‹ Méditerranée-Niger: Perspectives ÉconomiquesChapitre 17 sur 19 · NT · texte numérisé non relu

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et des intérêts non moins respectables de nos possessions. Elle ne devra pas éliminer la concurrence étrangère, nécessaire dans nos colonies, car elle tend à mettre à la disposition de nos indigènes à faible pouvoir d'achat, des articles bon marché, que nous avons actuellement du mal à fournir et qu’il faudra cependant réaliser. La politique économique qu'il paraît souhaitable de suivre pour le Soudan et le Niger doit tendre à éviter toute surproduction qui serait génératrice d’un avilissement de prix, de chercher par la conquête de nouveaux débouchés à provoquer la mise en valeur de ressources précédemment négligées. Il faudra, en outre, obtenir de plus en plus des produits de qualité grâce au fonctionnement de nos centres d'étude et de contrôle. On facilitera le développement de centres puissants d’affaires opérant ouvertement, offrant aux acheteurs éloignés le maximum de sécurité et des conditions de magasinage et de vente raisonnables. « Il ne faut pas que nos produits nous reviennent des marchés étrangers après avoir passé par plusieurs mains et qu’on cite encore le cas des billes d’acajou qui, abattues en Côte d'Ivoire, étaient importées, retour de New-York comme acajou d'Amérique, sans même que la marque des coupeurs eût été effacée (Lucien Hubert) (x). Les colonies du littoral de l'Atlantique en A.O.F., dont le commerce extérieur est important, ne paraissent pas avoir de ressources naturelles supérieures à celles que fourniront ces régions de l’intérieur. Comme elles, elles n’ont actuellement ni charbons, ni minerais et exportent simplement les produits courants de leur sol, notamment les oléagineux. Le méditerranée-Niger permettra aux régions de l’intérieur de communiquer avec la Métropole et avec l'étranger dans les mêmes conditions que si elles avaient un port sur le littoral. De sa construction résultera donc l'établissement de nouveaux courants d'échanges. Déjà l'Algérie, d’une part, et la Fédération de l’A.O.F. d'autre part, ont senti tout le profit qu’elles pourraient tirer de combinaison de leurs productions respectives et sont entrées dans la voie d’une normalisation et d’un développement de leurs relations commerciales.

Les statistiques commerciales de 1936 montrent que ces efforts ont été immédiatement couronnés de succès, de 1935

(1) Nos grands problèmes coloniaux, Georges Hardy.

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à 1930, les échanges par mer entre l'Algérie et l’A.O.F. ont augmenté de 95 % en poids et de 101 % en valeur. L’augmentation a été surtout considérable dans le sens A.O.F.-Algérie, car d’une année à l’autre, l’accroisement dans ce sens a été de:199 % en valeur alors que l'accroissement des ventes de l’A.O.F. à la Métropole d’une année à l’autre, n’a été en valeur que de 42 %. Cette expérience évidemment concluante laisse de gros espoirs quand le Méditerranée-Niger sera réalisé et qu'il permettra le développement complet des échanges résultant de la complémentarité des deux économies nord-africaine et centre-afrique. L'Afrique du Nord doit prendre sur les marchés de l'A.O.F. la place que lui assigne sa proximité. Pour y parvenir, les commerçants nordafricains devront baisser leur prix de revient sensiblément trop élevés. Citons comme exemple en 1937 : les conserves de tomates algériennes à qualité et emballages égaux revenaient en A.O.F. à 100 % plus cher que les mêmes produits venant d'Itahe, les vins 50 %, les pommes de terre, les pâtes de

D'un autre côté, les produits du Soudan Central pourront être traités en Afrique du Nord, on pourra y fabriquer de l'huile, du savon, décortiquer le riz, égrener le coton et même le filer et le tisser. Ces perspectives montrent la possibilité de l’organisation d’une industrie de transformation nord-africaine utilisant les matières nouvelles produites par le Soudan Central et par conséquent ne disputant pas la matière première aux usines de la Métropole. Rien ne nous dit que des usines nombreuses ne s’installeront pas aux environs d'Alger et d'Oran pour expédier tout manufacturés les produits africains aux consommateurs européens et indigènes. Les suites de cette guerre ont amené un cômmence-, ment d’industrialisation de l'Afrique du Nord qui, nous CIOyOons, se poursuivra.

Une industrie un peu spéciale pourra se développer grâce au Méditerranée-Niger, nous voulons parler du tourisme. La ruée des touristes et du monde des affaires néces-

sitera la pratique d’une politique hôtelière en rapport avec le moyen de communication offert au public (1).

Toute cette mise en valeur actuelle et future du Soudan et du Niger, n’est pas possible sans une « politique de ports ». Quels seront les ports du. Méditerranée-Niger ? Alger, Ofan nécessiteront des agrandissements, car ils sont appelés à devenir les grands magasins africains, les grands ports de transit du commerce mondial. Nemours pourrait jouer un rôle de premier ordre également le jour où il aura une longueur de quais respectables et les dispositions et engins d'un port moderne. Il faudrait pour cela électrifier la voie Nemours- Oujda. Le tonnage minier qui descendrait vers Nemours pourrait permettre d'assurer une traction très économique par l’utilisation de la récupération (2).

Pour les relations et courants commerciaux vers l'Espagne, Tanger remplit les meilleures conditions pour les voyageurs. Pour les marchandises, les Espagnols possèdent un très bon port à Ceuta, malheureusement sans communication avec la ligne Tanger-Oujda. Melilla aurait aussi un rôle à jouer, mais seule la route le relie à Oujda.

Reste la question du tonnage dans le trafic méditerranéen d’après guerre. On est généralement d'avis dans les milieux d'armateurs français que le tonnage dont on disposera après guerre en Méditerranée ne dépassera vraisemblablement pas un cinquième des navires qu'on y rencontrait avant le conflit actuel. Des conventions internationales seront nécessaires pour assurer le transport des marchandises de première nécessité. La meilleure solution consisterait à établir une charte de frets, ce qui évaudrait à une sorte d'économie dirigée internationale dans le trafic maritime méditerranéen. Abstraction faite de la construction d'unités nouvelles, on devra surtout s’efforcer dans les premières

années d’après guerre d'accélérer le transbordement dans les ports.

(1) La Compagnie des Chemins de fer du Maroc à depuis 1932 pratiqué une propagande touristique, dont on pourra s'inspirer également. Elle possède des hôtels et des gîtes d'étapes dans le sud-marocain qu'elle exploite ellé-même.

(2) Comme sur la ligne de Chemins de fer marocains Oued-Zem - Sidi el Aidi pour la descente des phosphates sur Casablanca.

Pour terminer ce chapitre sur le mise en valeur, nous devons dire quelques mots des capitaux nécessaires à celle-ci. Car au Soudan comme au Niger, «il faut établir la prospérité si l’on veut rester, il faut enrichir tous ces habitants que l’appât du gain a pu attirer; remplir leurs espoirs, contenter leurs vœux, sinon c’est l'échec et cela s’est vu. Et cela veut l'exportation des capitaux, l’émigration des biens, le transfert des richesses en pays éloigné. Pour exploiter, il faut que l’on déploie des capitaux. Coloniser, c’est exploiter, et exploiter c'est mettre en action des capitaux. Mise en valeur aux colonies comme chez nous, c’est plantation et construction ; planter, bâtir, cela requiért toujours sacrifice de biens, a veut dés apports et sans profit certain, aux colonies plus que chez nous, il faut monter des maisons et tracer des routes, et jeter. des ponts, et creuser des ports et dresser enfin des chemins de fer qui sont aux colonies plus qu’ils ne sont chez nous un élément vital (Ex. : Trans-Indochinoïs près de 2.000 kms). Voilà le signe même de l'exploitation, en son plein essor dans les colonies, en tant qu’elle dévore les milliards et sans qu’on soit sûr qu'elle paiera (x).

Ces capitaux qu'ils soient fournis par les particuliers ou par l'Etat qui les emprunte, comme c’est le cas pour les travaux du Niger et du Méditerranée-Niger suivent le circuit suivant : 10 apport de capital métropolitain outre-mer ; 2° retour en contre-partie de matières premières ; 3° renvoi en échange de produits manufacturés ; 4° retour à la métropole du capital initial considérablement accru. Pour les travaux du Niger, l’A.O.F. fait l'avance des fonds conjointe-\ ment avec les grands emprunts coloniaux, elle récupérera ensuite ces fonds sur les terres irriguées.

La construction du Méditerranée-Niger est inscrite par le Gouvernement dans des programmes de grands travaux pour lesquels l'Etat emprunte.

«Les peuples impériaux sont ceux qui ont risqué leurs hommes, mais aussi leurs capitaux, et qui ont su pour leur grandeur se donner corps et biens.

(x) Des Comptoirs aux Empires, René Maunier.

Le Méditerranée-Niger en permettant aux capitalistes de venir surveiller leurs capitaux, facilitera encore la mise en valeur du Soudan et du Niger. Maisile Méditerranée-Niger réalisera, outre une mise en valeur, une mise en contact de groupes et de communautés différents, c'est cet aspect que nous allons étudier maintenant.

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