AU MARIAGE DU PRINCE VALDEMAR DE DANEMARK
AVKC LA PRINCESSE MARIE D'ORLÉANS Au ohâtêan d*Ea, la 22 octobre 1885.
Monseigneur , Madame,
Si riîoniino no venait pas de Dieu , il y aurait une rhoso inconipirhonsiblo dans sa nature; c'est ce l>osoin qui le tournKMite de faire des œuvres plus grandes ([uc^ lui -mémo. Ainsi il est le prisonnier de la matière, (4 il sVprend de Tideal. L'instinct de la vie somMe le vouer à l'ogoïsme, et il se passionne pour le sacrifice. Tout en lui s'écoule et passe, et ses désirs vont à ce (jui demeure. Énigme, dit le philosophe; chimère, dit le sceptique. Ni l'un ni l'autre, répond le croyant : c'est la marque de Dieu.
Où donc cette signature du divin ouvrier sur l'homme, son ouvrage, est -elle plus visible que dans cette institution du mariage, la plus humaine des choses puisqu'elle perpétue l'humanité, mais aussi l'une de celles
qui dépassent le plus les puissances bornées de notre nature? Si Dieu n'y avait mis la main, le mariage n'intéresserait que la partie inférieure de notre être; il ne serait que l'alliance de deux égoïsmes; cette alliance enfin serait passagère. Mais non : le mariage unit aussi et surtout deux âmes; le mariage est régi par une loi de dévouement; le mariage est le -seul contrat indissoluble. Voilà ce que l'homme n'eût pas trouvé seul , et ce dont pourtant il ne peut se passer. Quand il se sépare de Dieu , il perd la notion vraie de sa destinée ; mais sa destinée demeure. De là un conflit douloureux et de poignants contrastes. Le mariage déchoit. Il s'avilit sous la domination des sens; mais la honte l'y accompagne. Il ne veut plus de sacrifices réciproques; mais l'égoïsme de chaque époux produit le malheur des deux. Il a peur des liens éternels; mais l'instabilité qu'il cherche lui rend insupportables les engagements dont il avait cru alléger le poids.
Telle fut l'histoire du mariage antique; telle sera celle du mariage moderne s'il méconnaît la loi de son origine et son essence religieuse. Il n'y a qu'un mariage vrai, qu'un mariage digne, celui que Dieu a fondé, que le Christ a restauré: le mariage chrétien.
Vous l'avez compris, illustres fiancés, et voilà pourquoi c'est en présence de Dieu , c'est devant son ministre que vous venez échanger vos serments. Heureuse union, qui prend le ciel pour témoin et qui, sur la terre, en rapprochant deux jeunes destinées, resserre aussi l'amitié de deux peuples. Entre la France et le Danemark le passé avait formé plus d'un lien. Sans
remonter aux âges lointains , le commencement de ce siècle avait vu la nation danoise payer par des souffrances héroïquement portées sa fidélité à l'alliance française. En des temps plus voisins de nous, elle a connu de nouveau les rigueurs d'un sort qui devait sitôt après devenir aussi le nôtre, celui qui accable le droit sou» la force, mais qui n'empêche pas l'âme d'un peuple de sunivre à sa fortune détruite, puis de la refaire après avoir sauvé son honneur.
Ces grands souvenirs avec leur fière tristesse , d'autres plus nombreux et plus joyeux qui redisent les gloires antiques des royaumes de saint Canut et de saint Louis, vous accompagnent en ce moment solennel où vos deux vies vont se fondre en une.
I^ France salue en vous , Monseigneur, le rejeton d'une race royale qui , depuis plus de quatre siècles , assure au Danemark la prospérité, l'honneur et la paix, et qui, dans les Hmites d'un territoire étroit, disputé à l'Océan , sait donner à la royauté assez de prestige pour mériter de voir une même génération de ses enfants s'asseoir sur trois trônes et former seule des liens de fraternité entre les familles souveraines de cinq États. De leur côté, une reine et tant de princes , accourus ici de toutes les extrémités de l'Europe, disent éloquemment par leur présence qu'aucune vicissitude politique n'empêchera jamais la Maison de France d'occuper dans l'estime et le respect du monde la place que lui assigne la grandeur de son passé, que lui conserve dans le présent la valeur de ses princes. Et, sans demander à l'avenir aucun de ses secrets, il suffit
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d'écouter l'opinion générale i)Our reconnaître que l'union qui va se sceller ici continue et embellit la tradition brillante des alliances danoises.
Et vous, Madame, en devenant sœur de tant de rois, vous vous souviendrez de qui vous êtes fille. Vous vous rappellerez que , née dans l'exil , à peine aviezvous appris à prononcer le nom de la France, vous appreniez en même temps à pleurer ses malheurs et à joindre dans vos prières d'enfant ce nom si cher à celui que votre père dissimulait alors sous un pseudonyme héroïque pour surprendre aux basses défiances le droit de défendre son pays. Avec le souvenir de votre noble et douce mère, une autre image encore vous suivra sur la terre danoise, celle de l'aïeul qui sourit aujourd'hui à votre bonheur, mais dont la mâle figure parut si redoutable aux ennemis de la France, lorsque, caché lui aussi sous un nom d'emprunt, il allait rejoindre ses vieux marins, échoués dans la cité de Jeanne d'Arc, pour sauver du moins l'honneur du drapeau. Et vous vous direz que la femme chrétienne n'a pas trop de toutes ces exhortations à la vaillance, puisque, dans cette place honorable que l'Évangile lui assigne au foyer, elle a pour mission de former les caractères, de tremper l'âme des enfants, de relever le courage des hommes et d'entretenir autour d'elle une atmosphère de générosité et de dévouement.
Mais il ne vous suffit pas, Madame , de vous rappeler à quoi votre condition vous oblige; vous devez savoir aussi à quelle source se puisent les hautes vertus qui vous sont demandées. Le sang des braves qui coule
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dans vos veines est aussi le sang des saints, le sang de saint I^uis et de la reine Blanche, qui, à travers cinq cents ans, avait gardé assez de vigueur surnaturelle i>our faire germer, parmi les lis flétris du dernier siècle, cette fleur de sainteté. Madame Louise de France. C'est le sang de la reine Marie- Amélie, votre aïeule, dont le peintre d'Augustin et de Monique a pu, sans changer d'inspiration, tracer la noble figure, et de cette autre reine , votre tante , que la voix populaire, écho celte fois de la voix de Dieu, acclamait sainte dans les rues de Bruxelles tandis que tout un peuple pleurait sui- son cercueil.
Voilà, Madame, les enseignements que vous trouvez dans vos origines. Allez donc montrer à votre nouvelle ï)atrie ce que peut la grâce de Dieu pour embellir les dons de la nature, les qualités de l'esprit, les délicatesses du c<rur, l'éclat d'une condition supérieure et tout l'héritage des vieilles gloires. Par la prière, par l'humilité, par l'aumône, parle recours fréquent aux sources de la sanctification, alimentez en vous-même la foi pure , la charité vraie et cette piété douce et forte qui fait l'âme supérieure aux basses pensées, aux préoccupations frivoles, aux désirs égoïstes.
Votre éducation vous a rendu familier ce commerce ave(î Dieu, qui esta la vertu ce que le foyer est au rayon, la racine à la tige. Vous y chercherez plus que jamais le se('ret de vous maintenir à la hauteur de vos nouveaux et difficiles devoirs. L'hommage d'une même adoration rendu à l'auteur de notre être, une commune espérance en l'auteur de notre rédemption, formeront
le lien religieux de votre âme avec celle du prince votre époux. Vous trouverez en outre en sa personne le respect de toutes vos croyances , plus tard une disposition sincère à reconnaître les droits privilégiés que Dieu délègue à la mère chrétienne sur la formation des jeunes cœurs qu'il lui confie. Rendre plus étroite chaque jour cette union de vos pensées et de vos sentiments sera votre ambition à tous deux; mais c'est la prérogative de l'épouse de tenir le premier rang dans cette émulation de tendresse persuasive qui conduit au bien en le faisant aimer.
Et maintenant, nobles fiancés, c'est à vous de parler. Les paroles qui vont s'échanger entre vous ont quelque chose de divin , elles vont former un lien sacré et perpétuel. Puissent-elles, en cimentant votre union, consacrer votre bonheur! Et daigne la bonté suprême vous réserver, par delà les joies souvent trompeuses , toujours mêlées, d'ici -bas, la seule félicité qui réponde à toute la hauteur et à toute la durée de nos désirs!
ALLOCUTION