‹ Mémoires de chirurgieChapitre 24 sur 121 · DES OPÉRÉS · texte numérisé non relu

DES OPÉRÉS

Femme âgée Je cinquante-cinq ans, mère de trois enfants. Lors de son premier accouchement, au moment où la tête passait e le sentit quelque chose qui cédait. Le travail fut fatigant et difficile. Elle s'aperçut bientôt qu'elle avait perdu tout pouvoir sur ses évacuations, et, quoique sa santé générale restât bonne, elle se confine à la chambre, objet de dégoût pour elle-même et ses anus, car molles ou dures les matières s'échappaient involontairement.

Le périnée était rompu; la déchirure intéressait le sphincter, ce qui était la source de beaucoup de douleurs. Le col de 1 utérus était ulcéré.

2i octobre. — Opération ordinaire, avivement des parties, reunion avec la suture superficielle et la suture profonde, division du sphincter anal, et usage de l'opium, d'un régime généreux et du

vin. , , j

Le lendemain, 4 onces de vin de Porto, 2 onces de brandy, une

pinte de bouillon et deux œufs. . .

Le 24, ablation de la suture profonde, dont le trajet est guen ; 8 onces de Porto, une pinte de porter, tranche de mouton. Pour boisson une mixture composée de décoction de quinquina, rte teinture d'opium et d'acide nitrique.

Le 30, ablation de la suture superficielle : la réunion est complète. - 1er novembre. — Huile de ricin et lavement. Pour la première fois depuis trente ans, l'action de l'intestin est soumise à la volonté.

Le 5, guérison complète.

La malade quitte l'hôpital le 20 novembre, avec le périnée restauré solide et épais. Les évacuations sont parfaitement volontaires. L'état est on ne peut plus satisfaisant, tant au moral qu'au physique.

Dans les remarques qui suivent cette note courte, mais concluante, l'auteur ajoute quelques détails opératoires. Il fit l' avivement plus profondément que de coutume, parce que, par suite de la longue irritation des parties, les bords de la rupture étaient épaissis et indurés; il comprit également plus de parties dans la suture profonde pour donner plus d'épaisseur au nouveau périnée. Mais j'appelle'surtout l'attention sur la dernière phrase de l'observation : « Je regarder opium, le vin et le régime généreux comme la, véritable ancre de salut, parce que, faute de les employer largement, les operations de ce genre les mieux exécutées ne seront point couronnées de succès. »

Il n'est pas inutile d'ajouter que M. Baker-Brown, à lui seul, a pratiqué soixante-quinze fois la suture du périnée, soit pour des déchirures, soit comme traitement palliatif du prolapsus utérin. Il

n'a pas perdu une seule malade. Voici un résultat frappant : soixantequinze opérations sans un seul cas d'infection purulente.

Cette donnée est de nature à modifier profondément la pratique chirurgicale et à rétrécir beaucoup le cadre des opérations qu'on proscrit légitimement aujourd'hui en les qualifiant d'opérations de complaisance. Que de tentatives utiles, justement abandonnées à cause des chances de mortalité, seraient reprises si on avait le bonheur d'atténuer beaucoup ces chances mauvaises!

Je ne veux pas dire que l'innocuité et la réussite des opérations résident uniquement dans le régime; mais je crois qu'il s'agit là d'un point capital trop peu considéré de nos jours.

Dans l'introduction aux amputations, à propos des différentes phases de ma pratique, j'ai montré celle-ci s'améliorant sans cesse à mesure qu'elle reflétait davantage la doctrine de la septicémie.

C'est que plus j'ai étudié les causes des accidents traumatiques, plus je suis resté convaincu du rôle considérable que jouent dans leur production les intoxications chirurgicales.

Cette croyance se trouve exprimée en maint endroit de mes écrits, mais formulée nettement en 4869 et 1871 dans les discussions qui eurent lieu à l'Académie de médecine à propos de l'infection purulente. Transportée de la théorie à la pratique, elle a dirigé et dirige encore aujourd'hui ma conduite au lit du malade.

La doctrine en question ne trouve nulle part plus d'applications que dans la chirurgie des membres; là où les questions de conservation et d'intervention radicale se posent tous les jours, où le traitement consécutif possède l'influence la plus considérable sur la terminaison heureuse ou fatale.

Je reproduis donc ici les documents sur les grands accidents traumatiques pour faciliter l'intelligence de ce que j'ai fait jadis et de ce que je fais actuellement.

DISCUSSION SUR L'iNFECTION PURULENTE A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE (1869-4871).

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