LE 24 JUIN
Le malheur est que cette inscription est fautive, et
qu'elle donne pour la naissance du compositeur une date inexacte, bien que cette date ait été enregistrée par tous les biographes. Dans le supplément à la Biographie universelle des Musiciens de Fétis, j'ai moi-même rectifié cette erreur ; mais il était bien facile aux habitants de Givet de ne la point commettre, et il serait à désirer qu'ils prissent la peine de la corriger sur un monument dont le caractère est en quelque sorte officiel. Méhul, en effet, est né, non le 24, mais le 22 juin 1763, ainsi qu'en témoigne son acte de baptême, dont voici le texte, transcrit par moi d'après les registres de la paroisse de Givet-Saint-Hilaire i :
Etienne-Nicolas, fils légitime de Jean-François Méhul et de Cécile Keuly, né le 22 juin 1763, a été baptisé le même jour par nous, vicaire de cette paroisse, et a eu pour parrein {sic) Etienne-Nicolas Greck et pour marreine {sic) Marie-Thérèse Faigne.
Signé : Jean-François Méhul.
E.-N. Greck.
Marie-Thérèse Faigne.
Defoin.
Pour en revenir à la rue Méhul, je dois constater qu'on y a rendu, il y a peu d'années, un nouvel hommage au grand artiste dont elle porte le nom. Un peu plus loin que la maison où est né le maître, et du côté opposé, on a construit un nouveau théâtre destiné à remplacer l'ancienne salle de spectacle, qui tombait de vétusté. Sur un emprunt contracté récemment, la ville avait prélevé les fonds nécessaires à l'édification de ce théâtre, qui a été inauguré vers la fin de l'année 1883, et qui, comme la rue dans laquelle il est situé, porte le nom du glorieux enfant de Givet. Par malheur, une ville de si peu d'importance ne peut se donner le luxe d'une troupe d'opéra ; c'est ce qui fait qu'on lit sur la façade du nouveau monument :
COMÉDIE. — SALLE MÉHUL. — drame.
* Une autre erreur s'est constamment produite au sujet de Méhul, à qui tous les biographes ont donné les prénoms à' Etienne- Henri, tandis que, comme on le voit ici, ces prénoms étaient Etienne- Nicolas. Quant à la date de sa naissance, elle a été inscrite avec exactitude sur son tombeau.
Le projet de la municipalité^ en ce qui concerne la statue qu'elle a l'espoir d'élever prochainement à Méhul, est de supprimer les constructions qui font face au nouveau théâtre et de former là une place destinée à recevoir l'image du maître. Elle ne saurait^ en effet, être mieux qu'en cet endroit.
Tout ceci prouve suffisamment que le souvenir de Méhul est loin de s'éteindre dans le cœur de ses compatriotes. Très vivace, au contraire, et toujours ardent, il semble planer sur la ville qui lui a servi de berceau, et fait complètement oublier celui des quelques hommes distingués qui y ont aussi vu le jour*.
* On cite, comme étant nës à Givet, le graveur Longueil, qui se fit remarquer au dix-huitième siècle, et trois hommes de guerre: le baron Gédéon de Contamine, maréchal de camp, son frère le vicomte Théodore de Contamine, aussi maréchal de camp, et le lieutenant général comte Léon, M^6 Rolandeau, cantatrice et actrice charmante, qui, au temps de Méhul, fit partie de l'admirable troupe de l'Opéra-Comique, naquit à Charlemont.
Je ne veux pas oublier de dire que le 21 juin 1863 Givet célébra, à Taide d'un grand festival musical organisé par la société chorale les Enfants de Méhulj et auquel prirent part un grand nombre de sociétés françaises et étrangères, le centième anniversaire de la naissance de Méhul. — Enfin, je ferai remarquer qu'un beau portrait de Méhul, exécuté par Wiertz, le célèbre peintre belge, d'après l'adorable pastel de Ducreux, et offert à la ville par l'auteur, orne la salle des séances du Conseil municipal.