‹ Mérope, tragédieChapitre 15 sur 62 · ACTE 1, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE II

MÉROPE

Hélas ! Narbas n’est plus; j’ai tout perdu, sans doute

ISMÉN1E.

Vous croyez tous les maux que votre âme redoute; Peut-être, sur les bruits de cette heureuse paix ,

Narbas ramène un fils si .cher à nos souhaits.

EURYCLÈS.

Peut-être sa tendresse , éclairée et discrète ,

A caché son voyage ainsi que sa retraite:

Il veille sur Égisthe; il craint ces assassins Qui du roi votre époux ont tranché les destins.

De leurs affreux complots il faut tromper la rage l.

Autant que je l’ai pu j’assure son passage , - Et j’ai sur ces chemins de carnage abreuvés Des yeux toujours ouverts, et des bras éprouvés.

MÉROPE

Dans sa fidélité j’ai mis ma confiance.

EURYCLÈS.

Hélas ! que peut pour vous ma triste vigilance?

On va donner son trône : en vain ma fa'ble voix Du sang qui le fit naître a fait parler les droits. L’injustice triomphe, et ce peuple , à sa honte.

Au mépris de nos lois, penche vers Polyphonte.

MÉROPE

Et le sort jusque-là pourrait nous avilir!

Mon fils dans ses États reviendrait pour servir!

Il verrait son sujet au rang de ses ancêtres !

Le sang de Jupiter. aurait ici des maîtres!

Je n’ai donc plus d’amis? Le nom de mon époux, Insensibles sujets, a donc péri pour vous?

Vous avez oublié ses bienfaits et sa gloire?

EURYCLÈS.

Le nom de votre époux est cher à leur mémoire :

On regrette Cresphonte , on le pleure, on vous plaint ;

Mais la force l’emporte, et Polyphonte est craint.

MÉROPE

Ainsi donc, par mon peuple en tout temps accablée.

Je verrai la justice à la brigue immolée;

Et le vil intérêt, cet arbitre du sort,

Vend toujours le plus faible aux crimes du plus fort.

t « Vers négligé. La rage des complots est un terme impropre. » ( La Harpe.)

32 MÉROPE

Allons, et rallumons dans ces âmes timides Ces regrets mal éteints du sang des Héraclides1; Flattons leur espérance , excitons leur amour.

Parlez , et de leur maître annoncez le retour.

EURYCLÈS.

Je n’ai que trop parlé : Polyphonie en alarmes Craint déjà votre fils , et redoute vos larmes ;

La fière ambition dont il est dévoré Est inquiète , ardente , et n’a rien de sacré.

S’il chassa les brigands de Pylos et d’Amphryse ,

S’il a sauvé Messène, il croit l’avoir conquise.

Il agit pour lui seul , il veut tout asservir :

11 touche à la couronne , et, pour mieux la ravir,

Il n’est point de rempart que sa main ne renverse,

De lois qu’il ne corrompe, et de sang qu’il ne verse s Ceux dont la main cruelle égorgea votre époux Peut-être ne sont pas plus à craindre pour vous2.

MÉROPE

Quoi! partout sous mes pas le sort creuse un abîme? Je vois autour de moi le danger et le crime! Polyphonte, un sujet de qui les attentats...

EURYCLÈS.

Dissimulez, madame ; il porte ici ses pas.

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