‹ Méditerranée-Niger: Perspectives ÉconomiquesChapitre 5 sur 19 · TON · texte numérisé non relu

TON

Section I

Les tracés

En se plaçant au point de vue que nous avons indiqué, on a été conduit à adopter comme point d’aboutissement forcé, Tosaye sur le Niger. Les considérations précitées étant retenues, une question s'élevait immédiatement : D'où devait partir le Méditerranée-Niger ? Comme point d'accès à la Méditerranée, on a proposé alternativement Tunis, Bône, Philippeville, Bougie, Alger, Oran. Or, comme on l'a très justement dit, le Méditerranée-Niger n'est pas un chemin de fer d'intérêt local, il aura pour point de départ la France — c’est l'intérêt français dont fait partie l'intérêt algérien ou marocain pris en masse mais non localisé, qui doit déterminer le choix de la tête de ligne. Oran, port méditerranéen le plus voisin de Tossaye, d’accès facile et pourvu d'un bon outillage, s’est trouvé tout indiqué. |

Les deux points extrêmes du tronçon principal du Méditerranée-Niger étant fixés, il restait à déterminer l’itinéraire qui allait les relier. Plus de vingt tracés ont été envisagés pour le Transsaharien (tronçon principal du Méditerranée-Niger) et recommandés pour des raisons plus ou moins péremptoires.

On peut les diviser en trois groupes :

10 Tracés occidentaux dont les promoteurs ont été plus préoccupés de résoudre un problème purement français (haison aussi rapide que possible entre l'Afrique du Nord et l'Afrique Occidentale) ;

2° Tracés orientaux dont les auteurs ont eu en vue la liaison avec le Tchad, l'Afrique Centrale et le Congo.

3° Entre les extrêmes se placent ua certain nombre de projets centraux. Trois itinéraires étaient possibles :

L'itinéraire oriental partait de Biskra et rejoignait Ouargla. De là, deux variantes étaient prévues pour relier Ouargla à Amguid, où le tracé se poursuivait à travers le Hoggar jusqu’à In-Tassit, point de bifurcation du tronçon se dirigeant d’une part sur Segou, d’autre part sur Niamey. Ce tracé était long de 4.212 kilomètres avec des rampes de

1 és 19 ae 8 millimètres. Enfin, il exigeait, en 1933, des délais de construction de dix ans et une dépense dépassant à cette époque 4 milliards.

L'itinéraire central partait du département d'Alger, rejoignait la ligne Oran-Alger et traversait les deux chaînes de l'Atlas. Ce tracé comportait également deux variantes avant de se souder au tracé occidental dans la région de l’'Oasis du Touat. Sa longueur est, selon ces variantes, de 4.088 kilomètres ou 4.200 kilomètres. Il présentait des rampes de 15 millimètres. La durée de construction aurait été de quinze années, et le coût était évalué en 1933 à 4.200 millions. |

Le troisième, dit itinéraire occidental, est celui qui a été retenu. Le Méditerranée-Niger doit obligatoirement se rattacher au réseau Nord-Africain à voie normale, pour avoir accès sur la Méditerranée. Précisément, ce tracé part . d’Oujda sur la grande artère ferroviaire Casablanca-Tunis, : -et présente des caractéristiques excellentes, tout en étant le plus court et le moins coûteux. Il traverse les deux chaînes de l'Atlas aux points les plus faciles, et emprunte la ligne à voie normale à excellentes caractéristiques déjà existante d'Oujda à Bou-Arfa (305 kms) que le Maroc, pour l’exploitation de ses mines et pour assurer un débouché au Maroc oriental, a été conduit d’entreprendre. Un prolongement de 130 kilomètres environ a été construit de 1939 à 1941, de Bou-Arfa à Kenadza pour l’exploitation des mines de charbon de cette région. C’est une facilité au départ que le Méditerranée-Niger ne pouvait négliger. Il se trouve ainsi relié aux ports algériens d'Alger, d'Oran, Nemours. Oran et Alger sont reliés au Méditerranée-Niger par la ligne Oran- Tlemcen-Oujda au profil assez dur. Nemours, port récemment équipé, est relié à Oujda par une ligne à voie normale avec des rampes de 20 millimètres qui limitent également le tonnage des trains. Mais le département d'Oran a une tête de voie normale sur le plateau algérien : c’est Ras-el-Ma ; il paraît aisé d’opérer le raccordement avec Berguent pour amener rapidement le trafic marchandises à Oran le jour où ce sera nécessaire. Les trains lourds du Transsaharien nécessiteront peut-être aussi la construction par l'Algérie de la ligne Aïn Temouchent à Marnia. Au point de vue voyageurs,

Alger, capitale de l'Afrique du Nord, reliée à la France et à l'Europe par des services rapides de paquebots, est le point de départ obligé des autorails transsahariens. Le tracé occidental est de tous les tracés étudiés, le plus court. Sa longueur est de 3.535 kilomètres dont 1.012 kilomètres pour la section saharienne qui commence à Foum-el-Kheneg et qui se termine à In-Tassit. Le tableau suivant fournit les distances inté- - ressantes concernant ce tracé

Distance la plus courte d’In-Tassit à la

Méditerranéen tr re SR REEReZ 20 TR TRS Distance la plus courte d'In-Tassit à

Aloer TSRAUNEMEN CE PS COL ARME Distahte d’'In-Tassit à un port important de l’Afrique du Nord (Oran) . . 2.398 kms

Longueur à construire jusqu'à In- à Hassite hs AE PSE CON ne ED) ER NI ESS Cet itinéraire occidental, étant donné ses facilités, n’exigera qu'un délai de construction de huit années et une

dépense (chiffres de 1933) de 1.800 millions (x).

Essayons de donner un aperçu géographique des régions traversées par cet itinéraire : Le tracé part d’Oujda dans la plaine d’Angad pour atteindre bientôt le commencement des Hauts-Plateaux. La vallée qu'il remonte est large et d’accès facile. La rampe est modérée. Du seuil des Hauts-Plateaux jusqu’à Tendrara, ce tracé se poursuit en plaine très régulière d’alfa ou de roche. A Tendrara il franchit une chaîne. A partir de Bou-Arfa, le tracé se développe dans de vastes pénéplaines séparées entre elles par des dénivellations de quelques mètres et descend presque continuellement. Après être passé à côté d’Aïn Chair (point d’embranchement sur le Méditerranée- Niger de la ligne de Kenadza), par les oasis de Talzaza et de Colomb-Béchar, le tracé franchit le Djebel Arbal. Ii court ensuite sans obstacle sur la « hammada » (2) de Taghit que traversent les vallées venant de l'Ouest affluents du Ghir. De Colomb-Béchar, le tracé mène directement sur Beni-Abbès, en suivant à quelque distance le cours du Ghir et de la Saouda.

(1) Evaluée à 5 milliards en 1940.

(2) « Hammada » plateau rocheux avec terre végétale.

Au-delà de Beni-Abbès, le tracé s'engage dans le Massif de l’'Ougarta formé par uné succession de petites chaînes rocheuses de 80 à 150 mètres d'altitude et de faible épaisseur. La voie traversera le lit de l’Oued Saouda à Foum-el-Kheneg, où commence la partie saharienne du tracé qui rejoint sur un terrain plat les oasis du Touat, où Adrar sera une gare importante. Par une pente de moins de cinq millimètres, le tracé atteindra Reggan (1.200 kms d’Oujda) dernier oasis avant le Tanezrouft. La voie passera ensuite sur l’Az-el- Mati vestibule du Tanezrouft, « sol de granit plat et uni comme une table de marbre ». Elle pénètrera dans le Tanezrouît, immense pénéplaine plate granitique sillonnée par des artères maîtresses qui ont leur tête dans le massif du Hoggar, parsemée de petits massifs granitiques. Ce désert absolument plat, d'environ 800 kilomètres, sera aisément traversé par la voie qui retrouvera un peu de végétation aux abords du Soudan qui se manifeste par quelques vallons peu marqués. Débouchant du Tanezrouft, le tracé passe à Tessalit à l'Ouest du massif de l’Adrar des Iforats. Il se poursuivra en sol plat et crayeux, puis en sol de dunes durcies et mortes, à surface ondulée jusqu’au Niger, par la longue dépression du Tilemsi où se trouve In-Tassit (2.263 kms d’Oujda) à 100 kms au Nord du Niger, point terminus de la section saharienne du Méditerranée-Niger, et point de départ de la section soudanaise,

À In-Tassit, le Méditerranée-Niger se divisera en deux embranchements, l’un remontant, l’autre descendant le Niger, tous les deux sur la rive gauche du fleuve, dont l’irrégularité du régime et les rapides ne permettent pas la navigation régulière par la grosse batellerie. L'un atteindra Niamey en plein Soudan productif à 2.828 kilomètres d'Oujda, l’autre passera par,Tombouctou, traversera le Niger à Sansanding pour finir à Segou à 3.236 kilomètres d'Oujda sur la rive droite à 200 kilomètres de Koulikoro.

Le tracé ainsi décrit se développe du Sud Algérien aux extrémités soudanaises avec des déclivités maxima de 6 millimètres et des rayons descendant rarement à 500 m. Pas de montagnes, pas de dunes, de rares grands ouvrages, pas d'infrastructure à proprement parler. Ce tracé présente, comme on l’a dit, des «caractéristiques providentielles ».

Tracé occidental

Tracé central Tracé oriental

Voies ferrées existantes

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