ÉRIGÉ PAR SOUSCRIPTION
M. Estivant étant maire 18421
Le tout, d'une hauteur de trois mètres environ, est entouré d'une grille à hauteur d'appui, à l'intérieur de laquelle les enfants ne dédaignent pas de pénétrer par escalade pour se livrer sans contrainte à leurs jeux. Le buste, œuvre médiocre d'ailleurs, n'est pourtant pas dépourvu de toute ressemblance. Ce sont bien là les traits du maître^ seulement, en les exagérant, le nez surtout (que Méhul avait très fort, on le sait), le statuaire semble avoir poussé son œuvre à la caricature. Ce qui est certain, c'est que Méhul, sur son socle, paraît de bien fâcheuse humeur. On le croirait surtout vexé, — et il y a de quoi ! — d'être si mal représenté; on serait furieux à moins. Quant à l'ange — ou à la Renommée — qui forme basrelief sur la face antérieure du piédestal, du côté de l'Hôtel-de-Ville, je le soupçonne d'être un fort marcheur devant l'Eternel, car il a les jambes terriblement longues. Au reste, l'une de ces jambes est aujourd'hui complètement écorchée, et tout le monument est dans un état de délabrement lamentable ^.
C'est le 26 juin 1842 qu'il fut inauguré, et, en rappelant ce fait il y a quelques années, un journal de Bruxelles, le Guide musical ^ s'exprimait ainsi : — « Chose triste à rap-
* Trois années s'écoulèrent entre le projet et l'exécution, car voici ce qu'on lisait dans la Bévue et Gazette musicale du 28 avril 1839 : — « La ville de Givet, qui se glorifie d'avoir vu naître Méhul, vient de décider qu'un monument sex*ait élevé à la mémoire de ce grand compositeur. Les souscriptions seront reçues à Paris, chez M^ Moreau, notaire, rue Saint-Merri. Nous désirons que cette œuvre éveille plus de sympathie qu'on n'en à témoigné pour le monument de Beethoven. »
2 Le buste est signé : T. Gechter, 1840.
peler, il ne se trouva, à l'inauguration de ce buste, que des sociétés musicales de Belgique pour célébrer Tapotbéose du grand artiste, l'immortel auteur de Joseph. Pas une seule société française ne se rendit à l'appel de la commission des fêtes. M. Daussoigne-Méliul, neveu de l'illustre compositeur et directeur du Conservatoire de Liège, en répondant à un toast qui lui fut porté, se plaignit à juste titre de l'oubli dans lequel l' Opéra-Comique avait laissé celui qui pendant un quart de siècle avait fait sa fortune. En vain, dit-il, une représentation fut-elle demandée à ce théâtre pour aider à l'érection du monument : le silence fut la seule réponse que l'on accorda aux plus pressantes sollicitations. Méhul n'eut pas même un souvenir à Paris. » Les deux faits consignés dans ces lignes sont exacts; mais, en ce qui concerne le premier, le reproche qui l'accompagne est immérité, car, à l'époque dont il est question, la France, singulièrement en retard sur la Belgique, la Hollande et l'Allemagne, ne possédait pas encore une seule société musicale, à l'exception, peutêtre, de la Société chorale lilloise, devenue si fameuse depuis, et qui, si elle existait, était certainement encore dans sa période de formation et d'organisation. On ne saurait donc s'étonner de l'absence constatée plus haut *. En ce qui concerne le reste, il n'est que trop vrai que r Opéra-Comique, théâtre subventionné, placé alors, si je ne me trompe, sous la direction de Crosnier, et qui pendant trente ans avait dû à Méhul une partie de sa gloire
* La note suivante m'était envoyée de Givet, au sujet de l'inauguration du monument: — «Lorsqu'on a inauguré le buste de Méhul, Grivet était privé de moyens de transport facile ; il fallait douze heures pour aller à Charleville en diligence. D'ailleurs, les communes françaises n'avaient pas encore de sociétés de musique, et l'on était beaucoup plus avancé sous ce rapport en Belgique. En outre, Givet est tout entouré de communes belges; ceci explique suffisamment la présence de sociétés belges et l'absence de sociétés françaises. Il y avait à l'inauguration deux musiques de régiments français, celle de Liège et quelques sociétés de musique des collèges des environs, celle de Dinant entre autres. Mais le temps fut si mauvais que toutes ces musiques purent à peine se faire entendre. »
et de sa fortune, se conduisit en cette circonstance de la façon tout à la fois la plus indigne et la plus inconvenante. On est en droit d'espérer que la municipalité de Givet, qui poursuit avec ardeur le projet d'élever à Méhul non plus un simple buste, mais un monument durable et digne de lui, une statue en bronze, sera cette fois plus heureuse que précédemment, et trouvera à Paris l'aide et l'appui qui lui seront nécessaires pour la réalisation de ce généreux projet. Il est certain que si Méhul était né en Allemagne, on n'aurait pas attendu jusqu'à ce jour pour lui élever une statue. La France ne le pourra-t-elle point faire aujourd'hui?
J'ai dit dans quel état de délabrement se trouvait le monument actuel. Ce n'est point pourtant que l'aimable et patriotique petite ville de Givet ne soit soucieuse de la gloire de son plus illustre enfant, et le nouveau projet qu'elle a formé témoigne suffisamment de ses sentiments à cet égard. Elle se montre, au contraire, justement orgueilleuse d'avoir donné le jour à Méhul, et le souvenir de ce grand artiste, qui fut aussi un homme de cœur et un homme de bien, semble la vivifier et la grandir à ses propres yeux. Aussi peut-on dire qu'elle n'épargne rien pour conserver à ce souvenir toute sa persistance et sa vivacité. Toute une série de faits intéressants suffiraient à donner une idée du culte que les habitants de Givet ont voué à leur illustre compatriote.
Tout d'abord, en 1841, la municipalité conçut et mit à
exécution la louable pensée de donner à l'une des rues de
la ville le nom de Méhul. Cette rue, qui d'un côté forme
carrefour avec les rues d'Anjou, des Récollets et du
Conquérant, débouche, à son autre extrémité, sur les
glacis des fortifications. Elle portait jadis le nom de rue
des Religieuses, et c'est sur la proposition du maire,
approuvée par le conseil municipal, qu'elle échangea ce
nom contre celui de Méhul, qui y était né. Voici le texte
de la délibération du conseil à ce sujet :
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s MÉHUL
REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL MUNICIPAL DE LA COMMUNE DE GIVET.
Séance ordinaire du ii août i84i.
L'an mil huit cent quarante-un, le onze du mois d'août, à deux heures du soir, le conseil municipal de la commune de Givet, dûment convoqué par M. le maire, s'est assemblé au lieu ordinaire de ses séances, sous la présidence de M. Estivant-Debraux, pour la session ordinaire d'août.
Présents : MM. Bidou, Polomé, Métra, Debraux, MasseHn, Vaudoit, Bernet, Noël, Robson, Rousseau, Briquelet, Parent, Davaux, Estivant (Félix), Fonder, Schet, formant la majorité des membres en exercice.
Conformément à la loi, il a été procédé à la nomination d'un secrétaire pris dans le sein du conseil ; M , ayant obtenu la majorité
des suffrages, a été désigné pour remplir ces fonctions, qu'il a acceptées.
M. le président expose que notre célèbre concitoyen, le compositeur Méhul, étant né dans la rue des Religieuses, il propose, afin de prouver tout le désir que nous avons d'honorer et de perpétuer sa mémoire, de substituer à cette rue le nom de Méhul à celui des Religieuses.
Le conseil déclare, par un vote affirmatif et unanime, partager les intentions de M, le maire, pour qu'à l'avenir la rue en question porte le nom de rue Méhul.
Fait et délibéré en séance, les jour, mois et an susdits.
Et ont les membres présents signé.
{Suivent les signatures.)
C'est dans la maison qui porte actuellement le n^ 5 de cette ancienne rue des Religieuses, aujourd'hui rue Méhul, qu'est né l'illustre auteur de Joseph et d'Ariodant. Je suppose, sans en avoir pu acquérir la certitude, que c'est à l'époque où ce changement de nom fut opéré, que l'on plaça sur la façade de cette maison la plaque commémorative en marbre noir sur laquelle on peut lire cette inscription (qui aurait besoin d'un nettoyage vigoureux) :
MEMBRE DE l'iNSTITUT