MORTALITÉ DES FEMMES ENCEINTES A LOURCINE
Le problème posé devant l'Académie (2) ne pourra guère être résolu que par des chiffres; et malgré tout ce qu'on objecte aux statistiques, elles paraissent seules capables de jeter la lumière sur la question très-complexe de la salubrité des hôpitaux. Aussi est- il du devoir de tous ceux qui disposent de matériaux sérieux de les produire, tout isolés qu'ils soient, parce qu'on ne saurait réunir trop de renseignements sur un sujet hérissé de si grandes difficultés.
Le débat avait d'abord porté presque uniquement sur les opérations chirurgicales; il s'est étendu depuis à l'ensemble des maladies, et les accouchements ont été invoqués à plusieurs reprises, à trèsjuste raison suivant nous, car, malgré la diversité des conditions dans lesquelles se trouvent les accouchées, la parturition est toujours assez semblable à elle-même pour que les cas en soient plus légitimement comparables que ceux de la plupart des lésions organiques ou des accidents traumatiques. En effet, je ne connais guère de catégories de malades qui, plus que les femmes accouchées, soient directement influencées par l'encombrement ou l'isolement, par les conditions mauvaises ou bonnes de l'hygiène, de l'aération, par l'état sanitaire général, par les épidémies générales régnantes, etc.
Chercher les moyens de diminuer les chances funestes de l'état puerpéral est d'autant plus utile que l'accouchement étant un acte physiologique, ne devrait entraîner la mort que clans des cas trèsexceptionnels, et que, sous ce rapport, chaque décès est un véritable événement imprévu. De plus, en trouvant les moyens de rendre k la parturition ses caractères d'innocuité normale, on peut être certain de découvrir du même coup les meilleures règles à suivre pour diminuer la mortalité après le traumatisme ordinaire, et même, j'en suis convaincu, dans les cas d'affections médicales.
Déjà, à propos de la mémorable discussion sur la fièvre puerpérale, on a avancé que îa concentration des malades augmentait d'une
(1) Gaz. hebd. de méd. et de chirurg., 18G2, t. IX, p. 229.
(2) Je rédigeai cette note pendant la discussion soulevée en 1862 à l'Académie de médecine sur l'hygiène des hôpitaux. La courte, mais instructive statistique qu'elle renferme me servit plus tard, lorsque la même question fut étudiée à la Société de chirurgie, à propos de la construction du nouvel Hôtel-Dieu (voir p. 83).