MUNICIPALITÉ DE PARIS
Bu i2 mars 1192, Van 4^ de la Liberté.
Sur le compte rendu par les administrateurs au département des Établissemens publics, de l'intention où ils seroient de faire jouer l'opéra d'Adrien.
Le corps municipal, après avoir entendu le Procureur de la Commune;
Considérant qu'on a répandu sur cet ouvrage les impressions les plus défavorables ;
Que sa représentation pourroit être le prétexte d'un rassemblement et des troubles qu'on voudroit occasionner, soit par des applications relatives aux circonstances actuelles, soit par tout autre motif;
Considérant qu'il est de la sagesse de la municipalité de prévenir toute sorte d'excès, pour ne pas se trouver dans la dure nécessité de les réprimer;
Arrête que l'opéra d'Ad^'ien ne sera pas joué tant que ce spectacle sera à la charge de la municipalité.
Signé: Boucher Saint-Sauveur, doyen d'âge, président. De Joli, secrétaire-greffier ^.
Le coup était dur pour les auteurs ; mais Hoffman n'était pas homme à le supporter sans répondre, et nous allons voir qu'il le fit de la bonne encre. Il avait beau jeu d'ailleurs, car, non seulement la mesure était arbitraire, par conséquent injuste, mais elle faisait à la ville de Paris une situation étrange en cette affaire. Depuis 1789 la Ville était, ainsi qu'en témoigne le procès-verbal, la véritable directrice de l'Opéra, qu'elle faisait gérer, en son nom et
* Le texte de ce procès-verbal était publié dans le Journal de Paris du 15 mars. Il ne se trouve pas au Iloniteur, qui d'ailleurs n'avait pas encore la qualité de journal officiel.
SOUS sa responsabilité, par deux administrateurs ; de sorte qu'elle prenait, en qualité de pouvoir public, une résolution qui portait le préjudice le plus grave à ses intérêts comme entrepreneur théâtral, puisqu'elle avait dépensé 200,000 francs et plusieurs mois de travail pour la mise à la scène d'un ouvrage que, maintenant, elle se défendait à elle-même de présenter au public. On conviendra que le fait était au moins original.
Il n'échappa pas à Hoffman, comme on peut le penser, et la preuve s'en trouve, abondante, dans le Mémoire qu'il adressa à Pétion, maire de Paris, naturellement responsable des actes de la municipalité, pour protester contre l'interdiction dont la pièce était l'objet. Quelle que soit l'étendue de ce document, il me paraît trop intéressant pour que je puisse me dispenser de le reproduire ici, au moins en partie. En voici le début :
Mémoire
adressé à Monsieur le Maire de Paris par l'auteur de
l'opéra crAdrien.
Monsieur le Maire,
Permettez-moi de vous adresser des réclamations sur l'arrêté du corps municipal relativement à l'opéra à.' Adrien^ dont je suis l'auteur.
Des bruits injurieux se sont répandus sur cet opéra. Sans examiner si des bruits suffisentpour faire défendre la représentation d'un ouvrage, j'ai pris le parti de le faire imprimer, de le livrer à la censure publique, la seule qui puisse exister et, dans un écrit répandu avec profusion, j'ai protesté contre les intentions que l'on me prêtoit, et j'ai prouvé qu'une pièce de théâtre faite avant la révolution, et traduite de Métastase, ne pouvoit avoir été composée dans le dessein d'insulter à la constitution.
La municipalité étoit déjà chargée de l'administration de l'Opéra, quand cet ouvrage a été reçu; ou plutôt ce sont les officiers municipaux, directeurs de l'Opéra, qui ont reçu Adrien. Depuis dix-huit mois cette pièce est adoptée, on a eu plus que le temps nécessaire pour s'apercevoir si elle étoit écrite dans un sentiment contraire au nouvel ordre de choses : on a eu le loisir de remarquer toutes les opinions dangereuses qu'elle pouvoit contenir. Cependant la municipalité ne l'a point rejetée, on a même fait 200,000 francs de dépenses
pour la mettre au théâtre, on a paisiblement laissé achever toutes les répétitions; et lorsque l'ouvrage est prêt à paroître sur la scène, lorsque l'auteur, en le livrant à l'impression, a prouvé la fausseté des reproches qu'on lui faisoit; lorsque le public désabusé a lu l'ouvrage sans réclamer contre lui; lorsque tous les officiers municipaux en ont tenu et lu les exemplaires sans les faire dénoncer, la municipalité effrayée de quelques lettres anonymes, de bruits vagues et des déclamations de quelques malveillans, la municipalité, dis-je, contre les lois et les formes, empêche arbitrairement que la pièce soit représentée. Et ce qui est plus cruel pour moi, parle laconisme de son arrêté, elle laisse subsister, elle semble même confirmer des calomnies odieuses, et compromet par là mon honneur, mon bien-être et ma sûreté. Je dis ma sûreté, car si la municipalité déclare qu'elle rejette Adrien par rapport aux troubles qu'il peut causer, qui osera le jouer sur son théâtre? El, s'il est de nature à ce qu'on n'ose pas le jouer, qui peut oser l'avoir fait?
C'est à vous, monsieur le Maire, que j'adresse ma plainte, parce que vous êtes plus que personne en état d'en sentir la justice ; et je vous parlerai comme je le ferois au corps municipal tout entier.
Dans cette circonstance, vous avez à mes yeux trois caractères distincts. Je vois d'abord en vous Al. Pétion, qui a été un des plus zélés défenseurs de la liberté de la presse, de la liberté indéfinie, et qui a tant contribué à faire abolir toute censure préalable, censure que vous avez reconnue odieuse et indigne d'un peuple libre. Vous êtes ensuite à mes yeux le chef du corps municipal chargé de la police de la ville de Paris. Enfin, vous êtes pour moi le premier administrateur de l'Opéra, puisque la municipalité a l'entreprise de ce spectacle.
Comme M. Pétion, il est impossible que vous approuviez un acte d'autorité contraire à une loi connue, et vous savez mieux que personne que nul ouvrage ne peut être proscrit et prohibé, sans que préablement dénonciation en soit faite et jugement porté.
Lorsque vous étiez membre de l'Assemblée constituante, vous avez énoncé et fait adopter, sur la liberté indéfinie de la presse, une opinion qui est devenue une loi pour toute la France. C'est cette loi que je réclame, monsieur, et je l'invoquerai jusqu'à ce qu'on m'ait prouvé que la loi n'est puissante que contre la foiblesse et qu'elle reste foible devant la violence.
Si c'est comme chef de la municipalité que vous avez défendu la représentation d'Adrien, permettez-moi de vous dire que vous n'en aviez pas le droit. La loi est formelle, la voici: Les officiers municipaux ne pourront pas arrêter ni défendre la représentation d'une pièce, sauf la responsabilité des auteurs, etc. Rien de plus précis que ce texte; il est sans ambiguïté, et n'a pas besoin d'interprétation. Je le répète donc , le corps municipal a fait une démarche inconsidérée,
en arrêtant une pièce sans l'avoir fait d'abord dénoncer et juger, et, dans ce cas, j'ai un juste recours aux autorités supérieures.
Si c'est comme entrepreneur et administrateur de rO[)éra que vous avez pris l'arrêté du 12 mars, j'ai bien plus de réclamations à vous faire. Dans le cas où mon ouvrage cessoit de vous convenir, vous, directeur de spectacle, vous deviez simplement me rendre mon manuscrit, sans l'entacher d'aucune observation défavorable, sans parler des troubles qu'il peut causer, car ce motif appartient au municipal et point au directeur: vous deviez me le rendre en toute propriété, me laisser la liberté de le porter à un autre théâtre, et vous soumettre à une indemnité, telle que vous en auriez exigé de moi, si j'avois moi-môme retiré mon ouvrage; vous deviez enfm agir comme la Comédie françoise ou italienne, quand elle rend à un auteur la pièce qu'elle ne veut pas jouer.
Rien de tout cela n'a été fait, mais bien tout ce qui pouvoit me nuire.
Vous avez donné de la publicité à la séance qui défend l'opéra d'Adrien. Vous avez parlé dans l'arrêté des impressions défavorables qu'on en a reçues ; vous avez excipé des troubles qu'il peut causer, vous avez pris contre lui un arrêté d'éclat, vous ne m'avez pas rendu la propriété de mon ouvrage, vous n'avez stipulé aucune indemnité envers l'auteur; il est donc clair que vous avez agi en municipal et non en directeur de S})ectacle.
Il est impossible, monsieur, que vous veuilliez excuser un acte aussi arbitraire, si contraire surtout à la probité de M. Pétion, à l'intégrité de M. le maire de Paris, et à la loyauté d'un administrateur.
J'ai donc, sous ces rapports, un triple droit de vous demander que vous ayez la bonté de me déclarer si l'arrêté du 13 mars émane du corps municipal ou de la direction de l'Opéra. Dans le premier cas, vous m'approuveriez sans doute de recourir en homme franc et libre aux autorités supérieures pour y invoquer la protection de la loi ; dans le second, je vous redemande un ouvrage que vous avouez ne vouloir pas faire représenter, je vous le redemande avec l'indemnité qui m'est due, et avec une déclaration qu'en le rejetant vous n'avez pas prétendu le dévouer à la réprobation publique....
Hoffman continuait d'accumuler les arguments en faveur de la thèse qu'il soutenait avec tant de vigueur et de courage. Il n'obtint pourtant pas la justice qu'il réclamait ; l'arrêté qui frappait Adrien ne fut pas rapporté, et l'infortuné demeura condamné au silence et à l'obscurité. Je ne sais si le Mémoire d'Hoffman fut publié alors, selon
une menace qui y était contenue ; mais on en trouvera le texte complet dans le troisième volume de l'édition des Œuvres du poète qui fut donnée après sa mort.
Mais Adrien n'était pas au bout de ses tribulations. Après la chute et la mort de Robespierre^ à la suite du 9 thermidor, Sageret, alors directeur du théâtre Feydeau, manifesta l'intention de le monter sur ce théâtre et s'entendit à ce sujet avec les auteurs, qui lui confièrent volontiers les destinées de leur œuvre. On vit alors l'Opéra, jouant le rôle du chien du jardinier, revendiquer un droit de propriété sur cette œuvre, et, ne la jouant pas lui-même, émettre la prétention d'empêcher un autre de se l'approprier. Peu endurant de sa nature, mais toujours maître de lui, HofFman prit encore la plume à cette occasion, et publia la déclaration très catégorique que voici l :
L'opéra d'Adrien, dont la commune du 2 septembre a empêché les représentations, et auquel l'auteur n'a rien voulu changer, parce qu'il n'y avoit rien vu de coupable, appartient aujourd'hui au théâtre Feydeau. Cet ouvrage, tant calomnié et tant désiré, n'a mérité
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
On a voulu me forcer à retrancher ou à refaire quelques vers de cet ouvrage. Des conseils littéraires m'auroient trouvé docile ; des ordres despotiques m'ont trouvé inflexible. M'ordonner de travailler, c'étoit me condamner à la paresse.
Quand le public, qui seul est mon juge, désapprouvera quelques scènes de mon ouvrage, ces scènes disparaîtront ; si l'autorité s'en mêle, les scènes resteront, fussent-elles mauvaises, et mon opiniâtreté lassera même la tyrannie.
Au théâtre Feydeau, cet ouvrage prouvera que ses admirateurs et ses détracteurs ont également eu tort de s'échauffer sur un si petit sujet ; mais il prouvera du moins que l'auteur fera plutôt mille mauvais vers qu'une bassesse.
On répand que l'Opéra a des droits sur cet ouvrage ; oui, sans doute, il en a, si les mauvais procédés, l'esprit de jacobinisme et la barbarie sont encore des droits. Qu'il vienne les faire valoir, je l'attends î
* J'emprunte encore ce petit document aux Œuvres d'HofFman ; il est contenu dans la notice placée en tête du livret à'' Adrien.
On a dit que les auteurs d'Adrien avaient reçu des avances sur cet ouvrage. Ceux qui répandent ce bruit sont aussi vils que les municipaux qui régnaient alors. Pour moi je n'ai reçu de l'Opéra que de mauvais traitements ; je ne nie pas la dette.
Pour Méhul, il est incapable de traiter avec un théâtre, s'il avait des engagements avec un autre.
HOFFMAN
A ce moment, il paraisait donc certain qu'Adrien devait être joué au théâtre Feydeau ; mais l'infortuné n'était pas au bout de ses peines. Sageret, qui, très ambitieux, avait voulu faire à la fois de Feydeau une scène d'Opéra- Comique et une Comédie-Française, qui avait recueilli à ce théâtre les anciens acteurs de celui de la Nation, Mole, Fleury et M^^^ Contât en tête, s'était mis sur les bras une très lourde affaire, surchargée de frais excessifs, et qui lui avait créé une situation très embarrassée et très difficile. Bref, au moment même où il se préparait à monter Adrien^ il se vit obligé de renoncer à une entreprise qui lui coûtait déjà plusieurs centaines de mille francs, les plaintes de ses créanciers le firent jeter en prison, et le théâtre fut fermé.
Voici donc Adrien redevenu Gros-Jean comme devant, et retombant sur les bras des auteurs de ses jours, plus embarrassés de lui qu'ils n'eussent voulu l'avouer. Après cinq ans d'attente et au moment de toucher le but, voir ce but s'éloigner encore et ne savoir par quel effort le poursuivre de nouveau, il y avait de quoi décourager les plus résolus. Cependant, sur ces entrefaites, la direction de l'Opéra changeait de mains , poète et musicien n'avaient aucune raison de bouder la nouvelle administration, et celle-ci se montrant, comme la précédente, désireuse de rentrer en possession à' Adrien, Adrien lui fut de nouveau confié.
L'ouvrage fut donc mis, ou plutôt remis à l'étude sur notre grande scène lyrique. Ce ne fut pas toutefois sans que des modifications assez importantes eussent été demandées à HofFman, qui cette fois s'exécuta de bonne grâce
168 MÉHIIL
et fit subir à son poème les remaniements que lui imposait en quelque sorte la situation politique. Entre autres choses, le héros du drame, Adrien, perdit sa qualité d'empereur et devint un simple général romain, vainqueur des ennemis de sa patrie ; du même coup, la pièce s'allégea naturellement d'une partie de son titre, et Adrien empereur de Rome devint Adrien tout court. Il n'en fut pas pour cela plus mal partagé sous le rapport de l'interprétation, ce dont on aura la preuve par cette distribution, où l'on retrouve les noms des premiers sujets de l'Opéra :
Adrien Lainez.
Flaminius, consul, ami d'Adrien Dufresne.
Sabine, dame romaine, promise à Adrien .... M^'^ Maillard.
Rutile, tribun militaire Moreau.
Cosroës, roi des Parthes Adrien.
Émirène, fille de Cosroës M'^^ Henry.
Pharnaspe, prince parthe, amant d'Émirène . . . Rousseau.
L'ouvrage fut, à tous égards, monté avec le plus grand soin, et parut enfin à la scène le 16 prairial an VII (5 juin 1799). Il reçut du public un accueil plein de sympathie, et fut pour Méhul l'occasion d'un nouveau triomphe, que le Mercure, sous l'effet de l'impression première, enregistrait en ces termes : — « Succès le plus brillant. Poëme bien écrit *, la musique est un chef-d'œuvre. Auteurs, les citoyens Hoffman et MéhuL Nous reviendrons sur cet ouvrage, que nous avons besoin de revoir une seconde fois. » Moins laconique, le Journal de Paris n'était pas moins chaleureux : — « Nous croyons inutile, disait-il, de donner l'analyse du poëme d'Adrien. Ce sujet a été traité par Métastase, et le C^" Hoffman, auteur de ce poëme, s'est écarté de fort peu du plan de l'auteur italien. Depuis long temps cette représentation étoit attendue. La juste réputation du compositeur justifioit l'impatience du public, et cette attente n'a point été trompée :, le succès a été complet. Les auteurs ont été demandés. Les C^"^ Méhul, compositeur, et Gardel, maître des ballets, ont paru ; ils
ont été applaudis avec enthousiasme La pompe
triomphale qui commence l'action est belle et riche sous tous les rapports. La musique y est très analogue. Les décorations, les costumes et la manière dont sont groupés tous ceux qui j concourent, produisent un effet qui depuis long temps n'avoit eu lieu sur ce théâtre. Les belles scènes où Sabine et Emirène se trouvent ensemble, sont dans le genre vraiment dramatique, et le musicien y a déployé un grand talent. Il n'y est pas seulement musicien, il se montre parfaitement instruit des convenances de ses personnages et des effets des grandes passions sur le cœur humain. Les C"^^ Maillard et Henry le secondent parfaitement : la première, sur-tout, dont la jalousie s'exprime d'abord par l'ironie et s'exalte ensuite, en se combinant avec la fierté romaine, a excité les applaudissemens les mieux mérités. Les décorations sont riches et belles, les costumes très brillans, et le ballet du l^"" acte fait le plus grand honneur au C*^" Gardel et à tous ceux employés à l'exécution. »
Mais tandis que son succès se dessinait ainsi devant le public, les ennemis du malheureux Adrien ne consentaient point à désarmer. On a peine à comprendre l'acharnement avec lequel était poursuivi cet opéra né vraisemblablement sous une mauvaise étoile, et l'on cherche en vain quels motifs secrets pouvaient exciter ceux qui avaient juré sa perte. La Commune de Paris avait, en 1792, réussi à l'empêcher de paraître à la scène ; en 1799, ce fut le Conseil des Cinq-Cents qui le poursuivit de sa haine inexplicable, et l'indignation plus ou moins sincère de quelques législateurs, qui portèrent ce grave sujet à la tribune, devait finir par avoir raison une seconde fois d'une œuvre d'art qu'on persistait à considérer comme séditieuse. Le ministère de la police, le ministère de l'intérieur, le bureau central du canton de Paris, le Corps législatif, le Directoire lui-même, tous les pouvoirs publics enfin durent tour à tour s'occuper de cette affaire, et ce ne fut pas trop de l'intervention successive de chacun d'eux pour amener le
dénouement ridicule et arbitraire auquel elle devait aboutir.
Certains personnages s'étaient émus à ce sujet, dès avant la représentation di' Adrien ^ et leurs efforts avaient tendu à une interdiction préventive de Fouvrage, tout comme en 1792. Le Directoire avait été saisi de réclamations très vives, de protestations en forme contre l'apparition de cet opéra anarchique, dont la représentation pourtant n'avait été autorisée que sous le bénéfice de corrections importantes, auxquelles, cette fois, je l'ai dit, Hoffman s'était prêté sans obstination. Le ministre de l'intérieur, qui était alors François de Neufchâteau, avait dû prendre l'affaire en mains, et le 13 prairial, six jours avant la première représentation, il adressait au Directoire un rapport très substantiel, très curieux, mais trop développé pour être reproduit ici, et dont les conclusions étaient entièrement favorables à Adrien et à ses auteurs.
Le Directoire se rendit sans doute aux raisons exposées dans ce rapport, puisque l'opéra d'Hoffman et Méhul put être représenté à la date annoncée par le ministre, le 16 prairial. Mais tout n'était pas fini, comme on eût pu le croire ; les ennemis dJ Adrien^ loin de se calmer, ne se montrèrent que plus exaspérés contre lui par leur défaite, et, n'ayant pu l'arrêter avant, redoublèrent d'efforts pour le faire défendre après. C'est publiquement, officiellement, législafivement , qu'ils s'acliarnèrent alors contre cet ouvrage, et deux jours après sa représentation, le 18 prairial, la tribune du Conseil des Cinq-Cents retentissait d'accents de colère et de rage provoqués par ce fait q\x^ Adrien, en dépit de toutes les objurgations, avait réussi enfin à se présenter au public, et, qui plus est, s'en était vu bien accueilli. Tout ceci est tellement étrange, on pourrait dire tellement burlesque, qu'il faut lire cette séance curieuse des Cinq-Cents pour s'assurer que des hommes politiques sérieux aient pu vraiment faire d'une affaire de ce genre une affaire d'État, pour croire qu'ils aient bénévolement accordé tant d'importance à un fait qui n'en avait d'autre, à ce point de
vue, que celle qu'ils lui donnaient maladroitement euxmêmes.
Quoi qu'il en soit, le Conseil, après une discussion passionnée, décida l'envoi immédiat d'un rapport circonstancié au Directoire, lequel se borna à transmettre ce document au ministre de l'intérieur. Trois jours après, c'est-à-dire le 21 prairial, le ministre adressait à son tour au Directoire un second rapport, qui rétablissait la vérité des faits et réfutait les assertions étranges portées par quelques orateurs à la tribune des Cinq-Cents.
L'attitude très nette du ministre en cette circonstance aurait peut-être triomphé de toutes les intrigues qui se croisaient autour d'Adrien, de toutes les accusations ineptes dont cet ouvrage était l'objet. Ce qui est certain, c'est que non seulement une seconde, mais une troisième et une quatrième représentation en furent données à r Opéra. Malheureusement pour lui, une nouvelle évolution politique se préparait, la fameuse journée du 30 prairial amenait une modification considérable dans la composition du Directoire, où Gohier, Roger-Ducos et le général Moulins remplaçant Treilhard, La Kéveillère- Lepaux et Merlin de Douai, devenaient les collègues de Sieyès et de Barras, et François de Neufcliâteau, peutêtre à cause de l'appui qu'il avait prêté aux auteurs d'Adrien, se voyait remplacé au ministère de l'intérieur dans des conditions absolument insolites, c'est-à-dire révoqué avec une brutalité peu ordinaire. A partir de ce moment Adrien était perdu, et les représentations en furent suspendues par ordre supérieur. Il n'y a pas à douter de ce fait, bien que pour ma- part je n'aie pu trouver ni le texte ni même la trace de l'acte d'interdiction, pas même dans la collection des Messages, arrêtés et proclamations du Directoire exécutif; mais François de Neufchâteau lui-même le consigne en ces termes dans une note de son Recueil des lettres circulaires, instructions, programmes , discours et autres actes publics, émanés du citoyen François (de Neufchâteau), pendant ses deux exercices du ministère de l'in-
térieur * : — ■ « On rejoua Topera d'Adrien, et il n'y eut à la représentation ni troubles, ni allasions, ni rien de ce qui avait été si faussement articulé à la tribune du Conseil des Cinq- Cents ; mais cette représentation même fut un nouveau crime imputé au ministre. Le 30 prairial fit retirer l'opéra à' Adrien ^ et ce fut un des triomphes mémorables de cette journée 2. » Cette histoire à'Ad^Hen, étonnamment compliquée, ne s'arrête pourtant pas là. Mais avant de la poursuivre, je veux constater en quelques mots, avec l'accueil très chaleureux fait à l'ouvrage par le public, la haute valeur de sa musique, extrêmement remarquable dans son ensemble, admirable en quelques-unes de ses parties, et digne en tout point du génie de Méhul. « Grand succès, disait un recueil du temps en parlant de la représentation d'Adrieny trop de succès, puisque l'ouvrage a été suspendu par mesure de sûreté générale. La musique est belle, riche, digne de l'auteur de Stratoniee^. » La partition n'a pas été publiée,
1 Paris, impr. de la République, an VIII, 2 vol. in-4o,
2 J'ai dit que, contre tout usage, le ministre avait été révoqué brutalement. Voici le texte de l'arrêté pris à cet effet par le Directoire, à la date du 4 messidor: « Le Directoire exécutif arrête ce qui suit. La nomination du citoyen François (de Neufchâteau) à la place de ministre de l'intérieur est révoquée. Le présent arrêté sera imprimé. » En mentionnant ce document dans le Recueil que je viens de citer, François de Neufchâteau ajoute en note : « Les circonstances de cet arrêté seraient dignes d'être connues ; mais ce récit n'appartient point au recueil des actes publics émanés du ministre. Il trouvera sa place dans les Mémoires de sa vie. » Il est fâcheux que ces Mémoires n'aient pas été écrits, et que l'ex-minîstre n'ait pu nous éclairer à ce sujet. Mais comme les petites causes produisent souvent de grands effets, je crois fermement, pour ma part, que sa révocation n'est pas due à autre chose qu'à son attitude très courageuse dans cette singulière affaire di Adrien.
Les deux rapports dont il est question ci-dessus n'ont été publiés, à ma connaissance, que dans le Recueil des actes publics de François de Neufchâteau, après l'avoir été primitivement dans le journal le Rédacteur, qui était à cette époque Torgane officiel du Directoire, et qui les inséra l'uii à la suite de l'autre dans son numéro du 22 prairial an VII.
^ Année théâtrale pour l'an VIII. — C'est à cette reprise à' Adrien qu'une parodie en fut donnée au théâtre de la Gaîté (messidor an VII), sous ce titre : « Rien ou Peu de chose, arlequinade-folie-vaudeville-travestissement. » L'auteur avait nom Châteauvieux.
mais elle existe aux archives de l'Opéra, et je puis attester que sa lecture offre une étude du plus vif intérêt. Au point de vue de la forme générale, l'œuvre a sans doute un peu vieilli, mais elle renferme des pages superbes ; les chœurs en sont d'un éclat merveilleux (surtout celui des Parthes : Dieux des Enfers ! qui est admirable), et les récitatifs pleins d'ampleur et du plus beau caractère. Au nombre des morceaux les plus saillants, il faut compter au premier acte une cantilène d'Adrien : Belle captive, apaisez vos alarmes, qui enchante l'oreille par sa tendresse et sa grâce exquises, et au second, outre un trio d'une couleur et d'une harmonie pleines de suavité, deux airs de l'effet le plus heureux. Le premier (Oui, vous voyez mon trouUe extrême), dans lequel Adrien avoue à Sabine qu'un nouvel amour est entré dans son cœur, est pathétique, mouvementé et débordant de passion ; l'autre {De Rome craignez la colère), dans lequel Sabine exhale sa haine contre sa rivale, est plein de chaleur et de véhémence et respire une ardente fureur. Quant à l'ouverture, qui est une page de premier ordre, où la solidité du plan le dispute à la richesse de l'orchestre, on a toujours dit que Méhul l'avait empruntée à son opéra à^Horatius Codés, parce qu'en effet c'est la même préface instrumentale qui sert aux deux ouvrages. Mais ceux qui parlaient ainsi ignoraient qu'Adrien, représenté cinq ans après Iloratius, avait été composé deux ans avant lui • de telle sorte qu'il est bien certain, au contraire, que, pressé par le temps pour sa partition à'Horatius (qui, on se le rappelle, fut écrite en dix-sept jours), Méhul j plaça son ouverture di Adrien, encore inconnue du public, et qu'il la lui reprit ensuite lorsqu'il fit représenter ce dernier.
Cherubini, donnant son opinion sur Adrien dans la notice dont j'ai parlé, s'exprime en ces termes : — «C'est un des premiers ouvrages de Méhul dans lequel on retrouve la verve et l'abondance de la jeunesse, ainsi que la fraîcheur des idées. Le style de cette musique est sage en général, vigoureux du côté des pensées, mais souvent trop bruyant par des effets trop surchargés d'instruments. Cette com-
position, quoique elle renferme une foule de beautés dramatiques, musicalement parlant, n'a pas de ces tours ingénieux et fins que Méhul a répandus dans ses autres ouvrages, que l'expérience et le travail, en développant le sentiment et le goût, lui faisaient acquérir à mesure qu'il avançait dans sa carrière. . . »
Cherubini me semble ici un peu difficile, et j'avoue que, pour ma part, la partition d'Adrien me paraît, par certains côtés, tout à fait supérieure. Quoi qu'on en puisse penser, du reste, le public lui témoigna la sympathie la plus vive, et les journaux du temps le constatent à l'envi. Mais il était écrit que la carrière de cet ouvrage serait incidentée de toutes façons, et qu'il susciterait toutes sortes de discussions. Entre tous les journaux qui rendirent compte de sa représentation, le Journal des Débats se distingua par l'âpreté des critiques qu'il adressa à l'auteur de poème. Le rédacteur théâtral des Débats était alors le pédant et hargneux Geoffroy, ancien régent de collège, qui le prenait de haut avec tous les écrivains, et prétendit, avec son ton tranchant et sa morgue insolente, donner une leçon d'histoire à Hoffman et relever les erreurs que, selon lui, celui-ci avait commises en déroulant sur la scène la vie du héros choisi par lui. Comme si, en tout état de cause, un auteur dramatique n'avait pas le droit, même en prenant un sujet historique, de traiter l'histoire à sa manière et de prendre avec elle les libertés qui lui conviennent ! Mais Geoffroy avait affaire à forte partie : Hoffman n'avait pas sa plume dans sa poche, et s'il bégayait en parlant, il retrouvait en écrivant toute sa facilité de langage, que venaient aider les arguments d'une logique aussi serrée qu'impitoyable, jointe à l'esprit le plus mordant et le plus incisif. Au premier article publié par Geoffroy sur Adrien y Hoffman répliqua par une Béj^onse pleine de nerf et d'ironie : le critique voulut riposter à son tour, il fut accablé par une seconde Eéponse^ plus verte encore que la première et qui ne mit point les rieurs de son côté. Il dut se tenir pour battu, et se vit obligé de renon-
cer à une polémique qui était loin d'avoir tourné à son avantage *.
Adrien^ cependant, ne devait pas être condamné à un silence éternel. La politique alors était féconde en surprises, et lorsque Brumaire victorieux fut venu remplacer le Directoire par le Consulat, il retrouva la faculté de se présenter au public. On peut croire volontiers, me semblet-il, que Bonaparte, qui connaissait particulièrement Méhul et qui lui témoigna toujours une vive affection, ne fut pas tout à fait étranger à ce revirement. Toujours est-il que le 15 pluviôse an VIII (3 février 1800) Adrien reparaissait sur la scène de l'Opéra, M^^^ Latour y succédant à M^'*^ Henry dans le rôle d'Emirène, qu'elle avait dû créer et qu'il lui avait fallu abandonner pour cause de maladie, et Laforêt remplaçant dans celui de Pharnaspe son jeune camarade Rousseau, que la mort avait enlevé quelques mois auparavant. Je n'aurai pas à m' étendre longuement sur cette reprise. Je signalerai seulement, à son sujet, deux articles de genres absolument opposés, qui furent publiés, l'un dans le Journal de Paris du 9 floréal 2^ l'autre dans le Courrier des Spectacles des 13 et 14 germinal. Le premier était un éreintement en règle de la partition d'Adrien, le second, au contraire, une apologie ardente de l'œuvre de Méhul. Il est bon de remarquer, toutefois, qae ce même Journal de Paris avait été l'un des premiers à constater l'effet produit par la réapparition di Adrien à l'Opéra : « La reprise è! Adrien, disaitil dans son numéro du 17 pluviôse, qui a eu lieu avant-hier, avoit attiré à ce théâtre un grand concours de spectateurs....
1 Hoffman rëunit et publia, sous forme de brochure, ses deux JRéponses h M. Geoffroy relativement à ses articles sur VOpéra cî'Adrien (Paris, Huet, an X, in-8o). Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il devint, quelques années plus tard, le collaborateur de ce même Geoffroy au Journal des Débats, où ses articles de critique littéraire, pleins de sens, de goût et de savoir, le mirent en grand crédit auprès du public et lui valurent une solide et brillante renomme'e.
* Sous ce titre : La timbale aux détracteurs cZ'Adrien.
Les C^"« l'Aîné et Adrien", les 0"»^^ Maillard et Latour, chargés des principaux rôles de cet ouvrage , les ont remplis avec la supériorité qu'on leur connoît, et le C^" Laforêt a été applaudi dans celui de Pharnaspe. » A l'occasion d'une seconde reprise à' Adrien, qui eut lieu deux ans après, le Courrier des Spectacles publia, le 7 nivôse an X, un nouvel article dithyrambique, curieux surtout en ce qu'il caractérisait le style employé par Méhul dans son opéra et l'impression produite par l'œuvre sur le public^. Malgré tout, cependant, Adrien n'obtint pas le succès que lui méritait sa haute valeur musicale. Le public était évidemment fatigué et du bruit qui s'était fait autour de cet ouvrage et de cette intermittence étrange de défenses, d'autorisations, d'interdictions nouvelles et de reprises incessantes. Remis une dernière fois à la scène le 25 vendémiaire an XII (17 octobre 1803), il ne parvint à atteindre, en ses quatre apparitions successives, qu'un nombre total
^ C'est le 5 nivôse an X (23 décembre 1801) qu'eut lieu cette seconde reprise, ainsi mentionnée dans le Courrier des Spectacles de ce jour : <« Aujourd'hui, la première représentation de la remise dî'Adrien, opéra en 3 actes, paroles du cit. Hoffman, musique du cit. Méhul, avec des changemens. » Cette fois, le rôle d'Emirène, créé par M^^^ Henry, joué ensuite par Mlle Latour, était confié au talent de My^^ Branchu.
Quant aux changements, Hoffman lui-même les annonçait dans cette lettre, que le Courrier des Spectacles publiait deux jours avant la représentation, le 3 nivôse ;
« Aux premières représentations de l'opéra à.^ Adrien, l'administration du Théâtre des Arts parut regretter que le troisième acte de cet ouvrage ne fût pas susceptible de spectacle comme les deux premiers. Ce défaut influoit surtout sur le dénouement, qui dut paroître trop nud à un théâtre où on ne néglige rien de ce qui peut ajouter à la pompe, et produire l'illusion. J'ai cru devoir remédier à cet inconvénient ; j'ai reporté au troisième acte la marche triomphale qui se trouvoit au premier. Cette simple transposition a donné à l'administration le moyen de présenter un très grand spectacle à la fin de cet ouvrage, et au citoyen Gardel celui de l'embellir par les charmes et la perfection de son art.
« J'ai cru devoir en prévenir le public, qui auroit pu s'étonner de ne point trouver au premier acte ce qu'il y a vu jusqu'à présent.
« Hoffman.
<* Pour copie conforme, « Lemoine, «< Directeur du Théâtre des Arts. »
SA VIEj SON GÉNIE, SON CARACTÈRE 477
de dix-neuf représentations, dont quatre en l'an VII, neuf en l'an VIII, deux en l'an X et quatre à sa dernière reprise. Il faut dire aussi que l'interprétation, en ce qui concerne le côté masculin, ne paraît pas avoir été à la hauteur de l'œuvre, ce qui peut avoir influé d'une façon fâcheuse sur son sort définitif. Un recueil spécial, V Année théâtraley le constatait en ces termes lors de la reprise de l'an X : — <^ Adrien eut encore moins de succès qu'Alcestej malgré la richesse de sa musique, et quoiqu'on eût transporté au dernier acte la pompe triomphale, afin de le terminer plus agréablement en y prodiguant toutes les richesses de la danse. Il faut convenir aussi qu'à l'exception des chœurs, il est diflicile de reconnaître que cet ouvrage soit chanté. Adrien s'y fait admirer, pour la représentation, dans le roi des Parthes ; mais ni lui, ni Lainez, ni Laforêt, ni Dufresne, ne donnent une idée de ce qu'on appelle aujourd'hui du chant. Nous avons indiqué ce qui manque à Lainez ; Adrien et Laforêt ont encore moins que lui les moyens de faire les efforts continus qu'exige la vieille méthode qu'ils ont adoptée ; et Dufresne, plein de zèle, mais qui ne peut vaincre la rudesse de son organe, avait pris le parti de passer l'air le plus chantant de la pièce *. »
On peut donc tenir pour certain que cet opéra d'Adrieiiy qui a tenu une si large place dans l'existence de Méhul et quia dû lui causer tant de soucis, tant d'ennuis, tant d'émotions de toutes sortes, ne lui a rapporté ni comme honneur, ni comme profit, tout ce qu'il lui a coûté de soins, de travail et d'efforts de génie. Il faut remarquer cependant que les artistes furent loin de rester indifférents devant une œuvre si remarquable, et que malgré son peu de succès effectif, cette œuvre si puissante et si pathétique ne fut pas sans augmenter encore la brillante renommée du compositeur.
Je ne serais pas étonné pourtant que les vicissitudes éprouvées par Adrien n'eussent fini par rendre injuste envers lui Méhul en personne, et il me semble voir percer
^ Année théâtrale^ an XI, p. 148.
ce sentiment dans une lettre du grand homme, dont on ne connaît que des extraits et qu'il adressait de Paris, le 1er février 1800, à un personnage qu'il qualifiait d' «Altesse Royale » et qui était sans doute un prince étranger. Dans cette lettre, Méhul remerciait son correspondant de celle dont il avait « daigné l'honorer», et qui ranimait son courage et réveillait son imagination flétrie au milieu des orages politiques ; il se flattait de produire des ouvrages dignes d'être offerts à un protecteur éclairé des arts, et déclarait qu'il n'était pas content de son Adrien^ la musique se prêtant mal à traduire les passions romaines; il disait enfin: — « Si Votre Altesse Royale le permet, j'aurai l'honneur de lui adresser un autre opéra, que j'ai donné depuis Adrien et que j'estime davantage. Ce nouvel ouvrage est tiré de l'Arioste, les personnages principaux tiennent à l'ancienne chevalerie, et j'ai éprouvé plus d'une fois qu'il étoit plus aisé de faire chanter des paladins que des sénateurs et des consuls l. » Méhul parle ici à^Ariodant, qu'il avait donné au théâtre Favart quatre mois après l'apparition à^ Adrien à l'Opéra, et dont l'éclatant succès lui apportait une compensation aux déboires que ce dernier lui causait. Il est temps aussi pour nous de nous occuper de ce chef-d'œuvre^.
*Voy. Catalogue des autographes de M. de Soleinne et Catalogue des autographes de M. de L, (Paris, Charavay frères, 1878.)
2 Pour en finir avec Adrien, je reproduirai ce billet curieux que Mëhul,
h, l'occasion d'une des reprises de l'ouvrage, adressait au directeur de
rOpéra:
i( Au citoyen Cellerier directeur de V Opéra.
« Citoyen
« La partie grave de votre orchestre est beaucoup trop affoiblie par les
trois violoncelles qui y manquent, pour que je puisse faire marcher les
rëpe'titions à'' Adrien. Plusieurs morceaux de cet ouvrage tirent leurs effets
des basses, et ils resteront sans caractère si les basses que vous n'avez
plus ne sont pas remplacées avant les répétitions générales. Je vous prie
donc de chercher les moyens les plus prompts pour rendre à votre
orchestre la vigueur dont j'ai absolument besoin pour faire exécuter mes
intentions.
« Salut et estime.