I. E s H 0 U R (i E 0 1 S FLAMANDS
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succès coiiiine peintre ne tardèrent pas à suivre ses succès coninie dessinateur. En 1837, Meissonier n’avait pas exposé. En 1838, il envoyait le Religieux consolant un malade^ acquis, à cette date, pour le duc d’Orlëans et revendu, en 1852, à un Hollandais des mains duquel il est passé au Musée E’odor, à Amsterdam. En 1839, il expose le Docteur ancjlais^y^cAwi en 1836, sujet emprunté à l’une de ses illustrations de la Ghauniière indienne: en 1840, avec un Saint PauG dont le dessin appartient au Luxembourg, et un Isaïe, peints en 1838 et gravés pour X Histoire universelle de Bossuet, il envoie un premier Liseur que Jules Janin signalait, dans X Artiste, longuement et chaleureusement, comme le plus charmant petit tableau du salon, « un chef-d’œuvre d’un demi-pied à peine ».
Meissonier obtint, cette année, un premier encouragement officiel avec une troisième médaille. En 1841, le progrès se dessine plus nettement avec la Partie d échecs, récompensée d’une deuxième médaille et acquise par un collectionneur célèbre, M. Paul Périer, au prix de 2000 francs. C’était à la fois un honneur et un prix qui comptaient. En 1842, un Fumeur, celui-là même qu’il grava, le proto-
il a préféré l’eau-forte ou la pointe sèche, qui convenaient mieux à son talent précis et aigu. Ses principales eaux-fortes sont : la Sainte Table; le Violon, carte de visite du luthier Vuillaume; le Petit Fumeur; le Vieux Fumeur, gravé sur acier ; les Apprêts du duel ; les Pécheurs à la ligne; le Fumeur, 1843, dont il y a eu plusieurs états et qui est demeuré particulièrement célèbre (reproduit ici) ; il Signor Annihale ; les Reîtres ; le Sergent rapporteur; Monsieur Polichinelle ; etc.
A cette liste dressée par Burty, dans la Gazette des Beaux-Arts (1862, t. XII), il faut joindre quelques autres eaux-fortes ou pointes sèches exécutées principalement comme remarques aux reproductions gravées de ses interprètes.
type (le ses nombreux Fiiineurs, et un Jeune homme jouant de la basse ^ contirmeni ses succès antérieurs. En 1843, il est, on peut dire, définitivement classé dans les premiers rangs de Técole avec deux portraits, Fun de son cousin Claudius Cariant, l’autre de M. de Glievigné, tenant un cigare, accompagnés de Un peintre dans son atelier^ que le critique de Y Artiste pouvait, non sans raison, désigner pour le Luxembourg, — où Meissonier fut complètement oublié jusqu’en 1863. Ce tableau lui mérita une récompense nouvelle : la médaille de première classe. 11 fut lithographié par Français. En 1844, Meissonier n’expose pas. En 1845, il envoie un Jeune homme regardant des dessins, pris dans son intérieur du quai Bourbon, la Partie de piquet et un Corps de garde, celui de la collection Wallace, nerveux, expressif^ cliaiid et coloré, belle et vivante petite chose précieuse. En 1846, Il propos de l’étude de Saint-Cloud, exposée par Français, Thoré, de sa plume bien trempée, désignait comme des œuvres exceptionnelles d’expression, de couleur et de vie les microscopiques et spirituelles figurines que Meissonier avait éparpillées sous les grands ormes du paysagiste, et il les (jualifîait « une des raretés les plus curieuses de la peinture actuelle ». Meissonier recevait cette année la croix de la Légion d’honneui*.
Dès lors l’artiste a conquis son rang. 11 est non seulement connu, maisdéjà célèbre. Lesprix de ses tableaux sont en proportion de celle célébrité et montent au fur et à mesure qu’elle s’établit plus solidemenl. 11 y a loin des
(Galerie Wallace.)
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100 francs qu’on lui donnait en 1834 pour son tableau des Bourgeois flamands. Viê Religieux consolant un malade^ de 1838, vendu 500 francs au prince d’Orléans, était revendu, en 1852, 4 000. Le Liseiu\ de 1840, si malheureuseinenl brûlé dans l’incendie de la collection Behring-, était payé par cet amateur 1 500 francs. La Partie d'échecs^ vendue à M. Paul Périer, en 1841, au prix de 2 000, était cédée 5500 francs à M. B. Delessert. Le même amateur rachète à 12 000 francs le Peintre dans son atelier., vendu en 1 843 au même M. Paul Périer. Le Corps de garde ^ de 1 845. est vendu 6 000 francs à M. Moselmann, pour être repassé à un baron allemand, trois ans après, au prix de 8 000. Il est revendu 0 000 au marquis d’Hertford. En 1848, les Trois Amis sont vendus 8 000 francs k la reine d’Ang-leterre. Onle voit, tous les grands collectionneurs, y compris, peu après, le prince Demidoff, le duc de Morny, les rois eux-mêmes, s’empressent d’acquérir ces précieux petits tableautins. En 1855, date à laquelle commence l’apogée de la gloire du maître, l’empereur, comme souvenir du voyage en France de la reine Victoria et du prince Albert, offre à ces souverains la Rixe^ qu’il paye 25000 francs. Plus tard, ce sera bien autre chose, car, si sa vente posthume accuse des prix de 12 à 20000 francs pour de simples études, de 30 à 40 000 francs pour des aquarelles de ligures uniques {^Dragon en vedette^ 33000; Dragon de t armée d Espagne., 38 005 francs) et jusqu’à 50000 f]*ancs pour des études peintes de généraux telles que celles de Lannes et de Bessières; si le Graveur à F eau-forte attei-
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gnit alors 27200(1 francs, Meissonier raconte lui-inènie, [)ropos recueilli dans ses Entretiens^ (jue ses Cuirassiers (le 1805), cèdes, en 1880, au prix de 250000 francs, furent vendus à l^ruxelles 275 000. Repris presque aussitôt avec un bénéfice de J 00 000 francs à l’amateur qui venait de les acquérir, ils sont enlevés, immédiatement après leur déballage à Paris, au prix de 400 000 francs.
A la date de 1848, la situation de Meissonier, sans être encore exceptionnelle, comme elle le devint plus tard, était donc pourtant très enviable. La mort de son père, survenue en 1845, lui laissait, du reste, au dire de l’artiste lui-méme, une assez belle fortune pour l’époque, puis(|u’il s’ag-issait de 1200 000 francs. C’est à ce moment (ju’il s’installe à Poissy, où il était venu tant de fois travailler. Les conditions de sa vie étaient sérieusement cbangées. Si M(dssonier eût eu le sentiment de l’épargne, comme bien d’autres, il eût pu amasser une extraordinaire fortune. Mais il avait le goût du luxe, la passion des belles choses, l’amour de la représentation et, il faut bien le dire aussi, du « panache ». S’il se souciait peu du plaisir ou môme du bien-être, étant natureflement sobre, particulièrement chaste, pi*odigieusement actif et férocement laborieux, il avait, comme Rembi*andt, h (jui, par parenthèse, il gardait un culte fervent, le besoin d’un décor magnitique, et il l’étendait chaque jour avec une imprévoyance, (jui ne lui fut pas aussi cruelle qu’au pauvre grand maître hollandais, mais qui amassa les dettes et les soucis
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pour les dernières années de sa vie. (ju’on pense (jue sa maison de Poissy, achetée 26 000 francs, lui revint à force d’endjellissements à plus de 1 000 000 ! Et l’on sait que, plus tard, après la guerre, il avait fait édifier, à l’angle du boulevard Maleslierbes et de la rue Legendre, un fastueux botel dans le style de la Renaissance. De plus, il avait une telle conscience, une telle probité, qu’il ne se décidait jamais à livrer les tableaux commandés et, surtout, il était dévoré par les scrupules qui lui faisaient rassembler une masse d’accessoires dispendieux : costumes, barnachements, armes, mobilier, sans parler des modèles, hommes et chevaux, qu’il gardait costumés et équipés dans son parc de Poissy, à l’exemple de son maître d’occasion, Léon Cogniet, de manière à les surprendre en dehors de la pose, dans le naturel de leurs attitudes involontaires et de leurs gestes familiers.
Les honneurs avaient accompagné la fortune. Chevalier de la Légion d’honneur en 1846, Meissonier accédait, presque à chaque exposition décennale, au grade supérieur pour atteindre, en 1889, le grade le plus élevé. Élu, en 1861, membre de l’Institut, il était président de tous les jurys, correspondant de toutes les académies étrangères, et il s’était vu olfrir, à toutes les grandes expositions universelles, les médailles d’honneur ou rappels de médailles d’honneur. Nulle fortune artistique ne fut, de notre temps, comparable à la sienne. Il était loin d’être insensible à cette gloire qui l’entourait d’un rayonnement dont aucun maître avant lui n’avait été pareillement illuminé. Il aimait la gloire et
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il aimait toutes les formes extérieures et concrètes (ju’elle revêt. Cela répondait à ses goûts d’apparat, de costume, d’attitudes. Il nous en fournit, lui-même, avec bonne humeur, un exemple dans une anecdote qu’il rapporte de sa jeunesse. Lorsqu’il revint de Grenoble, en 1835, il s’arrêta à Lyon, pour Se commander un manteau longtemps rêve, un de ces longs manteaux d’artiste à l’italienne, auquel, pour plus de faste, il faisait coudre des boutons d’argent. Assez petit de taille, mais vigoureux, solidement bâti, d’une force qu’il entretenait par tous les exercices physiques, ê(juitation, natation, escrime, canotage, la tête énergique et volontaire, aux grands yeux noirs, noyés à demi sous les plis de la paupière supérieure, les narines ouvertes, les cheveux bruns rebelles, la barbe, d’abord courte, qu’il laissa plus tard se deVelopper en larges volutes majestueuses comme celle du Moïse de Michel- Ange, Meissonier avait naturellement de l’allure ; il le savait et il aimait a s’habiller de costumes civils qui avaient des airs militaires, quand il ne s’affublait pas encore, sérieusement, de costumes militaires, soit de fantaisie, comme celui qu’il portait à Solférino, tel qu’il s’est peint au dernier rang de l’état-major, soit d’ordonnance, alors que, pendant le siège, il traversait les boulevards ou courait aux avantpostes avec son équipage galonné de lieutenant-colonel d’artillerie de la Garde Nationale. C’était là une de ses faibb'sses. Si, de son vivant, il avait pu connaître le monument qui lui a été érigé à la porte du Louvre, il eût eu, à ce point de vue spécial, une joie extrême, cai*le statuaire,
Cliché Haiisl'slaeiiï
(Galerie Wallace.)
faisant preuve de psycliolog’ie et (ringëniosite, a dissimulé la petite taille de son modèle dans Tampleur d’une rohe vénitienne. Un des fondateurs de la Société Nationale des Beaux-Arts, où Meissonier fut le premier président, à la suite de la scission des salons, dont il fut, du reste, un des auteurs responsables, nous a rapporté à ce propos un petit incident sig-nificatif qui se produisit lors d’une des réunions tenues chez lui, à l’origine de l’organisation. Un peu avant l’ouverture de la séance, comme on causait dans l’intimité, Meissonier apporta une robe de doge qu’il avait, disait-il, récemment acquise, et il l’endossa pour la faire admirer. Pendant qu’on l’examinait au milieu d’exclamations, il sortit brusquement sa montre : « Allons ! messieurs, vite ! il est tard ! » déclara-t-il vivement, et il se hâta d’ouvrir la séance en gardant, comme par inattention, ce vêtement magnifique, dans lequel il se drapa majestueusement.
Mais la gloire, la fortune et les honneurs ne le grisèrent jamais et laissèrent intacte cette conscience admirable de grand et véritable honnête homme qu’il fut dans sa vie et dans son art. Et plus il avançait en âge, plus il travaillait, et plus il semblait prendre souci de la perfection de son travail. C’est cette application même qui donne à certaines productions de cette époque quelque froideur ou quelque dureté.
Tel qu’un Hollandais de race, Meissonier n’avait jamais beaucoup voyagé. En 1850, dans un dîner avec Delacroix etChenavard, on fait, inter pocula^ le beau projet d’aller en
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Hollande « voir, éci*il Delacroix, l(\s dessins de Raphaël ». La mémoire du maître n’a sans doute pas ëtë fidèle, à moins que sa plume n’ait fait un lapsus. Au dernier moment, Delacroix, qui a espère qu’il ne se fera pas », fait rater le projet. Meissonier, toutefois, s’y rendit tout seul. Ce n’est (ju’en 1875, à soixante ans, qu’il connut Rome, à l’occasion du centenaire de 3Iicliel-Ang’e. et c’est seulement en 1860 (ju’il alla pour la })remière fois dans cette Venise où il se plaisait tant à vivre dans ses derniers jours. La plus grande partie de son existence se passa soit à Paris, soit à Poissy, soit encore à Antibes, où il a peint nombre de ses tableaux. 11 disait que (( les voyages ne sont bons que pour ceux qui courent pour tuer le temps ou pour les écrivains et les poètes, qui se servent de ce (ju’ils voient en passant ». Il n’était pas de ceux qui aiment à élargir leur horizon. Le développement de nos connaissances déplace constamment le point de départ de notre conception de la vérité. Meissonier avait besoin de certitude. Comme les maîtres de Hollande, auxquels on doit toujours le comparer et dont il avouait la fdiation à ses débuts, sa vie avait un objet délini ; il s’y était donné tout entier.
Sa première femme était décédée en 1888; il se maria de nouveau (1) avec 3111e Elisabeth Bezanson, la bile de son ancien concurrent heureux, lors(ju’il eut la velléité de se présenter à la députation en 1848. Le portrait de sa seconde femme se trouve dans maints de ses derniers
(1) Le 1'“*’ juillet 1889, à la mairie du VII® arrondissement, Mme veuve Meissonier, née Bezanson, est décédée le 21 mai 1898, à Poissy, à l’âge de cinquante-huit ans.
Uil)Ieaux : le Chanta le Sièrje de Paris^ où, dans sa haute laille un peu virile, (die figure la repr(3sentaliou de la cité. Après nombre d’années absorbées par le travail, les soucis d’alFaires puis la maladie, Meissoniei* mournt le 31 janvier 1891, dans son domicile de Paris, 131, boulevard Malesberbes, et fut conduit h la Madeleine, le 3 février, entouré de ces bataillons, de ces escadrons et de ces batteries dont il avait peint les gloires passées, et salué par ce drapeau qu’il avait aimé de toute sa foi patriotique et servi de toute la mâle conscience de son probe et clairvoyant génie.
L’œuvre : Meissonier peintre de genre. — Origine des sujets rétrosix'ctifs.
— L’imitation des Flamands et des Hollandais. — Meissonier est-il responsable de cette mode? — Elle était générale à son apparition. — Le « siècle de Louis XIII » dans le roman et le théâlre. — Part qui revient à Meissonier dans cette orientation. — Sujets Louis XIII et Louis XV.
— Personnages isolés et scènes groupées. — Jugement de Théophile Gautier sur h's Fumeurs. — Principaux tableaux sur ces deux modes.
Lejtrcmier dessin que Meissonier avaitsoumis à Jobanuot et sur la vue dtiquelJulieu Potier s’était décidé à accueillir le jeune artiste, représentait, nous l’avons vu, des Soldats buvant dans un eaharet . Meissonier marquait ainsi, du coup, sa direction à venir, il s’affirmait ainsi comme l’héritier naturel des petits u Flamands », suivant le terme employé indistinctement à cette époque pour les maîtres de Flandre ou de Hollande, dont il paraissait destiné à assurer la reprise ou la continuation. Ses premiers envois
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au salon vioiinent confirmer, par l’enoncé meme du sujet : Le petit Messager. « sujet flamand » ; Bourgeois flamands ; Joueurs déehees^ « seène flamande », cette sorte de vocation (jui se poursuivra si tard.
On pourrait donc croire que, entr(‘ les solennelles et laborieuses combinaisons des milieux classiques et les truculentes improv isations historiques et poétiques du romantisme, Meissonier fût l’instigateur de cette mode similihollandaise et qu’on dût lui attrihuer le monopole de ces sujets à la Miéris et à la Gérard Dow, à la Terhurg et à la Metsu, qu’on lui a si souvent reprochés.
11 n’en est rien, cependant, et, pour fixer impartialement la physionomie de ce maître et limiter sa part de responsabilité dans cet ordre de production, il est nécessaire de déterminer son point de départ et de considérerses débuts au moment où ils se sont produits. On voit aussitôt que cett(‘ prédilection pour les maîtres de Flandre et de Hollande était loin d’être (‘xclusive à Meissonier, qu elle était partagée par nombre d’autres artistes antérieurs en date (d même (ju’elle relevait d’un état d’esprit assez général.
Ces petits réalistes septentrionaux (jiii se plurent à célébrer les inlimilésde laviedeleur tenqiset (jui en laissèrent, avec une image si fidèle, une expression si profondément pittoresque, ces « Flamands » peuvent, en effet, se vantm* d’avoir exercé une action vigoureuse et particulièrement salutaire sur l’évolution d(‘ la pednture moderne (mi France. Ils avaient été longtemps dédaignés jadis, au milieu des j)0mpes de la cour de Versailles ((ui absorbait tout(‘ fins-
piration artistique, mais, à la fin du xviii® siècle, ils avaient g'agné en considération à la faveur de l’exaltation naturaliste des esprits, ouverts, d’autre part, par le mouvement créé à la suite du g'rand Français qui était déjà un des leurs : Chardin. Les cabinets privés et les collections royales s’empressaient de les recueillir, et comme celles-ci étaient ouvertes au public, en vue de son enseignement, depuis 1750, ce furent ces vivants petits maîtres qui formèrent toutes les générations d’artistes depuis celles qui étaient déjà constituées à cette date jusqu’à celles qui ouvrirent l’ère nouvelle.
C’est ainsi que les « Flamands » furent non seulement les conseillers suivis des de Marne, des Taiinay, des Moreau l’aîné, des Xavier le Prince, et de tous ces petits maîtres à cheval sur les deux siècles : paysagistes, animaliers, peintres de mœurs, peintres de Heurs ou de natures mortes, qui furent les parrains du paysage moderne et ses initiateurs, de Watelet à Georges Michel et à Paul Huet, mais que, même autour de David, nous voyons surgir les ligures de Drolling et de Granet, qu'on peut appeler leurs légitimes petits-fils, sans oublier Boilly, à qui on ne peut refuser également ce titre. Et ce mouvement n’est pas limité à ces quelques artistes plus en vue qui le dirigent; il est si étendu que les expositions, au moment on Meissonier sent naître ses premières velléités d’art, voient foisonner les interprétations. les imitations ou même les pastiches de cette petite peinture « llamande ».
De 1820 à 1834, date de l’apparition de Meissonier, peut
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on coinpOn*. sans distin^'inn* les milieux, roinanti(|in‘S aussi bien (jiu' classi(jues, sous les noms d'isabey, de Lami, de lb)ter*let, de Roelm, d(‘ Wafllard, de J.-B. Cazin, de Laurent Dabos, etc., tous les intérieurs de cuisine, les corps de ^arde, les parties de trictrac, les diseuses de bonne aventure, en costume « du siècle d(‘ Louis XllI », comme déclare une de ces notices? Cette orientation vers les Hollandais, marquée par une première phase d’imitation un peu littérale, annonce le mouvement de réaction })rocliain, non seulement contre les tendances classiques, mais même contre celles du romantisme. C’est la première forme, timide ou timorée, ({ue revêt l’esprit d’observation réaliste, dont l’ère est déjà prédite avec-bi'uit par certains ci*it i(jues d'avant-garde.
M(‘issonier n’a donc pas la responsabilité de cette invention ou de ctdte reprise. 11 suivit simplement la mode courante en s’attachant, à son tour, à des sujets d’un autre temps. La mode, on le sait, fut si générale que le roman et le théâtre, avec Victor Hugo, Alexandre Dumas père, puis Emile Augier, la subissent et contribuent encore à l'étendre. Pour (*e dernier auteur, avec lequel Meissonier a bien des alliiiités, il fut ])eut-être entraîné ])ar le maître lui-même, (jui (dait son ami et (jui lui dessina les costumes de V Aventurière. Ce qu’il convient d’ajouter, })Ourtant, c’est que Meissonier, en vertu de la confoianation organi(jue de sa vision, avait des dispositions (‘xceptionnelles à témoigner un(‘ prédilection spéciale à ces maît]*es et à adapter étroitement son génie au leur. 11 (dait ])rédestiné. Mais, parmi
Cliché Braun, Clément et C>'