‹ MéhulChapitre 2 sur 12 · M A I S 0 N X .V T A L E DE M É H U L A G I V E T · texte numérisé non relu

M A I S 0 N X .V T A L E DE M É H U L A G I V E T

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ennuis de l'atlente, continuait d'écrire : De nouvelles sonates et une scène lyrique : Philoctète à Lemnos occupèrent des instants qu'il eût préféré consacrer à une œuvre théâtrale. C'est alors qu'il rencontra un jeune écrivain, plein de talent, d'ardeur et d'audace, devant qui nous devons nous arrêter un moment : François Hoffman.

Nourri de fortes études classiques, apte à traduire en un style ferme et souple tout ensemble des pensées logiques et des doctrines arrêtées, Hoffman possédait en outre un esprit acéré, une verve ironique dont les traits impitoyables savaient toujours frapper l'adversaire au défaut de la cuirasse. « Personne, écrivait Arnault, n'apportait dans la discussion une dialectique plus subtile et plus serrée. » Son caractère était noble et son ombrageuse fierté le faisait justement comparer à Y Alceste de Molière. 11 n'avait point flatté Napoléon empereur, il n'accabla point Napoléon déchu. D'ailleurs il avait traversé sans faiblir les tourmentes de la Révolution. Au triste et plat Pétion qui voulait lui faire supprimer d'une comédie un passage offensant ses oreilles ultra-chatouilleuses, il répondit: «J'écouterais des conseils, mais non des ordres ; je ferais plutôt mille mauvais vers qu'une bassesse. »

Le conditionnel était inutile : il ne fit jamais de bassesse, mais, au cours de ses quarante-quatre pièces représentées de 1786 à 1806, les mauvais vers ne sont point assez rares. La prose lui seyait mieux et il fut

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un intéressant et amusant critique. Sans doute on doit regretter f(ue son orthodoxie classique demeurât rebelle aux beautés nouvelles qui éclairaient lliorizon poétitjue, et nous ne prétendons |)as juslilier certaines appréciations sur les Marli/vs. Mais, ces réserves faites, comment ne pas applaudir à lindipruation généreuse qui lui fait fusliuer « h'S pelils tali'nts à grande prétention, les manceinres (|ui se croit'iit uu\riers, les artisans qui se disent artistes, les faiseurs de poétiques ad libitum, les hurleurs de mélodrames, les fabricants de pointes, les parfumeurs du Parnasse, les petits-neveux de Tabarin ». Je transcris ces lignes, d'abord comme spécimen de la manière d'Hoffman, et aussi pour rinslriiction de maiiils auteurs contemporains (jui pourront s'y reconnaître.

Telle est, en deux coups de crayon, la physionomie du plus fidèle des collaborateurs de Aléhul, à qui il donna son premier livret d'opéra comi(|ue.

La couleur en étail S(»uil)re. la foi'uie un peu trop compacte — i-ien que des alexandrins — . Il s'agissait d'un tvian véritablement complet, ])uis(|u'il ajoutait à ses nombreux défauts un absolu dt-dain de l'amour. Néanmoins l'irrésistible petit dieu Unit par le vaincre, et la belle Euphrosine, a|)rès mille dangereuses traverses, se fait aimer, et qui plus est, pour le bon motif, car elle est dùuient épousée par le farouche Coradin.

Représentée à la (loméilie-Italienne le 4 septembre 179(1, Euphrosine ou If l i/ran corrigé l'encontra un grand et légitime succès. Aiéhul fut (dacé, dans le jug'ement d'Arnault, « entre le Corneille et leiMolière de la musique,

entre Gluck et Grétry ». Ce dernier louait particulièrement un duo, dit « de la jalousie ». dont l'intensité d'expression est véritablement merveilleuse : « Ce duo, disait l'enthousiaste auteur de llichard Cœur de lion, vous agite pendant toute sa durée; l'explosion qui est à la (in semble ouvrir le crdne des spectateurs avec la voûte du théâtre. Dans ce chef d'œuvre, Méhul est Gluck à trente-t]'ois ans; je ne dis pas Gluck lorsqu'il avait cet âge, mais Gluck expérimenté, et lors(|u'il avait soixante ans, avec la fraîcheur du bel âge. »

Longtemps après Grétry, Berlioz s'exprimait, au sujet de cette œuvre, en des termes plus véhéments encore. Il ne craignait pas de la considérer comme le chef-d'œuvi'e de Méhul, et en louait à la fois « la grâce, la finesse, l'éclat, le mouvement dramatique et des explosions de passion d'une violence et d'une vérité effrayantes w. Le « prodigieux duo : Gardez-vous de la jalousie., est resté le plus terrible exemple de ce que peut l'art musical uni à 1 action dramatique, pour exprimer la passion. Ce morceau étonnant est la digne paraphrase du discoui's d'Iago : « Gardez-vous de la jalousie, ce monstre aux yeux verts, » dans VOthello de Shakespeare' ». Pour qui connaît le culte que professait Berlioz à l'égard du grand Will, ce rapprochement seul indiquerait le plus haut degré d'admiration. D'ailleurs, lorsqu'il entendit pour la première fois Euphrosine, ne lui arriva-t-il pas de causer un « étrange scandale

' Berlioz : Les Soirées de l'orcheslve. deuxième L'iiiiogue.

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par un cri affreux >y que lui lit jeter la péroraison du dramatique duo"? C'est ainsi qu'un Jeune-France se devait à lui-nu'''me d'exprimer son enthousiasme, tout ainsi (|u"il exprimait son indignation en lançant une partition dans l'orchestre, en renversant des pupitres ou en crevant la peau des timbales ^ La foi qui n'ag^it point, est-ce une foi sincère?

Le succès d'Euphrosine se traduisit par trente-deux représentations en sept mois, après quoi l'ouvrage fut remanié. La 33'' audition est en effet mentionnée ainsi sur les registres du théâtre : « 33" à' Eiiphrodtie , avec un 3" acte nouveau. »

L'infortunée Cora profita du succès à'Eup/irosine. Montée prestement après six ans d'attente, on la représenta le io février 1791. La chute en fut complète et irrémédiable, grâce à la faiblesse du livret que ne put racheter le réel mérite de la partition. Méhul ne s'en découragea point, et continuant avec Hoffman une collaboration si heureusement commencée, offrit au Théâtre Favart une « comédie héroïque », dont le sujet doit être bien propre à toucher les co'urs français, si l'on en juge par les nombreux ouvrages lyii(jues qu'il a inspirés.

Stratonice, jeune princesse grecque, va devenir l'épouse du roi de Syrie, Séleucus Nicator, en dépit de l'amour profond qui l'unit à Antiochus, fils du roi. Les deux amants sont résignés. Mais le prince se meurt

' Berlioz : Mémoire^, t. I.

littéralement d'amour. Son père s'en aperroit et généreusement sacrifie « sa flamme » à celle d'Antiochus. La noble et simple grandeur du poème convenait particulièrement au génie de Méhul qui s'y montra dans toute son harmonieuse plénitude. Stratoaicc est, en effet, un pur chefd'œuvre.

Jouée pour la première fois au Théâtre Favart le 3 mai 1792, cette œuvre, reçue d'abord par le public avec une sorte de gêne respectueuse, ne tarda pas à être accueillie comme elle le méritait; une interprétation excellente y contribua d'ailleurs et les jugements de la presse furent en général aussi encourageants qu'équitables. Le poète aussi recueillit sa part de louanges, et le critique du Mercure ne craignit pas d'affirmer que « dans le petit nombre de vers » composant cette pièce se trouvaient « un grand nombre de vers charmants ». L'explication de cette formule incombe aux mathématiciens. Mais il est vrai que les vers d'Hoffman sont très honorables et que l'on y surprend parfois comme un vague reflet de poésie Racinienne :

Eloignez-vous de moi; laissez-moi la douceur De n'avoir que moi seul témoin de ma souffrance!?) Ce%l en secret que f aime à répandre des pleurs. La soHtude et le silence Sont mes plus chers consolateurs.

Ailleurs le jeune soupirant nous dit :

Je voudrais être seul, seul au fond des forêts,

Je voudrais m'y cacher à la nature entière;

Du jour même, du jour je fuirais la lumière, etc.

IK MKIIL'L

Va nous lie pouvons alors nous tlissiinult*r (|ut' Pliï-di'e avail exprimé des senliiiuMils analoguesdans un langfag'e encore ]iréféral)le.

Chargé de coniposci- la iiiusi(|ut' d'un Lallcl, c'est-àdii'ê de rt'unir pai' d adioilcs coulures des lanil)eanx d'airs dt''j;i eiili'iulii^. .M(''liiil s'en ac(juitla avec aulanl dliahileté ([ue de goûl, el le Jugement de Paris « musique de Haydn, Pleyel et du citoyen Méhul », présenté sur la scène de l'Opéra le 6 mars 1793, fut chaudement applaudi. Gardel, auteur du scénario chorégraphique, ioua généreusement, dans son avant-[)ropos, les danseurs et les machinistes, et n'oui)lia (jue h» musicien.

Le 28 du même mois pai'ul. au Théàli-e Fa\arl, le Jeune sage el le Vieux fou. un seul acte dont lloUinan encore avait écrit les paroles. Aussitôt après Méhul s'adonna à l'élahoi'ation d'un drame Ivrique en trois actes : Mélalore el Phrosine, en collahoralion avec ce spirituel Ainaull (jui. malgré son ardent royalisme, demeura cej)endant lidèle à Napoléon et fut exilé par les Bouihons. Sc.'s Iragédies sont hien mortes, mais il leur survivia par sa délicieuse élégie de la Feuille et par quelques fahles piiiiiantes.

r/esL il sa plume alerle que nous devons le récit des trihulations de Méiidore. L'ouvrage fut d'ahord soumis à l'examen des censeurs, dontlétroitesse d'esprit égalait le civisme. « Le citoyen lîaudrais », nous conle 1 auteur, « à qui j'avais remis mon ouvrage, me le rendit quehjues jours après. Il n'y avait rien trouvé (|ue d'innocent, ce

M É H U L \ E H S L AGE DE TRENTE ANS (Collection lie M. Arlluir Pougin ).

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que je conçois. « Mais ce n'est pas assez », ajoula-t-il, « qu'un ouvrage ne soit pas contre nous, il faut qu'il soit pournous. L'espritde votre opéra n'est pas républicain; les mœurs de vos personnages ne sont pas républicaines ; le mot liberté n'y est pas prononcé une seule fois. Il faut mettre votre opéra en harmonie avec nos institutions ^ »

« Legouvé me tira d'embarras. A l'aide d'une douzaine de vers placés à propos, il amena dans mon drame le mot liberté assez souvent pour satisfaire aux exig-ences du citoyen Baudrais, et la représentation de Phrosine fut permise'-. » Mais il fallait davantage, et probablement « payer une contribution patriotique en monnaie frappée au coin de la république », — en d'autres termes écrire un ouvrage républicain. De là naquit Horatius Codés, dont la gestation ne demanda que dix-sept jours. Mébul qualiliait lui-même de musique de /e;* celle qu'il consacra aux mânes de l'illustre borgne, lequel partag-eait fraternellement l'action dramatique avec le non moins glorieux manchot Mucius Scœvola. Cet héroïsme intense, présenté par l'Opéra le 18 février 1794, fut goûté comme il convenait. Méhul, notons-le en passant, écrivit pour cet ouvrage deux ouvertures absolument dissemblables,

' L'année suivante, l'inforluné censeur, dont le républicanisme avait probablement cessé de se maintenir « en harmonie avec nos institutions », expiait sur l'échafaud la tiédeur relative de ses convictions.

' On sait que le malicieux fabuliste ne se payait pas de mots au sujet de cette « liberté » qu'on le contraignait d'amener dans son livret, témoin sa fable du Hanneton qui se term'no ainsi :

La liberté, pour eux, c'est le fil long d'une aune Au bout du(|uel on laisse un peuple bourdonner.

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