III. — l'esprit de sacrifice
Tune (zcceptahis sacrificium jtistitiœ, oblationes et holocausta * .
Les diacres, comme les apôtres, ont besoin, nous l'avons vu, de l'esprit de prière : ils ont encore besoin de l'esprit de sacrifice.
Pourquoi? La raison est la même que pour la prière. L'apostolat est une œuvre divine: il y faut, non les procédés de l'homme, mais ceux de Dieu.
L'apostolat, c'est la dispensation de la Rédemption. Dans cette œuvre, il y a une part que Notre-Seigneur s'est réservée, une qu'il nous laisse le soin d'achever.
Comment le Sauveur a-t-il opéré la Rédemption qui lui est propre? Un enfant vous le dirait : c^'est par sa croix.
Et la Rédemption s'achèverait en nous par un autre moyen? Mais ce ne serait plus la Rédemption. Et la croix ne serait plus l'unique espérance, spes unica. O blasphème !
ï Ps. L.
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Non, il n*y a pas d'autre espérance, pas d'autre rédemption , que celle qui réside en la croix.
La rédemption de chacun de nous d'abord. Nul ne se sauve s'il ne se sacrifie. Qui aime sa vie la perd. Au plus bas degré du devoir chrétien, le sacrifice apparaît. Est -il donc si facile d'observer les préceptes? Le ferat-on sans lutter contre Satan, le monde, la chair, c'est-à-dire sans s'immoler?
Et le sacrifice, qui est au bas de l'échelle des vertus, accompagne l'âme qui veut monter plus haut, et il grandit avec elle. La mesure de la sanctification, c'est la mesure du sacrifice. Pourquoi y a-t-il plus de perfection dans les conseils que dans les commandements? Parce qu'il y a plus de renoncement. Enfin nul n'est à l'abri des exigences les plus rigoureuses du sacrifice. Il est des circonstances qu'on peut appeler héroïques et qui n'admettent pas de milieu entre le crime de Ts^stasie et la sublimité de l'immolation. Des millions de martyrs ont connu cette nécessité; des femmes, des eirfants, y ont répondu par le martyre. Telle est la part du sacrifice dans l'œuvre du salut de chacun.
Et quelle sera-t-eïle dans l'apostolat?
Mais la réponse est bien simple : dans l'apostolat, le sacrifice est tout.
Rappelez-vous cette admirable contemplation par où saint Ignace ouvre la seconde semaine de ses Exercices. L'âme pénitente, purifiée par les exercices de la première semaine, veut s'engager au service de Jésus -Christ. Et le Sauveur lui est représenté sous les traits d'un capitaine , qui pose à ses compagnons
j':t mXAXàES ORATOIRES
^'*nwî> les nraïdrtiotts du service qu'il en attend. Il > j^ris iV ;Y*Tn^*iM]np Tento", de lui arracher ses victimes. Ijt dirtf ne >"f*f4«npn«ni pas, il sera le premier à la <*33p»f rt Jb4i uéTih maïs ses soldats devront se contfTiîfT iif= rte QVa'â: »oo?f4e, affronter ce qu'il affronte, si'^ïîffrjr nr qw"ï3 ^KHlffi^e: à ce prix ils partageront son triomphe.
n, àc Ui:. rji5«(%?*(v5at vit de sacrifices, à ce point qi3>rj 0^ ^îVttre dans la mesure où Ton est sacrifié. Voyt^j. )e TnÏT^sionnaîrt^ aux pays lointains. Nul n'est apMry^ comnx' hii, Cesl vrai : mais quand il met le l>90(1 si)r le navire qui doit remporter aux plages etmn^^rvs, i\ a déjà consomme une série de sacrificcis qxii ont fiut coukr à flots le sang de son âme , en alt^endanl qtio coule un jour le sang de ses veines. (Tost lui qui est le plus a|Wtre , parce que c'est lui qui est le plus viol i me.
Voyoj le n^li^îîoux. Il vient aussitôt après le missionnaiiw et le phi> s^^uvent il cumule les deux gloires; car oWl 1 état n^ligioux qui fournit le plus de soldats à lYlte milice. Ijc religieux s'immole par un triple renoncement. 11 est plus sacrifié que les autres, il est plus mùr i>our la^xislolat.
Et le prêtre ? l/a^x^stolat est la raison d'être de cette vie étrange qu'il mène au milieu des hommes. Aussi cette vie se distingue des existences vulgaires, surtout par le célibat , c'est-à-dire par le sacrifice.
Et vous enfin, Messieui's, comment êtes-vous devenus des hommes d'œuvres? Comment avez -vous iriérité d'être appelés les diacres de la charité de
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l'Église et les ministres de son zèle? Est-ce en cherchant VOS aises, ou, au contraire, en prenant sur votre repos, sur vos loisirs, sur votre bien-être; en bravant l'ennui, la fatigue, Tingratitude, la raillerie, en semant à pleines mains sans voir germer votre grain ? Et qu'est-ce que tout cela, sinon le sacrifice?
Et puis, faisant tout cela, vous avez affronté un autre péril. Vous vous êtes exposés à une contagion dont je vous vois tous atteints : la contagion du renoncement évangélique. On ne fait pas impunément l'œuvre de Jésus- Christ. Peu à peu son esprit vous gagne et vous entraîne plus loin que vous ne vouliez aller. Vous aviez commencé à vous prêter; il faut vous donner. Vous aviez été touché du côté extérieur, des effets sérieux de ce mal moral qui ronge la classe ouvrière; et maintenant ce sont les âmes que vous aimez, et quand on aime les âmes, adieu le repos! C'est le règne du sacrifice. Ah ! ne vous en plaignez pas. Bénissez Dieu plutôt de ne vous avoir pas réduits à chercher loin de vous la preuve qu'il vous fait maintenant trouver en vous-mêmes: la vérification expérimentale de cette loi mystérieuse qui proportionne exactement la valeur de l'apostolat à la mesure du sacrifice.
Ah! Messieurs, notre temps avait bien besoin de cet exemple. Au commencement du xiii® siècle, la société chrétienne, sortie de la barbarie, aboutissait à la civilisation , et se voyait menacée des périls moraux qui accompagnent le développement de la richesse. Qu'a fait le Seigneur? II a suscité saint Fran-
CtïMif <f<t samA f^mmàqjaKt^ H, â la saite de ces deax vraçwttamitfsf . fcjdnuh^ <iif» mendiants volontaires a provmvtft «iftuftf HEurvTTfi^ «étonnée le drapeau de la pauvreté
Ijf v^*^i «fsi: piut> j^nrand aujourd'hui. Si Dieu vous Vrvfcr^sV éf^ 5ahnrtlSii«», ne fermez pas l'oreille, n'en- 4oin:it<)5« f<ik> Tntf «^.rars : la société n'attend son salut iqnne «'tm^ Wn^wnrf vV nmoneement que vous lui don-
J<f TIWB5 niBs .fift? t.^hoisiet^ Mes&îeurs, au jour où l'Église oèMw^ ba ie«e de joînt Laurent : quel souvenir !
El, p-xir k^ dùKines« quel modèle!
Laurent « le dtacre gtorieux, dont l'^l^lise romaine e^l fWSr^ autant que de se^ plus grands pontifes, Laurent a ptiirvouni tous les degrés du sacrifice. Le sacri^ tfice extérieur d*ahor\i : Miodianes. Il a pris les richesses «Ion! ji ''^taît le dt^j^ositaire, il les a versées dans le sein «1»^ |\iu\ros. Ia» >aoritloe personnel et total ensuite : hoiihfiftusia. Ije mot d'holocauste n'est pas ici une métaphore. I^ victime a été brûlée, et lami généreux du Sauveur attendait sur son gril que le feu eût achevé de dévorer ses membres • pour se croire capable de s'unir à Jésus -Christ dans Fembrassement étemel. Adhsesit anima mea po$t te. quia caro meaigne cremata est pro te^ Deus meus.
Qu'il y a loin. Messieurs, de saint Laurent à nous! Est-ce que cette distance peut être franchie? Est-ce que nous sommes de la même race que ce vainqueur? Oui, nous sommes comme lui de la race des faibles. Mais lui, il n'a pas cherché sa force en lui-même. Il
y avait y de son temps , une source d'héroïsme ouverte aux âmes de bonne volonté : cette source n'est pas tarie, c'est l'Eucharistie.
L'Eucharistie /pain des victimes, parce qu'elle est la victime fait pain! L'Eucharistie, mystère double, où se perpétue le sacrifice, où se distribue le sacrement du Christ, mais à cette condition que le sacriflce engendre le sacrement , que la communion naisse de la messe, c'est-à-dire d'un renouvellement du Calvaire. Venez, chrétiens; venez, serviteurs des âmes, prenez ce pain, enivrez -vous à ce calice; et puis allez, ne craignez pas; le sang du sacrifice coule dans vos veines, et l'apostolat n'a plus d'exigence qui vous dépasse ; le ciel n'a pas de récompenses qui ne vous appartiennent.