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M. E.F. Gautier, spécialiste du Sahara, lui prévoit un avenir prodigieux en ce qui concerne l'élevage et les ressources minières quand le rail le traversera. La voie ferrée contribuera donc, là aussi, à la mise en valeur. Non seulement le Méditerranée-Niger reliera deux pays, mais il permettra d'exploiter le Sahara ; il remplit en effet toutes les conditions voulues pour qu'on fasse des découvertes de minerais utilisables. La probabilité pour que cette vaste région soit financièrement stérile à ce point de vue, est, en somme, très petite. Il faudra seulement du temps pour la mise en valeur du sous-sol (il a fallu soixante ans pour que l’on eût une notion précise du parti à tirer du sous-sol algérien), mais le temps nécessaire ne sera pas à mesurer à l’expérience du passé, la prospection des régions inconnues à l’aide du Méditerranée-Niger grâce aux facilités qu'il donnera pour l'apport du matériel, donnera aux chercheurs de grosses possibilités. Il faudra aussi quelques travaux d'irrigation pour améliorer les maigres cultures nécessaires à la création de centres de vie reliés entre eux par le rail, pour faire pénétrer la vie dans ces contrées.
La zone sahélienne qui fait suite à la zone saharienne constitue une phase de transition entre le Sahara et le Soudan. Un de ses caractères consiste dans l'apparition des eaux de surface et des pluies d’hivernage rares et irrégulières. La zone dans l’ensemble, est pauvre et sèche. « Le sol faiblement ondulé, se couvre après la saison des pluies de végétation saisonnière ». Des cultures de céréales, de tubercules et de haricots sont pratiquées aux emplacements favorables. Le coton est spontané. Pâturages à chameaux au Nord, chevaux et à bœufs (zébu) au Sud, c’est par excellence la zone du mouton. Le peuplement humain est constitué de pasteurs et de semi-nomades, qui, durant la saison des pluies remonrent vers la zone saharienne, et qui reviennent vers le Sud en saison sèche. Ce sont les agents de liaison économique entre le Saharien et le Soudanais. La zone sahélienne s'étend sur une grande partie du Soudan et du Niger au Nord du 14 degré parallèle, C’est l'habitat des Berbères Négritiques, avec tendance à la sédentarisation dans les régions cultivables. La zone sahélienne offre des ressources supérieures à son peuplement actuel, le Méditerranée- -Niger procurera un essor
| +4 F0 fe économique de l'élevage particulièrement important dans cette région, et une extension des cultures vivrières accom- pagnera l’augmentation de son indice démographique. Elle possède donc en puissance les bases nécessaires à l’accroissement de Son peuplement.
La zone soudanienne où le Méditerranée-Niger s’épanouira en deux branches, présente des conditions éminemment favorables au peuplement humain. La régularité des saisons, des pluies d’hivernage abondantes, des cours d’eau nombreux lui procurent une flore et une faune riches et variées. Le sol se prête aux cultures vivrières et familiales, céréales et tubercules. La flore spontanée apporte une importante contribution à l'alimentation directe.
Une répartition sommaire place dans les régions septen- trionales la culture du mil, du maïs, du fonio ; vers les régions centrales celle du Karité, du manioc, de l’igname et des haricots. Le bœuf (zébu), le cheval et l’âne occupent à peu près toute la zone soudanienne. Le mouton reste cantonné au Nord et au Centre. La zone soudanienne apparaît comme la plus importante et celle où les conditions climato- botaniques sont les plus favorables.
La main-d'œuvre agricole. — Concentrons-nous maintenant plus spécialement sur la mise en valeur rationnelle du Soudan Central déjà ensemble économique important que desservira le Méditerranée-Niger, et où se poursuivront les travaux d'irrigation dont nous avons parlé. Cette œuvre d'irrigation complétée, nécessitera un million à un mullion et demi d'habitants. Or, le principal obstacle au développement d’une entreprise comme celle du delta moyen du Niger, c’est la faible densité de la population : quatre habitants au kilomètre carré. Historiquement le Soudan a été beaucoup plus peuplé qu’il n’est aujourd’hui. Pourquoi ne le redeviendrait-il pas, surtout si on améliore les conditions d'existence en particulier par de plus grandes facilités de circulation. La population de l'Egypte a triplé grâce à l'amélioration apportée par les irrigations et les moyens de communication. Plus qu’une affaire technique, les irrigations du Niger sont uné vaste entreprise de peuplement, il faut trouver moyen d'attirer et de retenir les cultivateurs indigènes. Pour les
médecins, les agronomes, les ingénieuïs, les chefs d’entreprise et ouvriers d'élite, le recrutement en sera facile quand le chemin de fer les mettra à quelques jours de la France et de leur famille. Au contraire, rien n’est plus fragile à déplacer qu’une population coloniale ; l’homme des plateaux a beaucoup de mal à s’acclimater dans la plaine ; il faut à l’indigène, pour s'adapter à des milieux nouveaux, beaucoup plus de temps et de précautions. On trouve dans les alentours de la boucle du Niger des territoires agricoles dont la densité de population est supérieure à 50, 80, parfois 100 habitants au kilomètre carré. Par exemple, dans le Mossi, où des indigènes vivent sur des terres qui ne fournissent plus une nourriture suffisante à leurs exploitants — que ces régions surpeuplées puissent fournir au delta nigérien des immigrants, cela ne fait pas de doute. Il ne s’agit pas de tirer une population de territoires où elle est absente, mais bien au contraire de districts surpeuplés. On évalue à 800.000 hectares la superficie de terres à coton, ce qui entraînerait l'installation de 800.000 personnes dans la zone touchée par les travaux d'irrigation, où réside déjà près de 100.000 agriculteurs. En déduisant de ce dernier chiffre, les habitants du Bas Macina restant attachés à la culture du riz, .et qui participeront sur place à la colonisation, on obtient un total de 75.000 habitants représentant les agriculteurs à pied d'œuvre ou à proximité et de ce fait, disponibles pour la culture cotonnière. Ce besoin de main-d'œuvre n'est pas immédiat, avec les travaux d'équipement hydroagricole en cours, il ne paraît guère ‘possible d’en voir la fin en moins d’un quart de siècle. Il faut tenir compte aussi que cette population se développera, on estime qu’elle doublera en un peu plus de trente ans. On
peut cependant envisager dès maintenant ce problème de colonisation.
Il existe cinq types de colonisation agricole possible :
19 Colonisation démographique nationale confiée à des organismes spécialisés, sur des terres qui, par la suite, deviendront la propriété des colons ;
29 Petite propriété agricole nationale installée sur des petites ou moyennes concessions accordées à des agriculteurs ayant un modeste capital.
3° Colonisation à type industriel dans les zones où la colonisation démographique est impossible.
4° Association avec les indigènes dans les zones ou l’immigration nationale est impossible ou inopportune pour certaines cultures industrielles.
5° Agriculture indigène sous la direction et avec l’aide des services techniques officiels.
C'est cette dernière méthode qui a été retenue pour le delta central nigérien comme nous allons le voir, et nous croyons qu'elle est la mieux appropriée à une mise en valeur féconde de ces nouvelles terres. En effet, au Soudan, au Niger, le seul vrai colon, c’est l’indigène. L'Afrique Occidentale Française est, en effet, une « colonie d’exploitation », « colonie d'encadrement » (x), on entend par là des colonies où les colons sont peu nombreux, en sorte que leur rôle et leur mission sera de diriger et d’orienter l’exploitation du pays (2), les grandes exploitations européenres peuvent prendre pour certains produits une ampleur particulière, elles ne constituent tout de mêmé que l'exception de l’économie du pays. On a préféré aussi chercher à fixer les familles idigènes que de faire venir de la main-d'œuvre saisonnière.
Dans la vallée du Niger on trouve d'assez nombreux villages, les uns villages de pêcheurs, les autres villages de culture. Mais la culture n’étant pas assez développée, l’Administration cherche à créer ce qu’elle appelle des «ilôts de prospérité », c’est-à-dire des régions où l’on arrive à faire travailler et cultiver la terre de façon à enrichir la population noire. Ces ilôts sont destinés à servir d'exemple et à montrer aux paysans noirs l'avantage qu'ils trouvent à sortir des routines ancestrales. C’est ainsi qu'il existe déjà au Sénégal, une zone de prospérité où l’on a développé la culture de l’arachide, qu’en Guinée il en existe une qui vit de la culture des bananes, en Côte d'Ivoire il y a celle du café et du cacao, au Dahomey celle des palmistes. Dans le Soudan, la Haute- Volta et le Niger, on ne trouve pas encore de ces ilôts. La population de ces régions émigrant avec une facilité décon-
(1) G. Hardy. (2) Des comptoirs aux Empires.
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e : i ; certante, on a cherché à les fixer. Pour cela, quand on a entamé les travaux d'irrigation que nous avons décrits, on a procédé à des expériences. Ce sont celles du village de Niénébalé et des quatre villages indigènes de la plaine de Sotuba. Nous avons vu qu'ayant choisi un certain nombre de paysans nigériens, on leur avait donné à chacun dix, quinze hectares à titre de propriétaires, pour faire des cultures vivrières et des cultures d'exportation ou industrielles sous la direction de l'ingénieur agronome. Ils recevaient en même temps, une formation à un triple point de vue, tout d’abord de l'éducation de l'effort par laquelle on s’efforçait de transformer leur rythme de travail ralenti et intermittent en un travail accéléré et régularisé, une éducation des méthodes et des procédés de cülture pour les amener à une exploitation plus fructueuse du sol, une éducation de l’habileté éliminant la négligence, la maladresse et la brutalité. Cette expérience en est maintenant à sa quinzième année et les indigènes accourent. Il y a sans cesse des demandes de familles qui veulent s'installer de la même manière sur les terres avoisinantes. [1 semble donc que l’on ait trouvé la formule de la colonisation noire. C’est tout aussi intéressant au point de vue social, parce que ces familles de noirs qui ont douze à quinze enfants et qui, en raison de la mortalité infantile, n'arrivent à en élever que trois ou quatre, parviennent dans ces villages à en garder sept où huit. Autant d'individus qui, plus tard, auront des besoins à satisfaire et produiront, d'où augmentation du trafic du Méditerranée-Niger. Une expérience de même nature faite à Diré a démontré la supériorité de l'exploitation agricole par famille sur celle effectuée par de simples ouvriers agricoles. Le paysan soudanais accoutumé à vivre librement dans son village n’a aucun attrait pour le salariat. Déjà grandement allégé par ces deux réalisations (Niénébalé et Sotuba), le problème de l’immigration intérieure des noirs .vers les terres irriguées vient au cours de ces dernières années, de faire l’objet dans le delta nigérien, d’une troisième expérience confirmant et élargissant leurs résultats.
Des travaux ont permis de conduire les eaux du Niger au moment de la crue par la voie des défluents du Macina et du Sahel, sur les terres à riz de la région de Kokry et sur les
\ terres à coton du Kala inférieur. C’est en 1935 que débuta la colonisation du delta. Le premier centre installé, dit de Kokry, fait partie du casier de Bokywéré alimenté par le défluent du Macina et situé à une vingtaine de kilomètres en amont de la ville de Ké-Macina, sept villages ont été installés dont le dernier en 1939. Le peuplement du centre a été rapidement réalisé grâce à la collaboration de notables indigènes, la population s'élève maintenant à 5.268 habitants.
Le peuplement du centre de Niono sis dans le Kala inférieur et alimenté par le défluent du Sahel, commencé en 1937 seulement, s’est fait avec la même aisance. Il n’est pas besoin d’insister sur ces résultats pour en comprendre la leçon. Après dix ans employés à l'étude d’un problème dont la solution commande l'avenir du delta nigérien, ïül n’est plus permis aujourd’hui de nier la possibilité d'obtenir du paysan noir, lorsque des conditions favorables d’existence lui sont offertes, qu'il se déplace et qu'il se fixe. Si nous examinons le budget et le rendement d’une de ces familles (1) de colons noirs, nous trouvons pour l’année 1933 que chaque famille du village de Baguinda a eu à cultiver :
— 5 ha. de riz rendant 2.500 kgs à l’Ha. soit :
12/500fkgs/ vendus 40,25... |. . . NN3 125 Frs — I ha. 66 d’arachides rendant 1.000 kgs à
l’'ha. soit : 1.066 kgs vendus à 0,30 . . . 499 Frs — 1 ha. 66 de mil rendant 1.000 kgs à l’ha.
soit 21.000 :kKes vendus &,0:350200%0. 7. 499 Frs — x ha. 66 de coton rendant 800 kgs à l’ha.
Asa e28ksS vendus 0 0er. 664 Frs
auxquels il faut ajouter la culture d'hiver non irriguée : ; —— 5 ha. d’arachides ayant donné 2.000 kgs
V'OROUS NEO ON DE MER ral edes ve à ie Lea dre 600 Frs
— 5 ha. 1/2 de mil ayant donné 2.000 kgs ven- HS MAO ON PS LOMME EME AT CRT, 600 Frs 5.087 Frs
(x) Revue Economique française, 1934, P. 314.
Report.. 5.087 Frs.
Sur ces recettes brutes, on a prélevé :
— 3 tonnes de mil à 0,30 vendues comme nourriture aux'indigènes . . . 900 »
— Payé au Gouvernement de l'A. 0: F.
140 Frs par ha. en dehors des hectares en bordure des rizières 1.400 »
— Impôt personnel 25 fr.X40 . . 250 »