‹ MelaenisChapitre 3 sur 12 · M E L JE N I S I · texte numérisé non relu

M E L JE N I S I

Se détachait en blanc sur les groupes obscurs ;

D'un sistre recourbé sa main capricieuse ,

Comme un essaim d'oiseaux, éveillait les sons purs.

Elle était belle ainsi ; la pourpre qui la noue

De sa jambe arrêtait les contours onduleux,

Un sourire flottait de sa lèvre à ses yeux ,

Des sourcils longs et noirs couraient jusqu'à sa joue ,

Et ses cheveux bouclés où la brise se joue

Voltigeaient sur son front étroit et gracieux.

Sa tunique aux longs plis montait comme un nuage Autour d'elle, en dansant : le reflet inégal De la lampe fumeuse ou du jaune fanal Parfois d'un vif éclair sillonnait son visage ; Et, sur sa gorge nue, un collier de métal Sonnait comme la grêle en une nuit d'orage !

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Retenant son haleine, et la couvant des yeux, Le rhéteur palpitait, comme en un songe heureux, Craignant de réveiller son âme confiante Et de perdre à jamais la vision charmante ; Quand soudain près de lui, s'arrêtant dans ses jeux, La danseuse en sueur vint tomber haletante.

Paul us avec un cri la reçut dans ses bras ; Il baisait, éperdu, sa tête parfumée, Et pressait doucement ses membres délicats ; Se gonflant comme une onde, et de perles semée, Sa gorge bondissait par la danse animée ; Elle le regardait et ne lui parlait pas!...

Comme nous l'avons dit au début de l'histoire, Paulus était parfait; sa chevelure noire Ondulait sur son front, son regard plein de feu

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Étincelait parfois comme celui d'un dieu ; Il avait un sourire aux belles dents d'ivoire : Ni grand, ni trop petit, il tenait le milieu.

Elle le regardait mollement inclinée,

Puis craintive et vers lui soulevant ses grands yeux :

« 0 jeune homme inconnu, qui t'amène en ces lieux?

» Tu contemples de loin cette troupe avinée,

» Sans boire et sans dormir, et semblés soucieux,

» Apprends-moi ton pays, ton nom, ta destinée I

» Ton sein est large et fort, ton regard plein d'ardeur, » Es-tu soldat aux camps, ou lutteur dans l'arène? » Perces-tu, sans pâlir, une poitrine humaine? » Dit-on, quand tu parais : C'est un gladiateur?... » Paulus, en souriant, prit ses mains dans la sienne : » Je sais tuer aussi, dit-il, je suis rhéteur! >/

Mot profond, en effet ; j'ignore si la belle

Comprit notre héros, mais il était charmant,

Et présentait à l'œil l'étoffe d'un amant

Solide, en faut-il plus aux femmes? « On m'appelle

» Mekenis, j'ai vingt ans et je t'aime, » dit-elle.

Pour Paulus, il nageait dans le ravissement.

Advienne que pourra ! c'est chose délectable,

Qu'un bon gîte la nuit et qu'une fille aimable !

Elle avait sur son cou jeté ses bras de lait :

« Ami, je danserai, si ma danse te plaît,

» Où tes pieds passeront, je baiserai le sable,

» Car tes grands yeux sont doux ! Quand ta bouche parlait,

» Je me sentais mourir I Oh ! mon âme est blessée

» D'un amour inconnu qui ne s'éteindra pas!

» Parle I veux-tu quelqu'un qui s'attache à les pas?

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» Oui, le jour, qui, la nuit, t'étreigne eu sa pensée?

» Une esclave fidèle, une femme insensée

» Qui donnera son sang pour dormir dans tes bras?

» — Je t'aime ! » dit Paulus. Les lampes dans l'espace

Répandaient çà et là leur reflet incertain

Sur les buveurs couchés parmi les flots de vin .

Chaque groupe dormait immobile à sa place ;

La danseuse bondit vers une porte basse,

En faisant au rhéteur un signe de la main .

Paulus franchit la salle et partit avec elle, Bénissant les destins qui le servaient ainsi ; Ils montèrent tous deux le long du mur noirci : Melsenis demeurait à la troisième échelle ; — Paulus avait vingt ans, Mela^nis était belle ! Magnanimes lecteurs, n'en prenez de souci !

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