‹ Mémoires de chirurgieChapitre 31 sur 121 · Huit heures du matin · texte numérisé non relu

Huit heures du matin

Une heure du soir 4-0 0

Quatre heures 40 *

Six heures 38 6

13 Huit heures du matin 36 6

Quatre heures du soir, frisson 39 6

Six heures ^b 8

11 Huit heures du matin, frisson 40 6

Onze heures 37 4

Deux heures du soir,. . frisson 39 6

Six heures 36 4

15 Huit heures du matin 37 4

Onze heures, • frisson 40 2

Quatre heures du soir. 39 0

Six heures 37 2

16 Huit heures du matin Midi, mort

Ce tracé, intéressant d'abord comme type de la course extravagante delà température dans la pyohémie, indique encore la marche spéciale de la maladie dans le cas présent. L'invasion est subite, comme le prouvent le frisson survenu trois heures après l'opération, et l'ascension quasi verticale du thermomètre qui, à G heures du soir, a déjà dépassé 40°.

Le lendemain et le surlendemain, rémission telle qu'on peut croire l'incident fini.

INFECTION PURULENTE. **ï Le quatrième jour, les symptômes caractéristiques de l'infection purulente reparaissent pour ne cesser qu'avec la mort.

Tout d'abord, conformément à mes idées théoriques, je ne voulus point admettre la pyohémie; il fallut bien me rendre à l'évidence le 4e jour; mais je ne pouvais m'en expliquer les causes. Sur ces entrefaites, je recueillis un renseignement d'une grande importance.

La veille au soir, dans mon amphithéâtre et sur le lit même où j'avais fait la résection, on avait apporté d'un service voisin un blessé gravement atteint et traité par le pansement ouaté, dont on avait renouvelé l'appareil.

Je conclus de là que mon opérée avait été empoisonnée par inoculation, ce qui rendait compte de l'apparition quasi soudaine des accidents.

Le seul point difficile est de savoir quelle a été la nature exacte de l'empoisonnement primitif, si réellement la pyohémie a débuté le jour même de la résection, ou si, plus conformément à la règle, elle a commencé seulement le 4e jour après septicémie préparatoire. 1

Les deux opinions peuvent se soutenir, mais alors les conséquences doctrinales sont bien différentes. Si l'on ad met la pyohémie d'emblée, il faut abandonner les exigences de la théorie de la septicémie embolique, puisqu'il n'y avait ni septicémie ni préparation à l'embolie, et adopter l'hypothèse d'un poison pyohémique particulier, spécial, contagieux, inoculable, distinct du poison septicémique pur et fort capable d'agir sans ce dernier.

Si au contraire on veut faire rentrer le fait dans la règle ordinaire et faire dater seulement la pyohémie du quatrième jour, il faut expliquer le frisson et l'ascension soudaine de la température, puis la rémission du troisième jour, et enfin le retour inattendu du frisson et de la fièvre.

On y parviendrait peut-être en attribuant au bain permanent antiseptique la cessation momentanée de l'empoisonnement, cessation traduite par l'abaissement de la température et l'amélioration de l'état général. Mais il faut convenir que tout cela est bien obscur.

Il me paraît également permis, dans l'état actuel de la science, de soutenir la contagion, c'est-à-dire la spécificité de la pyohémie, et aussi sa production de toutes pièces sans intervention d'un agent spécial; de sorte que le plus prudent me semble d'attendre, avant de conclure, que les faits aient parlé pour ou contre les hypothèses théoriques précédentes.

Et puisque je crois de nouvelles informations nécessaires, je publie à titre de document la note suivante, qui prouve à la fois la

contagion et le développement de toutes pièces de la pyohémie.

Le 12 juin 1873, mon ami le Dr Giniez m'appelle en consultation à Darney, dans les Vosges, pour y voir un propriétaire du pays qui, cinq jours auparavjua, avait été victime d'un grave accident. 11 était tombé de sa voiture dont les roues avaient passé sur sa jambe gauche. Il en était résulté trois factures, l'une compliquée de plaie au tiers inférieur de la jambe, et deux sous-cutanées au quart inférieur et au tiers supérieur de la cuisse.

Le membre avait été aussitôt placé et immobilisé dans une gouttière improvisée faite avec une feuille de zinc. La fracture compliquée avait été soumise à l'irrigation continue.

Le gonflement s'était bientôt développé et avait envahi la totalité du membre, des douleurs violentes étaient survenues, ne laissant pas au malade un instant de repos; l'état général était mauvais, de sorte qu'on songea à une intervention active de la chirurgie et que je fus mandé en conséquence.

* Je trouvai les choses en piteux état. Le foyer de la fracture était en pleine suppuration; la jambe était le siège d'un gonflement superficiel avec rougeur de la peau et douleur au toucher; quelques taches livides sur le dos du pied faisaient craindre l'invasion de la gangrène. La cuisse était considérablement tuméfiée et présentait l'aspect d'un gros cylindre, depuis le genou jusqu'au pli de laine; ecchymosée à sa surface, elle renfermait dans ses interstices musculaires une grande quantité de sang épanché, toutefois la palpation n'était point douloureuse en dehors du niveau des fractures.

L'insomnie, les douleurs, la fièvre, avaient singulièrement affaibli au moral et au physique le pauvre blessé.

C'était un homme de 50 ans environ, de taille moyenne, robuste, actif, sobre, gai, et jouissant d'ordinaire d'une bonne santé; il vivait dans une aisance qui lui permettait de ne rien épargner, et trouvait autour de lui les soins les plus assidus et les dévouements les plus sincères. Il habitait une maison bourgeoise bien tenue et suffisamment conforlable, au centre même de Darney, petite ville de 1500 habitants, très salubre, et dans laquelle les maladies septiques chirurgicales sont presque inconnues, surtout la pyohémie, qui peut-être n'y a jamais été observée.

La gravité des blessures me fit porter un pronostic défavorable, mais ne me décida pas à amputer, car je n'aurais su en vérité où porter le couteau. En coupant la jambe même au tiers supérieur, je ne dépassais pas les limites- du gonflement inflammatoire et je laissais

au-dessus deux fractures de cuisse baignant dans un vaste épancheraient sanguin. Je ne pouvais songer à amputer dans la continuité même de cette cuisse, et il n'y aurait eu de raisonnable à tenter, au point de vue opératoire, que la désarticulation de la hanche, que je n'aurais certainement pas voulu pratiquer.

Je conseillai donc la conservation; deux incisions furent pratiquées au niveau de la fracture compliquée, et. un tube à drainage passé à travers le foyer de cette dernière. Le membre laissé dans la gouttière fut soumis à une contention plus rigoureuse et à une légère extension permanente; je remplaçai l'irrigation continue par des lav âges fréquents et des injections dans la plaie et le drain avec l'eau alcoolisée; des compresses imbibées du même liquide furent placées sur la jambe et la cuisse et souvent renouvelées.

Je prescrivis également les narcotiques intus et extra, le sulfate de quinine et un régime fortifiant si la tièvre le permettait.

Le 17, cinq jours plus tard, je reçus de M. Giniez les nouvelles suivantes : « Les douleurs horribles ont beaucoup diminué; le chloral et les injections hypodermiques ont produit la première nuitun calme complet; depuis, les souffrances sont modérées, mais l'état local n'est pas satisfaisant; la peau de la jambe est distendue, érysipélateuse, le phlegmon est évident; au pied il y a toujours menace de sphacèle, la cuisse reste clans les mêmes conditions. L'état général est moins mauvais, la fièvre n'est pas forte, et il n'y a pas de répulsion pour les aliments. Le sommeil, lent à se produire, est troublé par des cauchemars dans lesquels le patient voit son membre disloqué prendre les formes et les positions les plus étranges. Journées calmes avec accès de découragement. Jusqu'ici point de signes d'infection purulente. »

Je conseillai dans ma réponse de pratiquer sur le phlegmon les incisions nécessaires, ce qui fut fait; on débrida largement sur la jambe et le dos du pied.

Le 24 juin, un long frisson annonça l'invasion d'une pyohémie bien caractérisée qui amena la mort le G juillet.

En m'annonçant ce dénouement, M. Giniez m'apprit une autre catastrophe.

Le 20 juin, la domestique du blessé, femme jeune et robuste, s'était fait à la main droite, avec un morceau de verre, une petite plaie qu'elle n'avait pas pris soin de protéger. En maniant le linge imprégné de liquides sanieux, elle s'inocula. Aussitôt le doigt, la main, le bras devinrent le siège d'un phlegmon gangréneux tellement grave qu'on se décida, deux jours après le début, à pratiquer l'amputa tion du mem-

m INFECTION PURULENTE.

bre en quelque sorte m extrem is. La malheureuse tille succomba, avant son maître, au 7' jour, avec lymphangite, muguet, arthrite tibio-tarsienne et hémorragie secondaire par la plaie d'amputation qui n'offrait pas le moindre indice de travail réparateur.

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