‹ Mémoires de chirurgieChapitre 14 sur 121 · C. Trachéotomie · texte numérisé non relu

C. Trachéotomie

D. Paracentèses de l'abdomen, du thorax et du péricarde. 91

iuccès. Insuccès. Mortalité.

175 32 15p.l00,oulsur6,4.

12 8 40p.l00,oulsur2,5.

2 3 60p.l00,oulsurl,7.

74 17 18p.l00,oulsur5,3.

(1) Les statistiques que j'examine n'ont pas seulement de l'intérêt au point de vue numérique, elles nous donnent une idée de l'état actuel de la chirurgie russe et des méthodes opératoires les plus fréquemment employées dans ce vaste empire. Ainsi, par exemple, quand nous comptons seulement cinq trachéotomies dans l'espace de deux années, nous pouvons en conclure que cette opération n'est pas encore passée dans la pratique générale de nos confrères du ïs'ord (quoique le croup soit loin d'être rare en Russie). De même pour la lithotritie : en regard des 207 lithotomies, nous voyons que, dans la seule année 1856, on broya cinq fois la pierre, et avec .succès. Il n'en est plus question dans les deux années suivantes. Il est donc probable qu'il s'agit là d'une pratique tout à fait isolée et individuelle. D'un autre côté, les opérations anaplastiques nombreuses, les résections variées, la paracentèse thoracique dans les épanchements pleuraux, la ponction du péricarde, prouvent que les progrès les plus récents de la médecine opératoire sont connus et adoptés. Du reste, le dépouillement complet des trois volumes que nous avons entre les mains fournirait matière à d'amples et curieux commentaires.

(2) Dans l'année 1857, on tailla 40 sujets dans le seul hôpital de Penza. La taille latérale fut exclusivement employée, et le chloroforme toujours administré, sans distinction d'âge. A l'exception de deux malades, âgés l'un de vingt-huit, l'autre de vingt-deux ans, tous les autres étaient compris entre onze ans au maximum

Voici le petit tableau de 1856 :

Paracentèse du bas-ventre..

— de la poitrine. .

— du péricarde. . .

Troisième catégorie. — Nombreuse et bien définie, elle comprend les extirpations de tumeurs cancéreuses et autres. J'y joins, pour grossir les chiffres, des opérations qui s'en rapprochent beaucoup, quoiqu'elles soient mentionnées à part dans les tableaux, telles que l'amputation de la verge, la castration, l'ablation du globe de l'œil, l'arrachement et la ligature des polypes.

Toutes ces opérations réunies nous donnent un total considérable et des résultats très-satisfaisants.

Nous pouvons faire encore une distinction utile entre les tumeurs malignes et les tumeurs bénignes, au point de vue de la gravité immédiate de l'opération, et abstraction faite, bien entendu, des récidives qui, du reste, ne sont pas mentionnées dans nos documents.

Si nous réunissons, en effet, d'une part les extirpations de cancer, l'amputation du pénis, la castration et l'ablation de l'œil, ces dernières mutilations étant presque toujours nécessitées par des productions de mauvaise nature, nous trouvons :

Opérations. Succès. Insuccès. Mortalité.

727 702 25 3,4 pour 100, ou 1 sur 29.

D'une autre part, si nous adjoignons les polypes aux tumeurs bénignes, nous avons pour ce dernier groupe un total supérieur et une

et trois ans au minimum; 6 moururent. La cause de la mort est indiquée de la manière suivante :

Garçon de 11 ans, mort le 3e jour : Cystite et péritonite.

— 10 ans, — 15e jour : Abcès du périnée; épuisement.

— 6 ans, — 3e jour : Cystite.

— 5 ans, — 13e jour : Rougeole et pneumonie.

— 4 ans, — 3° jour : Apoplexie nocturne, l'état général parais-

sant très-bon.

— 3 ans, — 37e jour : Variole spontanée.

En 1856, même hôpital de Penza, sur 27 malades, 4 morts.

Un malade mort pendant la convalescence, de rougeole et de pncuinonb.

Garçon de 8 ans : Cystite.

— 17 ans : Dysenterie.

— 17 ans : Maladie du rein, trois mois et demi après l'issue heureuse

de l'opération.

Nombre de cas. Succès. Insuccès.

22 pour 100 de mortalité.

proportion d'insuccès bien moindre, ce qui confirme celle opinion que. toutes choses égales d'ailleurs, l'extirpation est plus grave chez un cancéreux que chez un malade exempt de cette terrible diathèse. La mortalité est presque triple chez les premiers; voici les chiffres :

Succès. Insuccès. Mortalité.

Première section. 3-49 331 18 5 pour 100, ou t sur [9.

Deuxième section. 378 371 7 1 ,8 peur 100. ou 1 sur f> i .

Quatrième catégorie. — Celle-ci est évidemment hétérogène et arbitrairement composée: elle comprend des opérations disparates partout assez bénignes, mais qui trop souvent, néanmoins, sont suivies d'accidents funestes difficiles à prévoir, et pour cela d'autant plus fâcheux; telles : les opérations plastiques, la rhiuoplastie partielle, le bec-de-lièvre, la chute du rectum, les fistules anales, les rétrécissements de l'anus et du vagin, etc.

Total : 61. Succès. 59; insuccès, 2: mortalité : 3 pour 100, 1 sur

La mort survint une fois pour une fistule, l'autre fois pour un rétrécissement du vagin.

Une remarque commune s'applique aux deux dernières catégories; les relevés russes sont extrêmement favorables et démontrentla rareté extrême des complications funestes dont les opérés de nos hôpitaux sont menacés; les opérations de peu d'étendue, qui portent sur des régions circonscrites et superficielles, et qui n'intéressent pas d'organes essentiels, doivent, dans La règle, être bénignes. Si l'économie reste étrangère à l'ébranlement opératoire, et s'il n'apparaît pas d'affection générale de nature septique, comme l érysipèle, la phlébite, etc., on doit nécessairement guérir en prenant soin de prévenir ou de combattre les accidents purement locaux. En pareil cas, si la mort survient, elle nous surprend toujours comme un fait anormal, et, sauf à recevoir un démenti cruel, nous promettons toujours la guérison à nos opérés; malheureusement, dans la pratique nosocomiale, nous avons souvent de ces mécomptes, et, pour en revenir à notre sujet, je ne crois pas qu'un chirurgien de Paris puisse, pà l'hôpital, enlever 54 tumeurs, même bénignes, sans perdre plus d'un malade.

Aux catégories précédentes j'ajoute, en appendice, une statistique obstétricale malheureusement bien restreinte, ce qui s'explique par le très- petit nombre des accouchements qui, paraît-il, se font dans les hôpitaux russes. C'est dans l'année 1856 que je la trouve.

Nombre do cas.

Opération césarienne post mortem. . . i Succès pour l'enfant.

(La mère venait de succomber à une méningite. Opération immédiate ; l'enfant vécut trois mois.) Succès pour la mère.

Embryotomie 2 2

Version '•' 8

Délivrance artificielle 6 3

Application du forceps.

En outre, 483 femmes accouchèrent à l'hôpital, soit : 230 à Kolomna, 52 à Tobolsk, 41 à Wilna, 19 à Kamsk, 141 dans différents hôpitaux épars.

Sur ce total, 183 femmes furent assistées dans leur accouchement, une seule mourut (Hilfe bel der Enlbindung wurde 183 Gebâhrenden geleistet. Davon liefein F ail tôdtlichab).

En lisant attentivement les trois volumes, on retrouve une foule de détails intéressants qu'il serait certainement utile de faire connaître. Je vois, par exemple, qu'en 1858 le nombre des blessures de toute espèce reçues dans les hôpitaux s'éleva à 4 610, et que la mortalité ne dépassa pas 125, c'est-à-dire une mort sur 36, proportion certainement favorable. Je vois que la même année, dans l'hôpital d'Jekalerinoslaw, on reçut 14 malades atteints de gangrène par seigle ergoté, 11 hommes et 3 femmes. Trois hommes moururent sans opération, parce que le sphacèle avait gagné l'épaule ou la hanche. Les 11 autres furent amputés dans le vif aussitôt la ligne de démarcation formée. On fit six amputations de jambe simples, une double au tiers supérieur, une amputation de cuisse, une désarticulation du pied, deux désarticulations de doigt. Trois malades succombèrent, huit guérirent.

Les grands tableaux qui terminent chaque volume, et dans lesquels les diverses affections médicales et chirurgicales sont réparties en 85 classes, sont également très-intéressants. Ils portent sur des chiffres énormes : ainsi, en 1858, 279 463 malades furent traités : 22 021 moururent, ce qui porte la mortalité à environ 8 centièmes. Chacune des 85 espèces morbides est comptée à part dans 60 paragraphes répondant à autant de gouvernements. De sorte qu'on trouverait là les éléments sérieux d'une géographie médicale de l'empire russe, et que de plus on peut apprécier le rapport de la mortalité dans telle ou telle province où la population est plus ou moins

concentrée et les admissions à l'hôpital plus ou moins nombreuses.

Je ne puis ni ne veux m'étendre davantage, mais je me plais à reconnaître que ces documents sont bien coordonnés, clairement exposés, et en un mot très-remarquables sous plusieurs rapports. Il y aurait cependant quelques perfectionnements à leur faire subir; mais tels qu'ils sont, ils apprennent beaucoup, et je souhaiterais qu'il en existât de pareils dans notre pays. Malheureusement nous n'avons rien qui en approche, même de loin, et nous devons avouer notre déplorable infériorité.

Je ne veux plus toucher qu'un point auquel la discussion actuelle donne un très-grand intérêt; je veux parler de la comparaison entre les grands et les petits hôpitaux, au point de vue des suites plus ou moins heureuses des opérations chirurgicales. Cette vue particulière n'a pas fixé l'attention des statisticiens russes, qui possèdent cependant les éléments principaux de la solution. Je ne trouve qu'en 1858 quelques renseignements qui y soient relatifs, et j'en veux profiter.

En effet, nous avons un premier tableau résumant la totalité des opérations chirurgicales pratiquées dans tous les hôpitaux réunis; puis un tableau particulier pour YArbeiter Hospilal de Saint- Pétersbourg, sorte d'établissement modèle qu'on pourrait comparer à notre Val-de-Gràce, et qui est réputé hôpital de perfectionnement. Le mouvement y est assez considérable, puisque en 1858 on y traita 6 864 malades. Rien n'est épargné pour en faire un modèle, et les médecins et chirurgiens sont choisis parmi les plus distingués. Si donc la mortalité y est considérable, il faut l'attribuer au milieu dans lequel il se trouve, et à son siège dans une grande ville.

Or cette mortalité est réellement énorme; elle atteint 160/1000, c'est-à-dire qu'elle est supérieure à celle que donne le moins favorisé des 60 gouvernements. Dans cette même année, la mortalité pour le gouvernement de Saint-Pétersbourg occupait déjà le sommet de l'échelle, soit 146 1000. L'hôpital modèle dépasse encore ce chiffre. Pour revenir à la chirurgie, nous voyons, d'après le rapport de M. le professeur Heyfelder, qu'on pratiqua 56 opérations qui donnèrent 35 guérisons, 21 morts, soit 27/100, 1 sur 2,6.

Si nous reprenons, dans le tableau général des autres hôpitaux, toutes les opérations comparables à celles qui sont indiquées dans le rapport de M. Heyfelder, nous obtenons un total de 682 opérarations n'ayant fourni que 78 morts, soit 11,4/100, 1 sur 8,6.

La mortalité, dans l'établissement modèle, est à celle des autres hôpitaux russes comme 37 est à 11, ce qui dispense de tout commentaire. Le chiffre des opérations isolées est trop faible pour pouvoir être comparé dans les deux tableaux; pourtant nous retrouvons dans la statistique de YArbeiter Hospital ces séries mauvaises que nous sommes également trop exposés à observer dans nos mauvais jours : ainsi 4 amputations de la jambe donnent 3 morts; 2 désarticulations de Chopart se terminent fatalement; 4 paracentèses de l'abdomen sont pratiquées, 3 avec issue funeste, etc. Une petite opération surtout montre bien cette terrible influence des grandes cités. Sur 14 désarticulations des doigts et des phalanges, 3 opérés succombent, soit 21/100. Dans tous les hôpitaux réunis, la même opération, pratiquée la même année 145 fois, ne donna que 6 morts, soit 4/100. M. Heyfelder prend soin, dans son rapport, d'indiquer les causes de mort, et nous voyons que les 3 opérés ont précisément succombé à ces affections générales de nature septique, si rares dans les hôpitaux de province. Tous furent atteints, en effet, de pyohémie.

Gomme contre-partie, citons le petit hôpital de Pawlograd ; on y pratiqua en toutlO opérations : 3 amputations, cuisse, jambe et bras; 5 extirpations de cancers plus ou moins étendus des lèvres ou de la face ; 3 fois l'autoplastie immédiate fut employée ; enfin deux opérations de cataractes doubles par extraction et abaissement; le tout couronné du succès le plus satisfaisant.

Les extraits que je viens de mettre sous les yeux du lecteur sont de nature à démontrer, au moins d'une manière sommaire, que nous n'avons pas à nous enorgueillir des résultats que nous obtenons dans nos grands centres, quand nous les comparons à ceux qui se produisent chez les nations étrangères qui nous envient notre civilisation, et entre les mains de praticiens auxquels nous ne sommes certainement pas inférieurs.

Nous n'avons pas à coup sûr l'outrecuidance de vouloir donner des conseils à M. Otsolig, qui dirige avec tant de zèle et de succès la publication des rapports statistiques généraux ; mais nous nous permettrons toutefois d'appeler son attention sur quelques points restés dans l'ombre, et dont la solution se trouve sans doute dans les rapports partiels dont il dispose.

Nous dirons d'abord que nous avons été surpris de trouver la statistique chirurgicale de 1856 plus complète, plus parfaite que celles des années suivantes. Pour citer un exemple : la première indiquait les opérations obstétricales, qui ne sont plus mentionnées dans les

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