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CHAPITRE X

Au plus fort de la lutte qu'ils étaient obligés de soutenir à r Opéra pour Adrien ^ Hoffman et Méhul ne s'en occupaient pas moins d'un ouvrage important pour l' Opéra- Comique. Cet ouvrage était Ariodant, et, comme on vient de le voir par un fragment de lettre de Méhul, le sujet en était pris dans le poëme fameux de l'Arioste. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'Opéra-Comique recevait coup sur coup deux opéras tirés de ce même épisode de Boland furieux ^. Le public fut informé de ce fait par la lettre suivante, qu' Hoffman crut devoir adresser à un journal spécial :

Paris, le 13 nivôse, an 7«.

Citoyen ,

Comme votre journal est consacré aux théâtres, on me pardonnera d'y occuper quelques lignes, pour une affaire relative à l'ordre de réception des ouvrages dramatiques.

On a lu au théâtre Favart une pièce de moi, dont le fonds est tiré de l'Arioste dans l'épisode d'Ariodant. Les cit. Dejaure et Berton ont aussi fait recevoir au môme théâtre un ouvrage puisé dans la même source. Comme leur date de réception est antérieure à ma lecture, il est de toute justice que leur pièce passe avant la mienne. Cependant comme il ne manque pas de gens qui aiment à supposer de mauvaises intentions, je m'empresse de dissiper leurs doutes à cet égard. Je déclare donc que je n'entrerai en répétition que quand l'ouvrage des

cit. Dejaure et Berton aura été joué.

Salut et fraternité, Hoffman '^.

* Grato era al re, pik grato era alla figlia Quel cavalier, chiamato Ariodante JPer esser valoroso a meraviglia ; il/a pihy cJiella sapea che Vera amante.,

(AuiosTO : rOrlando furiosOy canto quinto..)' -Journal des TJiéûtres, du 14 nivôse an VII.

Ainsi; deux grands artistes^ deux hommes de génie, Berton et Méhul^ allaient se trouver en concurrence directe, à la même époque, sur le même théâtre, avec deux ouvrages dont le sujet, puisé précisément à la même source, mettait en scène la même action, les mêmes sentiments et les mêmes personnages. Cette rencontre pouvait être fatale à l'un d'eux ; mais comme si tout devait être extraordinaire dans ce hasard extraordinaire, il se trouva que tous deux, également heureux en cette circonstance, écrivirent deux œuvres supérieures, et que le public, sans pouvoir attribuer aucune supériorité à l'un sur l'autre, n'eut qu'à leur témoigner une complète et pareille admiration.

Un intervalle de six mois sépara la représentation des deux œuvres. Ainsi qu'Hoffman l'avait déclaré, l'opéra de Dejaure et Berton parut le premier devant le public. Celui-ci avait pour titre Montano et Stéphanie, et fut joué le 25 germinal an VII (15 avril 1799). Son succès fut immense au point de vue musical, bien que des incidents tumultueux, qui le firent suspendre dès le lendemain par ordre supérieur, aient troublé sa première représentation, à cause des cérémonies religieuses qui s'y célébraient en scène au milieu de toute la pompe du culte catholique. Mais des corrections et des remaniements opérés avec promptitude le mirent bientôt en état de reparaître et de poursuivre brillamment sa carrière. Quant kAriodant, c'est le 19 vendémiaire an VIII (11 octobre 1799) qu'il fit son apparition, et il ne fut pas moins heureux que son devancier *. Le jour même de la représentation, Hofî'man, quoique retenu au lit par une maladie d'une extrême gravité, jugeait utile de publier une nouvelle déclaration, pour faire connaître au public que sa pièce, malgré le point de départ commun qu'elle avait avec celle de Dejaure, ne ressemblait nulle-

*La recette de la première représentation fut de 3.809 fr. 20 centimes. La veille on avait fait relâche pour la re'pétition générale de l'ouvrage.

ment à celle-ci. Cette fois, c'est au Courrier des Spectacles qu'il adressait ce petit manifeste :

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