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Duiroininior et Turennc ('laiLMit appelés à l'aire la liaie sur le passage du vaii^iueur de l'Ilalie.
Enfin, succédanl à une pathétique invocation au «brave Desaix », nioi'l, comme on sait, sur le champ de bataille de Marengo. venait un appel, certes bien juslilié, à la concorde 'iiii devait dt'-sarmer les haines et unir tous les cu'urs.
Le poème de Fontanes l'ut iiénéralenicnt bien accueilli ; toutefois la Décade philosophique lui reprocha d'avoir, en célébranl le li juillet IS(H), oublié cette j)i-ise de la Bastille qu'il était censé commémorer. En somme le succès de l'anivre totale fut immense, et dû en majeure partie à la musique. Le « Temple de Mars», c'est-à-dire l'Holel des invalides, était remi>li d'un public choisi: « L'éclat de la beauté, le soin de la parure ne faisaient pas un des moindres charmes de cette fête, dit l'ofiiciel Moniteur ; mais en constatant que cette brillante assistance n'avait été admise (|ue sur billets d'in\ itation. il reconnaît implicitement que le peuple était maintenant écarté des fêtes nationales '. »
Méhul reparait au théâtre le 21 décembre de la même année avec un acte d'Iloll'man consacré à ce poète Bion, queson ami et disciple .Moschiis avait surnommé 1 « Or'phée dorien ». C'était une de ces pii'ces pseudo-helléniquesdont ralfolaitune époque éprise de Léunidas. à'Anacréo7i,(U': Médée et d'O/f/mpie. En la mentionnant Cherubini se borne ;i dire : « .le n'ai qu'une idée confuse de cet
' J. Tiei'sol : fV/es- et chaiils de ta Réroludon fratu-aise.
opéra, preuve que la musique n'était pas saillante. Ce que je me rappelle, c'est qu'il n'eut ((u'un succès (l'estime, et qu'il n'est pas resté au répertoire. »
Ici se place l'apparition de cet Irato dans lequel Méliul allait donner l'irrécusable témoignage d'une vis comica insoupçonnée de ses plus fervents admirateurs. Nous devons vraisemblablement ce cliarmant acte à la prédilection de Napoléon pour la musi(|ue italienne. Sentretenant un jour avecMéhul dont il estimait fort le talent : « Votre musique, lui dit-il, est peut-être plus savante et plus liarmonieuse ; celle de Paisiello et de Cimarosa a pour moi plus de charmes. » Ces paroles suggérèrent à son interlocuteur le dessein d'une amusante mystification en le déterminant à écrire un ouvrage italien. Marsollierlui offrit le livret de l'iratoou l Emporté, bouffonnerie apparentée au genre qui nous a donné I.a serva pcuh'ona et // niatrimonio segreto\ La partition
' Nous citerons deux passages de ce livret écrit avec une verve dénuée de toute prétention : Scapin, sollicitant les confidences d'Isabelle, et lui disant :
« Parler de ses maux eu coiibole. «
ne se doute évidemment pas qu"il est un précurseur de la Muse d'Alfred de Musset, s'adressant en ces mots à son poète, dans la Nuit d'Octobre :
« En se plaignanl on se console. »
•\illeurs se trouve une innocente raillerie à l'adresse sans doute de Fontanes ou de Chênedollé : Isabelle, exhalant cette phrase d'une mélancolie déjà un peu fanée :
i< L'astre des nuits promenait sou disque argenté.. . »
Le docteur l'interrompt par ces mots : « Dites donc tout bonnement qu'il faisait clair de lune... » C'est la réplique du conseil de La Bruyère : « Vous voulez, Acis, dire qu'il fait froid; que ne disiez-vous : Il fait froid? »
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ItTiiiiiit'c. oii annonce, à r('j»()([ut' du carnaval, un 0[)t'Ta italien adapté à un poème français et dont la musique est due alsignor Fior(-l/i, et le Théâtre Favart en donne, le 17 février 1801, la première représentation. L'auditoire éclate en applaudissements, qu'il a d'ailleurs le bon esprit de réitérer loisijuOn \ icnt lui noniiuci- le v»''ritable auteur de cette innocente supercherie'.
Pour démontrer qu'en tout cas elle ne fui pas ilirigée contre Bonaparle"", ainsi que le bruit en courut, il suffit lie rap[)eler que Mt'liul lui dédia sa nouvelle j)ai*tition.
Voilà toute la genèse de cet acte à propos du(|uel a coulé beaucoup d'encre, dont la moins trouble ne fut pas celle de Fétis. Méhul a d'ailleurs fort clairement exposé son but dans une note ijui suivait, sur le premier feuillet de sa partition, la dédicace précitée, et qui fournit d'intéressants aperçus (juant à l'esthétique du grand musicien :
«Quelques personnes croii'ont ou diront (jue j'ai enfin abandonné le g"enre aucjuel je paraissais exclusivement attaché; elles m'en féliciteront; et VIra/o méritera d'autant mieux leurs éloges qu'il leur servira poui" condanmer mes autres ouvrages. Je dois les avertir de ne
' Bc'ilioz. en la racontant ilans ses Soirées de l'orc/ieslre. ajoute ces mots ; « Mystilicalion evccllenle, qui réussira toujours, en tout temps et en tout lieu, et rendra manifeste l'injustice des préventions, sans jamais les détruire. » On sait que lui-même donna un pendant à l'aventure de ïlralo en faisant juuer primilivemenl son Enfance du Christ sous le nom de « Pierre iJucré, maître de chapelle fran(;ais auxvu" siècle ».
* Celui-ci aurait dit à Méhul : « Trompez-moi souvent ainsi. » (Llwart : la Société des concerts du Conservatoire.)
point se hâter de vanter ma conversion ; je n étais (t aucun parti, et ne ceux nienrêgiinenter dans aucun. Je ne connais en musique aucun genre ennemi de l'autre, si tous tendent en même temps à la rendre plus agréable et plus vraie. Je crois que cet art a un but plus noble que celui de chatouiller f oreille, et qu'il nest pas condamné à n'être jamais qu « aimable » \ Le genre de la musique est toujours subordonné au genre du drame, et le choix des couleurs est commandé par le dessin qu'il faut colorier. Si la musique de VIrato ne ressemble pas à celle que j'ai faite jusqu'à présent, c'est que Ylrato ne ressemble à aucun des ouvrages que j'ai traités. Je sais que le goût général semble se rapprocher de la musique purement gracieuse, mais jamais le goût n'exigera que la vérité y soit sacrifiée aux grâces. »
Ces sentiments empreints d'un éclectisme si large et si judicieux font honneur à celui qui les énonça et y sut rester inébranlablement fidèle. Il serait à souhaiter qu'ils fussent plus répandus, et qu'un assentiment général les aidât à disperser les étroites coteries et imposer silence aux grands pontifes des petites chapelles.
Le succès de VIrato détermina le compositeur à faire un second pas dans cette voie nouvelle. Ce fut Bouilly, le déplorable confectionneur du livret du
' On le voit, Méhul ne se contente pas de la définition un peu étroite de Jean-Jacques Rousseau : a Musique, art de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille. » U aurait certainement adopté celle de Berlioz : « Art d'émouvoir par des combinaisons de sons les hommes intelligents et doués d'organes spéciaux et exercés. »
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Jeune llt'un/ (|ui lui prt'scula celui d'un Ojx'i'a ('oiui(|ue on deux actes : l)ie folie, cuinplelenient dénut' d intéi'èl. mais qui dut à la niusit|ue une réception l'avorable. Pou après la prernitTe reprc'sonlation o avril 1802:. .Meliul, si nous en ci'oyons son coUahoiateui'. étant exaspéré par « les ti'aits \eniineux « (|ue lui lançaient les ennemis de sa t^loire,... linit par provo(|uer en duel un de ses éhontés détracteurs auquel il dit, tenant son épée d'une main ferme mais vacillante (textuel) : « Ne vous v méprenez jias : si je li-(Miible. ce n'est <|ue de colère. » Ce propos, (|ui ia|ipelle une célèbre parole de JJaillv en marcbe veis lécliataud. \ est-il autlientique ? Nous l'ignorons, mais il s'accorde bien avec le caractî-re de Mébul.
Vient ensuite une série d'ouvragées de genres divers mais (jui eurent en commim partage de médiocres succès : 11 sut'tll ici de mentionner: Le Trésor supposé i^X .loanna (1802), Daphnis et Pamlrose., Ih'léna, le Plaisir et la Quittance et llleureu.r inahjn'' lui (1803). Mais il convient de noter la collaboration musicale de Mébul à deux drames d'Alexandre Duval : (ruillaume le Conquérant et Les Hussiies, — dont le dernier devait d'abord être un livret d'opéra, et fut très favorablement reçu du public au Tbéàtre de la Porte Saint-Martin. !<' Il juin 1804--.
' « Tu trcinhk'S (le |)L'ur. Hiully? » lui disuit un des assistanls ".' «Non, mon ami, c'osl de froid. «
- Notons en passant que, de 1802 à iSll, .Méliul s'était associé avec Clieruliini, Kreutzer, Rode, Boieldiouot Ni((jlo Isuuanl. pour lediiion en commun de leurs compositions. Us avaient ouvert un magasin de musiiiut', rue de la Loi n» 26S. La signature de la « raison de corn-
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COMMENCEMENT DE l'aIR DE JOSEPH, AUTOGRAPHE DE MÈHUI. (Bibliothèque du Conservaloire).
Le premier jour de cette même année avait été signalé par la nomination de trois musiciens au grade de chevalier de la Légion d'honneur. A cette époque ce ruban n'honorait que des hommes propres à l'honorer aussi, et Gossec, Grétry, Méhul, que devaient bientôt suivre Lesueur, Monsigny et Dalayrac, furent les premiers compositeurs appelés à le porter. En outre l'auteur du Chant du départ se vit offrir par Bonaparte la place de maître de sa chapelle, laissée vacante par la démission de Paisiello ([ui retournait en Italie. Sur le refus de Méhul qui demanda vainement d'exercer ces fonctions conjointement avec son ami Cherubini, elles furent attribuées à Lesueur. C'est néanmoins pour le couronnement de Napoléon à Notre-Dame, le 2 décembre 1804, que Méhul composa une Messe solennelle, qui d'ailleurs n'y fut point exécutée. Elle a été retrouvée à Presbourg, il y a une trentaine d'années, par un savant musicien lyonnais, M. l'abbé Neyrat . Comment avait-elle accompli ce voyage ? Fut-elle emporté par « un officier dilettante de la Grande iVrmée » pendant la campagne de 1815, comme le suppose M. Eugène Gigout, ou, l'auteur ayant refusé, à cette même époque, d'écrire un opéra pour le théâtre de Vienne, y envoya-t-il en manière de dédommagement cette composition inutilisée à Paris ? Telle est l'hypothèse ingénieusement développée par
merce était : « Cherubini, JNk'iiuI et C'». » (Voir p. 80 le fac-similé de la première page de la partition de Joseph. Le lecteur y remaniuera en même temps le mot impérial bitïé et remplacé successivement par royal et national, à la suite du mot Conservatoire: image de la pérennité de l'art et de l'instabilité des formes de gouvernement.)
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M. Ailliiir Poiigin et (jui semble extrêmement plausible.
Après deux ans de silence, Méliul reparut coup sur coup à la scène. Marsollier avait remanié à son intention un opéra-comique en 3 actes, joué sans éclat viiiut ans auparavant, et les Deux aveugles de Bagdad, amputés d'un acte, devinrent les Deux aveugles de Tolède. Ils ne gagnèrent pas l)eaucoup à passer du Tigre au Tage, et la musique seule les sauva dune chute irrémédiaJjle.
OSSIAN. — LTUAL — JOSEPH
C'est l'époque oi^i les poésies d'Ossian étaient l'objet d'un culte presque général. En France M"" de Staël, Joseph Chénier. Baour-Lormian (|ui les imita avec un réel talent, en Allemagne Herdei" et Gœtlie se signalèrent parmi les admirateurs de ces légendes si ingénieusement arrangées par l'Ecossais Macpherson \ Napoléon
' « Un Ecossais homme d'esprit qui on avait trop », selon l'expression de Taine. — M"^" de Staël disait l'orl raisonnablement : « Je suis loin de comparer le génie d'Homère à celui d'Ossian. Aucune parité ne peut donc être établie avec justice entre l'Iliade et le poème de Fingal. » Joseph Chénier exprimait la même pensée : « Ossian, quoique sombre et monotone, a des beautés d'un ordre peu commun ; mais cet Homère de 1'r.cosse septentrionale est loin de soutenir la comparaison avec l'Homère de la Grèce. » AndréChénier, si profondément hellénique pourtant, s'imaginait avoir tiré du poète écossais quelques-unes de ses inspirations, ainsi <iu"en témoigne ce fragment de sa XVI" Elégie :
Ma toih> avec Saplio s'attendrit et soupire. (?) Elle ril il s'pgave aux danses dusatvie;
lui-même en était enthousiaste et charmait par leur lecture ses mélancoliques loisirs de Sainte-Hélène : « J'ai aimé d'abord Ossian comme le murmure des vents et les vagues de la mer », disait-iP. Déjà en 1804 Lesueur avait obtenu la faveur de Tempereur et celle du public par son opéra (['Ossian ou les Bardes-. Les noms du vénérable chanteur gaélique, de son père Fingal, de son hls Oscar iiancé à la belle Malvina, exerçaient toujours un iri-ésistible pouvoir. Saint-Victor, auteur oublié d'un poème sur ['Espérance, écrivit un acte dans le(|uel Malvina, lille de Dunthalmo et femme d'Uthal, qui se coml)attent, s'attachait noblement à la destinée du vaincu: « J'appartiens au plus malheureux », disaitelle. C'était la même situation (jui, deux cent cinquante
Ou l'aveii^'le Ossiau y \ieiil pleui-er ses yeux, El pense voii' el voit ses anlii|ucs aïeux Oui, daus l'air appelés à ces liyniues sauvages, Arrélent près He lui leur palais de nuages.
Quant à. Gœllio. sa ferveur, d'abord très vive, s'attiédit dans la suite: et pour justifier la lecture laite par Werther, peu avant son suicide, d'une page d'Ossian. il s'avisa de dire assez cavalièrement : « Werther, tant qu'il a sa raison, cite Homère. Il cite Ossian (juand il devient l'ou. » En 1S2."J il estime que « le goût d'Ossian » a été pour l'Europe « une maladie fatale ». — Quoi qu'il en soit, « dans ce temps-là, on ossicnisait tout», comme dit l'un des personnages des Scènes de la Vie parisienne. contant que le baron d'Aldrigger avait donné à sa fille le nom de Malvina. (Balzac, la Maison Nucingen. — Voir aussi Reybaud : Jérôme Palurot.) — En 18H0, Alfred de Musset traduisait délicieusement, dans un épisode du Saule, le début des Chants de Selma. C'est donc à Ossian que nous sommes redevables de la belle invocation à la « pâle étoile du soir ».
' Mémoires de M""" de Rémusat.
- Depuis ce succès, le portrait du Barde, peint par Gérard et gravé par Godefroid, faisait les délices des bourgeois épris de poésie; une réclame du Moniteur les informait que le Bélisaire des mêmes artistes fournissait à cette image un « joli pendant ». D'autre part la parodie, ne manqua point à la gloire (les Bardes; témoin les Guimbardes de Dupaty, et Oxcessian ! de Francis et Désaugiers.
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ans avant notre ère, avait honoré à Sparte Cléonis, épouse de Cléombrote et tille de Léonidas deuxième du nom. Mais on ne pouvait exiger que Malvina eût étudié l'histoire grecque dans le but louable de ne pas la répéter. En somme cette œuvre, littéraire mais peu scénique, ne put être sauvée par la musique. Les journaux cependant ne faillirent pas à en célébrer « les chants nobles et purs, les g-rands effets d'harmonie », le style élevé et la facture savante. Ces qualités paraissaient d'autant plus sensibles que quatre mois auparavant — Uthal fut joué à l'Opéra-Comique le 17 mai 1806 — venaient de résonner les rythmes hispaniques des Deux aveugles de Tolède^
Un mois plus tard apparaissaient, sur la môme scène, trois actes du chansonnier-librettiste Saint-Just, intitulés : Gabrielle d'Eslrées ou les Amours d'Henri IV. La chute en fut complète, et le Journal de Paris, toujours sympathique à Méhul, ne put néanmoins s'empêcher de lui conseiller pour l'avenir un meilleur emploi de sa musique, en l'adjurant « de ne pas accoutumer ainsi nos jeunes auteurs à compter sur le génie d'Orphée pour la réussite de leurs sottises ».
' Nous retrouvons le nom de Méliul joint à celui du Barde, dans le Chant d'Ossian, paroles d'Arnault, exécuté le 9 juin 1811 à l'occasion de la naissance du roi de Rome, et dans un cliant de circonstance dont le poème était ilù à La Revellière-Lépeaux : La naissance d'Oscar Leclerc. Nous en détachons ces vers significatifs :
Par sa bonlc-, par son courage, Du Cali-donii'.n fameux Il sera la vivante image...
D'Ossian coiiipagnon fidèle Oscar partagera le sort...
Le révérend Bitaubé, né à Kœnigsberg de réfugiés français, puis fixé à Paris depuis 1770 et connu par ses traductions d'Homère, avait écrit en 1767 un poème en prose assez médiocre sur la touchante histoire de Joseph. Lorsque Napoléon rendit à la France la liberté religieuse, cet ouvrage devint l'objet d'une faveur toute naturelle et les théâtres ne tardèrent pas à s'en emparer. Baour-Lormian, entre autres, fit jouer en 1807 à la Comédie-Française son Omasis ou Joseph en Egypte^ orné d'une mtrigue amoureuse qui ne put en empêcher l'insuccès. D'ailleurs la scène lyrique avait déjà célébré antérieurement le fils de Jacob : sans parler de l'oratorio de Hœndel (1745), le Giuseppe riconosciuto de Métastase compta trois collaborateurs musicaux, de 1733 à 1748. En Allemagne, un moine bénédictin avait aussi donné son Joseph. Mais celui de Méhul devait les surpasser tous.
Le drame en trois actes écrit à son intention par Alexandre Duval semble avoir dû naissance au hasard d'une conversation : Il s'agissait de V Omasis de Baour-Lormian. Duval soutenait que ce sujet, « si intéressant dans la Bible, n'offrait que la reconnaissance des frères, et que tout ce que l'on pouvait se permettre, c'était de faire arriver Jacob en Egypte, et de le rendre témoin du pardon que Joseph accorde à ses frères ». Ces réflexions fort justes étaient écoutées attentivement par Méhul, qui suggéra alors la possibilité de traiter ce sujet de façon à en faire un opéra, ajoutant que nul n'était « plus propre à donner du style et de l'intérêt
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à la musique », eL engageant le poète à racconiplissenient de ce dessein. Celui-ci y consentit, et sentant le besoin d' « amener des situations fortes et saisissantes», ne trouva « d'autre moven d"v parvenir que de faire un réprouvé de Siinéon et un aveugle de Jacoh ». De là des contrastes et des méprises dont l'invention rallia tous les suffrages des amis du librettiste. Le poème fut écrit en quinze joui's, et bien que primilivenîent destiné à l'Opéra, fut néanmoins joué à l'Opéra- Comique, avec lequel Méhul entretenait des relations plus cordiales. La première représentation eut lieu le 17 février 1807; le musicien n'avait donc employé que deux mois à l'enfantement de ce ch^f-d'œu^Te.
Tout «labord rentlioLisiasiuf fut g[-and. mais cette fois encore le peu de variété et les maladresses du livret^ refroidirent promptement la ferveur des auditoires, et après treize représentations, le nouvel opéra dut interrompi'e sa carrière. Il lut d'aillt-urs maint«'s fois repris, mais en 1821 comme en 1826, 1851 ou 18G2, le public ne se montra guère plus chaleureux. Les reprises
' Lorsque Ale.vandrc Duval écrit «les vers tels ijui' ceu.'L ci :
Près de trois palmiers solitaires J'adressais mes vœu.x au Seigneur, Ouaiid, saisi par ces riiécliaiits frères, — J'en frémis encor de frayeur !
iJans un humido el froid abîme lis me plongent dans leur fureur, elc...
Il rappelle la platilud», mais non la louciiante naïveté d'un vii'U.v cantiiiue marseillais du .\vi» siècle, voué au même patriarciie :
0 Joseph, ô mon aimable
Fils affable, I,es bèlcs l'ont dévoré, Je perds avec toi l'envie
D'être eu vie; Le Seigneur soit adoré !
COSTUMES DE BENJAMIN' ET DE JACOB POUR LA REPRISE DE J 0 S 6 p II A l'oPÉRA
(Bibliollicque lie l'Opéra).
suivantes, de 1866 à 1882, réussirent davantage. En 1899 l'Opéra représenta Joseph avec le dialogue parlé mis en récitatifs versifiés par Armand Silvestre et notés par Bourgault-Ducoudray. Malgré le remarquable talent et les soins respectueux de ce musicien, ToHivre en parut alourdie, comme l'avait paru le Freisc/iillz sous Ja main de Berlioz'. Trois semaines plus tard l'Opéra- Comique reprit la version primitive et l'a depuis lors conservée à son répertoire.
Dès le principe la critique sut apprécier à son prix cette admirable partition. Le Journal de Paris en louait « le beau caractère, les grands effets d'harmonie entremêlés de chants simples et délicieux ». Le grincheux Geoffroy qui accabla avec sa lourdeur habituelle, agrémentée pourtant de traits plaisants assez justifiés, ce drame, « maigre, languissant et ennuyeux qui ne se soutient ([ue par quelques sentences, quelques sentiments naturels, quelques traits de sensibilité noyés dans une foule d'invraisemblances et de niaiseries », Geoffroy ne laissait cependant pas de reconnaître « le caractère religieux » de cette musique « simple, grave et touchante. Le compositeur, grand harmoniste, a déployé toutes les ressources de son art, en homme qui les connaît bien et sait les employer à propos ». Un jeune
' u existe aussi une traduction allemande, avec récitatifs notés par M. Weingartner. Sur le prinei[ie même des récils mis en musique, nous pensons, avec M. A. Bruneau, « qu'il ne faut rien changer au.x chefsd'œuvre, que le génie n'a nul besoin de rebouteurs, si adroits, si probes, si dévoués soient-ils, et que, fût-ce Hector Berlioz lui-même, « adaptant » le Freischiitz, l'arrangeur ne rendit jamais que de dangereux services à l'art. ))
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poète, qui devait heureusemont délaisser la poésie pour riiistoireetla politique, Guizot dédia « à .M. Méliul, après la représentation de l'opéra de Joseph », des vers qui étaient en plein accord avec la poétique de l'époque, et dont il suflira de citer un mince échantillon :
Joseph reparait à ta voix.
Et, contant sa touchante histoire, Vient t'assurer de nouveaux droits A nos respects comme à la gloire.
De fait Joseph a toujours conservé le rare privilège d'être unanimement admiré des musiciens, à quelque nation ou système qu'ils appartiennent. Voici Wagner, se sentant «transporté dans un monde supérieur, en faisant étudier à une petite compagnie d'opéra Joseph, le maernifique ouvrage de Méhul » ^ lit voici Berlioz le caractérisant ainsi :
« Joseph est celui des opéras de Méiml (ju'on (^onnaît le mieux en Allemagne. La musi(|ue en est presque partout simple, touchante, riche de modulations heureuses sans être hien hardies, d'harmonies larges et vihrantes, de gracieux dessins d'accompagnement, et son expression est toujours vraie... La prière « Dieu disraël », où les voix ne sont soutenues que par de rares accords d'instruments de cuivre, est complètement helle sous tous les rapports... »
Plus près de nous c'est M. Alfred Bruneau ([ui
' Wagner: Lettre à Frédéric Villol sur la musi(/ue. Ailleurs il parle de « son grand amour et de son enthousiasme pour celte œuvre ».
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écrit, en ces termes marqués d'un si juste enlliousiasme : « L'évolution... peu à peu se précise et nous vaut un des plus magnifiques, des plus vénérables, des plus précieux joyaux de notre trésor. Le sentiment do la nature, de la vie, tel qu'il est exprimé dans la souveraine partition de Joseph, caractérise essentiellement et splendidement une époque et un milieu. C'est ce qui assure à cette partition de haute noblesse et de rare beauté, longue existence et durable admiration... Dans ce sublime Joseph, qui reste son chef-d'œuvre, Méhul s'est mis tout entier avec sa tendresse et sa sensibilité, avec son bon creur douloureux \.. »
Le succès persistant de cet ouvrage en Allemagne, attesté par Berlioz, est assurément digne de remarque. Déjà en 1809 1" Autriche l'avait adopté, et six ans plus tard Herold en constatait l'action sur le public viennois : « Presque tous les morceaux ont été applaudis avec enthousiasme... on voit que l'orchestre et les acteurs y mettent tous leurs soins et qu'ils ont un vrai plaisir à exécuter ce bel ouvrage. M. Salieri, qui ne l'avait vu qu'une fois, il y a quatre ans, en a été content et m'a bien félicité d'être l'élève de l'auteur. Ah ! serai-je jamais digne de mon maître "?... »
' A. Bi'uneau : Rapport sur la musique en Francedu XVII" au XX" siècle. Dans un autre ouvrage, l'éminent compositeur a encore loué en Joseph « un des plus aulhenlûiues, des plus magnifiques chefs-d'œuvre de l'art français », glorifiant « la pureté, la noblesse, la grandeur, la force de cette partition virile et tendre, austère et humaine, aussi définitive, en sa forme particulière, qu'un de ces beaux marbres antiques auxquels vont notre respect et notre admiration ». Il faut lire intégralement cette belle et vibrante étude sur le chef-d'œuvre de Méhul, dans Musiques d'hier et de demain.
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A Dresde ce fut \Yeber qui, fidèle à son généreux éclectisme d'après lequel les ouvrages français et italiens devaient paraître devant le public allemand à côté des opéras nationaux, dirigea la première représentation de Joseph, le 30 janvier 1817. Le titre en avait été modifié ainsi : Jacob und seine Siihne (Jacob et ses fils). Deux jours auparavant, l'illustre musicien, selon une louable bal)itude (juil avait contractée à Prague, mettait le public au courant de l'œuvre nouvelle dans VÀbendzeitung et résumait ainsi son analvse : « La beauté de telles œuvres ne se prouve pas. Il suffit d'en appeler au sentiment des auditeurs ; les souvenirs et les tristesses de Josepb, les remords et les regrets de Siméon, la douleur du vieux Jacob, son indignation et sa joie sont autant de sujets traités avec le souffle et le talent d'un musicien que nuls principes véritablement nécessaires à son art ne sauraient prendre au dépourvu. Cette partition est une fresque musicale, d'une tonalité un peu grise, mais dont le sentiment, le pathétique et la pureté de lignes défient toute comparaison. Pour relever tous les mérites de ce magnili(jue poème musical, il faiidi-ait des volumes '... »
L'Allemagne a continué de penser comme l'immortel auteur à'Obéron, et l'œuvre qu'il louait si iiautement est demeurée au répertoire de toutes ses grandes scènes lyriques. L'Italie aussi l'a chaleureusement accueillie,
' Webor a laissi' un autre témoignage de son admiration pour Joseph on prenant la romance de Benjamin {[" acte) comme tliéme de six variations pour piano (op. 28).
et ceci nous amène tout naturellement à transcrire l'opinion de Clierubini sur Joseph : « Tout y est bien senti et bien exprimé; tout y est remarquable du côté de la mélodie, de l'harmonie et de la facture, car même ces formes scolastiques et savantes, qui approchent du style de la musique d'église, et que Méhul avait mal à propos pris l'habitude d'employer dans les opéras, ne sont point ici déplacées, puisque le sujet de Joseph est tiré de la Bible. On dirait que Méhul, après avoir donné consécutivement plusieurs pièces dont le succès n'a pas été marquant, a rassemblé toutes ses facultés en composant la musique de Joseph, afin de reconquérir, et le terrain sur lequel il s'était tant de fois distingué, et sa gloire compromise. Ses efforts ont été couronnés, mais cet ouvrage est le chant du cygne, car à l'avenir nous n'aurons plus de lui que des travaux qui annoncent que sa santé, atteinte d'un mal sans remède qui le minait depuis longtemps, s'affaiblissait par degrés, ainsi que son génie. »