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Dalayrac', l'autre de Steibelt. Ce parallélisme devait évideinnient (iiiir par agacer les plus bénins auditeurs.
Gest à ce moment (jue Méliul se vit lobjet d'un honneur, non certes immérité, mais inattendu. Le gou- \('rneinent directorial, (jui organisait riiislilul, sous une forme (juebiue peu dill'érente de celle tjui rèitne actuellement, le désigna, le 1) décembre ITlIo, pour représenter lart musical dans la 3'' classe (à laquelle correspond aujourdliui la section de musique. Cette marcjue d'admiration paraitia plus éclatante encore, si l'on considère (ju'auprès de l'auteur du Chant du départ se trouvaient d'autres compositeurs tels que Grétry. Monsigny, Gossec, Lesueui-. (îliei-ubini et Dalayrac.
A peu près en même temps la Convention donnait une vive impulsion à l'enseignement de la nuisique en organisant le Conser\atoire : Méliul était désigné avec Gossec, Grétry, Lesueur et Cberubini pour y exercer les fondions d'inspecteur des études. Plus lard il y remplit celles de professeur de compusilion.
Après avoir montré en Méliul l'artiste épris de son idéal et le citoven mêlé aux événements de son temps,
' Lf titio lie celui-ci ctail une Iruuvjiillr' : Tunl pour iatnour ou Roméo et Juliette. Berlioz a jugé cet ouvra^'e .sans y apporter la moindre iiululgeiice : « L'auleur de l'aboiiiinable livret eut l'esprit do ne pas se nommer. Cela est misérable, plat, bêle en tout et partout. On dirait d'une œuvre composée par deu.^ imbéciles cfui ne connaissent ni la passion, ni le sentiment, ni le bon sens, ni le français, ni la musique. » (A travers cba>ils.< Monvel était l'auteur du poème. Quant au tendre tt charmant Dalayrac. le ciel ne l'avait assurément point destiné à se mesurer avec Shakespeare. Mais il restait si peu de ce dernier dans le livret de Monvel !
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qu'il nous soit permis d'entrer un peu dans l'intimité de sa vie et de ses affections et de montrer la noblesse de cette âme. Deux traits pris entre bien d'autres y suffiront : Monsigny, âgé de soixante-sept ans, végétait dans la pauvreté — le meilleur état pour ceux qui aiment la solitude, — Méhul l'apprend : aussitôt il sollicite — et obtient du ministère une aide deux fois méritée. Un journal, rendant compte de la Médée de Cherubini, semble y vouloir signaler une imitation de la manière de Méhul. Celui-ci de prolester dans les termes les plus ciuileuroux : « L"inimital)le auleur de Médée n'a jamais eu besoin d'imiter pour être tour à tour élégant ou sensil)le, gracieux ou tragique; pour être enlln ce Cherubini que quelques personnes pourront bien accuser d'être imitateur, mais qu'elles ne manqueront pas d'imiter malheureusefnenf à la première occasion. » — Evidemment les procédés de Méhul ont beaucoup vieilli !
Un épisode curieux, et peut-être unique en son genre, vient alors prendre place dans sa carrière : il s'agit d'une pièce dont le livret, par trop inepte, causa l'irrémédiable chute, mais dont le titre seul évoquera toujours la valeur musicale, — je veux parler du Jeune Henri/, dont l'ouvertureest demeurée justement célèbre.
Le poème en émanait du fécond et vertueux Bouilly, dont le nom, accorde Legouvé, « a été dans son temps et est resté dans le nôtre le symbole de la sensiblerie. Or », ajoute-t-il, « celui qu'on nommait le larmoyeur^
' Ses contemporains l'avaient surnommé « le poète lacrymal ».
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éliiil le plus g'ai coriipai;non. le plus IVanc rieur, le conteur le plus amusant que jaie connu ». Et pour tout concilier. 1 aiiiiahle xieillai-d ailnieltait que ce rieur « a\ait les larmes très faciles », sans pour cela être un pleurant. Soit ! C'était aussi le ])lus heureux des auteurs dramatiques, et cependant « la critifjue, sous sa forme la plus cruelle, la mo(iuerie. la harcelt' au milieu de tous ses succès : son nom même était texte à raillerie, on prétendait ({ue ses œuvres ressemblaient à son nom' ». Cette assimilation nous parait assez justifiée, soit dil en passant, et même nous estimons que la reconnaissante affection de Leg'ouvé pour son excellent tuteur l'aveugle quelque peu lorsqu'il loue en Bouillv le bon élève de Sedaine, de qui il tenait « cet art de la composition, de la préparation et de la progression, qui constitue une pièce l)ien charpentée" ». En tout cas il avait négligé ces principes en écrivant, ou pour mieux dire en récrivant son Jeune Henri/. Sous sa forme primitive cet opéra se rattachait à la jeunesse "le lleiiri IV, mais ilélail daiigei'eux sous la Kéxohition de célébrer un v Ivran ». fùl-ce
Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire.
Aussi l'ouvrage subil-il un remaniement complet, grâce au([U(d il devint dune conijjlèle iiicolit'rence. Dès
' Cependant lorsqu'il s'avisa de cessi-r une collaboration momentanée avec un certain M. l'ain. les railleurs se plaignirent que « l'absence du bouilli les eût réduits au pain sec ».
" Ces citations sont empruntées au tome I" des Soixante aiia de souvenirs, de Legouvé.
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la première représentation (l"' mai 1797) les silllets du parterre signalèrent aigrement l'appréciation du public quant au livret; en revanche il applaudit chaleureusement divers morceaux de la paililion et en l)issa la superbe ouverture. Disons sans tarder (ju'elle lit désormais partie du répertoire de l'Opéra Comique, oi^i on rintercaiait isolément dans les programmes; — coutume qui persista duranl une trentaine d'années \ Plusieurs fois même on la convertit en spectacle : d'abord le fameux maître de ballels Gardtd l'arrangea en 1802 pour l'Opéra. En 1810 la salle des Jeux gymniques accueillait la C/iassonianie, de Ilapdé, « mise en action de l'ouverture du Jeune Henry ». Seize ans plus tard le divei-tissement de Gardel reparaissait avec le concours des principaux danseurs de l'Opéra, outre celui d'un jeune cerf de grand talent, fort admiré des Parisiens et qui répondait au nom assez peu romantique de Coco. On éprouve de sincères regrets en voyant associée à de telles pitreries cette admirable page. — Notons enfin
' « L'ouveitm-e du Jeune Henry dite la Chasse eut un succi'S colossal... Le Journal de l'avis nolamiiient le constate en ces lignes, parues à propos d'un arrangement pour piano de cette pièce symphonique : « iNous nous empressons d'annoncer l'impression de ce savant morceau, dont la célébrité a élé si justement consacrée par l'enthousiasme avi-c lequel il a été redemandé et entendu dans les entr'actes des représentations du Théâtre Favart. » Ceci était écrit le 18 thermidor an V; ti'ois mois après, la vogue persistant, le même journal publiait un article sur la fréquence des demandes d'e.xécution de cette ouverture, qui constituait un l'ait sans précédent Des arrangements pour tous les instruments parurent successivement au Magasin pour satisfaire au goût des amateurs. On en fit pour la harpe, deux violons, deu.xllùtes, deu.K clarinettes, quatuor à cordes, etc. » (Constant Pierre : Le Magasin de musique à l'usage des fêtes nalionales et du Conservatoire.)
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l'exéculion (lu'cii donna, à l'Exposiliou de 18G7, Georges Hainl, elief d'oiclieslre des concerts <lu Conservatoire et de rOpéra, à la lèlo de trois mille exécutants, mais doutons touleiois que ^Méliul se fût montré satisfait du d(''j)l()iement d"uii l<'l ('(U'iis d"armée.
Deux compositions de circonstance lui valurent bientôt de nouveaux applaudissements : le \" novembre 1797, le citoyen-chanteur Darius interpréta au Théâtre Favarl un lfi///me sur la paix célébrant le traité de Campo-Formio, et dont les paroles étaient dues à la citoyenne-auteur Detheis, connue par une tragédie de Sapho, et (|ui devait être promue princesse de Salm après la rupture de son mariage avec le citoyen-chirurgien Pipelet. La Décade philosophique nous apprend que le public goûta spécialement cette strophe d'un sublime plutôt anodin :
Boaux-Arts qu'efTarouchait la guerre, Knfanls de la tranquillité, Les dieux ont posé leur tonnerre, Venez avec sécurité.
Un mois et demi s'était à peine écoulé depuis que ces dieux débonnaires s'étaient dégarnis de leur foudre, et déjà VUyuïtie sur la paix fratei'in'sait au théâtre avec un opéra en un acte dédié à la Victoire du Pont de Lodi, et monté avec un luxe des plus réalistes : « Des pièces de canon... tiraient continuellement, ce qui ne s'est pas encore vu, et ce (jui a ell'rayé un grand nombre de spec-
tuteurs. Ces explosions ont produit une telle fumée qu'on ne distinguait plus rien sur la scène ni dans la salle, et que les cris : Ouvrez les loges! couvraient la voix des acteurs. Chacun s'est empressé de sortir... » Ainsi s'exprimait le Censeur dramatique. Toutefois, en dépit de la valeur de la partition, le bruit, la fumée et l'obligation de fuir dans les couloirs n'attirèrent pas les amateurs au delà de sept représentations.
A cette époque Méhul est en pleine possession de la sympathie et de l'admiration générales. Tous les salons lui ouvrent à deux battants leurs portes. Artistes, savants, hommes politiques s'honorent de son amitié. La maison du violoniste Rodolphe Kreutzer — celui-là même à qui Beethoven dédia la célèbre sonate que, diton, il ne joua jamais, — lui était particulièrement chère. Il y rencontrait le « Tout-Paris » d'alors, moins mêlé que celui d'à présent. C'est vraisemblablement dans l'un de ces salons, chez La Revellière-Lépeaux peutêtre, ou chez M"'^ Récamier, M"" d'Avrigny ou Talma qu'il fit la connaissance d'un excentrique notoire, le type par excellence du médecin mondain. Venu d'Avignon à Paris en 1790, le docteur Gastaldy, qui cependant s'était formé, là comme dans le Midi, une clientèle aristocratique, ne fut pas enveloppé dans les poursuites qui la décimèrent. Non content d'avoir « vécu », selon le mot de Sieyès, pendant la Terreur, il la traversa en chantant, en jouant, mais surtout en soupant. Nommé à un poste officiel que lui fit perdre sa négligence vrai-
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iiiLMil t'.\ii<iérée, il passait ses niiils au jeu. ses iiiHliiitM'S au lit. ses journées à tahlc, et ahaudDunait à eux-iii«Miies et il la nature ses malades, (|ui ](ntlial»ltMnenl n'en uuél'issaienl que plus vite. Méliu! st-prit de la lillc de crt ()l'ii:iiial. IV'iKUisa cl ne larda jMniil à s en repentir. Ourlles que lïis.seiil les causes d une iiic()ni|)al iMIil»'- Iroj) évidente, la \ ie c(uuinune. d '\ciiuc iiup(»ssil)le. se dénoua par une séparation disciî-lcnient opérée, d'ajtrès une uiuhiclle enlenle. M""" .Mt'diul ilenieura dès loi'S Ooiujtlèleiiienl iudillércnte ;i l;i i-cuoniiuée et à 1 existence même de son mari, auquel elle cul la douleur de survivre pendant cpiarante années.
Après un intei'valle de dix-lniil nii)i> pendant les(|Utds son exnérience de la félicité conjugale I a\ait empèidié de s'adonner réj^^ulièrement à ses travaux habituels, le musicien reparut sur la scène île 1 Opéra avec un ouvrage dont les péripéties, plus déj)lorables encore (jue ctdles de son 'ïlnioli'nn, nn'iiti'nl d être ivsumées sans trop de hâte.
Adrien, r/nperet/r de Home, était . sin(»n inic Iraducliou, du m:)ins une adaptation asse.'. lid di- de 1 Ai/r/a/m ni Stria de Mélastase', due à la plume d'I lullinan. .Mais l'on vi\ail en Tan de iii-àce IT'.t:^ li»i'S(|n'il h'iila |i(iui' la |)remière lois d ahoi'der la scène, et vainement le lihiettiste i-eprésenta (|ue l'cruvre, écrite avant la liévolution,
' Adrien, ou plulôl Adriano a fouiiii le sujet de Ire nie- trois opéras, sur Icsijuels vint/l-sepl Adriano in Siria. l'arini les coiuposiluurs (jui s'en sont inspirés nousciti-rons l'er^ulése. Diiiii. Caliiaro, Gius. Scarlalli, J.-C. Bach, Saccliini et Clicrubini.
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FAC-SIMILE U UNE LETTRE IJ E MEHUL A M A II A M E LEGOUVE (BLblialhciiuo du Couservaloiic).
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no pouvait être destinée à la combattre, « qu'une intrigue d'amour, peu de scènes, des danses, du spectacle » en formaient la trame, et que les seuls vers applicables aux circonstances étaient « aussi constitutionnels que s'ils eussent été faits à dessein». Rappelons-nous qu'à cette même époque le conventionnel Grénissieux fait interdire Mêrope où se trouve une reine en deuil pleurant son époux, ce qui prouvait surabondamment que Voltaire avait voulu figuier par là Marie- Antoinette pleurant Louis XVI. D'autre part Corneille ayant eu le mauvais goût de placer dans son Cid un certain Don Fernand, « premier roy de Castille », ledit Don Fernand est, par ordre de la Commune, transmué en « général républicain ». Afficbe-t-on au Tbéàtre de la République ur\ Jea/i sans tore? Las clubs y croient voir une attaque contre leur brasseur favori et font supprimer la pièce. Or le bruit courait que l'empereur Adrien devait paraître sur un cliar triompbal ti'ainé par de blancs coursiers pro^enant des écuries de la reine. C'était intolérable, et le grand peintre David s'écria que « la Commune de Paris brûlerait l'Opéi-a plutôt que d'y voir triompher des rois », pensée que Sylvain Maréchal devait exprimer sous une forme lapidaire, en ces vers du JugemetiL dernier des rois :
Il vaut mieux avoir pour voisin Un volcan qu'un roi, Liberté Egalité.
On peut discuter sur le danger comparé de ces deux