‹ Méditerranée-Niger: Perspectives ÉconomiquesChapitre 15 sur 19 · ÉO D IA ASTON ÉTS · texte numérisé non relu

ÉO D IA ASTON ÉTS

Rester "A RS TE TRES

Chaque famille a vécu avec ses cultures vivrières et en plus de cela a touché cette somme qui représentait comme valeur en tenant compte du prix de la vie dans ces régions, certainement le triple de ce qu’elle représentait à la même époque dans la Métropole.

Chaque famille a en plus son bétail (quatre bœuîfs de travail et une vache par famille normale) et sa basse cour en toute propriété ; on lui fournit une partie de son cheptel mort (charrue, charrette). Les sommes engagées pour l’aménagement des terres, l'installation du domaine, la constitution du cheptel, et l’outillage agricole sont remboursées par annuités au Gouvernement.

On comprend que les indigènes se soient attachés à la culture. On comprend aussi qu'il y ait dans les villages voisins des gens qui soient venus s'offrir. On ne peut comparer ce succès qu'à celui du canal de la Chenab dans l'Inde (1). En 1890, la population du périmètre atteignait 10.000 ha. ; en IOII, un million cent mille habitants venus des provinces voisines. L’afflux fut tel que l'attribution de la terre gratuite à l’origine fut vendue en 1919 : 12.000 francs l’hectare draîné et canalisé. Ce type d'immigration intérieure a été également réalisé dans la région traversée par le chemin de fer du Congo- Océan où 300.000 habitants de la région ont été installés dans

(x) Mission du Comité Oranais du Transsaharien, Roux- Berger.

des villages neufs éclairés à l'électricité et pourvus de machines agricoles pour la mise en valeur du sol.

Les cultures envisagées. — Le problème de la maind'œuvre résolu, il convenait d'étudier les conditions agrologiques locales pour déterminer les variétés de cultures possibles, qu'une mise en valeur bien dirigée ne pouvaient négliger. Le Niger n'ayant pas d’alluvions féconds comme le Nil, les enggais chimiques qui lui seront nécessaires pourront lui être fa@liement fournis, car les phosphates ne manquent pas en Afrique du Nord (1) qui, il y a peu d’années en expor tait dans plusieurs pays étrangers. Le Méditerranée Niger seul permettra de les amener au Soudan. Pour le coton comme pour le riz, les agronomes ont déterminé les époques de semis, la nature des engrais appropriés, les façons cultivables, les modes et les plants d’assolement. Ces études et observations ont été faites dans des « Stations d’essai ». Les principales sont Diafarabé et Siguiné pour la région deltaique et Soninkoura et Banankoro pour la zone prédeltaïque.

Chaque station est, en général, spécialisée dans l'étude d’un produit. Elle dispose de laboratoires et de champs d’expérience, avec un personnel approprié de techniciens. La poursuite des études pour les meilleures variétés de coton, de riz, le choix des régions où ces différentes variétés prospèrent le mieux, les meilleures cultures à leur donner, tout a été étudié et appliqué avec un remarquable sens pratique. Nous sommes donc en présence d’une mise en valeur coordonnée, étudiée et rationnelle. On ne s’est pas contenté de raisonner par analogies avec les phénomènes d'Europe, et on ne s’est pas fondé sur quelques constatatigns empiriques, fragmentaires et fortuites.

Quand le Méditerranée-Niger arrivera dans les plaines irriguées, quelles sont les cultures qu'il ÿ trouvera ?

Très logiquement, on a remarqué qu'avant de faire travailler le paysan noir pour l’exportation, il importait de lui donner les moyens de s’alimenter. Donc, développement de culture vivrières qui sont principalement : le mil, surtout le

(1) On a découvert récemment des gisements de phosphates à Tamaguilel, situé à une centaine de kilomètres du Niger, près d’In-Tassit et qui sont exploitables à ciel ouvert.

gros mil ou sorgho et ses diverses variétés (fonio, etc..), est l’objet d’une culture très importante, plus d’un million de tonnes, de plus sa culture est facile. Nous en consommons peu, mais ses usages peuvent d'étendre quand il pourra venir en grandes masses à bas prix, il donne un excellent alcool industriel (35 litres au quintal) ; le manioc et l’igname qui sont les bases de l'alimentation noire. Le riz joue aussi un rôle essentiel dans l'alimentation indigène, mais il pourra ensuite fournir de grosses disponibilités d'exportation, par le Méditerranée-Niger. Nous avons indiqué M ndements déjà obtenus par hectare : 2.500 kgs ; il doit couvrir à peu près les mêmes surfaces que le coton dans les superficies irriguées. On espère que le Macina deviendra le grenier à riz de l'Afrique Occidentale Française qui, pour sa consommation, en importe actuellement 30 à 40.000 tonnes (x). Le problème consiste à placer l’indigène qui obtient péniblement aujourd'hui 500 kgs de cette céréale par hectare, dans des conditions telles qu’il puisse quadrupler ce rendement et doubler la superficie qu'il cultive.

La principale cause de stagnation de la population ouest-africaine réside dans la fréquente insuffisance de son alimentation. L'amélioration qualitative et quantitative de celle-ci est donc pour elle une nécessité et pour les pouvoirs publics un devoir. Le mil s’efface de plus en plus devant le riz, seules les classes pauvres de la population demeurent fidèles au mul. Les exportations de riz de l’Indochine sur le Sénégal dépassaient 10.000 tonnes et avaient une tendance persistante à augmenter. Le maïs, culture fourragère dont on à importé en France en 1932 par exemple, 1.100.000 tonnes, valant à cette époqué près de 500 millions sera aussi cutivé. De même que la canne à sucre qui vient merveilleusement et pourra fournir un riche produit d'exportation. On pourra récolter également du blé.

Indispensablement associés aux cultures vivrières qui restent primordiales, les cultures industrielles sont susceptibles d'augmenter rapidement pendant la construction même du Méditerranée-Niger. Le coton est la culture vers laquelle se porte avec le plus d'attention les espoirs de la

(x) Le Transsaharien amorce du Transafricain, de J. Vidailhet, p128:

colonie et de la Métropole qui est, sur ce point, largement tributaire de l'étranger. Sur les trois cent et quelques millions de tonnes de coton que travaillaient annuellement nos filatures et tissages, c’est à moins de 10.000 tonnes que s'élève la part de notre Empire d'outre-mer. Le reste, c’est-à-dire la presque totalité vient de l'étranger. Nos principaux fournisseurs étaient, par ordre d'importance :

LES LR RL AUS, CETA44 000 tonnes en/1028 DÉS yDie EME EM nt ASE OO NL

l'Inde britannique . . . . . 38.000 tonnes LORS AE RME, 2 SOO0 #10

lés autres pays étrangers : . 14.000 »

La culture sèche au Soudan avait donné quelques résultats, mais une amélioration considérable de ce rendement a été procurée par l'irrigation. L'industrie cotonnière de la métropole qui avait jusqu'ici peu de chose à attendre du coton ouest-africain de culture sèche, est sûre de trouver dans le delta nigérien, une part importante de son ravitaillement. Jusqu'à présent les producteurs de coton ouestafricains donnaient leurs préférences au marché cotonnier intérieur (en 1939 le commerce européen payait le coton 1,50 le kilog, le commerce intérieur l’achetait 2,50 à 3 francs). Les régions où le coton s’orientera vers le commerce d’exportation sont celles défavorables à l’arachide ou favorables à

l'irrigation. La conjugaison de cette culture, avec l'élevage et l'emploi des engrais chimiques, lui assure des perspectives de sécurité qui viennent appuyer l'exemple du Soudan Anglais. Comme nous l’avons indiqué, la moitié des terres irriguées serait affectée à la culture du coton (1.200.000 ha.) et nous avons vu également qu’on a déjà obtenu des rendements de 800 kgs à l’hectare. Avec le nouveau coton sélectionné, on est arrivé dans les jardins d’essai à obtenir un rendement de 1.200 kgs. La période d’expérimentation de cette culture est terminée dans la vallée du Niger, mais cette culture ne se révèle possible que si on lui donne une voie de sortie pratique et bon marché, et si on lui apporte à un prix raisonnable, les engrais chimiques, dont elle a besoin. Les travaux accomplis dans les «stations d'essai » ont amené à produire des espèces toutes nouvelles de haut rendement et d'excellente qualité. Il y a de multiples raisons

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