véritable de la réalité parfaite et de la perfection finale, du royaume céleste et éternel, cura tradiderit (Christus) regnum Deo et Patri... ut sit Deus omnia in omnibus (1) : quand le Christ aura livré le royaume à Dieu, son Père... afin que Dieu soii tout en tout. Le Rédempteur bâtira lui-même son Eglise, c'est à-dire qu'il donnera à la société religieuse surnaturelle réparée sa dernière forme sociale, la plus parfaite, qu'il la constituera société nécessaire en dehors de laquelle pas de religion véritable, pas de culte légitime, pas de salut ; société universelle pour l'humanité tout entière, et pour tous les temps, société indéfectible, société

(1) 1 Cor., XV, 24 et 28.

l'église de jésus-chfist

paifaite avec tous les droits et tous les moyens d'atteindre le but, c'est à- dire de se perpétuer et de conduire les hommes et la société humaine, de manière que tous ses membres fidèles et soumis puissent atteindre facilement et sûrement le salut éternel. Toute puissance, en effet, lui est donnée au ciel et sur la terre, il est le chef du genre humain, et il est venu pour sauver tous les hommes. La révélation des vérités tant théoriques que pratiques recevra son dernier complément, le sacerdoce sera le sacerdoce de Jésus-Christ, médiateur naturel entre Dieu et les hommes, le sacrifice sera l'immolation sanglante du Rédempteur luimême, sacrifice qui se perpétuera d'une manière non sanglante dans la sainte Eucharistie, les sacrements seront non seulement des signes, mais des signes efficaces de la grâce, l'Eglise de Jésus- Christ restera en possession de ces moyens de salut jusqu'à la fin des temps.

228. L'Egl'se étant comme toute société un corps moral, vivant de sa vie propre, les théologiens ont de tout temps profité avec raison de la comparaison avec le composé humain, pour expliquer distinctement la nature de l'Eglise. A leur exemple, nous proposons la thèse suivante c

De même que Dieu, créant l'homme à son image et à sa ressemblance, forma d'abord le corps avec ses membres et ses organes, coordonnés et dise osés en vue de leurs fonctions propres et du bien du corps vivant tout entier, et ensuite inspira à ce corps inanimé le souffle de vie : ainsi l'Homme-Dieu constituant l'Eglise, la société surnaturelle sen

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épouse, son corps mystique vivant de son Esprit, à son image et à sa ressemblance, prépara d'abord le corps, l'élément humain et visible, avec ses membres, ses organes, bien coordonnés dans des rapports de connexion déterminés, avec des droits et des devoirs bien définis en vue de la fin à atteindre ; ensuite devant l'abandonner de sa présence corporelle, il lui envoya le souffle de vie, son Esprit- Saint lui-même, l'élément divin, pour vivifier le corps, le conserver, le développer, et faire atteindre ainsi le but de cette admirable institution.

C'est la substance de tout le traité scolastique de l'Eglise.

229. Pour le développement de cette thèse, il faudrait commencer par un exposé clair et complet des notions de société, des diverses espèces de sociétés, surtout de la société inégale et de la société parfaite. Nous résumons. Toute société nous présente l'idée d'une multitude de membres, réduite à l'unité par l'unité du but qu'ils se proposent d'atteindre, et par suite par l'unité dans l'emploi des moyens. La vie d'une société, c'est l'activité sociale par laquelle les membres poursuivent, par les moyens et les efforts communs, le but social. Le principe de cette unité d'action peut donc s'appeler l'âme de la société. Dans la société inégale, c'est l'autorité qui est l'âme de la société, car c'est elle qui produit l'unité d'action ; elle est en même temps le principe de vie du corps social, et le lien social : le principe de ce corps même, car si l'on peut, par une abstraction mentale, séparer le corps social de l'âme, en réalité on ne saurait

l'église de jésus-christ 509

avoir un corps, une unité sociale de membres sans le principe de cette unité. Ceci confirme l'exactitude de la comparaison de la société avec le composé humain : en effet, suivant la plupart des scolastiques du moins, on ne saurait séparer l'âme du corps en conservant la substance de celui ci, puisque l'âme en est la forme, lui donne son unité, son être. Cette influence de l'autorité est surtout évidente dans la société parfaite, qui trouve dans son triple pouvoir, législatif, judicaire, et coërcitif, les moyens d'atteindre par elle-même sa fin. C'est, en effet, la loi qui produit l'unité d'action d'abord dans chaque membre, par là-même qu'elle éclaire son intelligence, qu'elle dirige et perfectionne sa liberté, qu'elle le fait régner sur ses passions, qui pourraient le détourner de la fin ; ensuite entre les différents membres, dans le corps social, en dirigeant vers le même but toutes les intelligences et toutes les volontés, malgré leurs inclinations diverses ou même opposées. Mais la loi ne serait pas efficace, si elle n'était pas appliquée à tous les cas occurrents, et si elle n'avait pas de sanction, si les infractions n'étaient constatées et punies, et c'est ce que fait le pouvoir judiciaire et coërcitif.

230. Cela posé, recherchons la nature et la constitution intime de l'Eglise. D'abord, la démonstration positive fait voir clairement que l'Eglise a été instituée comme société nécessaire, universelle, indéfectible, puisqu'elle est instituée afin que dans elle et par elle tous les hommes se sauvent ; qu'elle est aussi une société surnaturelle, puisque sa fin n'est autre que la fin dernière surnaturelle. De là

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îa conclusion immédiate que ses moyens ne sauraient être que surnaturels, sa vie surnaturelle, son principe de vie surnaturel. L'autorité donc ne sera pas une autorité purement humaine : quoique toute autorité vienne de Dieu, l'autorité, âme de l'Eglhe, viendra de Dieu d'une manière immédiate, positive, et elle s'exercera constamment avec un caractère divin spécial, par une assistance et une influence divine spéciale et constante, elle sera l'élément divin qui compénètre l'éîément humain et visible, le corps de l'Eglise. Mais allons plus avant, et séparons d'abord en esprit le corps et l'âme, ces deux éléments inséparablement unis et combinés, pour les considérer chacun à part plus en détail.

A. Le corps. Comme la constitution de l'Eglise dépend entièrement de. la volonté de son divin fondateur, c'est à cette volonté qu'il faut recourir pour déterminer les membres, leurs relations, leurs droits et devoirs. — Ici nous ne faisons qu'indiquer une table de matière, et nous omettons désormais, brevitatis causa, des citations à l'appui de ce que nous disons, avec d'autant plus de raison que toutes les théologies les donnent, et que l'Ecriture Sainte comme les écrits des Pères en sont parsemés.

aj Les membres. Tout homme est destiné par Jésus-Christ à devenir membre de l'Eglise, et y est obligé. Sont membres de fat, ceux qui, étant baptisés, reconnaissent l'autorité de l'Eglise et n'en ont pas été exclus. — Ceci suffirait à conclure que l'Eglise est une société extérieure et visible.

b\ Relations entre ces membres. Jésus-Christ a

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fait son Eglise société inégale, composée d'inférieurs et de supérieurs, et c'est à ceux-ci exclusivement qu'il a conféré tout pouvoir.

Le pouvoir se distingue par son objet, et d'une manière plus adéquate par la manière de l'acquérir, en pouvoir d'ordre, qui a pour objet l'administration des sacrements, moyens efficaces de sanctification,, et l'exercice du culte social ; il s'acquiert par consécration ; et en pouvoir de juridiction, qui a pour objet l'enseignement de la foi et des mœurs et le gouvernement social ; il s'obtient par mission.

Il y a de même à distinguer parmi les supérieursune double hiérarchie, distincte mais non séparée absolument : la hiérarchie de l'ordre, qui comprend de droit divin les évêques, les prêtres et les ministres, et la hiérarchie de juridiction, qui comprend de droit divin les évêques et le chef suprême de l'Eglise, le Souverain Pontife.

Autorité des. évêques d'enseigner, de gouverner une partie de l'Eglise, mais autorité subordonnée directement au Souverain Pontife. Autorité suprême et universelle du Pontife d'enseigner et de gouverner l'Eglise tout entière ; autorité sur l'Eglise dispersée, — sur l'Eglise assemblée en Concile.

Ripports d'origine de l'autorité des évêques, et du Concile avec l'autorité pontificale. Cette autorité épiscopale et conciliaire, subordonnée à l'autorité pontificale, est d'origine divine, mais elle semble dériver d'une manière immédiate de l'autorité suprême du Pape.

Remarques. 1° Comme Notre Seigneur a donné à l'Eglise tous ces pouvoirs dans la personne des

512 MÉDITATIONS THÉOLOGIQUES IIIe PARTIE

Apôtres, et qae ceux-ci étaient non seulement les premiers évêques et supérieurs, mais aussi avec et sous Jésus-Christ les fondateurs de l'Eglise, il faut bien distinguer les privilèges personnels qu'ils reçurent comme tels, d'avec la dignité et les pouvoirs qu'ils devaient transmettre à perpétuité à leurs successeurs, et il faudrait donc ajouter aussi un chapitre sur les privilèges personnels des Apôtres.

2° Nous n'avons jusqu'ici fait aucune mention explicite des prérogatives divines concédées aux supérieurs de l'Eglise, ni des propriétés de l'Eglise, même de celles que Jésus-Christ, en préparant le corps de l'Eglise, avait promises d'une manière explicite. La raison en est que, ces prérogatives et propriétés provenant de l'union de l'âme avec le corps de l'Eglise, il fallait d'abord considérer cette âme et cette union des deux éléments.

231. B. L'âme de V Eglise. Reportons ici la pensée à l'époque de l'institution de l'Eglise. Jésus- Christ avait préparé, de la manière que nous avons exposée, le corps de son Eglise, mais ce corps n'était destiné à vivre de sa vie propre, pour continuer jusqu'à la fin des temps la mission du Sauveur, que quand celui-ci serait remonté à son Père. Aussi longtemps qu'il était corporellement et visiblement présent à son Eglise, celle-ci vivait de sa vie, mais ce n'était, conformément à son intention, qu'une vie de préparation et de formation. Sur l'ordre de son Fondateur, montant aux cieux, ce germe d'Eglise se retire au cénacle, pour attendre en prière, comme un corps tout préparé à recevoir la vie, la venue de l'Esprit vivifiant. C'est le jour de

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