‹ MéhulChapitre 3 sur 12 · M KM IL · texte numérisé non relu

M KM IL

dont lune sci'vit plus lard de prélact' à son opéra d'Adrien.

Tandis que les deux braves Romains s'ajoutaient à la vaillante légion des héros d'opéras, à la suite du Fabius de Méreaux et du Mithridale de Lenioyne^ Méluil se trouvait entraîné, bien coiilre son uré. à une colJahoration probablement unique dans les fastes de la musique. En compag-nie de Grétry, Berton. Kreutzer. Cln*rubini, Dalayrac, Blasius, Devienne, Jadin, Deshayes, Trial et Solié, il était appelé à composer la musiijue du Cow/rès des Uois, « comédie en 3 actes en prose et ariettes du C". Des Maillot « ({ui fut donnée par la Comédie-Italienne huit jours api'ès la première d'Horatiiis Codés. Cette piére, parfaitement inepte, et uniquement destinée à exciter l'indignation contre les « tyrans », tomba au milieu des éclats de rire : on y vovait les rois trahis par leurs maîtresses et forcés de se déguiser en sans-culottes pour échapper à la fureur vengeresse des farouches justiciers. Cagdiostro y paraissait en (jualité de léaat du pape. Au l'este la chute de la pièce n'empêcha nullement les sociétaires de la Comédie- Italienne de reconnaître hautement la valeur de Méhul, à qui ils accordèrent une pension annuelle de mille livres, dans le dessein de l'attacher à leur entreprise.

Mclidore et Phrusine virent enfin le feu de la rampe au Théâtre Favart, le 4 mai 17V)4. Le livret en était tiré

' Sans pai'ler, Lii-n entendu, du Mi/ciu.s Saerola île Luce de l.ancival, du Cincinnulus et du Marina à Minlurnes d'Arnault, de ÏEpicIturis et Néron de Lcgouvé, et de divers lirutits, Cdiua Gracchus. etc.. l'eprésentés sur les scènes dramatiques.

d'un conte de Gentil-Bernard et présentait les caractères de la plus sombre hoi'i-eur. L'amour d'un frère pour sa sœur, moins poétiquement exprimé qu'il ne le devait être ensuite par Chateaubriand, puis par Wagner, en faisait le principal ornement. Alin d'égayer un peu la soirée, le directeur du théâtre l'avait complétée par un Jean-Jacques Rousseau àsesderniers momems, comédie (?) de Bouilly. Les défauts du poème ne rendirent pas le public injuste à l'égard des beautés de la musique : « Depuis le finale du premier acte de V Armide de (tIucIc », écrivit Arnault, « on n'avait rien entendu d'aussi énergique que le finale du premier acte de Phrosine. » Bien d'autres pages méritaient l'admiration, quoique la Décade philosophique reprochât au musicien de ne pas « sacrifier à la mélodie ». Mais les auteurs purent craindre plus qu'un insuccès. La pièce ne révélant rien de suspect aux censeurs fanatiques qui entouraient Robespierre, ils essayèrent d'incriminer le luxe « corrupteur » des costumes, imputable d'ailleurs à la vanité des seuls acteurs. Barère, membre du Comité de Salut public et favorable à Méhul, lui conseilla de ne pas bouger, rien n'étant plus dangereux alors que d'attirer sur soi l'attention. « Et puis », ajouta philosophiquement l'écrivain, plus lâche que cruel, auquel convenait si bien son surnom iVAnacréoti de la guillotine, « ne sommesnous pas tous au pied de l'échafaud, tous à commencer par moi? » Un si heureux détachement lui porta bonheur, puisqu'il ne termina sa vie, d'ailleurs passablement agitée, que trente-sept ans plus tard.

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JOSEPH CHÉNIER — TIMOLÊO'S. —LE CII.lST DU DÉPART

Un poète (lraniali(jue fort applaudi et réellement populaire vint alors apporter à Méliul le témoignage de son estime. « Marie-Joseph Cliénier, novateur illimité dans l'ordre politique, était presque timide dans les lettres. Hardi à renverser un trône et une société tout entière, il eût craint de violer les bienséances de l'ancienne littérature. » Exagéré au point de vue politique, ce jug'ement de Yillemain est équitable au point de vue littéraire. Le succès des tragédies révolutionnaires de Chénier fut du aux allusions (jui y abondaient : Charles JX, « roi assassin » escorté de courtisans et de prêtres « sanguinaires » et flanqué par surcroît d'un chancelier précurseur des Encyclopédistes, devait forcément enivrer le public en 1789'. Henri VII f. quoiijue bien supérieur, fut moins chaleureusement salué deux ans après. En écrivant l'année suivante son Caiits Gracchus, le poète espérait-il adoucir les passions régnantes? Il y osait hasarder ces paroles : « Des lois et non du sang, » auxquelles le conventionnel Albitte, se levant soudain, répondait : « Du sang et non des lois!" »

' (( Si Figaro a tué la noi)lesS(\ Charles IX tuera la royauté », disait Danton. Et Gainillc Desmoulms ajoutait : « Cette pièce avance plus nos afl'aires que les journées d'octobre. »

' Gh. Gidel, dans son Ulsloire de la liltéralure française, attribue Cette réplique au doux Barére.

Joseph Cliénier poursuivait sans doute un but semblable en méditant sa tragédie de Timoléon, que Méhul devait enrichir d'une ouverture et de musique chorale. Bien qu'on y vît un frère sacrifiant son fière à la liberté, conformément à ce principe que « les rois ne sont point protégés par la loi », en revanche on y rencontrait ces vers, bien généreusement hardis pour l'époque :

Il est temps d'abjurer ces coupables maximes,

Il faut des lois, des mœurs, et non pas des victimes.

Aussi l'ouvrage fut-il interdit le jour même de la répétition générale, moins favorisé en cela que le Fénelon — pourtant dûment laïcisé — du même auteur, qui avait pu être présenté au parterre. Chénier, s'étant rendu au Comité de sûreté générale, brûla lui-même son manuscrit au milieu des applaudissements. Heureusement jyjme Yesti-jg çxi avait conservé une copie qui échappa au zèle des inquisiteurs, et grâce à la célèbre actrice le public fut appelé, quatre mois plus tard, après la chute de la faction Robespierriste', àjuger les juges du poète : Timoléon, joué enfin au Théâtre de la République le 11 septembre 1794, fut reçu sans enthousiasme. Mais si Ja tragédie ne mérite pas de sortir de l'oubli, la musique, à laquelle elle devait la plus grande partie de son intérêt, est en tous points digne de la main qui l'a signée.

Tandis que se poursuivaient les aventures de Timoléon

' J. Chénier céléûra cette chute par un Cliant du, IX Thermidor que nous signalons plus loin.

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