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tout de rÉglise, et que là où ses saints lui ressemblent davantage , c'est qu'il est lui - même en eux le principe d'une sainteté plus conforme à la sienne. Mais, ces réserves faites, n'ai -je donc pas le droit de dire que Jésus, qui se donne comme il veut , s'est plu à retracer dans Ignace, non seulement ses vertus, mais les procédés de son action? Oui, j'ai ce droit, c'est l'histoire qui me le donne ; on ne changera pas l'histoire. Aucun saint, depuis les Apôtres, n'a pris une part plus grande dans l'avènement du royaume de Dieu ; aucun peut-être n'a moins fait par lui-même dans l'exercice de l'apostolat. Aucun par conséquent ne nous présente une image plus fidèle du divin et unique Exemplaire.
Regardez, mes frères : Ignace est à Rome, confiné dans cette pauvre maison qui est le berceau de sa Compagnie. Là l'oraison , le saint Sacrifice, la culture des âmes choisies qu'il rassemble, les affaires qui l'appellent auprès du Souverain Pontife, remplissent ses journées. La nuit vient, mais le travail n'est pas fini. Sentinelle vigilante, Ignace interroge du regard tous les postes avancés où ses enfants , dispersés pour l'apostolat , combattent les combats de Dieu ; à chacun il envoie avertissements et leçons, et, selon le mérite , encouragements ou reproches. Il veut qu'on lui rende compte de tout; il répond à tout, il prévoit tout, et cette correspondance universelle suffirait à remplir une autre vie que la sienne.
Voici le milieu de la nuit. Ignace laisse tomber sa plume, mais ce n'est pas pour donner à son corps le
l'cpos. I/Ame réclame le sien; et ce repos divin, c'est la prière qui le lui fait trouver sur le cœur de son J)ion-aim(^. L'aurore est proche, quand le Saint permet au sommeil de venir réparer ses forces. Ainsi sa vie B*ôcoule dans un labeur caché.
mes pères 1 qu'elles furent bien remplies, ces années silencieuses où votre fondateur formait comme dans lo secret sa Compagnie d'élite pour les conquêtes do Taposlolat! Quand il écrivait vos Constitutions; quand il délibérait avec Dieu, dans d'ineffables colloques, pour fixer jusqu'aux moindres détails de cette législation sans égale; quand il redoublait de prières et do sacrifices , mêlant son sang avec ses larmes, pour obtenir la confirmation du divin témoignage sur cette œuvre formée par lo divin Esprit ; quand il la soumettait encore, ainsi préparée, aux conseils et aux suffrages de ses premiers compagnons ; quand il hésitait à recevoir, même de leur libre et persévérant vouloir, le fardeau du commandement, puis l'acceptait enfin pour l'exercer avec une incomparable vigueur; quand il défendait son œuvre à peine éclose contre toute altération qui l'eût amoindrie ; quand il se montrait plus jaloux de la fortifier que de l'étendre, plus empressé d'y protéger la semence que d'y recueillir la moisson : c'est alors qu'il s'élevait à ces hauteurs du génie, à ces sommets de la sagesse surnaturelle où peu d'hommes, où peu de Saints ont atteint ici-bas; c'est alors qu'il assurait pour toute la suite des temps la conservation de ce grand ouvrage d'où la marque divine ne sera jamais effacée.
Mais tandis qu'attentif à la seule gloire de Dieu , Ignace se donnait tout entier à la formation de sa milice, le Seigneur se plaisait déjà à glorifier le père dans ses fils , en répandant sur leurs travaux des bénédictions sans exemple. Le cœur de la Compagnie est à Rome, mais ses bras sont partout où la cause de l'Église appelle des défenseurs. Ignace est dans sa cellule; mais de là il envoie Xavier aux Indes et au Japon , et Xavier compte par centaines de milliers ses conquêtes. Ignace est dans sa cellule, mais Claude le Jay et Bobadilla disputent l'Allemagne à Luther; Lainez et Salmeron paraissent au Concile de Trente comme les oracles de la doctrine et les vivantes images de la réforme de l'Église; Landini rend la Corse à la vie chrétienne en extirpant des abus monstrueux; Canisio et Frusis inaugurent en Sicile les deux premiers colèges de la Compagnie; Nugnez et Gonzalès vont au secours des chrétiens captifs au Maroc; l'Abyssinie reçoit les missionnaires qu'Ignace envoie à son roi; Rodriguez fait fleurir la piété et la réforme au Portugal, et ce royaume à son tour envoie la civilisation au Brésil, en chargeant les jésuites d'y porter la foi. Ignace est à Rome, et la ville sainte se renouvelle ; le peuple est ramené à la connaissance des mystères et à la fréquentation des sacrements; les victimes du vice trouvent un asile pour leur repentir; l'enfance abandonnée reçoit l'adoption de la charité , la jeunesse est initiée aux sciences et préservée de la corruption ; le collège Germanique, œuvre chérie de votre fondateur, prépare à l'Allemagne une pépinière d'apôtres. Le
ferment invisible a pénétré la pâte : de toutes parts elle se soulève, et l'on voit un réveil puissant de la vie surnaturelle.
Parmi tant de triomphes, le cœur d'Ignace est insatiable; il semble qu'il n'ait rien fait encore. Allez, dit- il à ses fils; enflammez tout, incendiez tout.
Lui parlera -t-on de se reposer sur la terre? Mais les âmes périclitent et ne peuvent pas attendre. Lui parlera-t-on du repos dans le Ciel? Ceci est l'affaire de Dieu ; l'affaire d'Ignace est de procurer la gloire de son maître. Encore des travaux, encore des souffrances! Ijù Ciel a entendu ce cri sublime. Et parce que le Saint s'oublie davantage. Dieu prend avec plus de tendresse les intérêts de son serviteur. Dormez maintenant, intrépide athlète, voici l'heure de la délivrance; une voix secrète vous porte l'heureux message; la bénédiction du pontife vient réjouir votre dernier jour, et votre ûme affranchie va chercher sans effort, hors du lieu de son exil , l'objet de son éternel amour!
N'est-il pas vrai, mes frères? l'Archer divin a bien choisi sa flèche, il s'en est bien servi. Que reste -t- il désormais, sinon qu'il s'en glorifie? Seirims meits es tu y quia in te gloriabor.
Je devrais, pour répondre à votre attente, montrer maintenant la survivance d'Ignace dans cette famille militante à qui il a légué sa devise : « Tout pour la
plus grande gloire de Dieu. » Quelle histoire, mes frères, ou plutôt quelle série d'épopées! Pardonnemoi, ô sainte Compagnie, si je ne puis même pas nommer en courant les plus grands de tes enfants. Les îles du Japon, les savanes de TAmérique, Thérétique Angleterre, le Portugal apostat, voient leur sol rougi du sang de tes martyrs. Rome, Paris, Salamanque, retentissent des leçons de tes docteurs. L'Italie, la France, l'Espagne, resplendissent des vertus de tes saints. La chaire est illustrée par la voix de tes prédicateurs; les lettres s'embellissent sous la plume de tes écrivains; les sciences voient leurs frontières reculer devant les travaux de tes chercheurs, et la jeunesse de tous les temps forme une couronne de gloire autour de tes incomparables maîtres.
Si vous voulez des noms , je vous les jetterai comme au hasard, et ce seront des noms immortels, des noms de saints : Xavier, François de Borgia, Pierre Lefèvre, Pierre Canisio, François Régis, Louis de Gonzague, Stanislas Kostka, Pierre Claver, François de Hiéronymo; des noms de docteurs : Bellarmin et Petau, Suarez et Vasquez, de Lugo et Lessius; des noms de prédicateurs : Bourdaloue et Ravignan ; des noms de littérateurs : Bouhours et André, Ramière et Porée; des noms de savants ? La science est plus jeune , et les vivants ne me permettraient pas de les louer; mais une mort récente qui a mis la science en deuil me donne le droit de nommer Secchi. Des noms de pères de la jeunesse? Ah I permettez-moi de ne pas remonter jusqu'aux noms anciens. Tout près de nous,
ti2 MÉLANGES ORATOIRES
ici, parmi les morts, hélas! mais aussi parmi les martyrs , nos yeux mouillés de larmes lisent sur le marbre ces noms mieux gravés encore dans nos cœurs : Olivaint, Ducoudray, de Bengy, Caubert, Alexis Clerc I
Eh bien, mes frères, trouvez- vous qu'Ignace, survivant dans ses fils, ait assez glorifié le Seigneur? Et n'estil pas temps qu'à son tour le Dieu juste glorifie le Père dans ses enfants? Il le fera, soyez-en sûrs; mais à sa manière, qui n'est pas celle des tendresses humaines. Jésus-Christ n'a rien de meilleur ici -bas que sa croix. Il l'a choisie pour lui-même, et c'est encore le présent qu'il fait à ses disciples préférés : son amour, ses mérites, sa médiation, tout est contenu dans cet unique trésor. Pour qui veut conquérir le Ciel, il n'est pas d'autre espérance : Crux, ave, spes unica. Pour qui veut conquérir les âmes, il n'est pas d'autre étendard : Vexilla régis, Crucis mysterium. Enfin, pour qui veut la gloire que Dieu dispense, il n'est point d'autre honneur que celui qui se trouve en la croix de Jésus- Christ : Mihi dbsit gloriari, nisi in Cruce Domini nostri Jesu Christi.
Ignace, vous l'avez connue, cette ivresse que chante l'Église dans un de ses plus beaux cantiques : l'ivresse de la gloire de la croix : Fac me cruce inébriari. Vous l'avez connue pour vous-même, et vous avez voulu qu'elle transportât aussi vos enfants!
Mes pères, au moment où pour la première fois votre fondateur allait entrer dans Rome, il rencontra sur le chemin une chapelle ruinée, et il s'y arrêta pour
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prier. Ravi en extase , il vit paraître le Père céleste , qui lui présenta son Fils chargé d'une pesante croix. Alors, Cyrénéen volontaire, il reçut sa part du fardeau. Cette part pèse encore aujourd'hui sur vos épaules , et c'est là l'incomparable gloire que nul ne pourra vous ravir : les bons, parce qu'ils la respectent; les méchants, parce que c'est leur haine qui vous la procure.
J'arrête ici un discours qui pourrait m'emporter trop loin, et qui s'achèvera de lui-même dans le cœur de ce religieux auditoire. Au retour d'une campagne meurtrière, quand on veut décerner le prix de la fidélité et de la vaillance , on cherche la compagnie la plus souvent décimée dans la bataille , le drapeau le plus lacéré par les balles.
L'heure n'est pas venue de distribuer les couronnes ; car la lutte, pour les soldats de Dieu, ne finit pas sur la terre. Amis et ennemis de la Compagnie de Jésus , je vous ajourne au rendez-vous suprême où le jugement de Dieu doit nous appeler tous un jour. Nous connaîtrons alors le secret de bien des haines, et nous assisterons au triomphe de ceux qui auront vaincu par la patience et par l'amour.