‹ MeissonierChapitre 6 sur 10 · KTUDE POUR LES JOUEURS DE BOULES A AMIBES · texte numérisé non relu

KTUDE POUR LES JOUEURS DE BOULES A AMIBES

(Musée (lu Luxeuiljoui’g.)

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MEISSONIEH.

r/est en 1839 (|ue Meissonier commence à faire alterner ses personnages Louis XV avec ses ligures Louis XIII. C’est que, justement rannée précédente, son temps a été entièrement consacré au travail minutieux de ces merveilleuses vignettes liliputiennes commandées par Curmer pour la Chaumière indienne. L’excellent Docteur anglais.^ avec son habit noir, sa perruque blanche et sa canne, sort, en effet, du livre pour reparaître, en 1839, sur un petit panneau, dans son allure méditative.

Avec sa faculté d’imagination réaliste et positive, Meissonier a revécu tout à fait ce temps, il y est entré luimême plus que dans aucune autre des époques auxquelles il s’est attaché. En même temps ses scrupules de conscience contribuent à l’y faire pénétrer davantage ; car, à force de fureter chez les brocanteurs du Temple, il amasse toute une défroque et tout un fourniment singulièrement suggestifs pour un esprit aussi curieux et aussi passionné.

De même que pour ses sujets Louis XIII, Meissonier, ici encore, commence, pour ainsi dire, par des monologues. Puis les acteurs, de nouveau, se doublent, et l’on arrive à de véritables groupes en action. Mais Faction ici se déroule dans le calme et la paix. Les Liseurs abondent. Comme on en demandait la raison à Meissonier, il répondait, en s’excusant en même temps de ce retour vers le passé, que jadis on lisait beaucoup plus qu’aujourd’bui et que, s’il avait dii peindre un liseur de notre temps, il aurait dii le peindre lisant un journal. Les Fumeurs obtiennent la même faveur. C’est que rien ne lui plaisait plus comme

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M EISSÜNIER.

d’enlrej* dans celte vie profondément recueillie de riioinine (jui, dans le bien-être d’un isolement volontaire et tranquille, s’abandonne tout entier aux délices du rêve à travers le brouillard de la fumée savoureuse ou s’oublie complètement en tournant les pages d’un livre aimé. C’est en 1840 qu’apparaît son premier Liseiu\ celui qui fut détruit dans rincendie de la collection Eeliring-, à Londres, (^est en 1842 qu’il expose son premier Fumeur., celui-là même qu’il a linement gravé à l’eau-forte. Leur succès fut si considérable qu’il dut reprendre maintes fois, entre 1840 et 1860, ces deux tbèmes simples et cbarmants. Pour les disting-uer, on a baptisé ces « liseurs » ou ces « fumeurs » de toute sorte : Liseur blanc., Liseur noir^ Liseur rose.. Fumeur debout^ Fumeur assis, etc. ; mais aucun ne se répète et cbacun, par son attitude, sa mimique, le caractère de sa pbysionomie, de son isolement, de son mobiliej', du décor intime à travers lequel il respire, dit non seulement sa personnalité sociale, mais l’idiosyncrasie de son individualité propre. Nul n’a mieux traduit que Tb. Gautier, qu’il faut citer après Burty et Gréard, la distinction (mtre ces êtres si nettement et si subtilement dillerenciés.

« Prenez le E’umeur, écrit-il (1). Celui-ci est un brave bomme, àcouj) sûr : vêtu d’un large babil découpé surannée et d’iin gris modeste, coiffé d’un lampion soigneusement brossé, balançant son ])ied que cbauss(‘ un bon gi*os soulier bouclé d’argent et ciré à l’œuf, il aspir(‘, av(‘c b‘ llegnu' d'un(‘ bonnêle conscience, une longue boulfée de tabac, (ju’il laiss(‘

(1) Gffcel le fies lieauæ-Arls, 180:2.

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