ACTE 11, SCÈNE V
A pris de votre fils les dépouilles chéries,
L’armure que Narbas emporta de ces lieux :
( On apporte celle armure dans le fond du théâtre . ) Le traître avait jeté ces gages précieux ,
Pour n’étre point connu par ces marques sanglantes1.
MÉROPE
Ah î que me dites-vous? Mes mains, ces mains tremblantes, En armèrent Cresphonte , alors que de mes bras Pour la première fois il courut aux combats.
0 dépouille trop chère, en quelles mains livrée!
Quoi ! ce monstre avait pris celte armure sacrée
EURYCLÈS.
Celle qu’Égisthe même apportait en ces lieux.
MÉROPE
Et, teinte de son sang , on la montre à mes yeux!
Ce vieillard qu’on a vu dans le temple d’Alcide...
EURYCLÈS.
C’était Narbas; c’était son déplorable guide;
Polyphonte l’avoue.
MÉROPE
Affreuse vérité!
Hélas! de l’assassin le bras ensanglanté,
Pour dérober aux yeux son crime et son parjure2.
Donne à mon fils sanglant les flots pour sépulture !
Je vois tout. 0 mon fils ! quel horrible destin!
EURYCLÈS.
Voulez-vous tout savoir de ce lâche assassin?
1 On ne saisit pas trop bien le raisonnement d’Euryclès. L’armure d’Égisthe, trouvée dans le voisinage du lieu où le meurtre s’est accompli, ne prouve pas que le corps mort, qui ne s’est pas retrouvé, en eût été revêtu, ni qu’Égisthe l’eût portée, ni qu’il l’eût rejetée. Ce rapport d’Euryclès suffit pour justifier la méprise de Mérope; mais comment justifier Euryclès’ Cetie invraisemblance est un des vices de la tragédie. Le poète italien avait mis plus d’adresse pour amener l’erreur de Mérope en supposant qu’Égisthe, arrêté comme meurtrier, portait au doigt l’anneau de Cresphonte. Ce joyau est un indice plus heureusement imaginé que la lourde armure emportée on ne sait comment par Narbas, et jetée on ne sait pourquoi par Égisthe.
2 Parjure est de trop pour le sens.
MÉROPE