‹ Mémoires de chirurgieChapitre 73 sur 121 · Voy. plus loin ce travail · texte numérisé non relu

Voy. plus loin ce travail

M. Nélaton pratique une amputation sous-astragalienne, il y a quelques mois, à une jeune fille à laquelle M. Ad. Richard coupe la jambe au-dessus des malléoles la semaine dernière.

M. Maisonneuve extirpe le premier métatarsien d'un jeune carrier ; nous assistons, M. Gosselin et moi, l'an dernier, à une récidive qui conduira un de ces jours à une opération radicale.

Voilà le bilan des amputations partielles dans les caries, voilà les opérations que j'appelle insuffisantes.

Comment remédier à ces récidives funestes? En faisant des opérations secondaires? M. Broca paraît croire qu'elles sont moins graves que les premières, et il cite trois amputations au lieu d'élection, pratiquées pour des amputations sus-malléolaires insuffisantes. On s'accorde, à la vérité, à considérer les opérations faites dans ces conditions comme relativement bénignes. C'est là un point de doctrine qui est traditionnel, mais qui n'est pas établi par des chiffres précis et nombreux, et qui par conséquent doit être, jusqu'à nouvel ordre, mis en suspicion. J'ai cité pour ma part l'observation d'une jeune femme à laquelle la désarticulation tibio-tarsienne fut pratiquée sans succès, et qui succomba à une amputation sus-malléolaire consécutive. Les laits de ce genre ne sont pas en général publiés; on peut donc de très bonne foi se faire illusion sur leur fréquence.

En admettant même que les amputations successives perdent quelque peu de leur gravité, on ne peut vraiment pas, sous prétexte d'humanité, couper un membre en plusieurs fois et p?r tronçons superposés.

Pour expliquer comment une amputation secondaire est moins grave, M. Broca fait une hypothèse : il pense que « c'est la quantité retranchée qui donne le pronostic, plutôt que la distance plus ou moins grande du tronc; quand on coupe au lieu d'élection après avoir antérieurement coupé en bas, le tronçon est peu volumineux et le malade court peu de dangers. » L'argument me paraît fragile, et on peut le combattre par le suivant : Lorsque l'os fait saillie à la surface d'un moignon cicatrisé on non, ou en pratique quelquefois la résection. Certes, on fait en poids et en volume un sacrifice minime, et cependant cette petite opération passe pour grave, et quelques chirurgiens la proscrivent absolument, préférant amputer plus haut ou s'abstenir complètement.

Notre collègue a encore produit un argument auquel, je pense, il ne tient pas beaucoup. Mettant en parallèle les lésions du genou et celles du pied, il a comparé l'amputation sus-malléolaire à Tarn-

putation de la cuisse, et l'amputation au lieu d'élection à la désarticulation coxo-fémorale, contre laquelle il a très énergiquement protesté.

Il y a si peu de rapport entre ces éléments mis en regard, que je ne crois pas utile de réfuter un parallèle beaucoup trop forcé.

Par un singulier hasard, que M. Broca a reconnu le premier, les deux pièces pathologiques que notre collègue a mises sous nos yeux plaident éloquemment contre lui. La première est le moignon d'une amputation sus-malléolaire malheureuse; la seconde est à la fois un exemple d'une première opération insuffisante et d'une autre amputation sus-malléolaire qui aurait été également inutile, si par bonheur une particularité fortuite n'avait pas montré, séance tenante, la nécessité d'un sacrifice plus radical. Pour ma part, je dois dire que d'emblée, devant une récidive de tumeur fibro-plastique du pied, j'aurais adopté sans hésitation l'amputation au tiers supérieur.

A plusieurs reprises, j'ai déjà protesté contre les amputations partielles opposées aux caries des os et des articulations, aux tumeurs fibro-plastiques et cancéreuses du squelette, et je disais, dans le mémoire où j'ai développé ces opinions1 : « En résumé, le principe conservateur poussé k l'excès devient fréquemment inutile, sinon nuisible : c'est en suivant les malades pendant un temps suffisamment long que l'on peut s'en convaincre. »

On pourrait, à la vérité, m'opposer des faits contradictoires, et me montrer des cas de réussite nombreux; mais en procédant de cette manière on n'arrive à rien, et le doute, un moment écarté, renaît bientôt. Pour éviter les oscillations, aussi fâcheuses pour l'art que préjudiciables aux malades, il faut procéder autrement; si l'on veut juger enfin les deux méthodes d'amputation de la jambe, il faut rassembler, sans idée préconçue, un grand nombre d'observations, dans lesquelles seront consignés au moins les renseignements suivants :

1° La nature de la maladie et son siège précis; 2° La constitution, l'âge, l'état général de l'opéré; 3j Le procédé mis en usage; les suites immédiates de l'opération; les complications intercurrentes; la durée de la cicatrisation ; 4° La maladie et ses causes;

5° L'état anatomique du membre et l'examen des fonctions, le malade étant suivi au moins pendant un an.

Certainement on verra les amputations de la jambe fournir des

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