ACTE III, SCÈNE II
DORANTE
Ayant fait de ma flamme un libre et tendre aveu,
Et promis d’agréer à monsieur Francaleu,
Comme je témoignais la plus ardente envie D’entendre mon arrêt ou de mort ou de vie.
Elle m’a répondu (dirai-je avec douceur ?) :
« L’auteur seul de ces vers a su toucher mon cœur.
À ces mots, de sa poche elle a tiré l’idylle
Dont le succès me rend de moins en moins tranquille î
LISETTE
C’est qu’elle a cru parler à l’auteur I
DORANTE
Je ne sais,
Mais elle a mis mon âme à de rudes essais î Elle a vu mon rival d’un oeil de complaisance.
Elle a lu, malgré moi, l’idylle en sa présence.
C'était me démasquer. Sous cape, il en riait,
Peut -être en homme à qui l’on me sacrifiait t Le serais-je en effet ? Serait-ce lui qu’on aime ?
Me joûraient-ils tous deux ? Me joûrais-tu toi-même?
LISETTE
Les honnêtes soupçons I... Rendez grâce, entre nous* Àu cas particulier que je fais des jaloux.
Sans les égards qu’on doit à leur tendre caprice,
Mon honneur offensé se ferait bien justice.
DORANTE
L’auteur seul de ces vers a su toucher son cœur, Dit-elle. Encore un coup, je n'en suis pas Fauteur.
Supposé. qu’On la trompe, et qu elle me le croie.
Où donc *.st encor là le grand sujet de joie î Je jouis d’une erreur, et j’aurais souhaité Une source plus pure à ma félicité.
Un mérite étranger est cause que l’on m’aime 5 Et je me sens jaloux d’un autre dans moi-mème 6
LISETTE
Que la délicatesse est folle en ses excès !
Eh ! Monsieur, y faut-il regarder de si près ? Qu’importe du bonheur la source fausse ou mieî
DORANTE
Tout ce que j’entrevois, de plus en plus m’effraie.
Le bonheur du poëte était encor douteux ;
Mais il est mon rival, et mon rival heureux.
De Lucile, sans cesse, il contemple les charmes;
Il se voit vingt rivaux, sans en prendre d’alarmes.
A l’estime du père il a le plus de part;
Seule avec son valet je te trouve à l’écart.
Que te veut-il? Pourquoi s’enfuit-il à ma vue?
Quels étaient vos complots? D’où vient paraître émue? Réponds I
LISETTE
Tout bellement I Vous prenez trop de soin. Et c’est aussi pousser l’interrogat trop loin.
DORANTE
Je t’épîrai si bien aujourd’hui... Prends-y garde f Quelque part que tu sois, crois que je te regarde.#.. Cependant, allons voir (en les feuilletant bien)