‹ Meissonier; etude suivie d'une biographieChapitre 6 sur 10 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

DE

On pourrait appuyer de bien des noms qui ont émergé, cette remarque que, en France au moins, les sculpteurs sortent du peuple, tandis que les peintres appartiennent à la petite bourgeoisie. Les nécessités des premières études suivent les hasards de la naissance. La position sociale s'impose au génie au moment où il entre dans la vie. C'est dans les heures isolées de la garde des troupeaux, c'est à l'aide des ciseaux paternels, que l'enfant imaginera de pétrir de la terre, de dégrossir une pierre, d'évider des morceaux de bois. Et, si les essais ont été remarqués, c'est chez le marbrier ou chez le sculpteur d'ornements qui est un voisin ou un ami, que les parents du futur David d'Angers le placeront en apprentissage ; tandis que l'autre enfant, qui sera par exemple Eugène Delacroix ou Théodore Rousseau, a eu, dès l'origine, des crayons, des plumes, du papier ou les marges de ses cahiers pour copier des images et ébaucher des bonshommes.

LA VIE DE MEISSONIER

Pour ces derniers encore, la mère a bien souvent décidé de la vocation, en obtenant du père, à moitié inflexible, l'envoi à une école de dessin gratuite ou à

l'atelier d'un parent : l'instinct vient doubler la tendresse! Le plus souvent j'ai

ouvert sur ce sujet une enquête qui donne raison aux physiologistes en corroborant les lois de l'atavisme - - la mère est dominée par un de ces tempéraments

nerveux qui rendent aptes aux sensations subtiles. Souvent elles sont artistes elles-mêmes, musiciennes, familières avec la lecture des poètes, d'une conversation originale et attrayante alors même que la forme n'en serait pas correcte.

Jean-Louis-Ernest Meissonier ne fait point exception à cette double influence du centre artiste et du sane maternel.

Il est né à Lyon, en 1815, d'un père qui était commissionnaire en denrées coloniales et ne fit fortune qu'assez tard, et d'une mère d'une nature et d'une éducation toutes différentes : celle-ci avait appris à peindre la porcelaine et même la miniature dans l'atelier de la célèbre Mmc Jacottot. Quoique, étant morte jeune, elle n'ait peut-être point longtemps exercé d'action tout à fait directe sur son enfant, elle lui légua certainement le germe de ses aptitudes artistes : sa ressemblance physique, une nervosité qui se trahit par des larmes à l'audition d'une musique de maître, et une sensibilité de sensitive à l'endroit de la critique.

L'enfant fut ramené jeune à Paris. Il alla, comme externe, dans une pension de la rue des Francs-Bourgeois. Un bulletin, retrouvé clans des papiers de famille, constate chez l'élève Ernest « une tendance trop accentuée à dessiner sur ses cahiers au lieu d'écouter ses professeurs ».

Ses premières années se passèrent dans la maison paternelle, une boutique de drogueries, rue des Ecouffes. Il avait trouvé dans une armoire les boîtes de couleurs dont se servait sa mère, et il en abusait. L'épicerie n'était évidemment point son idéal, et il s'en convainquit, en se liant avec un garçon de son âge, Louis Steinheil, qui l'entraîna définitivement dans l'abîme. Dans ces temps reculés, on passait très brusquement de quelques membres de l'Institut, en renom, calés et même anoblis, comme les Regnault, les Gérard ou les Gros, à des professeurs au cachet faisant accepter péniblement leurs tableaux d'histoire au Salon ou obtenant la décoration d'un café à la mode dans le quartier. Les Pvomantiques levaient déjà leur étendard taché de vermillon et de vert Véronèse, laissaient croître leur barbe et défiaient publiquement les élèves de David. Il y avait de quoi jeter les pères dans des hésitations ! Cependant celui de Meissonier céda. Ernest obtint d'exécuter des têtes à l'estompe chez un M. Julien Potier,

Étude pour Réception au château. »

(Vendue 85 francs. )

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