ACTE I, SCÈNE
Le droit de commander n’est plus un avantage Transmis par la nature, ainsi qu’un héritage :
C’est le fruit des travaux et du sang répandu ,
C’est le prix du courage ; et je crois qu’il m’est dû. Souvenez-vous du jour où vous fûtes surprise Par ces lâches brigands de Pylos et d’Amphryse ;
Revoyez votre époux et vos fils malheureux,
Presque en votre présence, assassinés par eux; Revoyez-moi , madame, arrêtant leur furie ,
Chassant vos ennemis, défendant la patrie;
Voyez ces murs enfin par mon bras délivrés;
Songez que j’ai vengé l’époux que vous pleurez :
Voilà mes droits, madame, et mon rang et mon titre.
La valeur fit ces droits; le ciel en est l’arbitre.
Que votre fils revienne , il apprendra sous moi Les leçons de la gloire , et l’art de vivre en roi :
Il verra si mon front soutiendra la couronne.
Le sang d’Alcide est beau , mais n’a rien qui m’étonne.
Je recherche un honneur et plus noble et plus grand :
Je songe à ressembler au dieu dont il descend.
En un mot, c’est à moi de défendre la mère ,
Et de servir au fils et d’exemple et de père.
MÉROPE
N’affectez point ici des soins si généreux,
Et cessez d’insulter à mon fils malheureux.
Si vous osez marcher sur les traces d’Alcide,
Rendez donc l’héritage au fils d’un Héraclide.
Ce dieu, dont vous seriez l’injuste successeur,
Vengeur de tant d’Etats, n’en fut point ravisseur.
Imitez sa justice ainsi que sa vaillance ;
Défendez votre roi, secourez l’innocence;
Découvrez, rendez-moi ce fils que j’ai perdu,
Et méritez sa mère à force de vertu ;
Dans nos murs relevés rappelez votre maître :
Alors jusques à vous je descendrais peut-être :
Je pourrais m’abaisser; mais je ne puis jamais Devenir la complice et le prix des forfaits1.
1 Ces sentiments, pour être exprimés avec, un peu d’êmphase, n’en sont pas moins légitimes, et on sait gré à la mère d’ÉgiSthe de iîe pas oublier qu’elle est aussi 1a veuve de Cresphonte.