LES AMATEUIIS DE 1> E I M U II E
(Miist'-e Condé, à Chantilly. i
Cliché Girautlon.
échapper par petits imag’es en économe qui veut faire durer son plaisir; prés de lui, sur la table aux pieds roulés en spirales, pose, à côté du vidrecoine, la mesure de bière à couvercle (Tëtain : une satisfaction intime rayonne de sa figure rayée de grands plis pleins de cbitfres, d’habitudes d’ordre et de probité rigide. On lui confîei*ait sa caisse et ses livres à tenir. Celui-là, babillé de rouge, tient aussi une pipe et accomplit en apparence la même action ; mais le vêtement froissé, plissé violemment, boutonné de travers, le tricorne enfoncé jus({LCau sourcil, les manchettes et le jabot fripés par une main convulsive, l’attitude du corps, harassée et fiévreuse, le tic de la lèvre mâchant le tuyau d’argile, la main rageusement plongée dans la poche vide, tout annonce l’aventurier ou le joueur à sec. 11 se dit évidemment : « A qui diable pourrais-je emprunter un louis ou même un écu de six livres ? »
Ouebjues flûtistes, joueurs de contrebasse, ici un peintre, là un poète, ailleurs un graveur, viennent grossir le nombre de ces ligures solitaires ; mais, comme précédemment, il aime soit à les suivre dans des réunions de voisins ou de camarades, tels ces Joueurs de boules^ sur une route, au bord de la mer, le long des remparts d’Antibes, en bras de chemise, sur la tète le large tricorne qui exhausse leur silhouette dans le clair soleil méridional ; ou comme ces Joueurs de tonneau qui se livrent aux innocents plaisirs du dimanche, dans la campagne familière de Poissy; soit à entrer avec eux dans l’intimité d’une petite causerie entre vieux amis. C’est tantôt, par exemple, la Confidenee où, de
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cliacjur cuir d'une pcdite collation, deux amis sont assis, Tun lisant avec chaleur (jindcjue lettre (ramoiir, l'autia' écoutant, son ven*e a demi vidé, devant lui, avec une sympathie un ])eu distraite ; c’est, lanttM, le Vin du de c('
brave curé replet et réjoui, qui, les coudes sur la table, (‘st heureux de raconter l’iiistoire de son crû à son hôte, mis en indulgenc(‘ par la générosité de la bouteille. Maintenant, ce sont des Amateurs de peinture, aimables et dissertes personnes, un peu importunes sans doute, (jui suivent, le torse en avant ou le corps en arrière, clignant de l’œil et retenant leur haleine, le travail d’un peintre enserré dans leur petit cercle.
]je tricorne en arriè]*e, la chemise ouverte, une bonne bouteille couronnée d’un verre, dans un coin, sur un tonneau, l’artiste est assis, peignant un Bacchus sui* une futaille; il montre son œuvre avec quelque lierté maligne à un grand diable futé, les mains dans les poches, les jambes écartées, la longue capote pendant dans le dos, mâchonnant avec suffisance un épi de blé, son vaste bicorne de travi'rs sur sa figure llegmati(|U(‘ d’ancien soldat qui en a vu bien d’autres.
Et (juelle observation linement malicieuse, (juelle scèm* comme surprise sur la réalité cjue cette scène decasi'rneon un sergent d(‘ gardes françaises, le corps porté sur la jambe droite, la main siii* le sabre en verrouil, les basijues relevées, l’air faraud d(‘ bellâtre stupide, pose devant le peiidre, i‘amassé dans son atttmtion, entre les attitudes nonchalantes et l’admiration naïve des bi'aves troupiers, sous
MEISSOxNIER.
le regard attentif et fasciné du toutou de la compagnie !
Un chef-d’œuvre incontesté, entre ces petites scènes vivantes dans lesquelles il nous transporte au siècle des marquises et des philosophes, est la Lecture chez Diderot. Nous sommes dans une pièce au plafond un peu bas, où les murs sont entièrement revêtus de rayons cliargés de livres; un paravent, à droite, ferme le fond. Six personnages, assis ou debout, parmi lesquels on reconnaît Chardin, Joseph Vernet, Van Loo, car ce doit être quehjue « Salon » ([ui leur est donné en primeur, écoutent Diderot, assis, les jambes écartées, le corps robuste et sanguin droit sur son siège, posé à contre-jour alin que la lumière éclaire son manuscrit, qu’il <lresse avec fermeté sur un coin de la table. C’est d’une intimité tiède et d’une animation tranquille par le seul jeu des physionomies, la diversité dans l’attention et le recueillement. Où trouverait-on, dans l’école contemporaine, si ce n'est dans les portraits ou dans les compositions, d’un tout autre ordre, de E'antin-Latour, un sentiment aussi profond de la vie intense qui anime secrètement un être humain et de l’intérét attachant qu’il peut vous inspirer, malgré son inertie apparente, l'absence de mouvement et de gestes et le défaut d'action?
L'œuvre : Meissomer peintre d’histoire. — Guerre d’Italie, 1859. — Solférino, point de départ de son œuvre liistorique. — Velléités antérieures de peinture d’histoire ; sa passion pour l’histoire. Mot de Chenavard qui le retint longtemps dans le « genre ». — Histoire contempo-
raine : La Barricade, le Siège de Paris, les Tuileries. — Napoléon. — Culte de Meissonier pour la figure de l’Empereur. — Souci de sa documentation sur tout ce qui la concerne. — L’épopée impériale; les cinq actes prévus du cycle. Ceux qui ont été réalisés : 4807, 1814.
— Autres tableaux relevant de cette inspiration : 1805, 1806, scènes de genre historique et militaire de l’Empire et de la première République.
— Travaux de la fin de la vie de Meissonier : sujets vénitiens: rêves d’allégories, de sujets symboliques, voire de décorations murales ; le Panthéon. — Le îiu ; la femme dans son œuvre. — Ses portraits.
En 18o9, il se produisit dans l’existence de Meissonier un incident qui modifia soudain le caractère de son art en dirigeant son inspiration dans un sens inattendu. La guerre venait d’éclater avec l’Autriche. Napoléon III, poursuivant sa politique des nationalités, était allé se mettre à la tête d'une armée qui opérait en Lombardie, pour favoriser les desseins de Victor-Emmanuel et de son ministre Cavour. Meissonier, nous l’avons vu, s’était toujours senti, depuis ses débuts, du goût pour les militaires, ne fût-ce que pour l’uniforme, bien qu’il n’eùt peint encore que ceux de Condé et de Guébriant, de Villars et de Maurice de Saxe. Son besoin d’action, le tempérament physique y aidant, le poussa à accepter de faire les illustrations de la campagne en vue d’un ouvrage dont Edmond Texier devait fournir le texte. Meissonier suivit l’armée. 11 était déjà célèbre; l’exposition <le 1855 l’avait placé hors pair. 11 obtint facilement d’être attaché à l’état-major de Napoléon III, comme jadis Gros à celui de Bonaparte. Nous le voyons ainsi, représenté dans son tableau de Solférino^ sous runiforme de fantaisie qu’il s’était composé, penché sur sa jumiuit Coningham^ en arrière de l’état-major, et paraissant surveiller
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avec une attention soutenue les péripéties du combat.
De cette velléité d’illustration qu’est-il resté ? Quelques dessins, Au bivouac de Volta ou Au camp de Riciego^ et toutes les notes prises pour le tableau qui, bientôt, dans sa pensée, était venu remplacer son premier projet.
De la bataille Meissonier n’a retenu qu’un épisode : l’attaque du mamelon, couronné de la tour et de la lig’ne de cyprès qu’on aperçoit de loin à droite, par les voltigeurs delabrig-adeCamou, soutenus par le tir de l’artillerie. Dans cet épisode même, il s’arrête sur le plus simple incident : l’Empereur suivant les progrès de l’action d’une éminence d’où il domine le tir des batteries. C’est moins un tableau de bataille qu’une réunion de portraits dans le cadre de cette bataille (1).
Ce groupe de cavaliers comprenant vingt-cinq personnages minuscules offre, en effet, d’extraordinaires portraits d’hommes et de chevaux. Le mouvement, les attitudes, les expressions des visages, le port du costume, les allures des bêtes, tout cela est d’une vérité, d’une justesse, d’une aisance qui tient du prodige. Il n’y a, assurément, aucun maître parmi les meilleurs Hollandais qui eut été capable de donner, avec une brosse si alerte et si sûre.
(1) Les principaux olïiciers généraux qui entourent l’Empereur sont, d’après Charles Clément [Études sur les Beaux-Arts en France, 1865] : immédiatement derrière lui, les généraux Fleury et Edgar Ney, puis les maréchaux Vaillant et Régnault de Saint-Jean-d’Angély, les généraux de Montebello, Lebœuf et Mazure. En avant, formant un petit groupe à part, vus de dos, M. de Masséna et le général Frossart; plus loin, à gauche, se trouve Meissonier lui-même, penché sur son cheval, dans un costume noir verdâtre sans galons.
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<rime louche si nette et si précisé et pourtant si vive, si ferme (‘t si decidee, sans lignolage exaspérant, touche nerveuse de vrai peintre (jui accuse vigoureuseinent les formes, un tableau aussi vivant de physionomies ayant toute leur détermination distincte, leur caractère propre, leur individualité qui se dénonce dans leur pose, dans leur geste, jusque dans le moindre pli de leur vêtement. Quant aux chevaux, ce sont de petites merveilles d’animaux ; Aleissonier s’y applique avec tout son amour pour cette noble bête. Et ce qu’il y a de reniar{{uahle, c’est que, nulle part, malgré rexiguïté des figures, il n’y a apparence de virtuosité, que l’on ne sent pas le tour de force et qu’il faut rélléchir pour que la pensée admire l’adresse et la sûreté uniques d’une telle main, la puissance et la fidélité incomparables d’un tel œil, toute cette organisation vraiment exceptionnelle.
C’est là une page d’histoire vécue; il y règne la même clarté de vision réaliste, le même esprit de vraisemblance (jui nous frappe, dans l’ordre des choses littéraires, devant les peintures de Tolstoï. A la vérité, tout n’est pas parfait dans cette œuvre supérieure; on peut trouver à redire au paysage (jui est un peu maigre, au ciel assez froid, à tel défaut de proportions dans les ligures accessoires ; il y maiKjue un rien de cette sensibilité plus vive, plus facilement ébranlée, qui distingue le grand écrivain russe. Si Tolstoï eût été peintre, il semble qu’il eût trouvé dans un détail la touche qui émeut. Cependant, à ne considérer que ce groupe de l’état-major, en le prenant pour ce que
Cliché Braun, Clément et C>
rauteur a surtout voulu qu’il fût : une réunion de portraits, ce petit panneau est un des tableaux qui comptent en première lig^ne dans l’iiistoire de l’art contemporain.
Dans l’œuvre de Meissonier, il marque une gi'ande date ; il est le point de départ de son œuvre historique. Ce n’est pas que Meissonier n’ait eu antérieurement des velléités de s’adresser à l’iiistoire. Ses tableaux de genre sont déjà de l’histoire en quelque façon, histoire des mœurs, des types^ histoire de la vie privée. Esprit positif, concret, déterminé, son art ne semble lui donner de vraie satisfaction que parce qu’il reconstitue, parce qu’il fait revivre. 11 est plus à son aise dans l’ordre des faits que dans celui des sentiments. Il nous dit lui-même (1) : « Si je n’avais été peintre, mon rêve eût été d’être historien. Je n’entrevois pas de chose plus intéressante que l’iiistoire ; je ne prise maintenant que cette sorte de lecture. J’en ai toujours eu la passion. »
Aussi se voyait-il fait plutôt pour les sujets historiques que pour ce qu’il appelait ses « bonshommes ». Et, en elfet, à côté de ses premiers tableaux « flamands » de petites mœurs bourgeoises d’autrefois, il entreprend divers tableaux d’histoire, tels qu’un Charles le Téméraire (dès 1834), Pierre V Ermite préehant la Croisade^ le Siège de (1844), (1843). Il fut écarté de cette
voie par le succès inespéré de ses scènes anecdotiques, peutêtre aussi par le mot de Ghenavard, qui l’y maintint.
(1) Entretiens, p. 118.
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Peu après ses débuts, subissant les j)réjugés babituels des artistes, il eût voulu relever le prestige de ses envois aux expositions par des compositions dites « de styJe ». En 1840, il exécuta un Saint Paul^ un Isaie^ un Charlemagne^ en buste grandeur nature, ensuite ces Evangélistes, dont le Luxembourg possède un dessin. Un jour qu’il montrait ces derniers travaux a Gbenavard, celui-ci les loua, mais avec (|uelque tiédeur; puis, faisant le tour de batelier, il s’arrêta devant le Joueur de contrebasse. Là son ton cbangea : « Voilà, lui dit-il avec convic tion, ce que vous devriez toujours faire. » Comme Meissonier lui en demandait l’explication : « Pourquoi voulezvous, lui dit-il, refaire ce qu’ont fait les autres et ce qu’ils ont fait mieux que jamais vous ne ferez? Avez-vous la prétention de refaire ce qu’a fait Rapbaël? »
Meissonier comprit la leçon et se renferma dans ses premiers sujets. C’est pourquoi son œuvre bistorique ne date vraiment que du milieu de sa carrière.
Les événements contemporains lui avaient, pourtant, fourni l’occasion, qu’il ne manqua pas cette fois, d’une page tragique, peinte sous l’impression même des faits : c’est la Barricade . Elle conserve le lamentable souvenir d’une des journées de juin 1848, avec sa jonchée de cadavres populaires, couvrant le sol pêle-mêle au milieu des pavés amoncelés, dans l’obscure et sinistre rue aux volets clos, aux boutiques fermées. C’est une des rares fois où l’auteur laisse percer l’écbo de ses émotions personnelles.
Dans la période du règne de Napoléon 111, Meissonier
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ne trouva plus g’uère. après Solférino. matière à son inspiration, si ce n’est pour le charmant petit tableau de Xapoléon III entouré de son état-major, acquis également parle Luxembourg, et pour un grand dessin représentant les Popii/ations lorraines dé filant à Xaney devant la Préfeeture et aeclaniant limpérat riee Euyénie,, qui a été gravé par Jacquemart. 11 ne voyait guère à expiâmer de son temps (jue la vie militaire. La guerre de Crimée avait pu, en apparence, rehausser le prestige de l’Eimpire ; celle du Mexique n’eut pas le même résultat. Le théâtre de ces événements était, du reste, trop éloigné pour un homme peu voyageur, surmené constamment de travail (d pour qui le temps était précieux.
Lorsque survint la guerre de 1870, Meissonier accourut, comme autrefois, pour reprendre sa place à l’état-major. 11 partit pour Metz, plein d’enthousiasme patriotique. 11 revint à Paris, après mille aventures de route, le coeur ulcéré d’une blessure (jui ne guérit ]jas. Chassé de Poissy par les Allemands, il se réfugia dans Paris enfermé, où il lit son devoir de soldat comme lieutenant-colonel d’artillerie de la Garde nationale.
A ce moment, il n’a guère envie de peindre, et on ne connaît de lui que quelques dessins de soldats, a Je n’étais, dit-il, destiné qu’à peindre la victoire (1). » Ces douloureux événements, sous le coup de ses propres agitations, réveilleront, pourtant, son imagination comme en 1848.
Lorsqu’il put se retirer à Poissy. encore occupé par
(1) Enlretiens, p. 294.
l’t'nneini, il se verrouilla dans son alelier et peignit, dans une lièvre continue, en moins d’un mois, l’esquisse du Siège de Paris. 11 la reprit en 1884. « Elxceptè pour la fig-ure de Reg-nault mourant, dit-il, je n’ai pas fait une seule étude de ligure. » C’était ce qu’il appelait « sa veng'eance », son patriotisme étant exalté par cette idée que le sièg’e de Paris aA'ait sauvé la France du déshonneur.
(i’est une sorte de synthèse, d’ « allég-orie réelle », — comme eiitditGourhet, sa grande « hête noire », — g'roupant autour de la figure de Paris, représentée par Mme Meissonier, vêtue de deuil, la tête couverte d’une peau de lion et tenant haut un drapeau, près d’un canon de sièg-e, les divers comhattants : soldats, mobiles, matelots, dont l’héroïsme a prolongé cinq mois la résistance de la cité investie. Quoi qu’il en ait pu penser, Meissonier n’était pas là à son affaire ; il est emharrassé dans ce compromis entre les nécessités conventionnelles du symholisme allégorique et les représentations déterminées de la réalité. Les lig-nes de la composition ne sont pas très heureuses; le détail des groupes à sa grandeur, mais les figures sont rapetissées par celle de l’allégorie et sa manière même, précise, serrée, définie, propre à traduire et à fixer des faits, manque de la chaleur, de l’ampleur^ de l’éloquence nécessaires pour trouver l’expression des formes correspondant à cet ordre de sentiments.
Les Tuileries., du moins, toile d’une dimension inusitée dans son œuvre, gardent, comme la Barricade^ l’accent Iragique de la chose vue. C’est (jiie ce fut, en effet, une
chose vue. Un jour (juhl se rendait à l’Institut avec l’architecte Leluel, Meissonier fut vivement frappé (l’apercevoir, au milieu des ruines, parmi les noms de hatailles (J ni décoraient l’escalier, ceux de Marengo et d’Austerlitz, hrillant de leur or resté neuf sur le fond des décombres noircis.
Ce n’est donc pas dans l’actualité que Meissonier a satisfait sa passion de l’iiistoire. Si les événements médiocres du second empire n’avaient pu que le laisser indilférent, du neveu il était remonté à l’oncle, et ce qu’on a appelé «l’épopée napoléonienne » a, ctvtte fois, rempli son rêve.
A partir de 1860, au lendemain de son équipée militaire et tout en préparant son Solférino^ l’imag’e de Napoléon commence à le hanter. Il était, du reste, sur ce point encore, bien de son temps, et n’avait cessé de professer pour elle un culte fervent; il avait g’randi depuis la naissance de la lég-ende et à travers son plein développement. En 1840, il avait suivi les Cendres. Dès lors, il s’attacha à la fig’ure de l’Empereur avec le fanatisme d’une relig’ion qui ne manque, néanmoins, aucune occasion de s’éclairer davana^e sur celui qui en fait l’objet.
Il ne le discute pas, pourtant, et ne soulfre pas qu’on le discute. Le livre de Lanfrey, qui vient de paraître, l’exaspère. « Pour apprécier ces hommes-là, dit-il avec une candide fatuité, il faut être de leur taille et se mettre dans leur peau (1). » Et c’est ce qu’il fait, pareil à son historien (1) Entretiens, p. 46.
favori, Tliiors, qu’il estime particulièremenl, dont il trace le portrait à son lit de mort, et à qui il ressemble par ses vérins bonrg-eoises et ses facultés intellectuelles, son esprit positif uni à sa verve emportée, sa conception de Ebistoire, sa passion napoléonienne non dépourvue de quelque naïf orgueil.
Que de fois a-t-il vu TEmpereur en reve, nous confient ses Entretiens (1). « Voyez-vous, clière amie, dit-il à sa femme, je le connais intimement, l’Empereur. » 11 s’identifie tellemeid à lui que Burty nous rapporte à ce sujet une amusante anecdote. Un jour qu’il allait visiter le maître dans son atelier, il le trouva juché sur un chevalet surmonté de la selle impériale, en culotte de peau, redingote grise et peignant ainsi, devant une glace, pour le tableau de 1814. « L’E]inpereur avait tout à fait mes cuisses, » lui dit-il. Meissonier se rendait compte, d’ailleurs, de ces petits travers, et il en riait lui-même, acceptant avec bonne humeur les charges qu’on répandait à ce propos.
11 avait rêvé de faire l’épopée entière de Napoléon, le cycle complet jusqu’aux dernières étapes. 11 n’y put parvenir, mais, pour les pages qu’il exécuta, il apporta une conscience faite de patience, de ténacité, de persévérance et aussi de réllexion et d’esprit critique qui sont d’un véritable historien.
11 poursuit avec passion, sans lassitude, ses études continues, dont le temps et le travail semblent accroître l’intérêt, réunissant surtout av(‘c une ardeur extrême les
(1) Entretiens, p. 222.