PRONONCÉ EN L'ÉGLISE DE JÉSUS, A PARIS
Le 81 jaUlet 1879.
Posuit me sicut sagUtam electam : in pharetra sua abscondit me. Et dianl miht : Servus meus es tu, Israël, quia in te gloriàbor,
(Is. xux, 2, 3.)
Le Seigneur a fait de moi sa flèche préférée ; il m'a caché dans son carquois. Et il m*a dit : Tu es à mon service ; je me glorifierai en toi.
Mes Pères,.
Mes Frères,
C'est le Sauveur du monde qui s'annonce lui-même aux hommes en ce magnifique langage par la bouche inspirée d'Isaïe. Mais parce que le Christ n'a pas voulu se réserver tout l'achèvement de son œuvre, parce qu'il lui a plu de confier à des mains humaines , sous la direction de son Esprit , la propagation de son règne , ce n'est pas faire injure à sa personne adorable que de transporter du chef aux membres, avec toutes les réserves que la foi commande, les paroles sacrées qui nous révèlent son action. Je dis plus, il n'y a pas d'autre façon d'exprimer avec exactitude le rôle de
ceux qu'il a choisis pour les dispensateurs de sa grâce : en les identifiant, pour ainsi dire, avec Celui qui les envoie , on maintient la notion véritable de la dispensation surnaturelle.
Que ce soit Paul ou Apollo qui baptise , s'écrie saint Augustin, c'est Jésus -Christ qui baptise. Et quand, voulant louer les saints, nous les rapprochons de Jésus -Christ, c'est pour rappeler que seul il est la source d'où toute sainteté dérive, et, à vrai dire, le seul saint de l'Église, comme il en est le seul Seigneur : Tu 8olu8 sanctus, tu solus Dominus.
Et maintenant, mes pères,, que notre orthodoxie se sent à l'aise, comment ne recevrions- nous pas avec joie ces paroles de mon texte, divinement préparées, si j'ose le dire, pour rendre vos sentiments et les nôtres en la fête de votre incomparable fondateur? Oui, le même Esprit qui a fait d'Ignace la vivante expression du Sauveur, nous suggère aujourd'hui la formule inspirée qui peut nous révéler le secret de sa sainteté et de sa force.
Dieu Ta choisi : voilà pourquoi il fut saint. Mais à quelle fin Ta-t-il choisi? Ah I ce ne fut pas seulement pour donner en un coin du monde un exemple isolé de la sainteté. Dieu l'a choisi pour les grands combats de son Église; il l'a choisi, comme, au milieu de la mêlée, l'archer choisit sa flèche : Posuit me sicut sagittam electam. Pour être sûr de l'avoir à son service à l'heure des coups décisifs, il a préparé d'avance cette arme de choix, il l'a tenue en réserve dans son carquois: In pharetra sua absconditme. Et maintenant.
s'applaudissant lui-même des victoires qu'il doit à sa flèche choisie, l'Archer divin lui rend témoignage et se glorifie en elle: Servus meus es tu, quia in te gloriabor. Et c'est là ce qui fait encore aujourd'hui l'admiration de l'Église, c'est là ce que nous devrons considérer ensemble pour tirer de cette solennité les leçons et les encouragements dont elle est pleine. Nous verrons conmient le Seigneur a préparé sa flèche, comment il s'en est servi , comment en elle il a trouvé sa gloire. Sublime sujet qui accablerait ma faiblesse, si je ne me sentais soutenu, mes frères, par vos sympathies pour une cause que les tristesses de l'heure présente n'ont fait que rendre plus chère à vos cœurs *.
Comment Notre -Seigneur a-t-il préparé Ignace à son Église? Mes pères, pour répondre à cette question il serait presque superflu d'interroger l'histoire de votre fondateur. Il suffirait de savoir qu'il a été un des grands instruments de Dieu; car les procédés divins ne changent pas. Depuis que Jésus a choisi ses apôtres, nous savons comment il façonne les ouvriers évangéliques; il les sépare, il les attire, il les instruit, il les éprouve. Quittez vos filets, quittez voire père; laissez
* La loi qui, par son fameux article 7, excluait les jésuites de renseignement était déjà votée à la chambre. Elle devait être écartée Tannée suivante par le sénat et remplacée par les célèbres décrets du 29 mars 1880.
les morts ensevelir leurs morts : voilà la séparation. Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d'hommes : voilà l'attraction. Puis viennent les doux colloques, où durant trois années le Maître divin révèle à ses confidents les célestes secrets : Je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père, Enfin voici l'heure de répreuve : Satan vous a réclamés comme sa proie; il veut vous passer au crible. Le pasteur sera frappé et les brebis seront dispersées; veillez et priez pour ne pas être submergés dans la tentation.
Quand les élus ont passé par toutes ces phases de la formation apostolique, alors seulement ils peuvent entendre la parole créatrice qui fait d'eux les précepteurs et les sanctificateurs du monde. Allez, enseignez, baptisez les nations.
Noble fils des Loyola , ce sera là votre histoire. Pas plus que Simon ou André, pas plus que les fils de Zébédée, vous n'avez connu d'avance l'honneur que vous réservait le choix divin. Artisans obscurs, ceux-là gagnaient leur vie en jetant leurs filets; fier cavalier, vous demandiez aux hasards des batailles de vous vendre la gloire. Mais pour eux comme pour vous, tout cela ne devait servir qu'à faire attendre l'heure décisive, l'heure dont parle saint Paul, qui mieux que tout autre la pouvait décrire , l'heure où il plaît à Dieu de faire paraître au dehors son choix longtemps caché : Quum autem placuit ei qui me segregavit ex utero matris meœ *. Quand cette heure
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sonne, Simon abandonne ses filets, Jacques et Jean quittent leur père; Saul, renversé sur le chemin, oublie tout ce qu'il a laissé derrière lui, et Ignace, sur ce lit où l'ont cloué ses blessures, échange silencieusement ses espérances terrestres contre nine ambition qui monte jusqu'au ciel.
Cette heure -là, mes frères, c'est la séparation. Tout commence par là dans Tordre surnaturel. On ne peut coudre un morceau neuf sur un vieil habit, dit le Seigneur, ni mettre le vin nouveau dans une outre vieille. Si quelqu'un veut me suivre, qu'il commence par dire adieu à lui-même et au monde. Et s'il y a des degrés dans la communication de la vie divine , ces degrés seront marqués d'avance par ceux de la séparation. Aux âmes vulgaires Dieu demande au moins de se séparer du péché; aux âmes plus hautes, il suggère de renoncer à tout ce qui rendrait plus fiacile le retour de la tentation. Mais quand il a marqué une créature pour servir à ses grands desseins, ah ! regardez croître son exigence. Écoute, ma fille, dit-il à l'âme choisie, écoute et considère : Audi, filia, et vide; approche plus près ton oreille, car il s'agit d'un secret réservé : et inclina aurem tuam. Ce secret que l'Esprit de Dieu murmure à l'oreille de l'âme sa confidente, c'est celui de la séparation totale; oublie ce qui est mauvais, oublie encore ce qui est bon, les affections que Dieu lui-même a faites, les joies pures qu'il a consacrées : famille, honneur, foyer, patrie. Les autres se serviront de ces biens selon la loi de Dieu; toi, tu en feras la matière de
ton holocauste : Obliviseere populum tuum et dotnum patris ttii.
Voilà ^ mes firères, le premier acte de la sainteté. A TamMHice de cette loi rigoureuse, la nature frémit, le moiMle se scandalise , les âmes intrépides comprennent et applaudissent. Vous chercherez vainement un saint qui ait répondu autrement à lappel de la grâce que par rhéroisme de la séparation. Mais, entre ceshéros , regardez Ignace. Hier c'était le héros humain, l'amant passionné de la gloire. Dans une lutte désespérée, il soutenait ù lui seul le courage des défenseurs de Pampelune. Un coup de feu le renverse, et le voici aux prises avec un autre ennemi, Tennui de l'inaction et la tristesse de la dé&ite. Avec quoi charmera-t-il les longues heures d'un douloureux repos? Ah! ce sera d'abord avec des rêves de bonheur. Mais les rêves s'usent , la souffrance reste, et l'âme ardente du chevalier a besoin de nourriture. Il demande des livres pour tromper son ennui. La maison qui l'abrite n'en possède que deux, bien différents des récits romanesques que réclamait Ignace : c'est la Vie du Sauveur et la Vie des Saints. Faute de pouvoir choisir, il jette sur ces pages sacrées un regard dédaigneux d'abord, bientôt attentif , enfin mouillé de larmes. chasseur divin, que vos artifices sont admirables! Voici la proie dans vos filets; mais elle ne se rendra pas sans défense. Ahl mes frères, venez voir ce spectacle; c'est une âme mondaine, mais prédestinée, aux prises avec la grâce. Quand elle résiste, Satan est avec elle pour l'aider à s'endurcir. Quand elle cède, Dieu est en
elle pour Taider à s'affranchir. Et il se livre là de grands combats. Car ce que la grâce demande n'est pas un sacrifice vulgaire. Du premier coup le chevalier a entrevu les sommets de la perfection ; il a vu du même regard l'âpre sentier qui l'y doit conduire sans détours. Mais Satan lui présente une autre perspective : le monde avec ce qu'il peut offrir de plus séduisant à un cœur haut et fier : l'amour et la gloire; et, défigurant à ses yeux la sainteté qui tout à l'heure lui semblait si belle , il la lui montre sous les traits de l'ignominie. Déchiré au dedans par ces luttes étranges, Ignace ne perd pas la possession de lui-même. Comme on l'avait vu intrépide et serein au milieu de la mitraille , attentif à guider ses hommes et à conjurer le péril , tel il faut l'admirer aujourd'hui dans la mêlée intérieure où se jouent les destinées de son âme. Il note les péripéties dont son cœur est le théâtre; et, quand le trouble est passé , il compare entre eux les divers mouvements qui l'ont agité. Alors une soudaine illumination l'éclairé : quand il s'est tourné vers l'abnégation totale, vers le sacrifice de tout lui-même, il a éprouvé une paix profonde, intime, qui l'a pénétré jusqu'au fond. Quand il a prêté l'oreille aux suggestions de la vie mondaine , l'ardeur des désirs terrestres a ramené dans son âme la perturbation et la langueur. D'un côté une source de paix, de l'autre un principe de troubles; peut- on hésiter encore? Non, Dieu €st avec la paix, le troublé vient de Satan. De ces deux voix qui se répondent, celle qu'il faut entendre, c'est celle qui parla de sacrifice.
Et le choix est consommé.
Vainement l'ennemi vaincu tentera d'insidieux retours. Désormais le soldat de Dieu connaît la tactique. A chaque nouvel assaut de la tentation il reprend la comparaison des mouvements de son âme, et chaque fois il retrouve la paix dans un généreux élan vers le sacrifice.
Alors c'en est fait. Le blessé se traîne hors de sa couche. Ne pouvant s'agenouiller encore, il s'étend par terre devant l'image de Notre-Dame, et il £aût Toffre de lui-même à la divine Majesté.
Oh! je vous en prie, regardez-le foire! Ce qui se. passe entre lui et Dieu, c'est ce que la terre peut voir de plus grand : c'est la créature donnant tout à son Créateur. Mes frères, prenez le livre des Exercices; relisez, à la fin de la Contemplation du R^ne, ces propositions magnanimes que font au divin Capitaine les chevaliers désir^ix de se signaler à son service; redites, après la Contemplation des deux Étendards, cette prière héroïque qui fait frissonner notre lâcheté. Repassez dans votre esprit cette conception sublime que l'auteur appelle le troisième d^ré d'humilité. Puis revenez à Ignace prosterné, et vous comprendrez ce qu'il a dit à son Dieu.
Gomment après cela vous étonner de ce .qui va suivre? Le monde, qui ne voit que la sur&ce des choses, réservera sa surprise pour les macérations efiErayantes de l'intrépide pénitent. Pour ceux qui ont appris d'Ignace à foire procéder la sainteté du dedans au dehors, le grand objet d'admiratioQ
PANÉGYRIQUES ET ORAISONS FUNÈBRES 9t
restera ce triomphe intérieur de son âme répondant avec une fidélité sans égale à Tappel du sacrifice.
Vous avez vu comment Dieu sépare, venez voir maintenant comment il attire! Le chevalier a quitté la maison paternelle; il a suspendu son épée devant la Viei^ de Montserrat. Il a échangé son armure contre le sac de Termite. Suivons -le dans cette grotte inconnue jusqu'à ce jour, mais dont le nom va retentir dans le monde entier et perpétuer à travers les siècles les plus sublimes enseignements de la vie intérieure. Tandis que le solitaire poursuit sur sa chair domptée les revanches impitoyables de la pénitence ; tandis que, déchiré de, coups, meurtri par les chaînes, aiguillonné par le cilice, réduit par un jeûne sans exemple à des langueurs mortelles, il n'ose, comme le prodigue,' réclamer dans la maison du Seigneur que la place des esclaves; voici que Dieu se ressouvient de sa tendresse : VidU illum Pater ipsius; tant de rigueurs ont ému les entrailles de ce père : Misericordia motus est; il accourt, il attire ce fils sur son sein : Accurrens ceddit super coUu7n ejus; il lui donne Tineffable baiser de l'amour : et oscu- Uxtus est eum. Ohl mes frères, ici je n'ose plus vous dire de regarder. Votre œil et le mien sauraient -ils voir cette chose invisible : la rencontre de la parfaite pénitence avec le parfait pardon? Du moins nous pouvons prêter l'oreille et entendre de loin ce qui se dit dans ce lieu. Vite, s'écrie le Seigneur, apportez la robe première, revêtez mon fils de Taur
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cienrie innocence , passez à son doigt l'anneau de l'indissoluble alliance, et mangeons ensemble la victime engraissée.
Jésus! c'est donc là ce que vous promettiez quand vous nous annonciez dans votre Évangile les merveilles réservées au repentir. Hélas! quand nous regardons en nous-mêmes, nous voyons tout autre chose : des péchés sans nombre, une pénitence infirme, de perpétuelles rechutes, et, jusque dans notre fidélité même, je ne sais quelle étroitesse de cœur et quelle connivence avec l'iniquité! Faut- il s'étonner alors du peu que produit dans nos âmes cette grâce rédemptrice qui vous a coûté si cher? Aujourd'hui, ô divin Maître, nous voulons rendre hommage à sa puissance en glorifiant la pénitence d'Ignace. Puissions- nous de loin y conformer la nôtre!
Séparée du monde par le sacrifice , attirée vers Dieu par l'amour, l'âme choisie a besoin de lumière. Il lui en faut pour se reconnaître elle-même dans les dédales de sa vie intérieure; il lui en faudra plus encore pour devenir le guide des autres et les préserver des écueils. Manrèse, Manrèse, foyer d'attraction divine, n'es- tu pas aussi et surtout un foyer de clarté? Quand je vois entrer dans cette caverne un soldat illettré et que j'en vois sortir l'auteur des Exercices, je pense à saint Paul instruit par le Seigneur. Lorsqu'avec son petit' livre Ignace aura conquis tant d'âmes, il pourra bien dire comme l'Apôtre : Ma prédication n'emprunte rien à l'homme, je n'ai pas appris ce que j'annonce, je le tiens de Jésus- Christ : Neque enim ego àb homine
dccepi illud, neque didiciy sed per revelationem Jesu Christi *.
Eh quoi ! mes frères, est-ce donc une révélation nouvelle que la doctrine des Exercices ? A Dieu ne plaise que je fasse à notre grand saint cette injure de le confondre avec les novateurs, lui que Dieu a suscité pour les terrasser ! Non , Ignace n'innove rien dans le christianisme; mais il a reçu un don merveilleux pour mettre dans toutes les mains , avec une efficacité nouvelle, les trésors anciens, les trésors oubliés de la vie chrétienne : Profert de thesauro suo nova et vetera. S'agit- il d'arracher l'âme encore grossière aux séductions et aux servitudes du péché , il commence par la mettre en face de sa destinée, et cela, certes, n'est pas nouveau. Et cependant nul ne peut méconnaître dans cette Méditation fondamentale une puissance de conviction qu'on chercherait en vain dans tous les traités antérieurs. Quel est le secret de cette force? Est-ce l'enchaînement des pensées? est-ce la gradation des motifs? est-ce l'austérité simple et la familière noblesse de langage? Ou n'est-ce pas plutôt, avec tout cela et pour expliquer tout cela, une claire vue des fins dernières qui lui a été donnée et qu'il communique? Quam sine fictione didid et sine invidia communico.
Voici venir la première semaine, avec ses terreurs, avec ses confusions, avec ses angoisses; mais l'amour, qui est en germe dans le commencement même du repientir, veille à la porte du parvis où pleure le pénitent
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pour en éloigner le désespoir ; et la méditation la plus humiliée s'achève par un colloque avec la miséricorde. Jusqu'ici toutefois nous n'avons fait qu'entrevoir l'originalité de l'œuvre enfantée à Manrèse. La seconde semaine va s'ouvrir, mais il lui faut aussi son fondement : c'est la contemplation du règne de Jésus-Christ. Ici nous retrouvons le Capitaine : toutes les images sont empruntées au langage des camps; et la Compagnie de Jésus est esquissée à grands traits dans cette parabole toute pénétrée d'héroïsme : c D faut que je sauve mon âme. I C'est en poussant ce cri que l'âmô pénitente s'est engagée dans les voies douloureuses de l'expiation. Désormais elle est purifiée : un autre cri de guerre va l'introduire dans la carrière des vertus chrétiennes : c II faut que je suive Jésus-Christ. > Paraissez maintenant, ô mystères du Dieu fait homme ! mystères de petitesse et d'humilité, de pauvreté et de silence, de persécution et de faiblesse; mystères de travail et d'obscurité; mystères variés comme les besoins de l'homme pécheur, comme ses ignorances et ses misères. Après les mystères de l'enfance , voici ceux de la vie publique ; après la prédication et les miracles, voici l'humiliation, la douleur et la mort : le cénacle et le jardin , le prétoire et le Calvaire. Enfin voici le triomphe, les apparitions qui consolent, la vie du ciel entrevue sur la terre, et l'espérance emportant l'âme sur ses ailes jusque dans le sein de l'amour, Trois siècles ont passé depuis que Dominique a tressé cette couronne du Rosaire qui a embaumé l'Église des plus doux parfums de la prière. Avec cette arme pacifique il avait terrassé l'hérésie albigeoise. Ignace re-
prend le glaive ancien et le feçonne pour combattre l'ennemi nouveau. Ce n'est plus assez du doux Ave Maria que les lèvres murmurent, tandis que le r^ard de l'âme s'arrête en passant sur Bethléhem, sur Nazareth ou sur Gethsémani. Ce qu'Ignace veut pour son disciple, c'est une contemplation tranquille et prolongée qui le fiasse pénétrer dans l'intérieur des mystères. Debout, pareil à un voyageur qui va fournir une longue carrière, TExercitant lève les yeux au ciel comme pour y chercher un témoignage de la présence du Dieu qui le voit et l'écoute; puis il se prosterne, la ^face contre terre, et fait l'offrande de toutes ses puissances à la souveraine Majesté.
Le sujet qu'il va contempler est là sous son regard. Pour captiver son imagination et ses sens, ces ennemis du recueillement , pour en faire les serviteurs et les alliés de sa prière, il les oblige à lui peindre en de vivantes images les circonstances du fait qu'il s'apprête à méditer. Puis, de peur que la volonté ne s'endorme ou ne s'égare, il la contraint aussi de désigner, dans une courte et ardente demande , l'objet qu'elle poursuit, le fruit qu'elle espère. Ainsi préparée, l'âme s'introduit en la compagnie de ceux qui ont été les témoins du mystère. Elle est de leur suite; elle voit les personnes, et cette vue déjà l'éclairé et l'instruit par les contrastes, suivant qu'elle les considère du regard humain ou du regard divin, suivant qu'elle les voit enrichies ou dépouillées de la grâce de la Rédemption. Elle prête l'oreille à leurs paroles; elle sonde les motifs de leurs actions ; et bientôt , sous l'in-
fluence de la grâce qui la pénètre, elle intervient ellemême dans la scène qu'elle contemple; de témoin elle est devenue acteur. Elle aussi elle parle à Jésus; elle in-terroge Marie, elle adore avec les bergers; elle offre l'encens avec les Mages ; avec Joseph elle soigne et prot^e TEnfant-Dieu ; elle partage ses tribulations dans la fuite , ses travaux dans Tatelier; elle est cachée dans la foule pour recueillir avidement les paroles du Sermon sur la montagne; elle est mêlée au groupe des apôtres pour entendre l'appel qui les sollicite au renoncement. Dans les infirmités qui s'étalent sous le regard miséricordieux du Sauveur, elle reconnaît les siennes; cet aveugle qui crie : « Faites que je voie; » ce paralytique qui de lui-même ne peut se jeter dans la piscine; ce lépreux qui dit en pleurant : c Si vous le voulez, vous pouvez me guérir: > ah! c'est bien l'âme pénitente qui demande la pureté, la lumière, la liberté. — Voici venir la Cène : le disciple des Exercices est au nombre de ceux dont Jésus lave les pieds, de ceux à qui il révèle et sa mort prochaine et son amour sans fin , de ceux qui l'entendent s'écrier : c J'ai désiré avec passion de manger cette Pâque avec vous; > de ceux qui frissonnent en entendant l'annonce de la trahison; de ceux qui le suivent au jardin de l'agonie; hélas! aussi peut-être de ceux qui s'endorment sous le poids de la tristesse, mais que réveille le doux re-j proche : c Ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi. I Chez Caïphe, chez Anne, chez Hérode, chez Pilate, à la colonne, au vestibule, au prétoire, à la montée du Calvaire, au sommet sanglant du Colgothay
à l'entrée du sépulcre neuf, partout où la Passion présente une scène nouvelle de douleur et d'amour, l'âme se retrouve comme identifiée au mystère qu'elle contemple, buvant à longs traits l'eau vive qui s'échappe des sources rédemptrices. Ah I viennent maintenant les délibérations solennelles qui doivent décider de la direction de sa vie! Elle est prête pour choisir, car elle sait qui elle veut aimer, et elle n'ignore pas les conditions de son service. Qu'il s'agisse pour elle d'opter entre la vertu commune et les conseils évangéliques, ou que, déjà fixée dans sa voie, elle cherche seulement à connaître le degré de perfection que Dieu lui demande en son état, la lumière ne saurait lui manquer, car elle s'avance à la suite du Maître qui a dit : « Celui que je précède ne marche pas dans les ténèbres. » Elle compare les deux camps et les a deux étendards » ; elle pèse les motifs qui décident les « trois classes d'hommes » ; elle parcourt par la pensée les « trois degrés de l'humilité »• Enfin , pleinement éclairée sur toutes les exigences de la grâce , elle arrête son choix et le présente par des offrandes répétées à l'acceptation du divin Roi.
Tandis que l'âme parcourt cette laborieuse carrière, croyez -vous que l'ennemi du salut va laisser, sans combat, échapper son esclave? Non, certes, et les assauts seront redoutables. Au milieu des travaux de la première semaine, c'est lui qui arrête tout à coup les élans généreux du repentir par les revendications de l'égoïsme. Artisan de mensonge, il façonne des images trompeuses et les présente au regard du péni- I 9
tent : la vie mondaine qu'il s'agit de quitter, n'est-ce pas la joie, la douceur, le repos? Et cette vie nouvelle qu'il faudrait embrasser, n'est-ce pas plutôt un tourment, une agonie, une mort anticipée? Prends garde, pauvre âme! le piège est habilement tendu. Mais Ignace ne t'abandonne pas sans secours aux artifices de l'ennemi. A son école tu apprendras à discerner les suggestions des esprits contraires, à connaître la consolation et la désolation spirituelles, à tirer parti de l'une et de l'autre pour t'élever au-dessus de toi-même et déjouer les ruses du séducteur. Et quand la seconde semaine t'aura engagée dans le parti du divin Capitaine , tu recevras encore de ton guide les avertissements et les leçons qui préviennent l'illusion et font reconnaître l'ange des ténèbres sous l'apparence usurpée de l'ange de lumière. C'est ainsi , ô mon Dieu , que vous instruisez vos élus.
Mais que dis-je? Le pénitent de Manrèse songeait-il à guider les autres? Non , mes frères : en entrant dans cette grotte, il n'aspirait qu'à se faire oublier des hommes; mais, à son insu, il était déjà la flèche choisie que le Seigneur cachait dans son carquois. Là donc où il cherchait l'Qbscurité, ce sont des illuminations qui l'attendent, plus soudaines, plus pénétrantes que celles du génie; car elles viennent de plus haut, et font d'Ignace en même temps le disciple de Dieu et le maître des hommes.
Disciple, il vient de parcourir d'un pas assuré, sous la conduite du Saint-Esprit, la carrière inexplorée des Exercices.
Dans sa marche, il a rencontré les mystères de la nature en même temps que ceux de la grâce ; son regard a pénétré les abîmes du cœur de l'homme , sa petitesse et sa grandeur ; une expérience infuse lui a révélé le secret des luttes intérieures ; il sait d'où viennent les obscurités de rintelligence et les résistances de la volonté; il découvre en chemin l'art merveilleux de conduire les puissances de l'âme, parmi les pièges de la tentation , à la conquête décisive de la vérité et de la vertu. Il a des vues profondes sur tous les aspects de la vie morale; il sait compter et peser l'iniquité passée, mesurer la faiblesse présente, prévenir la rechute en fortifiant l'avenir. L'examen général de la conscience reçoit de lui ses préceptes, l'examen particulier devient entre ses mains l'instrument efficace de la correction des défauts. Le scrupule, ce tyran des âmes, est dévoilé dans ses origines et contraint de servir à son tour à la sanctification de ses victimes. Le choix d'un état de vie, la mesure de la pénitence , la part de l'aumône dans l'emploi des richesses, tout est soustrait au caprice et au hasard pour être subordonné à la fin dernière : la gloire de Dieu par le salut de l'homme. Enfin la foi elle-même, <îe principe générateur de toute vie surnaturelle, est placée sous la protection de ces règles admirables où l'orthodoxie catholique reconnaît sa vraie marque, et dont l'observation suffit encore après trois siècles pour préserver de tout écueil les fidèles enfants de l'Église.
Voilà ce que du premier coup le disciple a découvert. Et voilà pourquoi, maître au sortir de là, il peut,
de sa main encore inhabile à tenir ]a plume , écrire d'un bout à l'autre le livre incomparable auquel les louanges des papes, l'admiration des Saints, des conversions innombrables, des prodiges de sanctification, la reconnaissance de l'Église et les calomnies de l'impiété rendront témoignage jusqu'à la fin des temps.
J'ai essayé, mes frères, de vous montrer le Seigneur à l'œuvre dans la triple préparation de son serviteur : celle qui sépare, celle qui attire, celle qui éclaire. Sous les coups répétés de la grâce, Ignace vous est apparu comme l'objet d'une élection singulière. Il nous a semblé entendre la parole qui désignait Saul à Ananie : « Celui-ci est pour moi un instrument de choix, qui doit porter mon nom aux nations. Vcis eledionis est mihi iste, ut port et nomen meum coram gentibusK }>
Ahl s'il en est ainsi, Ignace ne peut échapper à cette préparation suprême qui donne le dernier fini aux divins ouvrages. Il faut que l'épreuve arrive, et elle vient. C'est encore le langage de saint Paul qu'il faut emprunter pour la décrire. Les Corinthiens ont réduit le grand Apôtre à la nécessité de rappeler ses travaux : « Toujours en voyage, s'écrie- 1- il, toujours en péril : périls sur les fleuves , périls parmi les brigands , périls du côté de ma nation , périls du côté des Gentils, périls dans la cité, périls dans le désert, périls sur mer, périls au milieu des faux frères; toujours dans la fatigue et l'angoisse, dans les veilles
^ Act. jx, 15.
PANÉGYRIQUES ET ORAISONS FUNÈBRES iOl
incessantes, dans les tourments de la faim, dans les ardeurs de la soif, dans l'austérité des jeûnes, sous la morsure des frimas *. »
Mes frères, n'est-ce pas l'histoire d'Ignace que vous venez d'entendre? A Manrèse, il a connu l'horreur de l'agonie intérieure, où l'âme, voisine du désespoir, pousse vers le ciel le cri de son délaissement : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Réconforté maintenant par la grâce qui l'inonde, il va parcourir la voie douloureuse qui doit le conduire à l'accomplissement des secrets desseins du Seigneur. Et le voilà en marche, pèlerin perpétuel, toujours bafoué et toujours suspect; honni des siens , qui lui reprochent de déshonorer sa maison; persécuté, battu, laissé pour mort par les méchants, dont il condamne les vices ; en butte à tous les assauts de Satan , qui pressent en lui un redoutable adversaire; à Barcelone, où il attend de l'aumône le moyen du passage; à Venise , où la guerre lui ferme longtemps le chemin de la terre sainte; sur le navire, où son zèle à réprimer le péché excite contre lui la haine des hommes pervers; à Jérusalem, où la défiance l'accueille et l'oblige de quitter les saints lieux; dans la traversée du retour, où il n'échappe à la mort que par un miracle; en Italie, où deux armées ennemies l'arrêtent tour à tour et le traitent en espion , l'intrépide voyageur a fait l'expérience des épreuves qui l'attendent. Le voici rendu à l'Espagne. Il a compris que Dieu l'ap-
* II Cor. XI, 26.
pelle à Tapostolat ; mais il est illettré. Ira-t-il , à trente ans , s'asseoir avec les petits enfants sur les bancs de récole et entreprendre la longue carrière des études?
Tout autre eût reculé; Ignace est le chevalier de Dieu ; pour se rendre capable de le mieux servir, il se fera écolier; et c'est ici que s'ouvre pour lui la longue série des persécutions. Barcelone, Alcala, Salamanque, lui en réservent les prémices. Tandis qu'il étudie, Ignace n'interrompt ni sa vie pénitente ni les exercices de son zèle. C'est ce que le démon ne peut souffrir, et bientôt, dans la vie héroïque du saint écolier, tout devient matière à soupçons. S'il s'habille comme un mendiant, c'est par ostentation; s'il catéchise les petits et les pauvres, c'est une usurpation périlleuse; si, pour attirer lésâmes au renoncement et à la sainteté, il leur fait part des moyens qui l'ont sanctifié lui-même et les initie discrètement à la méthode des Exercices, les fruits merveilleux qu'il produit attirent sur lui des examens sévères; pour le vulgaire , il est un magicien; pour les sages, il est un novateur. La prison, les mauvais traitements, sont la récompense de son naissant apostolat. Toujours justifié avec éclat , il n'échappe à une calomnie que pour se heurter à de nouveaux reproches. Les Universités se le renvoient l'une à l'autre, sans lui laisser nulle part le loisir de l'étude.
France, il en est temps, ouvre tes bras au pèlerin d'Espagne! Paris, ouvre à l'étudiant de Salamanque les trésors de ta science! Ignace te payera en gloire l'hospitalité qu'il te demande. Et nous, mes frères,
arrêtons le récit des épreuves de notre Saint. Il n'a pas fini de souffrir, mais il a fini d'être méconnu. Paris lui réserve encore des interrogations rigoureuses , mais il y trouve du moins des juges équitables, qui rendent promptement justice à la pureté de sa doctrine et de sa vie. Ignace peut enfin réunir ses compagnons, il peut livrer aux âmes qu'il a conquises les secrets de la perfection. Ici les Exercices donnent leurs fruits, et ces fruits s'appellent François -Xavier, Pierre Lefèvre, Lainez et Salmeron , Bobadilla et Rodriguez. Quand ils auront mûri au soleil de la grâce , Ignace ira les offrir à la Reine des saints.
Au nord de Paris s'élève une colline autrefois profanée par le culte idolâtrique. Montagne de Mars, devenue le mont des Martyrs , que tes destinées sont belles! A la naissance de notre Église, le sang de saint Denis a coulé sur tes flancs. Aujourd'hui ton front trois fois sacré porte comme une couronne le temple que la France pénitente et dévouée élève à l'Amour Rédempteur. Entre ces deux extrémités du temps, une autre gloire t'était préparée : tu devais recevoir les vœux des premiers jésuites !
C'en est fait, sous le regard de Marie, Ignace a complété la pléiade de saints qui devait lui servir d'auréole. Le dessein de Dieu est tout près de s'accomplir, et pourtant son serviteur ne le connaît encore qu'imparfaitement. Il se croit appelé à évangéliser la terre sainte, où il semble qu'il ait laissé son cœur. Pour atteindre ce but, rien ne lui coûte, et de loin il dispose toute chose avec une prudence consommée. Des
nécessités diverses dispersent pour un temps les profès de Montmartre. Venise sera leur point de ralliement. Et les voilà partis , à travers TAllemagne en feu , à travers les camps, au milieu des hérétiques, humbles et fiers, éloquents et sages , prêchant de bouche et d'exemple, et donnant aux peuples , qu'éblouissait une fausse réforme, l'exemple oublié et la leçon victorieuse du vrai renoncement apostolique.
Ignace cependant a repris le chemin de l'Espagne.
Cette fois, c'est le respect et l'admiration qui Taccueillent dans sa patrie : nouveau motif pour lui de hâter la conclusion de ses affaires et de rejoindre, après mille fatigues, les fidèles disciples qui l'attendaient pour le grand départ. Mais là enfin Dieu se révèle. Tandis que la guerre continue d'intercepter la route de l'Orient, les ouvriers de Dieu ne peuvent rester oisifs; et voici que le Seigneur ouvre à leur zèle des champs si vastes, que leurs premières pensées leur paraissent étroites devant l'immensité qui leur est découverte. Jésus est venu pour sauver le monde entier : Ignace et les siens seront les compagnons de Jésus; leurs travaux ne peuvent connaître d'autres bornes que celles de l'univers. Dès lors c'est Rome qui les appelle; Rome, centre de l'unité et foyer de l'apostolat. Venise les revoit encore une fois , comme pour recueillir le dernier regret qu'ils accordent à la Palestine. De nouveaux exercices d'expiation et de prières achèvent en eux les préparations de la grâce, et l'onction sacerdotale vient transformer les pénitents en apôtres.
Enfin la flèche est prête, et Tarcher va la tirer du carquois !
J'aurais donc maintenant à vous montrer , mes Frères, comment Dieu s'est servi de son arme choisie, et de quelles conquêtes Ignace est l'instrument. Mais voici que la préparation divine nous a retenus si longtemps, que le loisir nous fait défaut pour décrire l'œuvre elle-même. L'heure m'oblige de renoncer au récit des faits pour me borner à caractériser en deux mots l'action d'Ignace.
Nous avons conduit le saint jusqu'à Rome : qu'y fait -il? Deux choses dignes d'admiration : il attire les âmes d'élite pour former et accroître la Compagnie de Jésus ; il emploie la Compagnie à conquérir les masses par l'apostolat et par l'éducation.
Je ne sais rien de plus remarquable dans l'histoire de cet homme extraordinaire que le partage de sa vie.
Jusqu'à trente ans, c'est un guerrier épris de la gloire mondaine. La grâce le surprend alors et le terrasse , et Dieu emploie seize années à former son serviteur. C'est à quarante -six ans qu'Ignace met la main à l'œuvre, il meurt à soixante -cinq ans; dix -neuf années, voilà dans quelles étroites limites est renfermée son action! Tout ce temps, il le passe à Rome : et c'est à peine si l'on peut raconter de lui autre chose que les grandes œuvres de ses enfants.
Il est vrai , Ignace prêche et catéchise, il instruit et dirige , il travaille de ses mains à la vigne de Dieu.
Mais, si nous comparons ses travaux personnels h cx)U)c du moindre de ses fils, ne serons-nous pas étonnés du contraste?
Ah I mes frères , c'est ici qu'apparaît dans son incomparable grandeur la mission d'Ignace. Quand le Sauveur est venu sur la terre, sans doute il a enseigné sa doctrine et Ta confirmée par ses miracles; mais il a restreint son ministère à un petit coin du monde; il y a consacré une partie seulement des trois années de sa vie publique; il semble qu'il n'ait pas compté sur son action personnelle et visible pour l'établissement do son Église. L'œuvre de Jésus, l'œuvre par excellence, c'est la formation des apôtres. A eux l'enseignement qui va jusqu'aux extrêmes frontière^ de l'espace et du temps : Docete omnes génies. A eux les prodiges sans nombre qui assurent le triomphe de l'Évangile : Opéra quse ego fado, et ipse faciet, et majora horum faciet *. A eux les grands coups de filet qui prennent les âmes par milliers : Augehatur credentium in Domino multitudo '. mon divin Maître ! Ignace votre serviteur ne me pardonnerait pas , si je serrais de trop près le parallèle qui se présente à mon esprit. Et pourtant je me sens à l'aise, parce que je parle à des chrétiens qui entendent chrétiennement mon langage. Il est superflu de redire que Jésus est le
* Joan. XIV, 12.
* Act. V, 14.