‹ MéhulChapitre 6 sur 12 · MKIILL · texte numérisé non relu

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voisinantes. Mais sans nous y arnHei-. disons (jue la iiiiniici|ialilé |»ai'isieniie, ainsi éclairée, n'iiésila plus : aprt's (|iit'l(ju('s alennoienienls préalables parai, le 12 mars 171)2, «l'an IV de la liberté», un arrêté intenlisan.t Idpéra en (|urslion. lldU'nian j)iott'sla couraiicusement, alléj^uanl que, depuis dix-buit mois, sa pièce avait été adoptée sans (|u o:i y eût relevé rien de l'éprébensible, et (|ue 2(J(J.(HHI francs de dépenses avaient été laites à son sujet. Pétion. maiic île Paris, a (pii il écri\ait. avait contic lui le droit et nienie la loi. mais les ai'iiumenls aussi justes (jue pi'écis de son cori-espondanl n'obtinrent cependant point de réj)onse.

Après la cliute de Robespierre, le Tbéàtre Feydeau. (jui \oulut monter Adrien, se trouxa en livalité avec l'Upr-ia. Les auteurs donnèrent raison au directeur de Feydeau, mais celui-ci, que ses créanciers envoyèrent en prison, sur ces eidrefailes, pour y l'élléclnr au.x avantag'es d une bonne tieslion, se vil dt's lors conti-aint d'abandonner linlortuné empereur. Enlin ce monarque fut délinitivement recueilli ])ar l'Opéra où trônait une nouvelle direction, mais il dut pour cela dépouiller la poui'pre iiupi-riale et devenii- simple général, d'oit ce titre simplilié : Adrien.

Le o mars 171)9 l'ouvrage parut devant le public tjui l'accueillit avec une faveur mar(|uée : « l^oème bien écrit, 1(1 inii^i<jin' f'-<l itn ihe/-<l'(i'U 're y), écrixait bi'iexemeiit le Mercure. Après avoir constaté (juc le poî'me s'écailait fort peu de son modèle italien, le Juiirind de Paris ajoutait: «la jiourpre triompbale... est belle et

riclie... La musique // est très analogue >) . Toulefois le inaliieureux général n'était pas au bout de ses épreuves. Eloqueniinent défendu contre ses ennemis parle ministre de l'Intérieur, le lettré agronome François de Neufchàteaii, le nouvel opéra avait atteint sa quatrième représentation; mais l'épuration du Directoire amenée par les événements du 30 prairial eut, entre auti'es conséquences, celle de faire retirer Adrien de l'affiche ^ Ni le goût du public pour ce bel ouvrage, ni la valeur incontestable des chœurs, de l'ouverture et de divers autres morceaux ne le sauvèrent du stupide acharnement de ses adversaiies.

Parmi les détracteurs se plaça au premier rang' le critique du Journal des Débats, le fameux Geoffroy. Ancien titulaire d'une chaire de rhétoj'ique au Collège de Navarre, et remplaçant de Fréron à la direction de Y Année littéraire, il s'était fait, sans bruit, maître d'école au fond d'un hameau, durant la Terreur. Sa morgue, son pédantisme, ses prétentions à linfaillibilité, son aversion pour toute nouveauté, son équité douteuse, mais aussi sa vigueur et sa hardiesse sontdemeurés célèbres. Ayant attaqué le poème à' Adrien avec son habituel manque de ménagements, il trouva en Hoffman un solide adversaire. En vain lui disait-il: « Croyez-moi, laissezla ces dissertations, et ne faites que des opéras»; le librettiste répondait victorieusement à toutes les imputations du critique, et ne se gênait pas pour établir que

' Cette interdiction « lut un des triomphes mémorables de cette journée », écrivit ironiquement François de Neufchàteau.

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raiitoi'il(' dont se tari^uail ('('lui-ci ('lait due bt'aucoup moins à sa \ aleui' (|u à la silualidii ((uil occupait. C est ainsi qu'il écrivait, dans lune de ses réponses :

(' I>e sophiste Favorin disait d'Adrien: « Mes amis, un homme (jui a trente-deux légions à ses ordres sera toujours h' plus liiihilc homme du monde. » Ce que Favorin disait de l'empeieur, je le dis de vous, Monsieur Geoffroy ; l'homme qui tous les ans fait pleuvoir sur la France 3Gij fois 12.000 feuilles d'imprimerie, sera toujours, aux you.r lin vulyaire. le plus hahile criti(|ue, le savant le plus profond, et le juge le plus infaillihle ' 1 » Adrien revit le feu de la rampe le 3 février 1800 11 réappaïut encore en 1801, puis en 1803: après laiil de mésaventures, de lulles, de catastrophes, il lerminait sa pénible carrière sur le trop modeste iionihi'e de dix neuf représentations ! "

' Ilo(Tinan devait plus tard écrire au Journal des Déhats des articles de critii|uc liltûraire. Il y laissa do plus sympalhiciues souvenirs «jue son conirére GeolTroy. à la mort duquel parut celte épigramme en guise d'oraison funèbre :

Nous venons de perdre Geoffroy.

— 11 est mort ? — Ce soir on rinhume.

— De i|uel mal?— Je ne sais. — Je le devine, moi; l.'ini|iriidenl, par mOgarde. aura <ueo sa plume !

On pi.'uL rapiirochcr ce quatrain de celui ijue Voltaire avait consacré à Fréron, précurseur et prédécesseur de GeolTroy.

* Méliul fut pi.'nildement affecté par cet insuccès; dans un billet non daté qu'il adressait à Garde), on lit ces lignes peu ambitieuses : « Puisqu'enfin ce pauvre Adrien, ce malheureux ouvrage, revoit le jour par vos soin.«, que vos soins lui conservent le jouri Je ne demanile pas qu'il ait une existence brillante : qu'on le joue quatre ou cinc[ fois par an, c'est tout ce que je désire. »

MEIIUL

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