‹ Méditerranée-Niger: Perspectives ÉconomiquesChapitre 16 sur 19 · II · texte numérisé non relu

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d'avenir dans ces cultures irriguées, car elles permettent un plus grand choix et une plus grande souplesse de modification que les cultures sèches en cas de surproduction ou de mévente. D'autre part les cultures irriguées par les peuplements urbains qu’elles provoquent, trouvent sur place une partie appréciable de leurs débouchés.

Parmi les cultures industrielles sèches (sans irrigation), les arachides peuvent être produites en énorme quantité, ce qui nous affranchirait des importations des Indes. Le sisal et d’autres plantes fibreuses sont aussi des ressources très importantes et qui prennent de jour en jour plus d'extension. Leur marché est considérable pour câbles, ficelles et emballages. Nous importons pour plus de huit cent millions de fibres pour la fabrication de cordages, ficelles de moissonneuses-lieuses, cela vaut la peine de chercher à en produire et précisément le Soudan est particulièrement apte à la culture du sisal. Déjà, plusieurs plantations donnent un excellent produit, mais comme pour le reste, les frais de transport via Dakar freinent tout développement.

Les colonies du Soudan et du Niger, l’ancienne Haute- Volta, les colonies « terriennes » comme on les appelle parfois, rêvent de produire comme les « colonies côtières » les produits riches qui importent à la vie européenne et qui paraissent spécifiquement coloniaux : le café, le caco, le quinquina, les palmistes, la banane, et se tournent vers le Sahara pour avoir un débouché économique. Elles songent à utiliser les produits de cueillette qui viennent sans culture, mais qui nécessitent néanmoins des aménagements rationnels, surtout le beurre de Karité, ressource immense de notre A.O.F., comparable par son importance et le rôle qu’elle doit jouer, à la culture de l'olivier en Afrique du Nord ; le caoutchouc de cueillette tiré d’une liane lactifère qui remplace le caoutchouc de plantation ; la gomme arabique que peuvent fournir en quantité les acacias verts du Soudan.

Sechon IV

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L'Elevage

L'élevage doit jouer un grand rôle dans la mise en valeur du delta nigérien. L'agriculture a une grosse importance dans cette région, mais au Soudan, nombreuses sont cependant les populations d’éleveurs, celles-ci dominent dans le Sahel où vivent en hiver de nombreux troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons. L'élevage sera poussé, non dans le seul but d'amener en Afrique du Nord et en France des. viandes pour concurrencer l'élevage nord-africain ou métropolitain, maïs aussi pour fournir un aliment plus substantiel à des populations jusqu’à présent sous-alimentées, procurer la force nécessaire à la culture indigène adoptée, fumer les terres irriguées. La mise en valeur du Soudan saharien et de la boucle du Niger, régions propres à l'élevage, comme parc à bétail suppose :

— 19 Des ressources en eau ; il faut multiplier et équiper le plus grand nombre possible de points d’eau pour assurer l’utilisation, pendant la saison sèche qui dure huit mois, de tous les pâturages naturels ; par ce moyen on limitera la transhumance et on évitera l’agglomération excessive de troupeaux autour des points d’eau trop rares. Cette agglomération favorise les épizooties sur un bétail sous alimenté. C’est une des causes de destruction périodique du cheptel ;

— 29 L'amélioration des races animales par sélection ou croisement ; donc apport de reproducteurs dans les stations d’expérimentation existantes. L'Office du Niger comprend, comme nous l'avons indiqué, un service de l'élevage qui s'occupe d'améliorer les races existantes, de les croiser avec nos races, d’instruire les cultivateurs indigènes, d’acheter des bœufs pour les mettre à la disposition des habitants de nouveaux villages ;

— 30 Des moyens de transport et des installations frigorifiques pour la préparation des produits périssables.

La réalisation de ce simple programme suppose que l’on peut accéder facilement à ces régions, le chemin de fer sera nécessaire pour apporter le matériel de forage et d'habille-

ment des puits et pour assurer l'exportation économique des viandes congelées ou frigorifiées. En effet, sur de longs par cours, il ne saurait être question de transport de bétail sur pied. Avec des abattoirs et des entrepôts frigorifiques qui nécessiteront aussi beaucoup d’eau, les européens pourront créer avec sûreté l’industrie africaine des transports frigorifiques en bénéficiant de toute l'expérience acquise durant ces vingt dernières années en Australie et dans les deux Amériques. En 1940, sur les marchés du Macina et de la boucle du Niger, un bœuf adulte pesant 300 à 350 kilogs était payé cinq à six cents francs. Après un voyage terrestre de huit cents kilomètres, le même animal arrivé en Gold Coast trouvait acquéreur à 1.600 ou 1.800 francs (1).

La mise en valeur pastorale de l'Australie qui offre tant d’analogies climatiques avec le Soudan, ne s’est pas faite autrement. Or, au Soudan et au Niger, «l'élevage méthodique du mouton sur les espaces disponibles à cet effet devrait donner, par an, une centaine de mille tonnes de laine » (2). La superficie propre à l'élevage du mouton n’est pas très inférieure à celle de l'Australie. En revanche le Soudan a sur l'Australie trois grands avantages

19 la flore y convient, non seulement au mouton, mais encore aux bovidés (zébu) plus qu’en Australie, et sur une certaine surface aux porcs et aux chevaux ;

2° les européens disposeront pour l'élevage de la main d'œuvre de populations primitives, endurcies aux privations, aptes à la vie nomade (Maures, Peuhls ou Targuis) ;

3° En période de sécheresse les troupeaux peuvent toujours se rabattre sur une zone où il pleut, tandis que la sécheresse peut couvrir d’un seul coup toute l'Australie.

Les moutons de la zone soudanaise voisine du Sahara donnent un poids de laine aussi fort que les moutons d'Algérie,

(1) En 1939, les exportations de bétail du Soudan Occidental dans les colonies anglaises du sud-ouest africain atteignaient les chiffres suivants :

Gold Coast Nigeria

Border Sue 40.000 73.000 Chèvres et Rue Me 93.000 120.000 (2) Méditerranée-Niger, George Manue.

— I21 — deux toisons en un an d’un poids de 1 kg. 500 au lieu d’une séule de 2-kgs 500 à 3 kgs (x).

Les moutons du Macina seraient, d’après des documents trouvés à Djenné, la race de mérinos introduite en Espagne par l'Afrique du Nord (2). L'histoire de l'élevage sur les plateaux brésiliens, de celui des steppes de l'Afrique du Sud, du Kenya est la même ; les voies ferrées ont insufflé la vie et ont permis le développement d’un élevage rationnel. Cet élevage ne pourra nuire au cours de vente du bétail nordafricain, car les époques de sécheresse d’Algérie sont les époques pluvieuses du Soudan et inversement. « La prospérité de l'élevage entraînera un accroissement de la consommation de certains aliments, notamment ie sucre et le thé dont les nomades soudanais font d'autant plus usage qu'ils ont les moyens de s’en procurer. Il en ira de même de la consommation des étoffes, des cotonnades, des dattes et du sel, ce dernier plus pour le bétail que pour les gens (3) ».

L'élevage tient dônc une place importante dans la mise en valeur du Soudan et du Niger, comme l’on en jugera par les chiffres du dernier recensement du bétail en AOF, la majorité de ces animaux vivent dans la régiôn soudanaise.

BoviNnS ZeDUS) NE TT ERA AS 00000 Montons étichèvres "114 r2"<00:000 :

PNEU CAEN RS ee 500.000 (4). Éheyreaux Pi ER re 215.000 ChaMeR tr. CE Ne AR 120.000 ROLCS NS Nr PATATE MN ORDER 105.000

On estime prudemment à 6.000 tonnes de laine et 9.000 tonnes de peaux l'exportation soudanaise possible dès maintenant, mais les mesures d'amélioration actuelles du troupeau ne tarderont pas à grossir ces chiffres. Outre ‘ces produits de l'élevage, deux ou trois bovins et un apport de phosphates naturels (300 kgs) permettent la fumure d’un hectare de coton. Par ce système, il est possible, en trois années, de tirer

(DRLeP/evaseEern A OF par C Piere:

(2) Le Tyanssaharien, par A. Souleyre.

(3) Oran-Niger, janvier 1935.

(4) Le Transsaharien amorce du Transaÿricain, Jean Vidailhet,

sans l’appauvrir, du même hectare de terre 1.200 kgs de coton brut, une tonne de mil et huit cents kilogs d’arachides en coques.

Section V

Les Sociétés de Prévoyance Agricole indigènes

Dans quels cadres juridiques va s'exercer dans l’avenir l’activité agricole indigène, fondement de la mise en valeur ? D'après la méthode de colonisation noire adoptée on se trouvera dans quelques années, sur les terres indigènes, en face de petites propriétés dont l'exploitation sera harmonieusement équilibrée entre les cultures vivrières et industrielles et les cultures fourragères. Si jusqu'ici l’agriculture indigène n'était que relativement productrice, cela tenait à l'insuffisance des engrais et à l'absence de tout matériel susceptible de suppléer l'effort humain pour la mise en valeur du sol, deux inconvénients auxquels le Méditerranée-Niger remédiera. Il en résultait que l’indigène exploitait annuellement l’espace tout juste nécessaire à le faire vivre jusqu’à la campagne suivante et se trouvait ainsi démuni de réserves en cas de mauvaises années. L’insouciance naturelle du noir lé portait, en outre, bien souvent à négliger de conserver par devers lui les quantités de semences nécessaires aux futures semailles, ce qui contribuait encore à accroître la précarité de ses conditions d'existence. C’est ainsi qu’en ‘1914, une famine consécutive à une période de sécheresse exceptionnelle faisait près de 300.000 victimes dans le Soudan occidental, « au sein d’une population réduite à manger les herbes sèches et les feuilles des arbres » (rx). Une telle situation ne pouvait laisser l'Administration française indifférente, aussi nous la voyons décider d'assurer elle-même la vaste tâche sociale et économique qui s’imposait en l'occurence. Elle consistait à éviter le retour de semblables calamités et, en outre, à doter le pays d’une production excédentaire ou de ressources nouvelles susceptibles de lui permettre de fructueux échanges extérieurs. C’est ainsi qu’en 1932, à l'ini-

(1) E. Belime : Les travaux du Niger.

tiative du Gouverneur Général Brévie se créaient les premières «Sociétés de prévoyance » dont le réseau s'étend maintenant sur toute l’A.O.F. L'activité de ces sociétés vise à :

19 Prévenir les disettes. Dans ce but, tous les cultivateurs indigènes, obligatoirement affiliés aux sociétés doivent confier aux silos installés par celles ci, les semences destinées aux semailles de l’année suivante. En cas de récoltes insuffisantes, les régions dépourvues se voient ravitaillées en semences et le cas échéant en grains de consommation par les sociétés de prévoyance locales. Cette première mission vise en somme à la régularisation de la vie agricole indigène ;

2° Accroître la production. — Pour cela elles sont chargées de la distribution, dans les campagnes d’un outillage approprié aux diverses cultures depuis les simples instruments aratoires individuels jusqu'aux charrues et aux tracteurs. Elles poussent en même temps au développement des cultures riches alimentant le commerce d’exportation : coton, arachides, café, cacao, fruits tropicaux. Elles installent également un peu partout des usines où l’indigène peut, à peu de frais, faire décortiquer ou dépulper selon les cas, les produits de ses plantations. Des camions achetés sur les fonds de ces sociétés procèdent au ramassage des produits destinés aux marchés intérieurs. Enfin, elles ont amené à mettre en exécution, un vaste programme de forages pour favoriser l'extension des cultures dans les régions sèches non engloblées dans des plans d’irrigations. Tel est donc le cadre juridique de l’activité économique de la campagne africaine.

L'activité de ces sociétés s'accompagne d’une œuvre de transformation sociale qui découle de deux séries de mesures d'ordre cependant purement commercial ; d’une part, le conditionnement des produits destinés à l'exportation et d'autre part le contrôle instauré sur les marchés locaux par l’intermédiaire des sociétés de prévoyance. On sait que depuis quelques années, pour être livrés à la consommation étrangère, les produits d’un pays déterminé doivent répondre à certaines exigences de qualité et de présentation sous peine de se voir promptement discrédités au profit de pays exportateurs concurrents. Ceci implique à l’origine, c’est à dire à la production, des disciplines précises portant aussi bien

sur le choix des variétés cultivées que sur les modes de culture, de ramassage, de tri, de conservation et de transport. Un office en général assure ces diverses tâches, O.C.E. (1) au Maroc, O.F.A.L.A.C. en Algérie. Dans un autre ordre d'idée et en vue de défendre le paysan noir contre certaines spéculations s’exerçant à la faveur de son ignorance, les sociétés de prévoyance se sont faites octroyer l'autonomie commerciale et sont à même d’acheter et de vendre elles mêmes aux cours officiels mondiaux les produits que leur confient librement leurs adhérents. Il n’y a pas, en effet, obligation pour les sociétaires de céder leurs récoltes à la société de prévoyance. On aperçoit ainsi au sein des sociétés indigènes jusqu'alors sans cohésion, la révolution sociale accomplie. Tout le paysannat noir se voit ainsi transformé en une vaste coopérative de production et d'échange. Ces sociétés seront les principaux clients du Méditerranée Niger. L'administration actuellement assure la gestion de ces sociétés, mais tout permet de prévoir une participation progressive des indigènes à la conduite de leurs propres associa-

tions. La société de prévoyance apparaît comme le véritable cadre juridique de nos paysannats indigènes en A.O.F.

Nous avons tenu à insérer ces développements relatifs au peuplement de la zone deltaïque du Niger, aux principales ressourcez dela boucle du Niger, aux sociétés de prévoyance pour bien montrer que le Méditerranée Niger ne se lance pas vers Î brousse pour tomber au milieu de tribus inorganisées ; en un mot, pour détromper ceux qui croient que l’on construit ce réseau transsaharien juste pour avoir un nouveau chemin de fer, pour réaliser un exploit technique et ferroviaire. L'époque serait bien mal choisie pour se livrer à une telle performance. Il est difficile .de convaincre certaines personnes de la nécessité d’une œuvre de laquelle elles n’attendent aucune utilité directement perceptible pour ellesmêmes, mais nous croyons meilleur: de chercher à les persuader par des descriptions et des exemples précis que par des

notions « d'acte de foi » ou de « mystique » seules accessibles à une certaine élite.

(x) Office chérifien d'exportation.

EX 125 TEA Section VI

Les Echanges

Si nous entamons maintenant la question des échanges résultant de la mise en valeur, le rôle du Méditerranée- Niger apparaît encore plus nettement. Le fait capital pour l’activité des échanges, sera la transformation en consommateurs des 3, 4, 5 millions d'individus qui pourront être fixés par la suite sur les terres irrigables et dans les bonnes parties cultivables du Soudan de l’ancienne Haute Volta et du Niger. Cette humanité qui consomme actuellement au ralenti deviendra consommatrice, non seulement pour le complément de son alimentation et pour son habillement, mais aussi pour son outillage, pour l'enrichissement de ses terres (en- grais), pour son logement (matériaux de construction). Il y aura là un marché qui prendra de plus en plus d’ampleur à mesure que se développeront les besoins de la population et l'équipement matériel du pays. La France pourra y écouler une partie de sa production industrielle quand elle aura équipé ses régions dévastées ; l’Afrique du Nord sera encore mieux placée, puisque plus proche, pour y trouver des débouchés pour ses phosphates, pour ses vins, pour ses dattes, peut être aussi pour ses blés. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que partout où les conditions de la vie se sont améliorées en Afrique, et notamment dans les régions côtières, on voit le blé se substituer peu à peu comme base de l’alimentation au sorgho, au mil, au manioc, au riz, et le vin remplacer comme boisson favorite les lourdes bières de mil ou les alcools de grains importés ou fabriqués sur place.

L'Afrique du Nord possède de très bonnes brasseries qui fournissent des bières légères très appréciées des indigènes. Le Méditerranée-Niger en transportera rapidement des tonnages importants. Quand on voyait avant cette guerre, l'encombrement du marché du vin, quand on constatait que faute de débouchés, plusieurs millions d’hectolitres de vin étaient distillés obligatoirement chaque année, on est conduit à penser que ce vin pourra, les conditions normales rétablies, être vendu à nos populations coloniales et aux colonies étrangères africaines. Quel pourra être, pour la collectivité fran-

çcaise, l'intérêt de l'ouverture d’une voie d'échange entre l'Afrique du Nord et l'Afrique Noire. Nous entendons aller par cette recherche au-devant des objections de ceux qui croient que le Méditerranée-Niger ne fera qu'opérer un détournement de trafic au profit de l’Afrique du Nord et de ses ports au détriment des ports de la côte occidentale de l’Afrique et de nos ports français de l'Atlantique. Tout d’abord rappelons que le Méditerranée-Niger deviendra une voie de transit internationale pour les voyageurs. Nous estimons qu'il pourra l'être aussi pour un grand nombre de marchandises en provenance ou à destination des colonies étrangères. L'ouverture à la vie et au commerce de la région intérieure du Soudan et du Niger placera ces pays dans la même situation que si le Sahara « colonie de jonction » était remplacé par une étendue marine. On parle souvent à propos des trains lourds transssahariens futurs, de «cargos du désert », l'assimilation au point de vue tonnage est exacte, mais en ce qui concerne la vitesse il serait complètement inutile de construire le Méditerranée-Niger si on ne devait pas obtenir un jour des vitesses au moins triples de celles des cargos. Les productions soudaniennes et nigériennes viendront ainsi sur le marchés français se substituer aux productions similaires des Indes Anglaises (arachides, coton, ricin), du Texas (coton, sisal), de la Chine (arachides), de l'Australie, de l'Argentine, de l'Afrique du Sud (laines, peaux). Elles auront l'avantage de venir par des voies exclusivement françaises ; le monopole du pavillon entre la France et l’Algérie assurera automatiquement ce supplément d’activité à notre marine marchande. En somme, il y aura matière à de nouvelles affaires portant sur des régions qui n’ont actuellement pas d'autre possibilité de sortir de leur isolement. Car «enfin l’on ne peut ne pas avoir le sentiment que le Soudan est actuellement et malgré les chemins de fer côtiers de pénétration raccordés aux biefs navigables et aux routes, dans un isolement économique. Il remue la terre en vain pour entretenir ses routes magnifiques. Il demeure bloqué entre la côte et le désert » (x).

L'ouverture d’un axe central de communications entre la France et l'Afrique Tropicale, bien loin de nuire à la situa-

(1) À. O.,F., par Robert Delavignette, p. 76.

tion déjà acquise par la France, drainera sur des voies françaises une grande part du commerce international Europe- Afrique qui se faisait avant cette guerre par des voies périphériques. L'Afrique du Nord «qui vit actuellement en façade » sur la Méditerranée verra s'ouvrir un hinterland immense. Elle deviendra un pays de transit sur les bords de la Méditerranée devenue la plaque tournante du commerce entre continents. Elle aura la possibilité d'installer chez elle des industries de transformation. « Un des moyens de résoudre le problème de la concurrence entre la production nordafricaine et la production métropolitaine consisterait à retourner en quelque sorte la façade de l'Afrique du Nord et sans supprimer celle qui donne sur la mer, lui en établir une autre vers l’intérieur. Pour cela une communication régulière, sûre, importante, et peu coûteuse avec le Soudan lui est indispensable » (x).

Aucun pays de civilisation ‘industrielle ne sera aussi proche des régions tropicales que la France avec le Méditerranée-Niger. Il pourra donc y avoir dans la région nigérienne et soudanaise un centre actif de production agricole et d'élevage merveilleusement placé, proche de la France, proche de cette pépinière de colonisation qu'est l’Afrique du Nord. Par la voie saharienne rendue à la vie, l'Afrique du Nord et l’Afrique Noire renoueront entre elles les relations sociales et économiques qu’elles ont eues dans le passé et qu'attestent les vestiges des anciennes civilisations qui se sont développées au Sahara. Par cette voie l’action civilisatrice de la France et de l’Europe sur le continent se fera plus intime et plus intense. Les difficultés économiques qui nous attendent, l’impérieuse nécessité d'y parer nous commandent d’organiser l’économie impériale française d’une façon à tirer tout le parti nécessaire de notre vaste domaine colonial. Il importe de dresser dans le cadre impérial un programme de rénovation économique, adapté aux transformations des conditions économiques présentes. La direction imprimée aux échanges économiques de la métropole et de ses colonies ne devra pas être fragmentaire. Ce sera une économie coloniale dirigée, mais dirigée dans une vue d'ensemble tenant compte à la fois de l’intérêt supérieur de la métropole

(x) Afrique Française, février 1935.

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