‹ MéhulChapitre 4 sur 12 · Mi:ilL"L · texte numérisé non relu

Mi:ilL"L

à Iravei's la }i(ilili(|U(' cl le llit-àtic, la collahuiation ddù il était sorti produisait un ouvrage de proportions moindres, mais do bien j)lus tiiando impoi'tance : Le Cluuit du départ.

Peu de problèmes hislori(|ues se posent aussi obscurémen' que la genèse de cet liymne, justement appelé « la seconde Marseillaise' ». Les documents sont, dans l'espèce, rares et discordants. De lointains souvenirs, des récits, des anecdotes ne [)euvent suffire à déterminer une cerlilude. Nous allons jtourlant essayer de présenter succinctement l'état de la question.

De cette genèse Arnaultnous a laissé deux versions : dans la première Joseph Chénier serait venu prier 3Iéhul « de mettre en musique le Chant dn départ (jui fut entendu pour la première fois dans les champs de Fleurus, le jour même de la victoire, espérant, par ce chant, llécbir les bourreaux et faire tomber de leurs mains la hache levée sur son frère André m. Dans la seconde version, le librettiste de Mélidore et Phrosine raconte qu'au moment des répétitions de cet opéra, 3Iéhul lui lit entendre le Chant du départ sans lui révéler le nom di- riiuteui' des j)aroles. Le piemier de ces récits est postérieui- de trente ans. le second de trente-neuf aux faits en litiue.

' Daiii la Proclamation /'aile au C/tamp de Mars le /"' vendémiaire de l'an V, anniversaire de la fondation de la République, nous lisons ces mois : « Au premier rang des compositeurs républicains, la nation place et proclame... le citoyen Méliul... dont le Chant du départ rivalise avec V Hymne des Marseillais, et connu par six autres morceaux dignes de sa réputation .. »

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Un biographe de Gliénier, Villenave, affirme que ce chant fut mis en musique par Méhul « dans une soirée de salon, sur un des coins de hi cheminée, au milieu du bruit des conversations ». D'autre part, Zimmermann nous apprend que Sarrette — le fondateur du Conservatoire de musique — ayant « compris le danger que courait son ami Chénier, lui donna asile cliez lui et le cacha dans la chambre occupée liabituellement par Catel », où il composa « le fameux Chant du départ que plus tard Méhul mit en musique ». Ces renseignements furent donnés dans un article de la France musicale, quarante-sept ans après les événements précités. Sept ans plus tard un autre musicographe, G. Olivier, confirmait l'assertion de Villenave, en y ajoutant ceci, que l'hymne écrit en 1794 pour célébrer l'anniversaire de la prise de la Bastille, fut aussitôt « adopté par les armées comme chant de combat ».

En 1848 également, le compositeur Adolphe Adam, qui va embellir le récit de Zimmermann, nous montre Sarrette présentant à Robespierre le manuscrit de Gliénier comme l'œuvre d'un inconnu modeste : k A la bonne lieure ! » s'écrie le dictateur. « Yoilà de la poésie grandiose et répul)licaine qui efface tout ce qu'a fait ce Girondin de Ghénier ! » Sur quoi il ordonne d'envoyer incontinent aux quatorze armées de la République cet hymne qu'il baptise de sa propre autorité : Chant du départ. On reconnaît bien ici la spontanéité enthousiaste du primesautier dictateur !

Démêle qui pourra la vérité! Ge qui semble évident,

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c'est (|ue ce cliaiit hclllcjucux, sans rappori avec la prise (le la Bastille, était très propre à célébrer des victoires. Oi' celles-ci venaient coup sur coup de signaler la valeur de nos armes : la prise de Menin, de Mouscron, de Courlrai. de Tourcoing- (du 20 avril au 18 mai', les virloires de ( '-liarler(»i. \ j)n's el Fleui'us du Hi au :2(l juin) . Pour téter ces glorieuses jouriu''es. la Convention ordonne à Vhistitt/t national de musique, placé sous les oidres de Sarretle. d'organiser un concert dans le jardin des ci-d('\aiit Tuileries. Survieiuicnl les prises dOsleiidc et de Tournai ^i*"'' et 2 juillet). Nouveau concei't oi^i peut-être a été exécuté le Chant du départ. En tout cas il le fut certainement le 14 juillet. L'eiïet produit ne semble pas avoir été considérable, mais bientôt le succès vint el grandit rapidement. Après Taudition du 10 août, le journaliste Ducliosal dépeignait « l'enthousiasme général... la fureur peinte dans tous les regards » et l'agitation des spectateurs. Dès lors, sans parler des 18.000 exemplaires de ce cliaiil (|ii(' lit dislrihucr la Convention aux citoyens et aux soldats, il prit place dans toutes les cérémonies officielles.

L'une des plus mémorables fut sans coiilredil (die de la « o" sans-culollide d(^ l'an II » ou. iikmiis p0(-liquement, 21 septembre 1794, consacrée à la translation au Panthéon du corps de Marat, alors qu'on en retirait celui de Mirabeau, indigne de l'eposer en aussi bonne compagnie. Le C/iant du départ v résonna tandis (|ue des drajjeaux étaieiil (]islril)U(''s aux « défenseurs blessés des armées de la [latrie ». Les auteurs de cet livmne

figuraient de plus au progranfime avec un « Gliant des victoires » ou « Hymne à la victoire » qui s'y rattache par de frappantes analogies, et que l'on avait d'ailleurs entendu en des fêtes antérieures. D'autres morceaux dus à Cherubini, Catel et Jadin, honoraient également la mémoire de Marat, dont la dépouille, au moment de francliii'Ie seuil du monument, était accompagnée d' « une musi(jue mélodieuse et trancjuille » destinée à « peindre l'immortalité », et bien heureusement appropriée, sans doute, au caractère de ce locataire provisoire.

Huit jours plus tard, le Chant du départ, adapté à la scène, était représenté à l'Opéra, et le Journal de Paris vantait ce spectacle « plein de grâces et de chaleur ». Cet hymne de guerre conserva sous le Consulat sa place au répertoire des musiques militaires, et accompagna de ses mâles accents la première distribution des croix de la Légion d'honneur, au camp de Boulogne en 1804.

Divers hymnes patrioti(|ues furent encore écrits par Méhul durant la période révolutionnaire, en l'honneur de la Raison, de VEternel, de VÉire suprême *, de la Paix, etc., sans oublier ceux qui célèbrent certaines dates historiques : I i Juillet, 18 Fructidor et surtout

' A propos d'un duhe 11// nine à l'Èlre suprême, de Gossec, une légende s'est foimée d'après laciuelle les artistes de l'Institut national auraient enseigné ce chant au peuple. Le tableau de Lefebvre nous montrant Méhul, un violon à la main, installé rue Montmartre, a été inspiré par les versions de Zimmermann et d'Adam. La vérité est que Lesueur, Gossec, Méiiul exercèrent simplement cet enseignement dans les salles d'assemblées des sections, avec l'aide de quelques élèves de l'Ecole nationale de cfianl.

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9 Thermidor '. De ce (lenrier cliaiil l'on peut croire que Joseph Cliénier traça crune plume sincère le vers inilial ' :

Salut, neuf thermidor, jour de la délivrance!

LA caviîhm:. — méhul a l institut et au conservatoire

LE .IKLSE IILMiY. — ALUilES

Voici Méhul parvenu à la céléhrité. Il ne compte que ti-ente et un ans, et déjà les théâtres, les places publiques, les camps ont applaudi ses ouvrages.

Il s'était lié avec trois actrices, les « demoiselles Renaud », dont on disait qu'elles formaient « une couvée de rossignols ». L'aînée avait épousé un certain chevalier dAvrigny, poète déplorahlement lécond, et dont les convictions, renommées pour leur souplesse, s'attachèrent à tous les régimes qu'il chanta successivement. — Au reste cette espèce ne fut rare en aucun

' Est-il besoin de rappeler riiiiiucnse iiuanlilé d œuvres musicales nécessitée par tant de fêtes et de commémorations ? Outre Méhui, nous y trouvons Cherubini. Gosscc, Lesueur, Galel, etc. « Toutes les tètes et toutes les plumes travaillent à la liturgie des fêtes décadaires. Merlin de Tbionville s'occupe du grand rôle qu"y doit jouer la musique. » (E. et J. de Concourt : La Société française pendant la Révolution.) * Il n'était sans doute pas moins sincère en prononc^ant Tannée suivante ces paroles signilicatives : « Déjà les fêtes publitiues plus sagement dirigées, moins chargées d'oripeaux civiques et de guenilles à prétention, échappent au despotisme des imaginations bizarrement stériles. » (Discours à la Convention, "21 vendémiaire an III). Mais il est permis d'estimer ce jugeiiienl injustement exagéré !

temps. Ledit chevalier écrivit, en collaboration avec Legouvé, un opéra dont Méluil fut invité à composer la musique : Doria ou la Tyrannie détruite parut sur la scène du Théâtre Favart le 12 mars 1795. Cette fois encore le poème fit tort à la partition.

Sans se décourager le musicien se remit au travail. L'idée n'était pas très heureuse de traiter un sujet déjà porté devant le public deux ans auparavant avec un vif succès : La Caverne, poème de Darcy, musique de Lesueur, avait été empruntée au Gil Blas de Le Sage. C'était, dans toute la force du terme, une histoire de brigands, non dénuée de pathétique, mais contée en un style indiciblement plat. En revanche la musique en était vraiment intéressante et empreinte d'un véritable sentiment dramatique. Le livret qu'avait fourni à Méliul l'ex-avocat Forgeot, déjà accoutumé à la scène par sa collaboration avec Grétry, était supérieur au précédent, et il est à supposer que la musique — dont nous ne possédons que de rares fragments — ne le lui cédait en rien. Malheureusement le public se trouvait suffisamment blasé sur les sombres horreurs de la caverne « taillée dans le roc, éclairée d'une lampe et surmontée d'une foret », ainsi que nous l'apprend un musicologue. Et puis il commençait à estimer que les auteurs abusaient de la symétrie en lui présentant régulièrement et coup sur coup deux exemplaires du même drame lyrique : Deux Paul et Virginie, l'un de Kreutzer, l'autre de Lesueur; deux Lodoïska, l'une de Cherubini, l'autre de Kreutzer ; deux Roinéo et Juliette, l'un de

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